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M. Ferdinand Buisson confessait avec angoisse : « la France s’en va faute d'enfants, et la natalité dimi nue à mesure qu'augmente l’aisance. Continuons ainsi, et dans dix ans le nombre des conscrits allemands sera juste du double de celui des aôtres, ces nombres étaient égaux en 1860. Y a-t-il un remède ? S'il n'y en a pas, c’est la fin et de toutes la plus honteuse, car c’est la fin par égoïsme. par indignité de vivre ».
Les Etats-Unis de l'Est font à notre société une triste concurrence sur ce terrain. À Washington, dans une maison à locataires, appartment House, où demeurent 64 couples adultes, 1l ne se voit que deux enfants dont un Belge (1). Ce n’est point ici l’entrave au droit de tester qu’il faut incriminer. Chacun a la libre disposition de ses biens par testament, chacun peut laisser la plus grande partie de sa fortune à un étranger. C’est un bien acquis par le travail, libre à l’individu d’en disposer à son gré. L'idée qu'on se fait des obligations du père de famille n’est pas la même que chez nous, le fils a l’avenir devant lui qu’il donne libre cours à son activité.
L'alcool a été mis en cause ; sans nier les effets déplorables de l'alcoolisme, ou peut être persuadé qu'il n’a pas grande importance dans la question. Les
parents alcooliques voient souvent leurs enfants afligés
1. Cité par le vicomte d’Avenel. Revue des Deux-Mondes 1°r janvier
de tares congénitales, et la mortalité infantile les frappe plus que les autres. Maïs les départements qui ont une forte natalité, sont quelquefois ceux où l'alcoolisme sévit, comme c’est le cas pour certains départements bretons.
M. Lucien March(1) dans la Réforme sociale dit que la natalité paraît surtout avoir baissé dans les régions de petite culture et de petite industrie, de 1835-1840 à 1891 1900 il a constaté que la proportion des petites côtes est la plus élevée là où la natalité s’est le plus affaiblie. Cette remarque appuie l'opinion qui attribue au morcellement excessif une fâcheuse influence sur la natalité.
Nous croyons qu'il y a une part de vérité dans toutes ces opinions, les causes de la dépopulation sont variées (2). Nous sommes avec ceux qui demandent un allègement de charges pour les familles nombreuses. Oui, sans doute, le paysan français craint d’avoir plusieurs enfants, parce qu'il ne veut pas qu'on réduise son bien en poussière après sa mort. Il a acquis un petit pécule à force de travail, d'économies, de privations, un amour paternel mal compris lui fait désirer pour son fils, une vie plus calme et plus heureuse que
celle qu'il a vécue. Et puis ila de l’ambition, il souhaite
1. V. Réforme sociale, no du 16 octobre, 1908. 2. V. Sur la dépopulation, enquête et ses résultats publiées dans les numéros de la Réforme sociale, 1908.
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faire de son fils un « mossieu » et de sa fille une dame. C’est en se saignant aux quatre veines qu’il y parviendra.
Qu'importe, il ne pourrait pas se bercer de ces beaux rêves, s'il avait trois ou quatre enfants. Il aura un fils oui, c’est là le summum de ses désirs, ce fils transmettra son nom, conservera les traditions, et lui sera, il l'espère, un sujet d’orgueil pour ses vieux jours.
Une modification apportée au Code civil, ne suffirait, pas à faire de la France une nation débordante de sève ; ce qui entretient avant tout une natalité élevée, c’est une moralité élevée. M. Isaac, l’éminent président de la chambre de commerce de Lyon, envisage la question sous cet aspect :
« Pour moi il n’y a pas de doute, la question est surtout d'ordre moral; j'ai dix enfants, je sais ce que c’est qu’une nombreuse famille ; ce n’est pas une sinécure que d’en être le père.On n’accepte pareille tâche que par conscience et par respect de la loi religieuse. Là où le sentiment religieux s’atténue, les familles nombreuses vont en diminuant. Ici à Lyon il y a encore beaucoup de familles nombreuses. J’en ai autour de moi plusieurs de huit, neuf ou dix enfants. Je n’y vois pas d’autres causes que la conscience religieuse. Il y a dans les classes pauvres même sans religion, quelques familles très nombreuses. On dit qu’elles proviennent de l'insou-
ciance, c’est exact. Insouciance ou confiance en Dieu
Dussert 4
ne
se confondent dans un même sentiment d'abandon. Les gens qui calculent trop ont peu d'enfants (1).
Et M. Adrien Delor:
« L'histoire dira si la civilisation basée sur la loi divine et la contrainte individuelle n’était pas supérieure pour faire une race et une patrie à celle quitend de plus en plus à prendre pour base la jouissance individuelle et l'adoration du veau d'or. »
Les lois successorales françaises ont une influence néfaste sur la natalité, elles incitent le paysan à faire « des aînés en supprimant les cadets ».
Les cadets que l’on à tant voulu protéger, à qui on a réservé une part égale dans la fortune patrimoniale, ne bénéficieront même pas du bienfait de la vie, ils ne naitront pas. Les réformes ne seront cependant qu’un palliatif, il ne faut les envisager que comme un soutien pour la loi morale qui est le véritable pivot de la
question.
1. Cité par M. Ambroise Rendu, dans un article paru dans la Libre Parole, en 1908.