CHAPITRE VI
Convention glorieuse pour Coligni et le prince de Béarn. — Le roi s'éloigne tout-à-fait de sa mère et de son frère , se jette du côté de Coligni et de son parti contre sa mère et le duc de d'Anjou. — Principe de la Saint-Barthélemi.
Ces conventions étaient glorieuses pour l'amiral, pour les jeunes princes, et surtout pour Jeanne d'Albret, qui était l'âme des conseils à la Rochelle.
Cette princesse était à l'égard du prince de Béarn son fils, et du prince de Condé son neveu, ce que Catherine de Médicis avait été successivement près de ses deux fils , François II et Charles IX , et ce qu'elle n'était plus: mère chérie, tutrice respectée, guide écouté et suivi en toute occasion avec une confiance sans réserve.
Elle jouissait de sa position, tandis que Catherine dévorait l'humiliation de la sienne; l'une plus heureuse, l'autre plus malheureuse, par la comparaison qu'elles faisaient l'une et l'autre de leur sort respectif.
Les deux jeunes princes reconduisirent les Allemands jusqu'à Lângres;ils revinrent ensuite à la
Rochelle , où ils fixèrent leur demeure près de la reine de Navarre. Les protestans prirent confiance dans un état de choses garanti par la disgrâce de Catherine, du cardinal de Lorraine etdeTavannes qu'ils regardaient comme leurs ennemis, et se reposèrent sur la volonté d'un jeune monarque qui annonçait de la vigueur de caractère et dont la jeunesse promettait un long règne. Le mariage de Charles, qui eut lieu le 23 octobre 1670, avec Elisabeth d'Autriche, seconde fille de l'empereur, princesse grave et prudente, douce et réservée, rassurait encore contre un retour de confiance et de soumission de la part du roi vers sa mère.
Le roi se jeta du côté de la petite cour de la Rochelle, non qu'il y vît des amis, mais parcequ'elle était composée des ennemis de sa mère et de son frère. Il parla de marier sa sœur Marguerite au prince de Béarn , le prince de Condé fut destiné à Marie de Clèves, troisième sœur de la duchesse de Guise; l'amiral lui-même, s'étant marié à la duchesse d' Autremon t , qui possédait en Savoie de grands biens , dont le duc de Savoie avait ordonné la saisie, le roi interposa ses bons offices en faveur des deux époux.
Il montrait une telle bienveillance aux jeunes princes , à leur mère , à l'amiral de Coligni , que Jeanne résolut de rendre les places de sûreté avant l'expiration des deux années pour lesquelles elles
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étaient livrées, et les remit en effet : procédé dont n'eut pourtant point été capable une âme moins généreuse et moins élevée. Des deux parts on se donnait des avis importans, des deux côtés on punissait les brouillons, on concertait des mesures utiles; le roi se complaisait dans ces communications, qui promettaient le bonheur public. On veut que sa bienveillance ne fût qu'apparente, que ce fût une feinte qui cachait le dessein du massacre de la Saint-Barthélémy. Une telle profondeur de scélératesse est impossible à vingt ans, et comme tous les crimes de ces temps malheureux s'expliquent par l'anarchie, par l'absence des lois, qui autorisent tout ce que paraît demander la sûreté individuelle, il est absurde d'avoir recours, pour les rendre croyables, à des prodiges de férocité, et d'imaginer des monstres.