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CHAPITRE IV

L'organisation féodale.

La propriété féodale se présente sous deux formes : une immobilière, dite corporelle par les feudistes, consistant en un château ou manoir avec ses accins, préclôtures et terres environnantes, « aussi loin qu'un chapon pouvait couvrir d'une seule volée; » — une mobilière, dite incorporelle, consistant en services militaires, corvées, dîmes et redevances diverses.

La propriété féodale, dont la propriété ecclésiastique n'est qu'une variété, naît au milieu de communautés de villages basées sur la propriété collective, et s'agrandit à ses dépens ; et, à la suite d'une série de transformations séculaires, elle aboutit à la propriété bourgeoise, la vraie forme de la propriété individuelle.

La propriété féodale et l'organisation sociale qu'elle engendre servent de passage entre le collectivisme familial, ou plus exactement consanguin, et l'individualisme bourgeois.

L'ORGANISATION FEODALE 39T

Dans les temps féodaux la propriété et le propriétaire ont des servitudes et n'ont pas acquis l'indépendance bourgeoise, le droit d'user et d'abuser. La terre nest pas achelable et vendable, cl!e est grevée de servitudes et se transmet d'après des coutumes et des lois, que le propriétaire ne peut enfreindre : — le propriétaire est tenu de remplir des devoirs envers ses supérieurs et ses inférieurs hiérarchiques.

La féodalité dans son essence est un contrat de services réciproques : le baron ne possède une terre et des droits sur Je travail et les récoltes de ses serfs et vassaux, qu'à la condition de rendre des services à son supérieur et à ses inférieurs. Le seigneur féodal, en recevant « la foi et l'hommage » de son vassal, « s'engageait à le protéger envers et contre tous, et à l'aider en toutes circonstances y : — le vassal, pour s'assurer cette protection, devait suivre en guerre son seigneur et lui payer certaines redevances en services personnels et en dîmes sur ses moissons et animaux domestiques 4, Le baron, pour trouver, en cas de be-

1. The Vision of Piers the Plotvman. (la vision de Pic rs In laboureur), composée quelques années avant la révolte des paysans de Kent, qui s'em parèrent du Londres eu 1380, rappelle aux nobles leurs devoira envers les serfs et les vassaux qui les nourrissaient. Fiers dit au chevalier :

Ye profre yow so faire That I shalt swynkê, and swetef and sow for us àoth^, And olher laboures do for thi loue al mtj tt/f-tyme, In convenant that thow kepe hotik rrke and fnyBeim Fro waxiourex and fro wikked trie ri that this ivorfd slruyetk.

Ce que vous offrez est si juste, — que je travaillerai et suerai et sèmerai pour nous deux, — et autres labeurs ferai pour ton amour toute ma vie durant, — sous condition que tu protèges la sainte Église et moi-même — contre les dévastateurs et les hommes méchants qui courent le moade.

soin, aide et appui, se rattachait à un seigneur plus puissant, qui à son tour était le vassal d'un des grands feudataires du roi ou de l'empereur.

Tous les membres de la hiérarchie féodale, qui partait du serf pour s'élever jusqu'au roi ou à Pempereur, étaient étroitement reliés par des devoirs réciproques. Le devoir alors, comme le lucre aujourd'hui, était l'àme de la société. Tout était mis en contribution pour l'imprimer profondément dans te- cœur des grands et des petits. La poésie populaire, ce premier et puissant moyen d'éducation, faisait du dévoie une religion. Roland, le héros épique de la féodalité, assailli et accablé par les Sarrasins à Ronce vaux, réprimande de la sorte son frère d'armes Olivier, qui se plaint d'être abandonné par Gharlemagne :

Ne dites tel ultrage.

Mal seit de l'eoer ki eV piz se cuardet ! Nus remeindrum en estai en la place; Par nus i iert e li colps e li caples.

Pur sun sèignur deit hum suffrir granz mais.

E endurer e forz freiz e granz calz.

Si'n deit hum perdre de l'sanc e de la carn.

Fier de ta lance e jù de Durendal,

Ma bone espée que li Reis me dunat.

Se jo i moerc, dire poet ki l'avrat,

Que ele fut à nobilie vassal \ ! Aoi.

i. Ne dites. un tel outrage. — Maudit soit qui porte lâche cœur au ventre ! — Nous tiendrons ferme en la place ; — De nous viendront et les coups et la bataille !... Pour son seigneur on doit souffrir grands maux, — Et endurer et forts froids et grande chaleur, — Aussi on doit perdre du sang et de la chair. — Frappe de ta lance et moi de Durandal — la bonne espée que le Roi me donna. — Si je meurs, qui l'aura pourra dire — Qu'elle fut à

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