‹ La proscription des Girondins, 1793-1795Chapitre 101 sur 153 · Cité par Wallon, Ln Terreur, t. II, p · texte numérisé non relu

Cité par Wallon, Ln Terreur, t. II, p

LES MADKLONNETTES. 207

nieis, fait sans autorisation. Sur leurs réponses embarrassées, on leur fit « des reproches amers », les accusant d'avoir voulu avilir la représentation nationale en procédant à l'opération « de jour et à découvert », leur rappelant que les députés détenus « n'en étaient pas moins des représentants du peuple, qu'ils touchaient leur traitement, et (pie d'ailleurs ils n'étaient point jugés ».

Les trois policiers, déconcertés par cette algarade, stupéfaits de rencontrer au Comité de sûreté générale un tel souci des égards dus à des adversaires hors de combat, se retirent et vont faire leur rapport verbal à leur administration; sur quoi, le 23 juillet, l'agent national Payan requiert par écrit que ce rapport soit rédigé par eux et couché au registre de leurs délibérations. Il tient à constater l'attitude du Comité.

Mais ce même jour, 23 juillet, Amar et Vouliand, membres du Comité, se rendent aux Madelonnettes, font venir les détenus, recueillent leurs plaintes, s'informent de leurs besoins. Amar les appelle (( chers collègues » ; il verse des larmes sur leur sort. Des larmes d'Amar! Ce serait à n'y pas croire si le fait n'élail attesté, non seulement par des spectateurs tels que Champagneux et ( hjéinnec, mais encore par les rapports de police.

(hiéinncc raconte la scène en deux lignes : « Amar et \ oulland \ inrciil nous faiie une visite.

2o8 I.\ PROSCRIPTION DKS GIRONDINS.

Us virent par leurs propres yeux une esquisse clc^ maux que nous souffrions. Ils versèrent (1rs larmes.,. »

Champagneux donne la même note : « Amar... vint les visiter [les Soixanle-quinzeJ dans cetic nouvelle prison. Quelle fut notre surprise de l'entendre prodiguer à ces victimes les noms les plus doux, de le voir s'attendrir sur leur sort, et finir par leur promettre un lieu de détention plus commode !»

L'administrateur de police présent à cette entrevue, Farrot', alla aussitcM en rendre compte à Pa^an qui, au lieu de lui demander un rapport écrit, préféra (soit pour gagner du temps, soit que Farrot fut peu lettré) écrire lui-même un rapport sou^ sa dictée. « Ce rapport, écrit-il, m'a été dicté par Farrot lui-même », et, en effet, une note de Courtois, qui fit l'inventaire des papiers trouvés plus tard chez Robespierre, constate que la pièce est de la main de Payan -.

1. Jean-Léonard L^anot, 3i ans, peintre, président de la section Poissonnière (A /«i, nat. de 1793, p. 869; cf. Tiietev, t. VIII, 11°'' 767, 2i84). Farrot fut guillotiné, le 39 juillet i~{)'\. avec Bigant. Payan l'avait été la veille.

Le 12 mars 1798, Farrot était venu, avec une députatioii de sa section, attaquer Duniouriez et Clavière à la ('onveiition (Mortimer-Ternaux. I. VI. pp. 93 1 et 493)-

•2. Rapport de Courtois, député de t'Aube, sur les papiers trouvés chez Robespierre. Paris, nivôse an III, p. i5o.

LES MADELONNETTES. ^OQ

Tout ce rapport serait à citer, tant les faits qu'il relate sont des traits de sinistre comédie. « l^arlez, parlez, nos chers collègues, s'écria Amar en versant des larmes. Arrête-t-on votre correspondance ? Vous refuse-t-on toutes les douceurs de la vie, soit en café, soit en sirops, chocolat et fruits? Votre caractère est-il méconnu ici? Le concierge s'est-il refusé à mettre sur le registre votre qualité de députés?... »

Et l'hom'me qui parle ainsi, c'est le rapporteur sans pitié du 3 octobre 179.3!

