CHANTRE X
La reine assemble des notables à Fontainebleau. L'assemblée arrête la convocation d'un concile national et des états-généraux à Orléans. — Les Guises font de l'assemblée des états un piège contre les princes de la maison de Bourbon. — Le prince de Condé est condamné à mort.
La reine, (par esprit de conciliation > les Guises, pour sortird'une position équivoque, assemblèrent des notables à Fontainebleau, le 21 août i56o. Les princes, les plus puissans seigneurs, les chevaliers de l'ordre, les principaux magistrats des parlemens, s'y rendirent. Chaque parti fit une grande ostentation de principes: c'était à qui montrerait plus d'amour et de zèle pour l'état, et chacun faisait entrer dans son système de bonheur public l'intérêt de son culte, les Guises pour aider la domination politique de la] domination religieuse, les Condé pour aider la résistance à l'oppression politique, des intérêts de la liberté de conscience. ""^
La conclusion fut qu'il serait incessamment convoqué un concile national, et une assemblée d'états-généraux à la fin d'octobre, à Orléans.
Dans l'intervalle, il est croyable que les Bourbons remuèrent pour avoir des partisans dans les
états, et il est certain que les Guises ne négligèrent rien pour faire de cette réunion un piège dans lequel le prince de Condij* si bien disculpé à Amboise par le prince de Girree, trouvât la peine de son aversion pour les Lorrains.
Les trois frères, Antoine roi de Navarre, le cardinal de Bourbon , le prince de Condé , se rendent à Orléans. Le roi fait arrêter le prince de Condé, nomme une commission pour le condamner. Il faut, disaient les Guises, couper d'un seul coup la tête à l'hérésie et à la rébellion.
La tyrannie des Guises n'en voulait qu'à la révolte : mais ils craignaient de donner lieu de penser que la révolte n'en voulait qu'à leur tyrannie ; il fallait qu'elle se fût élevée contre de bons et fidèles catholiques et qu'elle fût inspirée par l'hérésie.
Le roi de Navarre s'humilia en vain devant le cardinal de Lorraine pour sauver son frère; il fut rebuté durement par le duc de Guise (1). La mort du roi de Navarre lui-même fut résolue; on décida qu'il serait assassiné sur un signe que ferait le roi dans son appartement. Mais il répondit si modestement, si humblement, que le roi le laissa sortir. Il entendit en se retirant un des Guises qui, outré de le voir échappé, s'écria en parlant du monarque : O le lâche ! ô le poltron (2) !
(1) Anquetii, page 83. — (2) Dauhigré , Cayet, Laplanche.
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