XXVII. Sur cela sa majesté avertit le roi de Navarre
qu'il était à propos qu'il fit venir au Louvre tout ce qu'il
;i\ ;iit de gens à lui , sur lesquels il pouvait compter , afin de s'en servir pour arrêter l'insolence et l'impétuosité des Guises, qui , dans l'agitation violente où étaient les esprits , pouvaient , à l'aide de la populace, entreprendre quelque mauva.s coup. . . Le roi de Navarre sut très bon gré au roi de cet avis, et il (it venir des gens dont il connaissait la bravoure, pour rester auprès de lui pendant la nuit.
XXVIII. Quelques personnes attentives ayant remarqué que les rues et les environs du Louvre étaient pleins de gens en armes qui allaient et venaient ; que le peuple était dans l'agitation et le mouvement , et qu'on entendait des menaces de tous côtés , jugèrent que tout se préparait à une émotion , et ils en donnèrent avis à sa majesté. « Coligni n'a rien à craindre, répondit le roi, qu'il demeure tranquille; rien ne se fait que par mes ordres ; il s'agit de calmer une populace que les Guises veulent mettre en mouvement. »
XXIX. Dans le même temps on vint avertir Téligni que l'on avait vu des crocheteurs chargés d'armes , que l'on faisait entrer dans le Louvre. Mais il méprisa cet avis , en disant : a L'on a grand tort de chercher à multiplier les sujets de défiance dans les tristes circonstances où nous nous trouvons. Qu'on ne parle de rien à l'amiral • ces armes sont destinées pour attaquer, par divertissement, un fort que l'on a construit dans le Louvre. »
Il semblait que par ce mépris à contre-temps des sages a\is qu'on lui donnait, et des périls dont son parti était menacé , il eut voulu faire parade de prudence et de modération.
XXX. Guise, qui avait été chargé en chef de l'exécu lion , fit venir , fort avant dans la nuit, les commandant des Suisses des cinq cantons catholiques , et quelques colonels de
troupes françaises ; et après leur avoir déclaré les ordres du roi : « Le temps est venu, ajouta-t-il , de punir ce rebelle haï de Dieu et des hommes , et d'exterminer tous ses partisans : la bête est dans les toiles , ne la laissons pas échapper. Songez à mettre à profit une si belle occasion de terrasser les ennemis du royaume. La gloire des succès remportés dans les guerres passées, qui ont coûté tant de sang aux fidèles sujets du roi , n'est rien en comparaison de celle que vous pouvez acquérir aujourd'hui. »
XXXI. Après ce discours , il plaça les Suisses et quelques compagnies françaises autour du Louvre , avec ordre de ne laisser sortir aucun des domestiques du roi de Navarre et du prince de Condé. Cosseins , qui gardait la maison de Coligni, eut ordre aussi de n'en laisser sortir aucun , et de se servir , pour l'empêcher , des arquebusiers que Ton avait postés dans toutes les maisons du voisinage.
XXXII. Après que Guise eut disposé les troupes étrangères , il fit venir Jean Charon , président de la cour des aides , qui avait enfin obtenu la charge de prévôt des marchands , qu'il avait long-temps sollicitée en vain ; il lui ordonna d'enjoindre aux capitaines des quartiers de faire armer leurs compagnies et de se rendre, sur le minnit, à l'hôtetde-ville , pour y apprendre ce qu'ils auraient à faire.
XXXIII. Quoique Marcel ne fût plus en place, on savait néanmoins qu'il était en quelque considération chez la reine parles services secrets qu'il lui avait rendus , ce qui lui donnait encore de l'autorité dans le corps de ville ; ainsi on lui fit dire aussi de se rendre à Fhôtel-de-ville. Comme on le voyait souvent au Louvre , on s'était persuadé qu'il avait une sorte de faveur auprès du roi et de la reine ; et il n'en fallut pas davantage pour lui gagner la confiance et l'amitié de la populace.
DE LA SAINT-BARTHELI.MI. 0~~j
XXXIV. Et ce fut lui qu'il leur déclara , de la part du roi, que sa majesté leur permettait de prendre les armes; que son intention était que l'on exterminât Coligni et tout son parti ; qu'ils prissent garde qu'il n'échappât aucun de ces impies , et qu'on ne les cachât dans les maisons ; que le roi le voulait ainsi, et qu'il donnerait ordre que toutes les villes du royaume suivissent l'exemple de la capitale.