Amar et Voulland, avant de se retirer, ordonnèrent aux administrateurs de police, en pré- >>(înce des détenus, de choisir pour ceux-ci un auti'c local que les Madelonnettes, « une maison commode avec jardin », de la désigner au Comité (jiii y enverrait souvent de ses membres « pour \()ii' s'ils y étaient bien traités ». Et, sur ces mots, toutes les mains se tendent vers \inai' et \oulland, (pii les serrent ! ci le doyen des détenus, Dusaulx, a la faiblesse (le les rerncr-ciei- an nom (le tous.

Lem- ordr»' lui proriiplciiicnl cxiMiih'. Des le U'ndcmain, les dépulés liirent transférés à la

•no i.\ PiioscRiPTiox Di;s gihom)I>s.

maison des Bénédictins anglais. Le 23 juillet, dit Quéinnec; mais c'est le jour de la visite d'Amai-. Il est probable que Quéinnec a fait une erreur d'un jour, et que la translation se fit dans la soirée du 'xf\ juillet.

Kn somme, les Soixante-quinze ne sont restes que huit jours au\ Madelonnetles, du i") an 'i\ juillet. L'intérêt de ce court épisode, c'est qu'il met en pleine lumière le conflit entre la Commune robespi(M risic et le Comité de sûreté générale aux approches du dénouement; il prouve que, dès le 21 juillet au plus tard, six jours avant le 9 thermidor, le pacte entre la Plaine et la Montagne pour renverser le dictateur était conclu, et que, pour parler comme Durand-Maillane, (( les fers étaient au feu ».

Les Bénédictins anglais.

(34 JUILI>ET-3 AOÛT.)

Le nouveau séjour assigné aux Soixante-quinze était la maison des Bénédictins anglais, dans la rue Saint-Jacques'.

T. Lu pou avant d'ariivcM" au \ al dc-Ciiàcc en \(Miaul do la Seine, et du luonio cùlé iU^ la rue (n" slif) bh). O oou

LES BENEDICTINS ANGLAIS. '^11

La translation se fit dans la soirée. « Nous y arrivons à onze heures du soir », dit Quéinnec, — et « non plus dans des charrettes, mais dans de bonnes voitures, avec beaucoup de ménagements et d'égards », ajoute Champagneux.

Les transférés étaient au nombre de cinquante, a y compris, dit Quéinnec, cinq autres détenus qu'on nous avait adjoints ». Je ne saurais dire pourquoi les soixante et quelques députés de La Force étaient ainsi tombés à quarante-cinq, ni (juels étaient ceux qui manquaient à l'appel.

Amar avait promis aux détenus « une maison commode avec jardin ». Ils eurent pleine satisfaction : chambres convenables, ni grilles ni verrous; air pur, vue superbe; « on aperçoit à deux lieues une campagne riante »; jardin peu étendu (:^.362 m. q.), mais ombreux, « garni de l)ancs, oh l'on pouvait se promener de six heures (lu matin à dix heures du soir ». Bons rapports avec les autres détenus qui se trouvaient déjà là

v«'iil, I'oikI»' en lOi'i, nationalisé en 1790, ncikIii en \~[)[) [i.'i fniclidor an \ll|, icslilué en i8o3 (3 inossidor an \l| à son ordre, est occiifx* ad nullement par la Sriiola canhtrnm riournoux, Hibl'uKjrnphie, t. Ilï, p. xvi do la Notice préliminaire; — abbé Pisani, L'Église de Pnrh et la liêiutlitliun, l. I, p. Sac). « Une maison (pii servait aulrelbis de (■f)llèfîe », dit r;iiiimpa;,MMMix. hailleid (Ahnniinch, p. /17) écrit : « les liénédicliiis du /(iulHKinj Marreon ». Krreur. Wallon (Iji Terreur, I. II, p. 1")) dit : .< les lîéiiédiclins aniilais. rue de l'Observatoiri' ». \ulre errein-.

et qui étaient en grande partie des Anglais incarcérés par application du décret des 9-10 octobre 1793. Ajoutez un traiteur « sensible, honnête et désintéressé ».

