Paris, an IIl, 98 pages in
/J. Son nom, on s'en souvient, avait été tour à tour ir>scrit, puis biflé sur les listes d'arrestation.
5. Au début de rctte séance du 3 octobre, on avait refusé d'entendre une lettre adressée par lui à la C^onvention.
0, Décret Saint-Just, du i.'{ mars.
suis repoussé de la Convention le 27 frimaire [17 décembre], sans qu'il me soit permis de m'expliquer, sans qu'il soit ouvert de discussion à ce sujet...
« Hier, j'étais hors la loi; aujourd'hui, je suis hors Injustice; hier, il était ordonné à tous les tribunaux de m'envoyer au supplice sans m'entendre; aujourd'hui, il leur est défendu de me condamner ou de m'absoudre. »
Arrivons enfin à la grande séance du 8 mars (18 ventôse). Elle débuta par un éloquent discours de M.-J. Chénier, demandant le rappel des hors la loi, déclarant que le décret du 17 décembre (( était contraire à tous les principes. Il n'y a point de demi-justice, comme il n'y a point de demi-innocence ». On reproche aux prévenus d'avoir fui. « Hélas! pourquoi ne s'est-il pas trouvé de caverne assez profonde pour conserver à la patrie les méditations de Condorcet et l'éloquence deVergniaud? »
Une vive discussion allait s'engager lorsque André Dumont vint annoncer que les trois Comités avaient délibéré dans la nuit, et que Merlin allait présenter un rapport en leur nom.
Siéyes, silencieux depuis si longtemps, mais qui venait depuis quatre jours d'entrer au Gomité de salut public, crut le moment opportun pour reparaître à la tribune et y faire le procès du 3i mai et du 2 juin *.
Puis Merlin donna lecture de son rapport, ample cette fois, fortement motivé ^
I. Il venait de paraître une Notice sur la vie de Siéyes Paris, an III, 66 p. in-S") dont le Moniteur du 10 février avait rendu compte. Tout le monde crut qu'elle était de "iéyes lui-môme; Quérard (France littéraire) présume cependant qu'elle était de son ami Oelsner. En tout cas, cette Xotice, qui, d'après son titre, aurait été écrite « à Paris, en messidor an II (vieux style juin 1794) », ne semble pas avoir été publiée avant février 1790. En juin 1794, au moment de la loi du 22 prairial, Siéyes aurait trouvé trop périlleux d'attirer sur lui l'attention. En revanche, le >i mars 1790, il fera voter une loi « garantissant la représentation nationale contre tous les attentats ». Il était bien U'mps!
a. Ce rapport est au Moniteur du 1 1 mars. Merlin y t'xpose comment il s'y était pris pour rendre inopérant le décret du i'.\ mars 179'!. qui mettait hors la loi en bloc tous les contumaces, de telle sorte qu'il était « permis au premier venu de les immoler tous ». (Chargé, le -i thermidor an II, de présenter, an nom du (Comité de législation, iiM rapport sur les contumaces, il y avait introduit, dit-il, une disposition qui, — en faisant dépendre, même pour le prisse, l'exécution du décret du 28 ventôse de formalités (ju'on n'avait ni remplies, ni pu remplir, — paralysa complètement ce funeste décret ». Cette habileté juridique de Merlin, sept jours avant le 9 thermidor, n'avait d'ailleurs sajivé la vie h aucun proscrit. «•! elle venait I rop lard. Mais il tant lui tenir- compte de l'iiiteiitioii.
Finalement, il proposa le rappel :
i" « Des représentants du peuple compris dans l'article i" du décret du 28 juillet 1793. » C'étaient les survivants des dix-huit mis hors la loi par ce décret. Ils n'étaient plus que neuf : Bergoeing, Chasset, Defermon, Henry-Larivière, Kervélégan, Lanjuinais, Lesage, LouvetetMeillan ' .
2° Des députés décrétés d'accusation le 3 octobre. Il n'en survivait que quatorze : Andréï, Bonet, Bresson , Delahaye, Devérité, Doulcet, Duval (Seine-Inférieure), Gamon, Hardy, Isnard, Mollevaut, Rouyer, Savary et Vallée \ Merlin faisait d'ailleurs remarquer que Devérité avait déjà été rappelé dès le 8 décembre, et il excluait du rappel Delahaye pour des raisons qu'on trouvera plus loin^
Le décret réparateur fut voté aussitôt. Un seul
1. Meillan avait été ajouté le 3 octobre. Voir plus haut, p. io3.
2. A la suite de la lettre de Vallée du 11 décembre (voir plus haut, p. 256) et par application du décret du 17 décembre qui abolissait toutes poursuites contre les contumaces, les trois Comités avaient décidé, le aO décembre, de faire lever les scellés à son domicile, le séquestre sur ses propriétés, et de lui faire payer son indemnité de représentant arriérée (Vulard, Salut public, t. XIX, p. gô ; Catalogue de 1862, art. 334, n° 5). Xul doute qu'on n'eût pris des mesures analogues pour tous les autres fugitifs.
