‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 42 sur 149 · Livre V, chap. i, p · texte numérisé non relu

Livre V, chap. i, p

coûte trois ou quatre sous la livre; le salaire est de dix-neuf sous. C'eal la misère permanente, la disette continue, la famine mortelle au moindre accident. Le hlé est un aliment de luxe. On mange des châtaignes, de l'orge, du seigle, de l'avoine. Point de viande. De temps en temps, on tue un des porcs qu' Young appelle « géométriques », tant ils ont d'angles saillants.

Arthur Young estime qu'entre l'ouvrier rural anglais et Fourrier rural français, il y a une différence de 7(10/0 au détriment de ce dernier. M- Lafargue se lamente, non sur le sort du paysan français avant 89r mais sur son sort après : car « la Révolution, que les historiens bourgeois représentent comme faite au profit des paysans, a désorganisé leurs communautés et les a spoliés de leurs droits » (ch. III). Quels droits? les droits féodaux qu'ils payaient aux seigneurs? Jacques Bonhomme ne paraissait pas y tenir; et j'engage fort M. Lafargue à lui proposer d'en reprendre le fardeau. C'est très facile de dire aux paysans qu'ils étaient plus heureux sous le régime: féodal que sous le régime de la propriété bourgeoise ; mais il faut préciser, montrer à quelles charges ils étaient soumis, et de quelles charges la Révolution les a libérés. Du reste, avec sa logique habituelle, M. Lafargue prétend que les seigneurs « imposaient les organisations communistes aux paysans »; et après avoir gémi sur la disparition des communautés de village, il ajoute dans le même paragraphe qu' « on peut prouver que la vraie base du despotisme est précisément la propriété collective et l'organisation familiale et communale qui y correspond (chap. III, § m) » : d'où il conclut que la Révolution, en affranchissant l'homme en même temps qu'elle affranchissait la terre,

m RÉFUTATION DE CESSAI

a fait œuvre néfaste et mauvaise* Toujours avec la même logique, il affirme que les communautés,- groupant ensemble trois ou quatre jeunes mariés, livrant au despotisme du chef de la famille tous ses membres, « réussissaient à créer le bien-être du paysan autrement heureux et indépendant que les cultivateurs, pour qui la Révolution de 89 a été faîte, au dire des historien* et des politiciens bourgeois ». Ces communautés « produisaient dans leur sein tout ce dont elles avaient besoin pour la vie matérielle et intellectuelle de leurs membres ». Il a soin d'ajouter qu'elles n'avaient pas recours au commerce. 11 est vrai que » le travail se fait aver une certaine lenteur dans les villages » (ch. III, § vu), et M. Lafargue paraît considérer comme l'idéal pour un groupe de t< se suffire à soi-même » en dehors de toni échange. C'est de l'onanisme économique. Hélas! lï\ a trop de groupes encore dans le monde qui sont réduis à cette nécessité, parce qu'ils n'ont pas de pouvoir d'achat, parce qu'ils n*ont pas de produits à échanger contre ceux qui leur manquent : et de tous les groupe humains, ceux qui sont condamnés à vivre sur ewmémes et d'eux-mêmes, au pied de la lettre, ce sontlr4plus pauvres et les plus misérables. Les Fuëgiens sonl bien obligés de se suftire à eux-mêmes. Qu'il le rouille ou non, M. Lafargue nous ramène toujours au cap Horu. Que M. Lafargue aille donc aujourd'hui dans les cantons les plus rîcbes de France, partout, excepté danc quelques communes de TAveyron, dans quelques villa ges basques, partout il apprendra que de tous les art clés du code, celui que connaît le mieux le paysan fran< çais est l'article 815 : « Nul ne peut être contraint I demeurer dans l'indivision. »

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