X3£V. On leur dit que pour donner le signal on son lierait le tocsin avec la cloche de l'horloge du Palais ; et que pour se reconnaître les uns et les autres , ils porteraient une écharpe de toile blanche au bras gauche , et une croix blanche à leur chapeau ; qu'ils vinssent donc bien armés et résolus à bien faire. On ajouta que , pour empêcher qu'il n'arrivât quelque désordre avant le signal , il fallait mettre des flambeaux à toutes les fenêtres.
XXXVI. Les ordres et les avis de Marcel furent reçus avec joie par les échevins, les capitaines des quartiers, dizeniers , et par tous les autres officiers de ville, qui se préparèrent tous à cette expédition avec autant de silence que l'état présent des choses le pouvait permettre; et ils disposèrent des corps-de-garde pour toutes les places et les carrefours: mais d'abord on les cacha dans les maisons voisines de leurs postes.
XXXVII. D'un autre côté, Guise et le bâtard d'Angoulême n'oubliaient rien pour que l'affaire réussit comme ils le voulaient.
XXXVIII Sur le minuit, la reine s'imaginant qu'elle avait laissé le roi dans une espèce d'incertitude à la vue d'une action si noire et si atroce , et craignant qu'il ne changeât , descendit chez lui. Le duc d'Anjou , Nevers, Birapue, Tavancs et le comte de Rais, de concert avec elle, s'y rendirent aussitôt; et Guise vint les y joindre un moment après.
JjS ÉCRITS JUSTIFICATIFS DE LA PROSCRIPTION
XXXIX. On dit que la reine, après une assez longue conférence avec le roi, trouvant encore ce prince irrésolu , lui représenta que ces incertitudes allaient faire perdre l'occasion que Dieu lui présentait de triompher de ses ennemis. Ce prince féroce et accoutumé à verser le sang, regardant ce discours comme un reproche de lâcheté, prend feu tout d'un coup, et ordonne qu'on commence. La reine saisissant ce mot , et craignant que la colère du roi ne se ralentît si l'on attendai t davantage , fait donner à l'heure même le signal, qui ne devait se donner qu'une heure avant le jour; et au lieu de la cloche du Palais, elle ordonne qu'on sonne le tocsin à Saint-Germain-l'Àuxerrois, qui était plus près.
XL. Il y avait déjà long-temps que les soldats qu'on avait postés dans les rues étaient comme en bataille, attendant impatiemment le coup du signal. Le bruit et le fracas qui s'excitentsubitement, réveillent les protestansqui s'étaient venus loger dans le voisinage par ordre du roi. Us sortent de leurs maisons ,, et vont du côté du Louvre où le gros se rassemblait. En chemin ils demandent pourquoi tant de flambeaux et de gens armés ! On leur répond qu'on se prépare à un combat pour le divertissement de la cour, et que la curiosité du spectacle est cause de tout ce concours. Comme ils ne laissaient pas d'avancer, les corps-de-garde postés autour du Louvre les repoussent durement, les accablent d'injures, et enfin en viennent aux coups. Ce fut un Gascon qui commença; et dès qu'il en eut frappé un , on tomba indistinctement sur tous ces infortunés.
XLI. La reine , impatiente de voir l'affaire engagée , saisit l'occasion de cette attaque, et vient dire au roi qu'il n'est plus possible de contenir les troupes; qu'il est temps de faire donner le signal au Louvre; qu'eu tardant davantage il est à craindre que la confusion ne se mette dans la ville, et que
l'événement ne réponde mal à son attente. Là-dessus le roi fit sonner le tocsin à Saint-Germain (i) : c'était le i(\ du mois d'août, jour de la fête de saint Barthélémy qui tombait cette année au dimanche.
Xlill. Aussitôt les ducs de Guise et d'Aumale et le bâtard d'AngouIéme s'avancent vers la maison de Coligni , gardée par Cosseins. Coligni s'étant réveillé au bruit, jugea qu'il y avait quelque émeute ; mais il ne craignait rien de la part du roi ; soit que de lui-même il comptât sur les assurances que ce prince lui avait données , soit que ce sentiment lui eût été inspiré par Téligni son gendre. Il crut bien qu'il viendrait quelque populace ameutée par les Guises ; mais que si tôt qu'elle verrait les gardes sous la conduite de Cosseins se mettre en devoir de le défendre lui et ses gens, elle se dissiperait à l'instant.
