‹ La propriété socialeChapitre 27 sur 55 · LES INCONVÉNIENTS DE L'ASSISTANCE SOCIALE · texte numérisé non relu

LES INCONVÉNIENTS DE L'ASSISTANCE SOCIALE

Tel un instrument dont les cordes se sont détendues n'a plus des sons aussi forts ni aussi harmonieux. C'est un amollissement de l'espèce, laquelle est devenue du même coup un peu plus nombreuse et un peu plus faible. En conservant la partie la moins vivace des générations présentes, on a préparé la décadence des générations à venir.

Cette décadence se produit encore pour d'autres raisons. — Votre philanthropie, disent lesdarwinistes, supprime ou atténue certaines influences nuisibles, ce qui donne aux constitutions délicates plus de chances de survivre et de se propager; mais vous ne voyez pas qu'à la place des influences défavorables par vous supprimées, vous faites surgir de nouvelles causes destructives. « Si l'on diminue la vitalité moyenne , dit Spencer , en protégeant plus efficacement le faible contre les conditions défavorables, on verra inévitablement apparaître des maladies nouvelles, » car l'accroissement des maladies est corrélatif à l'aftaiblissement de la vitalité. Voyez plutôt les nombreuses maladies inconnues parmi les barbares et dont souiïrent les races civilisées ^ Les maladies du cerveau, principalement, semblent s accroître avec la civilisation : leur rapport avec la population totale paraît avoir doublé en France depuis 1833.

1. On peut consulter à ce sujet le docteur Jacoby, Études sur la sélection, p. 441 et suiv. : de C^^nûoWç., Histoire des sciences et des savants en Europe; Essai sur la sélection dans V espèce humaine.

L'activité imprimée à Tindustrie, aux arts et aux sciences, ragitatioii politique et sociale, la fièvre du gain et la vie dévorante des cités engendrent dans les nations civilisées un état d'excitation cérébrale qui ressemble à l'ivresse et qui doit disposer aux troubles intellectuels. Ajoutons que la nécessité d'entretenir les faibles et les « non-producteurs » , comme dit Spencer , amène une surcharge de plus pour les « producteurs » ; la fatigue de ces derniers augmente donc jusqu'à devenir pour eux une cause de maladies ou de décès prématuré; la mortalité, évitée sous une forme, reparaît ainsi sous une autre : ce sont finalement les moins bien doués qui survivent et les mieux doués qui disparaissent.

Si cette fraternité mal entendue se perpétuait, elle finirait, selon les darwinistes, par changer une société vigoureuse et jeune en une société vieille avant l'âge. Supposez une nation tout entière composée de vieillards : la vieillesse diffère de la jeunesse et de l'âge mûr en ce qu'elle est moins active pour la production et moins capable de résister aux causes de destruction ; les hommes qui, bien que jeunes encore, ont une constitution faible, se trouvent dans une position analogue. Une société de gens affaiblis doit donc mener la vie que mènerait une société composée de vieillards n'ayant personne pour les servir. La ressemblance se complète en ce que, des deux côtés, la vie manque de cette énergie qui rend le travail facile et le plaisir vif. Le vieillard voit augmenter pour

Page 1