C'est là que, à peine installés, les déleuns apprirent la chute de Robespierre.

Mais presque aussitôt après, le 2 août, on les transférait à l'hôtel des Fermes ^ Leur séjour aux Bénédictins anglais avait donc été aussi court qu'aux Madelonneltes.

L'hôtel des Fermes.

(9.'->.l\ AOÛT.)

Le Comité de sûreté générale avait été renouvelé dès le i*"^ août, cinq jours après le 9 thermidor. On en avait éliminé (sans parler de Lebas, guillotiné avec Robespierre) David, Jagot, Lavicomteric, les séides du prophète. On y avait maintenu Amar, Vadier, Voulland, les vainqueurs du grand combat, en leur adjoignant Bernard (de

I. Moins Delainarre qui. riaiil malade, ftil laissé aux Ik'nédictins anglais, où il riail (Micorc le 7 août (Tiietcy, t. VIII, n» 3768).

l'hôtel des FEIIMES. 2l3

Saintes), André Dumont, Goupilleau (de Fontenay), Legendre et Merlin (de ïhionville). On ne peut pas dire qu'il fût encore un Comité de clémence, mais il allait évidemment continuer la tactique d'Amar, les ménagements intéressés pour les députés détenus.

Dès le lendemain, ->. août, il les faisait transférer dès Bénédictins anglais à l'hôtel des Fermes. Si on ne voit pas bien les motifs de ce changement, on peut du moins constater qu'il fut bien accueilli. Ce n'étaient plus les jardins et le vaste horizon des Bénédictins, mais « la maison, dit Quéinnec, était très commode, au centre de la ville... On nous permit toutes communications avec nos connaissances »... En outre, on ne mit à riiotel des Fermes que des représentants du peuple ; plus de promiscuité pénible avec d'autres prisonniers. « Pour ce motif, ajoute Quéinnec, on nous mit sous la direction immédiate du Comité de salut public. » Ce Comité, renouvelé depuis le 3i juillet, se composait de Barère, Billaud- Varenne, Bréard, Carnot, Collot-d'Herbois, J. Eschassériaux, Laloy, Robert Eindel, Prieur (de la (^ôte-d'Or), Tallien, Thuriot et Trcilhard. Là aussi il ne fallait pas s'attendre à des mesures réparatrices immédiates; mais, par la foicc des choses, ceux des hommes de sang (m'on avait maintenus là se trouvaienl dîins la dépendance de la Plaine,

•ii'\ i.A i>k(js(:hii»th)> des (;ii;om)ins.

qui leur availdonué la victoire, et allaieni de plus eu plus la suivre où elle voudrait.

L'hôtel des Fermes, dont les bâtiments existent encore au n" 9J\ de la rue du Bouloi, élait au cœur de Paris, en plein ([uartier Saint-Eustache ', entre la rue du Bouloi et la rue de (jrenelle-Saint- Monoré (remplacée aujourd'hui par la rue du Louvre).

Les déleiuis y furent conduits au nombre de Go, dit Quéinnec. Pourquoi ()o, alors qu'ils n'étaient que 45 en quittant les Madelonnettes? Il faut présumer qu'ils avaient été rejoints par quelquds-uns de leurs collègues laissés en arrière pour cause de maladie ou autre, aux Madelonnettes ou même à La Force.

Sur ces 60, nous pouvons, grâce au Répertoire de M. Tuetey% en nommer la moitié :

Amyon, Blad, Blanqui , Blaux, Bohan, Cazeneuve, Dabray, Dubusc, Estadens, Faure, Fayolle, Fleury, Girault, Guiter, Jary, Laurenceot, Le Febvre (Seine-Inférieure), Massa, Mercier, Obelin, Olivier-Gérente, Périès, Quéinnec, Richou, Royer, Ruault, Saint-Prix, Salmon, Serre et ïournier.

Les députés ne restèrent là que vingt jours.

Le 2'>. août, la Convention s'occupa d'eux — ce

1. Thiéry, Alnianach du voyageur à Paris, p. '377; Dozal- Jior d'Argenville, Voyage pittoresque à Paris, p. 179.

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