PART SOCIALE DANS LES REVENUS NETS
besoins de riiidustrie, même des simples modes et des caprices de l'opinion. Ce n'est donc pas seulement la rente foncière qui renferme théoriquement une portion attribuable à la société; c'est tout revenu net prélevé au delà : 4° du recouvrement des frais; S'' du salaire, c'est-à-dire de la rémunération due au capital et au travail. On en voit un exemple dans les prêts de toute sorte avec intérêt. La partie de l'intérêt qui ne se résout pas en remboursement de frais et en salaire du travail ou du capital, est une sorte de rente et de plus-value. Mais cette observation même prouve ce qu'il y a de chimérique dans le socialisme qui s'attaque à la rente. Ici encore nous demanderons aux socialistes comment ils espèrent, en tout profit et, pour être logiques, en toute perte, faire la part de l'individu et la part qu'on pourrait appeler sociale? Quelle utopie que de vouloir supprimer dans les choses humaines la part de Valea, de la chance et du hasard! Les ouvriers eux-mêmes profitent souvent des circonstances : que la demande de tel ou tel produit augmente, les ouvriers qui le fabriquent seront payés plus cher, tandis que d'autres ouvriers verront diminuer leur salaire. Ces derniers crieront-ils que leurs compagnons sont des « rentiers »? Demanderont-ils une indemnité à leurs rivaux plus heureux? Les jardiniers qui ont reçu la pluie dans leur jardin et lait bonne récolte devront- ils réparation à ceux que la sccheicsse a ruinés? Nous ne méconnaissons pas
qu'il s'agit dans ce cas de phénomènes passagers, et non d'une sorte de privilège comme la rente mobi-. lière ou immobilière. Mais, d'autre part, la rente mobilière tend elle-même à diminuer : le taux de l'intérêt va s' abaissant par un mouvement naturel. Le mal ici s'amende donc de lui-même. L'État pourrait le diminuer encore en favorisant les institutions du crédit, les banques de prêts populaires, qui ont réussi dans d'autres pays. Enfin, une meilleure assiette et une plus équitable répartition de l'impôt, qui ne devrait pas, en pesant sur les subsistances, devenir un impôt progressif à rebours, voilà le plus sûr moyen de faire retourner en quelque sorte la partie sociale des revenus à la société entière.
L'héritage peut être, en certains cas, une troisième cause d'accumulation de richesses; aussi les socialistes, dans leurs déclamations, ont-ils attaqué la légitimité de l'héritage. Cette légitimité est pourtant incontestable, au double point de vue du droit et de l'intérêt social : le droit de posséder et de consommer implique celui d'épargner et de donner ; quant à l'intérêt commun, il est évidemment utile que l'individu capitalise le plus possible, par cela même fournisse le plus d'éléments possible au progrès et à la sélection sociale. Mais, d'autre part, rÉtat a ici un droit d'intervention et de restriction vainement nié par certains économistes. En effet, le contrat par lequel le testateur donne ses biens à un autre homme porte non seulement sur le présent,