LA LÉGENDE DE LA RÉVOLUTION DE ÎTSU
donné la terre. A les entendre, on croirait que la propriété paysanne n'existait pas auparavant et que pour apparaître il fallut qu'elle attendit la vente des biens nationaux et le partage des biens communaux. Cette gigantesque liquidation territoriale, qui est une répétition sur une plus vaste échelle de celle qu'entreprit au xvi° siècle Henri VIÏI d'Angleterre, profita surtout aux spéculateurs et aux bourgeois, qui saisirent l'occasion de s'enrichir aux dépens de la noblesse et du clergé, d'agrandir leurs biens et de se procurer de beaux domaines à bon marché: mais elle n'augmenta pas sensiblement le nombre de petits propriétaires, ainsi que le constate Léonce de Lavergne dans son Economie rurale* En effet, dans la Franco de l'ancien régime « il y avait une immensité de petites propriétés rurales w, déclarait Necker; « le nombre des petits propriétaires est si prodigieux, écrivait Arthur Young, que je croîs qu'il comprend le tiers du royaume, » F. de Neufchateau assure que « dans les déparlements qui forment la sénatorerie de Dijon, les terres sont distribuées entre la majeure partie des habitants : il en est peu qui soient absolument privés de propriété foncière ». Ces propriétaires n'étaient pas de création récente, puisque, ajoute-t-il, leurs terres sont morcelées à l'infini, par suite de partages après décès, depuis plusieurs générations1.
La révolution de 1789 n'a pas créé la petite propriété; mais si elle n'a pas donné la terre aux paysans, elle les a dépouillés d'une partie de leurs biens communaux et les a dépossédés de leurs droits usagers sur les terres
1, F. de Neuïchateau, Voyage agronomique dam la sénatorerie de Dijon; 1308.
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des nobles et des bourgeois : droit de glanage, de paisson dans les forêts, de vaine pâture sur les terres arables après la récolte, et d'autres droits tout aussi importants pour leur bien-être. La Révolution n'a été faite qu'au profit des moyens et des grands propriétaires, aristocrates aussi bien que bourgeois. • Les nobles ont fait preuve d'une rare inintelligence en ne comprenant pas qu'en compensation du sacrifice de quelques privilèges surannés, plus factices que réels, la révolution bourgeoise allait les débarrasser des servitudes féodales dont ils avaient eux-mêmes réclamé l'abolition et qui, selon l'expression courante du xvnie siècle, enlevaient, après la moisson, aux biensfonds tout caractère de propriété privée pour leur donner celui de propriété commune. Un agronome d'avant la Révolution, Duhamel du Monceau, bien que critiquant sévèrement et justement le droit de vaine pâture, qui s'opposait à l'introduction de toute nouvelle culture, ajoutait: « Cependant, comme je crois qu'il faut respecter jusqu'à un certain point les usages anciens, il me paraît que le seul moyen de remettre en vigueur l'agriculture, serait de déclarer que chaque propriétaire pourrait soustraire à la vaine pâture la trentième partie de son domaine1. » La loi du 28 septembre 1791 sur les Biens . et usages ruraux autorisa les propriétaires à soustraire à la vaine pâture leur domaine tout entier. Cet attentat contre leurs droits séculaires fut autrement puissant que l'abolition de la royauté et la constitution civile du clergé, pour soulever contre la Révolution les paysans du Midi, de l'Auvergne, de