‹ La propriété, origine et évolution; thèse communisteChapitre 66 sur 149 · IIovelacqujî et Hervé, le Morvan · texte numérisé non relu

IIovelacqujî et Hervé, le Morvan

les sans s'occuper des démarcations des propriétés. On a joué au LhéiUre des pièces pleurnichardes sur les bouleversements causés par les percements de M . Haussniann et de ses successeurs* Citaient des propriétaires aussi qui prédisaient la banqueroute de la propriété vers 1810, si on avait le malheur d'établir le Crédit foncier1. Beaucoup ont peur de toute réforme qui trouble leurs habitudes, les force à prendre des décisions et à faire quelque cbose de nouveau. Le « bourgeois », qui considère sa terre comme un fonds de placement, plein de sécurité, ne doit pas essayer de lui donner un autre rôle. Les proprié laires qui, affermant leurs lerresT parlent au nom de lTagricuîtureP confondent leur rôle et celui de leur fermier. Ils sont de simples bailleurs d'un capital; et cet acte de prêt ne leur donne ni compétence, ni autorité, ni mandat agricole. Quand ils réclament des droits sur le blé ou sur le bétail, au nom de l'agriculture, ils se trompent et trompent les badauds : ce qu'ils demandent à l'État, c'est de garantir leurs revenus : et nous voyons cette contradiction bizarre que les mêmes hommes qui trouvent tout simple de faire subir aux rentiers de Vltitat îe poids de la loi de L'offre et de la demande, en diminuant leurs revenus, demandent au gouvernement de les protéger contre l'abaissement du taux de location de leurs terres* Us prennent aux uns, dans l'intérêt des contribuables, et ils demandent qu'un leur donne, aux dépens des consommateurs : et ce qu'ils donnent, eux, ce sont des arguments aux socialistes, dont M. Jaurès, protectionniste lui-même, n'a pas manqué de se servir*

i. Crédit foncier, par Yves Glt\ot : Dictionnaire d'économe jaoiitlifua.

Les socialistes se lamentent aussi sur le sort de la propriété ; et pour la guérir, ils proposent de supprimer les propriétaires.

Les socialistes révolutionnaires ne sont pas les seuls à attaquer la propriété : il faut y joindre « les socialistes chrétiens ». Ils ont trouvé dans certains Pères de VÉglise des citations communistes, qui prouvent surtout que des ascètes, des scolastiques et des mystiques ont pu avoir de grands mérites sans être ni économistes ni juristes. Certains d'entre eux, comme M. de Mun, ont fait de la démagogie religieuse, si bien qu'ils ont pu mériter l'approbation des socialistes révolutionnaires; et ils n'ont pas protesté. C'était un échange de bons procédés. Le 9 décembre 1891, M. de Mun faisait cette déclaration solennelle à la tribune :

Je n'ai à apprendre à personne que je suis d'accord avec les socialistes, avec celui qui (tait tout à l'heure à la tribune (M. Paul Lafargue), sur la critique de l'ordre économique, autant ff ne sur un grand nombre des réformes sociales qui sont journellement réclamées par les travailleurs.

M, de Mun et M. Lafargue sont unis par une haine commune contre la Révolution de 89. Mais cette alliance prouve-t-elle que M. Lafargue est un révolutionnai re progressiste ? ne prouverait-elle pas qu'il n'est iju'un révolutionnaire violent1 ?

Puis viennent les troisièmes médecins, et non les moins dangereux : ce sont les philanthropes, qui veu-

1. Les Élément? d'économie politique, par Joseph Rambaud, professeur d'éfconntnïe politique à la faculté catholique de droit de Lyon, efiiil ici) nen tune excellente critique du socialisme chrétien. L'ouvrage de M. J. Hambaud vient de recevoir l'approbation pontificale (1S05).

SUR L'UlUtilNE DE LA PROPRIÉTÉ " 2iS

lent faire le bonheur des gens malgré eux ; qui ont pour les économistes, quoique quelques-uns occupent des chaires d'économie politique, une haine égale à celle des susnommés. IJs essayent de refaire une féodalité paternelle et vertueuse; et quand ils ont établi un échafaudage savant de matières combustibles et de substances explosives, ils sont étonnés du résultat; ils le déplorent et recommencent à construire des foyers d'incendie de plus en plus perfectionnés. Ils ont des modes : tantôt c'est la petite propriété qui a toutes leurs préférences ; d'autres fois, c'est le métayage ; à d'autres moments, ce sont des coopératives qui permettront au paysan, recueillant une douzaine d'oeufs en basse Bretagne, « de se passer de l'intermédiaire » et « de les vendre directement » au bourgeois parisien qui mange deux œufs à la coque pour son déjeuner! Ils cherchent des moyens « pour attacher le paysan à la terre » : comme si la grande œuvre de la Révolution n'avait pas été de détruire le lien féodal qui l'engluait dans la glèbe ! lis cherchent des combinaisons pour le renouer, sans réfléchir que s'ils essayent d'immobiliser l'homme, au moment où* tout se mobilise, ils lui enlèvent la plus grande partie de sa valeur, et que s'il se sent contraint à cette immobilité, il deviendra un mécontent et un révolté, comme Tétait le mainmortable de 1789.

