‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 133 sur 149 · L. de Lavergne, Économie rurale de France depuis · texte numérisé non relu

L. de Lavergne, Économie rurale de France depuis

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il ne le travaille que pour payer les intérêts de sa dette, qui monte à mesure qu'il l'acquitte.

Les profits du propriétaire parasitaire ne s'élèvent que parce que les gains du cultivateur diminuent. Le loyer de la terre que paye le paysan pour qui les bourgeois ont fait la Révolution est autrement lourd que celui que payait le travailleur du moyen âge : car le seigneur féodal restait associé aux chances du laboureur; sa rente foncière n'était pas mm somme d'argent invariable et fixée d'avance, mais une part de la récolte, bonne ou mauvaise; souvent même, dans les années de disette, au lieu de recevoir des redevances, il était obligé de procurer des grains, des fourrages et des bestiaux aux cultivateurs.

Olivier de Serres, qui écrivait dans un temps où la noblesse *de cour s'efforçait d'aggraver les conditions du louage de la terre, recommandait comme le meilleur système de métayage celui du partage égal, quand le seigneur avait fourni la moitié du bétail, les outils ne labourage et les semences et qu'il laissait les pailles fivec la quantité de blé nécessaire pour que le métayer nourrît ses animaux de labour sans bourse délier. Mais si l'on remonte plus avant dans le passé, on rencontre des conditions plus avantageuses pour le laboureur L. Delisle, dans son étude sur les classes agricoles du moyen iïge, entre autres contrats de louage, cite ceux des tenanciers des religieux de Saint-.lulien de Tours, qui abandonnaient aux moines la sixième £erbe, dans d'autres contrats la dixième et même la douzième1. Ces conditions n'étaient pas particulières à

1, Léopomi Dhuslk, Étude sur la condition de la ûtaÊte agricole au moyen âget du dixième au quinzième Siècle* en Normandie; 1831.

une province, car on les trouve également dans le Midi. Des actes datés de 1212 et 1214 montrent les religieux de l'abbaye de Moissac donnant leurs terres à cultiver à des paysans libres et ne se réservant que le tiers, le quart et même le dixième de la récolte. Lagrèze-Fossat, qui a étudié ces actes, remarque que « les paysans traitent de gréàgré avec les religieux et que le prélèvement des produits stipulés en faveur de ces derniers n'avait pas le caractère d'un tribut imposé; il était débattu d'avance et librement consenti l ». Dans les pays vinicoles, les vignes étaient données à comptant ; le propriétaire prélevait la moitié de la récolte et ne pouvait déposséder le colon et ses descendants du terrain qu'ils avaient planté.

Le livre de comptes de labbaye de Saint-Germain des Prés, que Guérard a publié en 1844, nous fait pénétrer dans la vie des serfs et des cultivateurs libres du ixe siècle : les champs étaient donnés en culture non à des individus, mais à des communautés de paysans, travaillant et vivant en commun, comme il a été dit plus haut.

Les terres de l'abbaye étaient classées en manses ingénuités ou libres — elles étaient les plus nombreuses 7— et en manses servîtes; au moyen âge la terre avait des qualités morales : elle était seigneuriale, vassale ou serve. Les tenanciers étaient tenus à des services et à des redevances de bestiaux, volailles, œufs, légumes, moutarde et autres objets de consommation et d'utilité agricole, tels que bardeaux, échàlas, bois, osier, etc. Guérard a calculé en argent la valeur approximative

. 1. A. Laorèze-Fossat, Études historiques sur Moissac; 1872.

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