CHAPITRE III
La liberté et l'égalité de la terre.
Contradiction. — Petite propriété avant 1789. — Caractère de l'utilité de la Révolution française. — Le poids des charges fiscales et féodales. — La dime. — La situation du roturier. — La haine du régime féodal. — La Révolution a établi l'égalité et la liberté de la terre. — L'article Ier du code rural de 1791. — Aveux de M. Lafargue.
En même temps que M. Lafargue vante ces communautés, il cite, comme faisant foi, l'opinion d'Arthur Young, que « les petites terres exploitées par leurs propriétaires forment le tiers du royaume »; exagération qui prouve que si la Révolution a aidé à la constitution de Ja petite propriété, loin de contrarier les vœux de la majorité des paysans, elle y a répondu.
Le paysan français y aspirait si vivement qu'Arthur Yôung reproche au bas Breton de s'appauvrir par suite de la division des fermes entre tous les enfants * ; de même en Lorraine, en Champagne. La phrase suivante s'applique à l'ensemble de la France : « J'ai vu plus dune fois les partages en arriver à ce point qu'un arbre fruitier avec dix perches de terrain constituait une
1. Arthur Young, t. II, chap. xi, des Tenanciws et de l'Étendue des fermes en France.
ferme dont la possession enchaînait au sol une famille. » Partout il se plaint « de la division de la terre ».
Quand M. Paul Lafargue, retournant alors son argumentation, invoque cet état dé choses pour dire que la Révolution n'a pas servi à la constitution de la propriété paysanne, la réponse éclate : elle a servi à dégager les quinze cent mille mortaillables et mainmortables1 de l'oppression qui les écrasait; elle aaffranchi le paysan des charges féodales, onéreuses et vexatoires, deladîmeetdes charges fiscales qu'il était seul à subir. La noblesse comptait 140,000 membres, soit 25 ou 30,000 familles; le clergé, 130,000 membres. Ces privilégiés possédaient la moitié du royaume2, prélevaient pour eux des droits multiples et laissaient au tiers état la charge d'acquitter les dépenses faites au nom du roi.
Il payait en 1786, d'après Bailly : au nom du roi, 558 millions de livres;, au compte des provinces, 41 millions et demi ; au compte des particuliers et des communautés, 290 millions de livres3.
Le propriétaire touche, bon an, mal an, six ou huit sous par arpent, sur quoi, lorsqu'il est roturier, il doit encore payer la redevance à son seigneur, mettre pour la milice à la bourse commune, acheter son sel de devoir, faire sa corvée, et le reste4.
Quoique le clergé français ne paraisse pas avoir été rapace dans la perception de la dime, elle était écra-