3. Delahaye ne fut rappelé que le i3 avril (voir aux Appendices). L'œuvre de réparation fut complétée par le rappel de Magniez (28 juillet^ et de Daubermesnil (i i août)-
se leva contre, l'intraitable Goujon. Quelques abstentions à Textrême gauche.
Thibault fît voter ensuite le rappel de La Revellière-Lépeaux, sur lequel on n'avait pas statué le 9 décembre.
Puis Merlin reprit la parole pour un rapport sur le cas particulier de Vitet, dont on décréta aussi le rappel •.
A la séance du lendemain, 9 mars, après ((u'André Dumont, décidément repentant, eut fait rapporter le décret qui avait institué une fête pour l'anniversaire du 3i mai, Lesage, au nom de ses collègues rappelés, prononça un petit discours fort touchant : « ... Que les défiances soient pour jamais bannies de cette assemblée ! Ne craignez point qu'aigris par le malheur nous n'apportions dans nos délibérations que des cœurs rembrunis par le sentiment de nos malheurs passés!... Mous ne nous souviendrons de tant de maux que pour en empêcher le retour et garantir
I . Le rapport de Merlin est fort intéressant pour suivre s vicissitudes du sort de Vitet.
'J7<> LA PUOSCUIPTION DES GIllONDIKS.
le peuple français de nouveaux coups que voudraient lui porter le royalisme en délire et lo terrorisme en fureur. »
Nobles paroles, loyales promesses, auxquelles les amis de Lesage — et lui-même en quelques circonstances — ne restèrent pas toujours fidèles, s'acharnant à leur tour sur les Montagnards vaincus, quelques-uns même glissant au royalisme.
Remarquons seulement, tout en regrettant de voir des Girondins associés aux excès de la réaction thermidorienne, qu'il serait injuste de les en déclarer responsables. Un simple coup d'oeil sur la composition des deux grands Comités directeurs nous montrera qu'ils n'y étaient pas devenus les maîtres.
Au 8 mars 1790, le Comité de salut public se composait de Boissy d'Anglas, Bréard, Chazal, Dubois-Crancé, André Dumont, Fourcroy, Lacombe-Saint-Michel, Séb. Laporte, Marec, Merlin (de Douai), Reubell et Siéyes. Au Comité de sûreté générale, Auguis, Boudin, Calés, Clauzel, Delecloy, Gauthier des Orcières, Goupilleau (de Montaigu), Geoffroy, Legendre, Lomon, Mathieu, Monmayou, Pémarlin, Perrin (Vosges), Rovèrc et Ysabeau. Pas un Girondin dans ces deux Comités, sauf le pâle Delecloy. Rien que des gens de la Plaine ou des Montagnards convertis.
Ce n'est que dans les mois suivants que nous voyons apparaître dans les deux Comités des Girondins avérés :
Le ^ avril, Aubry, Chénier, Creuzé-La touche, Lesage.
Le 4 mai, Bergoeing, Defermon, Doulcet, (iuyomar, Kervélégan, Rabaut-Pomier, Vernier.
Le 3 juin, Blad, Gamon, Henry-Lariviore.
Le 3 juillet, Baillenl et Louvet.
Le 10 septembre, Daunou, Hardy et La Rcvellière.
On voit tout de suite que les Ciirondins, là, furent toujours en minorité. C'est aux hommes de la Plaine et aux Montagnards retournés, comme Tallien, qu'il faut surtout demander compte de la réaction de 1790.
Il est curieux aussi de constater que c'est Merlin (de Douai), le rédacteur de la terrible loi des suspects, qui fut constamment, du 8 décembre 1794 au 8 mars 1795, le rapporteur de toutes les mesures réparatrices. Cet incomparable légiste .ivait le talent de mettre les questions « en état », comme on dit au Palais. Sur le fond de l'affaire, il n'avait pas d'opinion. Le tout, pour lui, était d'ajuster dans un cadre légal ce (jue voulaient les maîtres du jour.