XLIII. Cependant le désordre augmente , il entend tirer un coup d'arquebuse dans sa cour. Jugeant alors sainement de toute cette affaire, mais trop tard pour pouvoir se soustraire aux meurtriers , il sort de son lit, met sa robe de chambre, et se tient debout appuyé contre la muraille pour faire sa prière.
XLIV. Cosseins avait ordonné de la part du roi à Labonne, qui avait les clefs de la maison, d'ouvrir la porte: cet officier, qui n'avait aucun soupçon, l'ouvrit sur-le-champ,
(1) Ceci ne s'accorde pas avec le n° 39 ; ici c'est le roi qui fait donner le signal , plus haut c'est la reine-mère ; ici c'est une rixe engagée entre les protestant et la garde du Louvre qui détermine à hâter le signal , plus haut c'est un mouvement d'amour-propre hlcssé qui excite le roi ; ici la reine est amenée près du roi par le danger où cette rixe met les conjurés, plus haut c'est l'inquiétude que la reine a conçue de l'irrésolution du roi : je tiens la dernière version comme la plus naturelle.
T)8o ÉCRITS JUSTIFICATIFS DE LA PROSCRIPTION
et fat un moment après poignardé par les soldats qui entrèrent avec Cosseins.
Les Suisses qui étaient dans la cour, effrayés de cetassassinat, gagnent la porte de l'escalier, la ferment sur eux, et la barricadent avec des coffres, des tables et d'autres meubles ; et dans ce premier choc il n'y eut qu'un Suisse de tué, d'un coup d'arquebuse tiré par un des soldats de Cosseins.
XLV. Mais lorsqu'on eut brisé la porte, Cosseins, Attin et Corboran de Cardillac de Sarlabous, colonels des troupes françaises, avec Petrucci, Siénois, et Besme, Allemand, qui avait été domestique dans la maison de Guise , tous armés de cuirasses, montèrent à la chambre de Coligni. Guise était demeuré dans la cour avec quelques seigneurs et le reste de sa suite.
XLVI. Pendant ce tumulte, Coligni faisait ses prières qu'il récitait avec le ministre Merlin. Dès qu'il les eut ache vées , adressant la parole à ceux qui étaient auprès de lui , c'est-à-dire à ses chirurgiens et à quelques uns de ses gens , et les regardant d'un visage tranquille et assuré 5 leur dit:... « Sauvez-vous promptement mes amis, de peur que vous ne vous trouviez enveloppés dans mon malheur... » Aussitôt ils se sauvèrent, les uns dans les chambres d'en haut , les autres sur les tuiles.
XLYII. Pendant ce temps-là, les conjurés brisent les porte sde l'appartement et se jettent dans la chambre de Coligni Besme, l'épée à la main , voit l'ami rai derrière la porte, et lui dit : « Est-ce toi qui est Coligni? » « C'est moi-même » répond ce seigneur d'un air tranquille... Besme lui enfonce son épée dans le corps , la retire pour lui en donner à travers le visage et le défigure entièrement; il redouble encore ses coups et le jette mort par terre. . . Attin , un des meurtriers,.
Ti'avait jamais vu d'homme envisager le péril avec tant de fermeté, ni souffrir la mort si constamment.
XLYIII. Guise, qui était demeuré dans la cour, demanda à Besme si l'affaire était finie. Besme répondit qu'oui. M. d'Angoulême, reprit Guise, ne le croira point s'il ne le voit à ses pieds. En même temps on le jeta par la fenêtre. Le bâtard, comptant à peine sur ses propres yeux, essuie avec un linge le sang dont son visage était couvert ; et après s'être bien assuré que celui qu'il voyait était Coligni, on prétend qu'il s'oublia jusqu'à donner plusieurs coups de pieds à son cadavre.
XLIX. Pour lors il (i) sort avec tout son cortège en disant : « Allons, camarades, continuons notre ouvrage , le roi l'ordonne. » Ce qu'il répéta plusieurs fois.
