‹ La proscription de la Saint-BarthélemiChapitre 9 sur 100 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Faiblesse du prince de Condé qui désavoue son parti. — Fausse générosité du duc de Guise. — Bévue de quelques historiens qui représentent les deux princes comme héroïques dans cette circonstance. — La conjuration n'avait pour objet aucun intérêt de religion. — Les Montmorencis partisans secrets du prince de Condé.

Le prince de Condé voit ruisseler le sang de son parti dans Amboise , et douze cents cadavres suspendus à de longues perches aux murs d'enceinte de la ville. Il demande à prouver devant le roi et devant la cour, non que les victimes étaient irré-

5o EBAUCHE HISTORIQUE

prochaines, que c'étaient des Français dévoués à leur roi, que leur but était de lui faire connaître d'utiles vérités; mais qu'il n'était pas leur complice. « Si quelqu'un , dit-il , est assez hardi pour sou- * tenir que j'ai tenté de révolter les Français contre »la personne sacrée du roi et que je suis auteur de » la conspiration , renonçant au privilège de mon »rang, je suis prêt à le démentir par un combat

singulier. »

t Et moi, dit aussitôt le duc de Guise, je ne .> souffrirai pas qu'un si grand prince soit noirci />d'un pareil crime et je le supplie de me prendre «pour second. »

Les narrateurs de cette étrange scène y voient deux héros, deux actes héroïques; de la part de Condé , c'est, disent-ils, un appel courageux à l'ennemi de la patrie qui est aussi le sien , et qui dans cette circonstance est à peu près maître de son sort. De la part de Guise, c'est la généreuse garantie d'une dénégation dont il lui importait et dont il lui était facile de prouver la fausseté !

Le fait est que Condé trahit son parti , car il avoua une conspiration , en affirmant qu'il n'y était pas entré. 11 déclara cette conspiration criminelle, en protestant qu'il n'en était pas complice. 11 rachète , à la vérité , ce qu'il y a de lâche dans cette trahison en s'attaquant personnellement à son ennemi ; mais la trahison reste.

DES GUERRES DE COUR. 5l

Guise ne veut ni combattre son ennemi ni en triompher par l'autorité sans le combattre ; on pourrait douter que cette conduite fût aussi brave que décente, si l'on n'était frappé de ce qu'elle a d'habile. Le duc de Guise sentit à l'instant tout l'avantage que lui donnait la dénégation du prince de Condé, qui accusait les victimes sacrifiées, justifiait l'épouvantable et inutile effusion de tant de sang, et se dégradait; il vit avec joie l'heureuse occasion, sinon d'acquérir l'amitié du prince, au moins d'étonner sa haine par l'apparence d'une générosité héroïque. Ajoutons, avec Castelnau, que le duc de Guise jugea plus prudent de laisser subsister un si puissant ennemi, que de prendre sur lui l'événement d'une si grande condamnation.

Cette fameuse scène ne présente que deux grands qui, dans les affaires où. ils entraînent les petits, ne sont occupés que d'eux-mêmes; et c'est là une de ces bonnes leçons de l'histoire qu'il ne faut pas refuser.

Quoiqu'un grand nombre d'écrivains du temps ait fait de la pétition d'Amboise une affaire de religion , les plus éclairés ont pensé, comme l'a dit un des plus judicieux, qu'il y eut plus de mal contentement que de huguenoterie , et dans le fait les écrits répandus dans le temps parles écrivains du parti , affirment qu'ils n'ont pas pris les armes

pour la religion (1), mais simplement pour réprimer la tyrannie des Guises et procurer l'assemblée des états, dans laquelle on aurait pu modérer les édits portés conlre les calvinistes. Ce sont les écrits des Guises , leurs déclarations adressées aux parlemens, aux gouverneurs de province et aux princes étrangers, qui ont répandu que la conjuration avait pour objet de changer la religion et d'établir en France une république.

Le connétable futchargé d'aller informer le parlement des évènemens d'Amboise ; on croyait le placer dans l'alternative de se rendre suspect à ses arnis en blâmant les conjurés, ou odieux au roi en les épargnant. Il se borna à présenter cette considération , que comme un particulier ne peut souffrir qu'on fasse violence à ses amis dans sa maison, ainsi, et à plus forte raison, le roi n'a pu voir sans irritation qu'on s'attroupât pour attaquer dans son château , sous ses yeux , ses oncles et ses ministres. Ainsi il laissa la liberté de croire que les Guises n'étaient pas irréprochables, que leur dureté et leur mauvaise administration avaient poussé des malheureux à la démarche dont ils avaient été si cruellement punis.

(i) Anquetil, livre I, page 65. — Mémoires de Condéj, tome I , page 347- — De Thou , livre XXV. — Davila , liv. II.

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