‹ La proscription des Girondins, 1793-1795Chapitre 135 sur 153 · DELAIIA\E · texte numérisé non relu

DELAIIA\E

Le cas de Delahaye est très particulier. Le Catalogue de IS6'2 (n" 28/1) dit qu'il « rentra à la Convention avec les autres proscrits •, bien qu'il se fût battu dans les rangs des Bretons et qu'il eût accepté une mission de Louis XVIIP ».

Le savant rédacteur du Catalogue semble n'avoir connu que les accusations dirigées contre Delahaye et n'avoir pas vu les réponses qui y furent opposées. Voici les faits :

Delahaye, dépufo de la Seine-Inférieure, avait quitté la Convention vers la fin de juin 179!^ pour aller rejoindre à Caen les députés qui y organisaient la résistance, et avait été déclaré démissionnaire le i5 juillet. Quelques jours après, nous le voyons aux environs de Lisieux', puis

I. Erreur. Delahaye ne fut pas rappelé le 8 mars 1795, mais le la avril seulement, a. Lisez Louis XVIL 3. Mémoires de Petion, p. i()3.

nous perdons sa trace. Louvet ne le nomme pas dans la petite troupe de fugitifs qui quitta Gaen le 28 juillet pour aller chercher un asile en Bretagne. Il dut s'y rendre isolément, et on trouve, dans VAlmanach de BailleuP, quelques pages qui semblent une relation de sa fuite. Dans ces pages, un des Girondins proscrits, que Bailleul ne nomme pas, raconte comment, voyant la partie perdue, il se rendit seul, d'abord à Lorient, oii il se proposait de s'embarquer pour l'Amérique, puis à Quimper, Brest et Morlaix, où il espérait trouver une occasion plus favorable, qui lui manqua, et de là à Saint-Servan, où la relation s'interrompt. Tout fait présumer que le narrateur n'est autre que Delahaye lui-même. Il dit qu'il était u hors la loi », ce qui était précisément le cas de Delahaye; lorsqu'il part de Morlaix, c'était, dit-il (p. 68), pour se rendre « dans la Seine- Inférieure )). Enfin, notons que Bailleul et lui étaient tous deux députés de ce département.

En somme, Delahaye semble bien être d'abord resté caché aux environs de Saint-Malo.

Or, un an après, Boursault,' en mission aux armées des côtes de Brest et de Cherbourg, écrivait, de Rennes, le 26 novembre 1794, au Comité de salut public : « J'apprends à l'instant, par un

espion sûr, que l'ex-député Delahaye (de la Seine- Inférieure), et mis hors la loi, est à la tête d'un parti [de chouans] sous le nom de Charles*. »

Boursault organisait alors contre les rebelles tout un service d'informations qu'il appelait « les contre-chouans ». Il y employait un ancien constituant, Le Deist de Botidoux; il ne tarda pas à y enrôler Delahaye, et il écrivait, de Dinan, au Comité, le 12 décembre : « Delahaye, député de la Seine-Inférieure, dont je vous avais parlé, est venu sur ma parole me trouver à l'instant même. Je lui ai fait reconnaître le cadavre de Le Lièvre [un chef chouan qui venait d'être tué] ; il l'a reconnu pour être le chevalier de Blondel, adjoint du Comité de l'armée catholique et royale ^ »

Avoir pratiqué les chouans de si près constituait une terrible présomption contre Delahaye! On comprend donc que Merlin, en faisant voter le 8 mars le rappel des hors la loi, ait excepté Delahaye, (( en raison d'une inculpation extrêmement grave, consignée à sa charge dans une lettre oHîcielle écrite de Dinan le 22 frimaire dernier » (c'est la lettre de Boursault du 12 décembre).

Le 25 mars,

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