L. La cloche de l'horloge du Palais ayant sonné dans le moment > on cria aux armes de tous côtés;. et à l'instant la populace accourut à la maison de Coligni. Après avoir fait mille indignités à son corps , elle le jette dans une écurie voisine et lui coupe la tête , qu'on eut soin d'envoyer à Rome. Ces forcenés exercent leur fureur sur ses mains, ses pieds, et les parties que la pudeur nous empêche de nommer, et traînent le tronc par les rues jusqu'au bord de la rivière; traitement qu'il semblait avoir prédit quelque temps auparavant sans y penser. Comme des enfans se disposaient à le jeter dans le courant , on le retira pour le porter à Monfaucon , où. il fut pendu par les cuisses avec des chaînes de fer...
LT. Après le massacre de tous ceux que l'on trouva dans la maison de Coligni , ou que l'on put tirer des endroits où ils s'étaient cachés, le soldat se met à piller, casse les coffres,
(1) Est-ce fl'Angoulême ou Guisof
58l2 ÉCRITS JUSTIFICATIFS DE LA PROSCRIPTION
prend l'argent et tout ce qui se rencontre de plus précieux...
LU. Ne vers , Tavannes et Montpensier même , par la haine qu'ils portaient aux protestans, courentpar la ville l'épée à la main pour animer le peuple déjà disposé par lui-même à ne point faire de quartier. Ils publient que Coligni et ses amis avaient conjuré contre le roi et ses frères , contre la reine et le roi de Navarre ; ... qu'ils n'épargnassent point le sang de ces impies , ennemis jurés du roi et de la patrie ; qu'ils s'emparassent de leurs biens comme d'un butin qui leur appartenait légitimement. . .
LUI. La bride ainsi lâchée à la fureur, chacun poursuit son ennemi et son rival ; plusieurs, avides de butin, entrent de force dans les maisons, et tous tuent pêle-mêle ce qui s'oppose à leur dessein.
LIV. Le comte de La Rochefoucaud éprouva Le même sort que Coligni....
LY. Téligni, gendre de Coligni, s'était sauvé sur les tuiles et avait échappé aux poursuites d'une partie de ces furieux, lorsque les gardes du duc d'Anjou l'aperçurent enfin et regorgèrent.
LVI. Antoine de Clermont, marquis de Renel, ... Antoine Marafin de Guerchy, très brave officier,... Baudiné, Puviant et Berny furent assassinés par les soldats de la garde du roi, aussi bien que Charles de Queîlene, baron du Pont, en Bretagne...
LYII. A mesure qu'on massacrait ces malheureux , on jetait leurs corps devant le château sous les yeux du roi , de la reine et de toute la cour • et les dames venaient en foule avec encore plus d'impudence que de curiosité, considérer ces cadavres nus, sans qu'il parût qu'un si horrible spectacle leur fît la moindre peine.
Di: LA SAINT-BARTHKF.K'VU. '{8?>
I/VIII. Charles de Beaumanoir de Lavarditi fat poignardé
et jeté dans la rivière de dessus le pont des Moulins.
De Hrion, gentilhomme de bonne maison, gouverneur du marquis de Conti , fut tué entre les bras de ce jeune prince , qui fit tout ce qu'il put pour lui sauver la vie. Mais jamais spectacle ne fut plus digne de pitié que celui du meurtre de François Nompar de Caumont, logé près du Louvre...
LIX. On n'ép.irgna pas même ceux que le roi de Navarre avait fait entrer au Louvre • car le roi , qui avait conseillé à ce prince de les retirer, leur fit dire de sortir de l'appartement de leur maître , et de descendre dans la cour. Ils n'y furent pas plus tôt qu'on leur ôta leurs épées, et qu'on les chassa du château. On en poignarda une partie dès le vestibule; on mena le reste un peu plus loin , où on les massacra tous, entre autres Pardaillan , Saint-Martin , Bourses et Armand de Clermont, seigneur de Piles, illustre par la belle défense qu'il fit au siège de Saint-Jean-d'Angely...
LX. De Leyran fort blessé s'échappa des mains des meurtriers , gagna la chambre de la reine de Navarre , et se cacha sous son lit 3 ce qui lui sauva la vie : car les médecins du roi le traitèrent avec grand soin , à la recommandation de cette princesse. Beauvoir, qui avait été gouverneur du roi de Navarre, et qui depuis long-temps était malade de la goutte, fut tué dans son lit...
