CHAPITRE IX
L'hypocrisie des Guises met la prétendue conspiration punie à Amboise sur le compte du calvinisme et fait paraître un édit portant abolition des crimes commis sous prétexte de religion. — Le chancelier Olivier meurt de douleur; Catherine de Médicis le remplace par Michel de L'Hôpital. — Le prince de Condé, les Montmorcncis, les Colignis , se retirent dans leurs terres.
L'hypocrisie des Guises ayant mis sur le compte du calvinisme la révolte des peuples opprimés, qu'échauffaient de grands offensés, ils imaginèrent de terminer l'affaire d'Amboise par un édit portant abolition de tous les crimes commis sous le prétexte de la religion (1), pourvu que les coupables rentrassent dans le sein de l'église.
Le chancelier Olivier mourut de douleur à la suite de l'exécution d'Amboise. Il ne voulut pas voir le cardinal de Guise; il s'écria en refusant sa visite : Maudit cardinal, tu te damnes, et nous fais tous aussi damner. Catherine le remplaça par Michel de L'Hôpital, voulant s'appuyerde ses sages conseils contre la puissance des Guises.
(i) Édit de i56o.
Depuis qu'ils se trouvaient bien affermis, ils dédaignaient de lui communiquer les affaires ; elle avait cessé aussi d'avoir confiance en eux. A la naissance de leur pouvoir avaient commencé les variations qu'on a tant reprochées à cette reine, et auxquelles les historiens donnent, des causes si différentes. Un jour , disent les historiens favorables aux religion naires , elle recevait leurs écrits et semblait approuver leur doctrine; le lendemain elle leur était contraire. Certes, ces variations avaient des causes bien autres que les opinions religieuses ! Elle était, favorable aux Guises quand elle craignait Condé , Montmorenci, Coligni; ou à ces derniers quand la puissance des Guises l'humiliait ou l'inquiétait. Elle agissait alors d'ellemême comme le chancelier de L'Hôpital lui conseilla d'agir quand il eut sa confiance, et l'on peut croire qu'elle la lui donna parcequ'il pensait comme elle, et non qu'elle pensa comme lui quand elle lui eut donné sa confiance. Pendant tout le règne de François II la reine fut vacillante comme le caractère du roi.
Montmorenci, Condé et tous les grands du même sentiment quittèrent la cour. Montmorenci alla bouder dans ses terres , et le prince de Condé se rendit à Nérac pour se plaindre au roi de Navarre des mauvais traitemens qu'il avait éprouvés à Amboise.