‹ La proscription de la Saint-BarthélemiChapitre 21 sur 100 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le connétable mécontent veut changer de situation. II en est de même de Coligni et de Dandelot. La régente temporise, use de me'nagement ; elle contient , si elle ne contente.

Le connétable était mécontent au fond et son parti ne l'était pas moins. L'habitude de se voir premier baron chrétien de France , d'être à la tête du culte catholique, d'être le chef d'une opinion unanime à la cour, lui rendait intolérable la plus faible participation des calvinistes à sa suprématie.

Le prince de Condé, plutôt séduit, distrait, entraîné que satisfait de sa position , avait contenté le vulgaire des protestans, qui, désormais tranquille dans sa croyance, se flattait de n'avoir plus à fournir des secours d'argent, de vivres, de logement à des troupes qui se disaient armées

pour eux. Peut-être aussi une grande partie des gentilshommes armés à leurs dépens rentraient avec plaisir dans leurs foyers. Mais la paix avait révolté les têtes principales du parti , les trois Coligni, et les ministres protestans, Calvin et Théodore de Bèze qui se trouvaient avec Dandelot à Orléans quand cette paix fut conclue. L'amiral fut outré de colère en apprenant qu'il fallait dissoudre une armée vaillante et renvoyer les reîtres et les lansquenets en Allemagne, au moment de former une entreprise glorieuse et décisive. Les Coligni, les ministres protestans firent de vifs reproches au prince de Condé et lui prédirent qu'il ne tarderait pas à se repentir de sa légèreté ou de sa faiblesse. Les Coligni et surtout Dandelot étaient les premiers hommes du temps; ils balançaient, par la supériorité de leur esprit, la considération que le connétable tenait de son nom. Unis avec les chefs de la doctrine protestante, ils pouvaient tenir tête au connétable, et au cardinal de Lorraine qui figurait alors merveilleusement au concile de Trente.

Des deux côtés les chefs respiraient encore la guerre, et la régente discernait toutes les circonstances qui l'environnaient. Elle fit ce qu'il fallait faire pour gagner du temps, et c'était le parti le plus sage avec un roi de quatorze à quinze ans , qui dans quelques années pouvait imposer aux

factions par ses propres déterminations, et dont le caractère annonçait de la résolution.

Encore que la reine eût prévu l'opposition du connétable, elle jugea cependant convenable de ne pas absolument l'écarter des affaires publiques. Des raisons de bienséance plutôt que de justice peut-être, la décidèrent à cette réserve. L'âge et les anciens services du connétable, sa captivité, l'expulsion récente des Anglais qui occupaient le Havre, l'espérance de le voir payer par plus de confiance et de considération les services qu'elle venait de lui rendre en faisant la paix, et par plus de reconnaissance le pouvoir qu'elle mettait volontairement entre ses mains • de le voir aussi moins travaillé d'ambition personnelle, la rivalité du duc de Guise n'existant plus ; enfin de lui inspirer pour la mère du roi majeur une soumission qu'il avait refusée à la régente ; toutes ces circonstances dé terminèrent Catherine à maintenir le connétable au commandement des armées. Ajoutons que l'intention de cette princesse n'ayant jamais été de favoriser l'invasion du calvinisme, ni d'abandonner l'ancienne religion de l'état, qui n'avait pas cessé d'être la plus générale et qui lui paraissait tout aussi bonne qu'une autre pourvu qu'on la guérit de l'intolérance que lui avait inspirée son ancienne possession de l'exclusif, elle était bien aise de maintenir au pouvoir le connétable, qui serait,

si on peut le dire, l'enseigne de sa politique à l'égard des cultes.

Enfin elle se persuada peut-être que quand le connétable serait pour elle un froid ami, il valait mieux le maintenir dans son indifférence par une confiance réservée , que de s'en faire un violent ennemi par un éloignement contempteur.

Pour assurer que c'était là une erreur , il aurait fallu pouvoir dire avec certitude le mal qu'aurait fait et le bien qu'aurait empêché le connétable écarté des affaires. Cependant il est certain que le plan de la reine n'eut pas un plein succès. Le connétable se persuada que l'autorité partagée précédemment entre le duc de Guise et lui devait désonnais lui revenir tout entière. Cette autorité qui lui avait été ravie par le prince lorrain, dont il avait ensuite été trop heureux de recevoir de sa main une part assez faible, il ne voulait pas oublier qu'il l'avait possédée sans partage sous Henri II, son compère, et il voulait traiter la reine-mère, la tutrice naturelle de Charles IX, majeur de droit, enfant en réalité, comme il avait fait l'épouse négligée de Henri II, du temps de la duchesse de Valentinois. Il ne concevait pas que la reine se dispensât de prendre ses conseils dans toutes les affaires, qu'elle marquât de la confiance au prince de Condé. Il ne pouvait souffrir l'exécution d'une loi qu'elle avait faite et

crai favorisait la liberté de conscience qu'il avait, toujours détestée; il lui fallait la guerre pour détruire, disait-il, toutes les causes des maux de l'état.

Tandis que le vieux et farouche connétable murmurait, déblatérait contre la cour, rabrouait les imposteurs, le petit et sémillant prince de Condé v répandait l'enjouement de son esprit et les charmes rie sa galanterie; il était l'âme de la société particulière de la reine. Ennuyé de la guerre, dégoûté de l'intrigue, rebuté par la sévérité un peu triste des Colignis, obsédé de la chaleur des ministres réformés qui le poursuivaient sans cesse , il respirait au sein d'une cour galante, très exercée dans l'art de plaire, et qui, à l'exemple de la régente, était empressée à y réussir près de lui.

Il jouissait sans impatience des espérances qu'elle lui avait données, en goûtant des jouissances qui étaient pour lui d'un prix supérieur à celles du pouvoir.

La reine exerçait alors sur lui cet empire créé par François Ier sur les grands de sa cour , cet art de les asservir par les voluptés, et qu'on nomme galanterie.

Éléonorede Roye, princesse de Condé, -mourut dans ce temps-là. Catherine essaya de distraire le prince d'abord par le projet d'un second mariage avec Marie Stuart, reine d'Ecosse, veuve de Fran-

çois 11; ensuite par les séductions de deux femmes de sa cour, la veuve du maréchal de Saint-André et Isabelle de La Tour de Turenne, appelée la belle Limeuii ; la première lui donna son bien, et la seconde lui sacrifia son honneur (1).

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