Ne se sont-ils pas avisés de découvrir le homestead exemption, d'après lequel, aux États-Unis, tous les petits propriétaires s'empresseraient de rendre insaisissable leur maison et une certaine étendue de terre ! Il n'y a pas de conception plus antiéconomique. Quand mon ami Donnât m'en parlait, je lui disais toujours

que j'étais fort surpris que cette institution de stagnation pût se concilier avec l'esprit d'initiative et d'entreprise des Américains. M. Paul Bureau est allé l'étudier sur place1. 11 a eu toutes les peines du monde à la découvrir en pratique. Elle n'existe que sur le papier. MM. Lemire et Leveillé veulent l'introduire dans notre législation. M. Cheysson la considère comme une panacée. En réalité, le homestead doit être repoussé pour les motifs suivants.

1° C'est une institution qui immobilise, qui « solidifie », en quelque sorte, la propriété foncière, et, à ce titre, c'est une institution mauvaise. Elle est mauvaise encore en ce qu'elle a pour objet de protéger l'individu contre ses propres entraînements.

Dans notre législation, n'avons -nous pas quelque chose d'analogue, le régime dotal, celte législation qui, sous prétexte de protéger la femme mariée, paralyse l'initiative du mari, immobilise la propriété ? Avec quel succès, tout le monde le sait, et l'on connaît les fraudes à l'aide desquelles la loi est chaque jour tournée, les remplois factices et ruineux.

2° On sait qu'une des bases du crédit, c'est précisément le risque que court le débiteur d'être exproprié des garanties matérielles offertes par lui à son créancier. Diminuez ce risque, vous réduisez le crédit : la nouvelle loi sur la liquidation judiciaire a précisément causé, à cet égard, de graves préjudices au crédit des commerçants.

Le homestead ne peut que nuire à ceux qui ont justement le plus grand besoin du crédit.

1. Voir le Homestead, un vol. in-8°, précédé d'un rapport de M. Lcvasseur; 1894.

Le législateur n'a pas à intervenir dans la répartition de la propriété. Il doit s'abstenir, même dans les lois successorales, sinon pour préserver les droits des mineurs, des incapables et des absents. Nous devons revenir, par étapes, à la liberté de tester.

Nous ne devons pas essayer, par des moyens factices, de maintenir les paysans à la campagne. Ce sont les populations urbaines qui sont les grandes clientes des cultivateurs, provoquent une agriculture plus intensive, en lui fournissant des débouchés d'autant plus finissants qu'elles sont plus nombreuses, plus actives et plus riches. Les propriétaires actuels, qui gémissent sur le développement des villes, ne sont pas plus raisonnables que leurs pères quand ils s'opposaient aux routes et aux chemins de fer.

Des philanthropes s'imaginent que l'humanité les a attendus pour avoir des logements à bon marché : comme si les malheureux n'avaient pas dû commencer parla, et comme si la grande majorité même des habitants des pays les plus civilisés n'étaient pas obligés de s'jm contenter! Les uns trouvent des combinaisons pour vendre des maisons en cinquante ans; et ces maisons sont bâties de telle sorte qu'elles n'existeront peut-être plus à cette date. Eussent-elles la solidité des Pyramides, qu'il est imprudent de pousser des gens à devenir propriétaires autour d'une usine ! Cette usine durera-t-elle toujours? aura-t-elle toujours du travail adonner? et si elle n'en a plus, que devient le propriétaire de cette maison à bon marché? et l'usine fermée, que vaut sa maison?

Les prix de main-d'œuvre ne conviennent plus à cet ouvrier. Ailleurs il pourrait trouver un salaire plus

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rémunérateur. Mais il est devenu propriétaire : il est attaché à sa coquille, et il n'a même pas, comme le limaçon, la faculté de la transporter avec lui là où se produit le besoin de son travail.

A ces trois préjugés :

La terrée n'est pas un capital comme un autre; la terre n'est pas un fonds de placement comme un autre ;

L'agriculture n'est pas une industrie comme une autre ;

11 est bon d'attacher l'homme au sol;

Il faut répondre :

La terre est un capital comme un autre ; la terre est un fonds de placement comme un autre ;

L'agriculture est une industrie comme une autre ;

La propriété doit être aussi mobile que les besoins.

Aux États-Unis, tandis que, sur 4,767,000 exploitations rurales, 3,142,000 sont cultivées par leurs propriétaires et 1,624,000 seulement par des fermiers, sur 7,922,000 maisons, 5,000,000 sont habitées par des locataires1 : et cependant il n'y a rien de plus facile que d'acheter une maison ; mais les hommes craignent de prendre racine sur place, et ils prouvent leur sagesse en repoussant les avances qu'on leur fait.

1. Robert P. Porter, Superintendance ofthe eleventh United States census; The Investors* Review, nov. 94.

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