II. — Deuxième paragraphe, première ligne : deuxième erreur
— La forme et le fond. — L'aliment propriété.
III. — Contradiction. — Communisme primitif. — Première forme de l'état social. — Weyddahs, Fuégiens, Australiens. — Constatations de Letourneau. — Contradiction de M. Lafargue.
— Communisme. — Importance de la coutume.. — Propriété personnelle d'objets. — Esclavage des femmes, des enfants, des vaincus. — L'agriculture répugne à l'homme. -— D'abord en commun. — Puis s'individualise. — Conséquences qu'en tire M. Lafargue. — Le bourgeois ne comprend pas le communisme primitif.
IV. — Apologie de la vie sauvage par M. Lafargue. — Triple point de vue physique, moral et intellectuel. — Les rhumatismes de l'Australien. — Sa force. — La faim. — L'orgie de baleine. — Le territoire d'alimentation. — « Le sauvage ne frappe pas son enfant ; » il le mange. — La femme, bête de somme et de boucherie. — - « Comme quoi la propriété a dépossédé la femme de sa haute position sociale. » -— Vaut-il mieux manger ou conserver l'esclave ? — « Là où il n'y a pas de propriété, il ne saurait y avoir d'injustice. » — Apologie des Peaux-Rouges. — Tacite et Salvien.
V. — Contradiction. — M. Lafargue vante l'aptitude des primitifs à la civilisation. — Les faits. — Truisme.
VI. Accord sur ce point : le communisme est d'autant plus complet que la personnalité est moins développée, — Désaccord sur les conséquences.
Chapitre I0', première ligne : première affirmation, première erreur de M. Paul Laforgue : « La propriété est pour les économistes un phénomène social soustrait à la loi d'évolution qui gouverne le monde matériel et intellectuel. »
M, Paul Lafargue procède par affirmations dogmatiques qui rappellent les docteurs du temps de Molière. Il prouve que l'ignorance est une indépendance. S'il avait ouvert seulement Adam Smith et J.-B. Say, il aurait vu que les économistes avaient eux-mêmes signalé que la propriété n'avait pas toujours été identique à elle-même. On verra plus loin que M. Paul Lafargue éprouve la plus violente indignation contre les modifications qu a fait subir la Révolution française a la propriété foncière ; il ignore que la plupart de ces modifications avaient été réclamées par les physiocrates, qui ne considéraient pas les institutions féodales qui l'écrasaient, comme immuables dans le passé et dans Tavenir.
S11 m'est permis d'invoquer mon propre témoignage, je rappellerai que je disais dans la Science économique: h La propriété foncière, comme toutes les propriétés, est susceptible de recevoir plusieurs formes variables selon le degré de civilisation des peuples, selon leur organisation, les productions et le mode d'exploitation du sol. »
Deuxième paragraphe , première ligne : deuxième erreur : « La propriété d'appropriation personnelle ou
individuelle est la plus primitive forme de l'humanité- »
Je ne comprends pas bien comment « la propriété » peut être « une forme de l'humanité » ; mais passons sur ce détail. Si on enlevait aux socialistes les termes impropres de leur phraséologie, que leur resterait-il ?
Après la forme, que nous négligeons, le fond. Qu est-ce qu'entend M. Paul Lafargue para cette propriété d'appropriation personnelle ou individuelle qui est la plus primitive forme de l'humanité »? 11 nous Je dit : « Susceptible d'une grande extension, elle commence aux aliments ; » et voilà pourquoi, comme elle est « la plus primitive forme de l'humanité »t le progrès, d'après M, Paul Lafargue, consiste à revenir au communisme.
H. Lafargue pourrait- il expliquer comment un être organique pourrait vivre sans l'appropriation de ses aliments ? Si elle n'est pas encore complète quand le Weyddah de Ceylan lient un fruit dans sa main, elle est accomplie quand il Ta introduit dans son estomac. Sa notion de la propriété ne va pas au delà ; et les hordes d Indigènes de Bornéo, les Bochimans de l'Afrique australe, ne paraissent pas en avoir une idée plus développée1.
On ne sait si les Fuégîens de la Terre de Feu, si les Tamasmens délimitent des territoires de pêche ou de chasse. Les Fuégiens ont si peu le sens de la propriété
i . Éukèe Reclus, t XVJ1I, p. 764.
SUR L'ORIGINE DE Lk PROPRIETE il
individuelle, que Darwin raconte que si Ton donne à l'un d'eux une pièce d'étoffe, il la déchire en morceaux et que chacun en prend sa part.
Mon ami le docteur Letourneau, qui ne doit pas être suspect à M. Paul Lafargue, car ses livres sont volontiers invoqués parles socialistes, communistes et anarchistes, constate, dans son Evolution de la propriété, « la métamorphose graduelle du droit de propriété, puisque ce droit part toujours du collectivisme pour aboutira l'individualisme* *,
M. Paul Lafargue, afin de montrer la solidité de sa doctrine et la rigueur de sa méthode, après avoir commencé son premier chapitre par la phrase que nous avons citée, commence son second chapitre en disant: *< Il existe encore des sauvages qui n'ont aucune notion de propriété foncière, soit individuelle, soit collective, et qui sont a peine parvenus à la possession individuelle des objets d appropriation personnelle. » Et il termine son chapitre 11 en disant: « Le communisme a été le berceau de l'espèce humaine ; la civilisation a partout détruit ce communisme primitif. »
Et même M. Lafargue dit pourquoi : « L'homme primitif n'a pas Tidée de propriété personnelle, parce qu'il n a pas conscience de son individualité. » Je félicite M. Lafargue d'avoir fait la découverte que constate cette phrase pendant qu'il écrivait son chapitre 1er, qui commence par une affirmation toute contraire. Ici nous sommes d' accord sur le fait.
Seulement, tandis qu'il le regrette, comme le docteur Letourneau, nous n'éprouvons pas le même sentiment.