LXI. Après tous ces meurtres , le roi fit venir le roi de Navarre et le prince de Coudé , à qui il dit que... c'était par son ordre qu'on avait tué Coligni , le chef de tous les troubles, et qu'on traita t de même dans toute la ville les scélérats et les impies infectés des mêmes erreurs que lui • qu'il n'ignorait pas combien ils lui avaient fait de mal l'un et l'autre en se mettant à la tête des rebelles et en lui faisant la guerre; «ju'il avait de bonnes raisons pour se venger de
l'outrage qu'il avait reçu d'eux, et que l'occasion ne pouvait être plus favorable ; raaisj qu'il voulait bien, en faveur de la parenté et de l'alliance, et en considération de leur jeunesse , oublier le passé , et croire que leurs entreprises contre le bien du royaume venaient moins de leurs mouvemens que des conseils de Coligni et de ses partisans, qui en étaient déjà punis , ou qui le sci aient bientôt , comme leur crime le méritait; que leur faute demeurerait ensevelie dans un éternel oubli , pourvu que de leur côté ils voulussent la réparer par une fidélité sincère et par une soumission telle qu'ils la lui devaient; que pour cet effet il fallait abjurer la doctrine profane qu'ils avaient embrassée , et revenir de bonne foi à la religion catholique et romaine;... que c'était à eux à voir s'ils voulaient accepter ces conditions , sans quoi ils pouvaient s'assurer qu'on leur ferait le même traitement qu'on venait d'exercer sur tant d'autres.
Le roi de Navarre le pria humblement de ne point faire de violence à leurs corps ni à leurs consciences ; que dans tout le reste, ils ne manqueraient jamais à la fidélité qu'ils lui devaient... Condé ajouta-., que la religion ne se commandait point; que sa tête et ses biens étaient entre les mains du roi, et qu'il en pouvait disposer;... que pour sa religion il ne la tenait que de Dieu , et n'en devait rendre compte qu'à lui... Le roi, vivement piqué de cette réponse, le traita d'opiniâtre , de séditieux , de rebelle et de fils rebelle ; et lui déclara que si dans trois jours , il ne sortait de son obstination , il lui en coûterait la tête.
LXII. Il était resté au faubourg Saint-Germain plusieurs protestans à qui l'on n'avait pu persuader d'aller passer la nuit dans la ville. Jean de Rohan de Frontenay, Godefroi de Cauniont , le vidame de Chartres , Gabriel de Montgommeri , Jean Lafin . seigneur de Beauvais , Ségur. Pardaillan ,
DE LA SAINT-BARTHÉI.EMI. 7>fâ
et quelques autres. Ou avait chargé Laurent de Maughon du massacre de ces seigneurs , et l'on avait ordonné à Marcel de lui envoyer pour cet effet mille hommes des compagnie » bourgeoises ; mais il exécuta cet ordre assez négligemment.
LXIII. Cependant on vint donner avis à Montgommen que toute la ville était en mouvement , et que le peuple se disposait à prendre les armes; il le fait savoir au vidame et à tous les autres. S'étant assemblés pour délibérer sur le parti qu'ils prendront , ils ne savent à quoi se déterminer, pareeque la plupart , comptant sur la parole du roi , se persuadent que ce tumulte vient des Guises , à qui l'insolence d'un peuple séditieux donne la hardiesse de tout entreprendre; ainsi plusieurs sont d'avis d'aller trouver le roi , et de lui offrir leurs services pour repousser la populace mutinée. Quoique les plus sages ne doutassent point que tout ne se fit par ordre du roi , cependant on passa quelques heures dans cette irrésolution; et il aurait été facile aux conjurés de les accabler pendant qu'ils étaient assemblés , sans un contre-temps qui les sauva.
LXIV. Car Mau giron ayant attendu long-temps les Parisiens que Guise lui avait promis , mais qu'il ne put envoyer, pareequ'ils s'étaient dispersés pour piller, ce dernier, ennuyé de tant de longueurs , fait venir des soldats des gardes , leur ordonne de passer la rivière en bateaux , et prend le parti d'aller lui-même au faubourg. Lorsqu'il fut à la porte de la ville , on reconnut que les clefs qu'on avait apportées n'étaient pas celles dont on avait besoin.
