LE DEVOIR SOCIAL D*ASSISTANCE ET LA PHOPRIÉTÉ
venus y soient introduits par la volonté même de certains individus; le devoir moral d'assister ces nouveaux venus subsistera dans le présent, mais il est clair que l'ensemble des habitants aura le droit de surveiller pour l'avenir une telle introduction et d'en régler les conditions. S'il s'agit, par exemple, de mettre des enfants au monde en nombre trop grand pour que l'Ile puisse les nourrir, le petit État que nous examinons ne pourra assumer pour Tavenir le devoir social d'assistance, si les individus ne renoncent pas de leur côté, comme dit Stuart Mill, à leur droit de multiplication indéfinie.
C'est faute d'avoir fait la distinction qui précède que Malthus rejette absolument tout devoir d'assistance et confie à la nature le soin de faire justice. « La peine attachée à l'imprévoyance par les lois de la nature, prétend-il, retombe immédiatement sur le coupable, et cette peine est d'elle-même sévère. » — Mais, peut-on répondre, ceux qui souffrent le plus de l'imprévoyance du père, n'estce pas , au contraire , la femme et les enfants innocents? — « Laissez faire, poursuit Malthus, laissez passer la justice de Dieu. » — Ces prétendues lois de Dieu, où Malthus veut nous faire voir la justice, sont l'injustice même. Pour échapper aux objections des moralistes, le pasteur anglais n'a d'autre ressource que d'invoquer le péché originel, « Il paraît indispensable, dit-il, dans le gouver-
nement moral de cet univers, que les péchés des pères soient punis sur les enfants. Et si notre vanité présomptueuse se flalte de mieux gouverner en contrariant systématiquement cette loi, je suis porté à croire qu'elle s'engage dans une folle entreprise. » Où Malthus voit un effort de la vanité humaine, la science sociale voit un effort de la justice humaine, supérieure à la prétendue justice de la nature ou de la Providence. S'en remettre aux lois naturelles et providentielles pour prévenir ou réparer l'iniquité, c'est agir comme des êtres sans intelligence et sans volonté, c'est accepter pour l'homme la fatalité qui régit les animaux, a lesquels pourtant n'ont point mangé du fruit défendu ».
La thèse de Malthus, adoptée par beaucoup d'économistes anglais, comme par les naturalistes de l'école darwinienne, est contraire non seulement à la fraternité pure, mais encore à la stricte justice. Malthus raisonne comme si, actuellement, il n'y avait point sur la terre assez de nourriture pour tous les hommes, comme si, dans l'état actuel de la société, il ne se trouvait pas des hommes jouissant du superflu à côté de ceux qui n'ont point de quoi vivre. Au lieu de limiter ses assertions à l'avenir, et à un avenir encore lointain, il prononce pour le présent même ces dures paroles, tant de fois reprochées par les socialistes aux purs économistes comme étant la plus sincère formule de