‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 127 sur 149 · L'ORGANISATION FÉODALE · texte numérisé non relu

L'ORGANISATION FÉODALE

Le collectivisme consanguin n'avait pu donner que l'unité communale ; la féodalité créait une vie provinciale et nationate, en unissant par des devoirs et des services réciproques les groupes autonomes et isolés d'une province et d'une nation, A ce point de YueF la ftiodalité est une fédération militaire de baronnies,

Les devoirs du baron envers ses serfs, ses tenanciers et ses vassaux, étaient nombreux et onéreux; mais quand la féodalité entra en son déclin, il s'affranchit de ses devoirs, tout en retenant et aggravant les redevances et les corvées qui autrefois n étaient que le prix de services réels qu'il rendait, — Non content de se débarrasser des charges féodales, il éleva des prétentions sur les terres de ses vassaux T sur les forêts et les autres biens communaux. Les feudisles français, justement stigmatisés de l'épïtliéte de plumes féodales, soutinrent que la terre, les bois, les prés et

noble vassaL ^ Aor. {Chanson de Roland; édition Léon Gautier,

xcnietxciv.)

U chanson de Roland, l'épopée populaire du moyen âge, était souvent chantée au commencement des batailles. A Hastings, quand les deux années furent en présence, un chevalier normand, Taïllefer, sortit des rangs et entonna le chant de Charlctuagne et de Roland, « pour enilannner le courngb des soldats *, dit "William of Molmsbury. En chantant il jouait de son épée, h lançait en l'air, et la saisissait par la poignée; les Normands reprenaient en checur le refrain et criaient : * Dieu aide ! »

Linterjection Aoi! qui se trouve après chaque strophe, aeicrcé l'ingéniosité dits philologues; elle correspond ù notre ohé! ainsi <iue le remarque M. Gautier, et avertissait quf? le couplet citait terminé; car probahlemcut la Chanson de Roland était chantée \hlt deux jongleurs, comme le Katewltt Test encore de nos jours en Finlande par deux rmioiai. L'un commence en chantant une Graphe que l'autre répète, puis dit la sienne, que le premier à contour répète, et ainsi de suite tant que dure le poème, cest- ■'-(lire souvent des journées et des nuits entières.

les eaux avaient appartenu de tout temps au seigneur, qui n'avait fait qu'en céder la jouissance à ses serfs et vassaux. Les feudistes anglais fabriquèrent la même histoire; ils déclarèrent qu'à une époque indéterminée, « quelquefois vaguement associée avec la féodalisation de l'Europe, d'autres fois plus spécialement avec la conquête normande, le territoire de toute l'Angleterre avait été confisqué ; que les terres de chaque seigneurie furent octroyées en toute propriété au seigneur, qui en distribua une partie aux hommes libres qui le suivaient, mais en conserva une partie, qu'il donna à, cultivera ses serfs; que tout ce qui n'était pas compris dans cette distribution fut mis de côté, comme terres vagues appartenant au seigneur, et que tous les usages qui ne peuvent être rattachés aux principes féodaux grandirent ultérieurement et insensiblement de la tolérance du seigneur féodal1 ». En un mot, tout avait appartenu au baron, et tout devait lui être restitué. Grâce à ces impudentes falsifications, la noblesse en France et en Angleterre put s'emparer des forêts et des terres qui étaient la propriété des communautés villageoises.

Les historiens bourgeois et Merlin, le terrible juriste de la Convention et le grand destructeur des biens communaux, dans leur désir de retrouver la forme individuelle de la propriété jusque dans les temps féodaux, ont admis la thèse intéressée des aristocrates.

1. H.-S. Maine, Village communities, p. 84. Cette opinion était émise devant une commission de la Chambre des communes par un avocat, M. Blamire, qui, d'après Maine, « était un jurisconsulte des plus familiers avec la propriété foncière anglaise dans ses formes les plus rares ».

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— L'histoire de la genèse et de l'évolution de la propriété féodale exposera la fausseté de l'opinion des feudistes , et montrera comment la propriété seigneuriale s'est constituée à l'aide de la fraude et de la violence.

Origines de la propriété féodale.

La féodalité, qui apparaît comme l'organisation hiérarchique de l'autorité, prit naissance et grandit dans un milieu égalitaire; mais pour que l'égalité engendrât le despotisme, il fallut la coopération séculaire d'événements que Ton doit rappeler pour expliquer cette genèse.

Les tribus germaines qui, pendant des siècles, envahissaient l'Europe occidentale étaient des populations mouvantes dans un état de barbarie assez analogue à celui des tribus iroquoises lors de la découverte de l'Amérique. Strabon nous dit que les barbares établis en Belgique et dans le nord-est de la France ignoraient l'agriculture et ne vivaient que de laitage et de viande, principalement de la chair fraîche de troupeaux de porcs, sauvages et dangereux comme des loups, qui paissaient librement dans les immenses forêts couvrant la région : ils étaient si nombreux qu'ils suffisaient à leur nourriture et à l'achat d'autres objets de consommation et de luxe. Strabon ajoute que les Gaulois avaient eu les mêmes mœurs, et que pour les connaître il n'y avait qu'a étudier celles des Germains de son époque. (Liv. IV.) Quand César débarqua en Angleterre, il trouva que les Bretons du pays de Kent avaient, eux aussi, les

mêmes mœurs que les Gaulois : ils ne cultivaient pas la terre, vivaient de laitage et de viande et se couvraient de peaux de bêtes ; ils se peignaient le corps en bleu pour épouvanter leurs ennemis, et avaient leurs femmes communes entre frères1. En Europe ainsi que dans toutes les parties du monde, le point de départ est le même.

L'égalité la plus farouche régnait parmi ces barbares, qui étaient guerriers et chasseurs ; et leurs usages et coutumes tendaient à conserver cette égalité héroïque. Lorsqu'ils devenaient sédentaires et commençaient à pratiquer une agriculture rudimentaire, ils entreprenaient de constantes expéditions guerrières, pour ne pas désapprendre le métier des armes. Un chef de renom n'avait qu'à annoncer qu'il allait entrer en campagne, pour voir accourir et se ranger sous ses ordres des combattants désireux de butin et de gloire. Pendant la durée de l'expédition, ils lui devaient obéissance, comme tous les guerriers grecs à Agamemnon; mais ils s'asseyaient à la même table et banquetaient ensemble sans distinction, et se partageaient également et au sort les dépouilles : une fois rentrés au village, ils reprenaient leur indépendance et leur égalité, et le chef de guerre perdait son autorité. De cette manière libre et égalitaire les Scandinaves, et en £ait tous les barbares, ont organisé leurs corps excursionnaires. Ces mœurs piratiques se sont conservées durant tout le moyen âge ; on recrutait des soldats en. s'adressant à la libre initiative individuelle : pour lever une armée contre les Anglais et les Albigeois, Guillaume le Conquérant et

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