LXV. Pendant qu'on va les chercher, le jour qui commenceà paraître fait apercevoir les Suisses, et les gardes-françaises qui traversent la rivière; on entend en même temps iin coup de canon du côté du Louvre , tiré par ordre du roi , à ce qu'on croit. Il n'en fallut pas davantage pour clé-
terminer les seigneurs protestans à prendre le parti de la fuite , et ils étaient déjà loin lorsque les troupes furent passées. Guise poursuivit Montgommeri et ceux qui l'accompagnaient jusqu'à Montfort-l'Amauri sans pouvoir l'atteindre > il chargea Saint-Léger, qu'il trouva dans cette petite ville, de prendre des chevaux frais et de continuer à les suivre; il envoya encore des gens à Houdan et à Dreux pour les arrêter s'ils y passaient -, mais ils ne purent les joindre...
LXVI. Guise, avec le duc d'Aumaleetle bâtard d'Angoulême , revint pendant ce temps-là à Paris , où les gardes massacraient les protestans de quelque distinction, leurs. amis pour la plupart , ou du moins de leur connaissance j pendant que la populace, conduite par les échevins et par les officiers des compagnies bourgeoises , exerçait toute sorte de barbaries contre leurs concitoyens. La ville n'était plus qu'un spectacle d'horreurs et de carnage...
LXVII. La fureur du peuple enveloppa dans le malheur des protestans des gens qui ne l'avaient jamais été... Pierre Salsède, Espagnol... quoiqu'il ne fût pas protestant...
LXVIII. Il y eut même des seigneurs catholiques qui coururent grand risque, entre autres Thoré, qui avertit Colipni qu'on ne pouvait pas confier la garde de sa personne à un plus dangereux homme que Cosseins; que c'était donner la brebis à garder au loup , et qu'il pouvait compter qu'il n'avait pas de plus cruel ennemi.
LXIX. Le maréchal de Cossé fut aussi en danger, parce qu'il était ami des Montmorencis , et qu'il n'était pas du parti des Guises...
LXX. Il y eut quelques protestans de nom qui échappèrent par un bonheur extraordinaire , entre autres Jean de Saint-Chaumont, seigneur de Saint-Romain , Cugyet le jeune Briquemaut. Jacques de Crussol d'Acier fut épargné par
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ordre de la reine, à la considération d'Antoine de Crussol , duc d'Usez, son frère. Ce furent les Guises qui le sauvèrent avec quelques autres gentilshommes , à dessein , à ce qu'on disait , de faire retomber sur le roi et sur la fureur populaire toute l'horreur de cet indigne massacre, et de faire croire qu'à leur égard ils n'en voulaient qu'au seul Coligni , l'ennemi particulier de leur maison* d'ailleurs ils étaient bien aises de se faire par là des créatures , et ils y réussirent en effet...
LXX.I. Il y eut environ deux mille hommes de tués le premier jour. Sur le soir, le roi fit crier par toute la ville que chacun eût à rentrer dans sa maison, sous peine de mort contre les contrevenans , et qu'il n'y eût que les gardes et les officiers de la ville avec leurs archers à cheval qui pussent marcher par les rues. On croyait que cette précaution ferait cesser les meurtres et les pillages; mais ils recommencèrent la nuit d'après, et continuèrent les jours suivans avec la même fureur.
LXXII. Le roi, voulant faire retomber sur les Guises toute la haine de cette horrible boucherie , écrivit le jour même à tous les gouverneurs de province, que le désordre avait commencé sans qu'il y eût aucune part et sans qu'il en eût rien su auparavant; mais que les Guises, informés que les amis et les parens de Coligni , qu'il appelait toujours son cousin , se préparaient à venger la blessure de cet amiral , avaient fait armer , outre leurs gentilshommes, un si grand nombre de Parisiens , qu'ils avaient renversé la garde qu'il avait donnée à Coligni , et qu'ils avaient massacré ce grand homme avec tout ce qu'ils avaient pu trouver de ses partisans ; que cet exemple s'était communiqué à toute la ville avec tant de rapidité et de fureur, qu'il avait été impossible d'y remédier aussitôt qu'on l'aurait voulu ; qu'enfin la sédi-