Moniteur du 29 mars
28/| APPE>DICES.
tiou le texte d'une pièce saisie en Bretagne [)ai Alquier. C'était une commission délivrée par Puisa ye, chef de l'armée catholique, au nom de Louis XVII, à un Charles Delahaye. Le Girondin proscrit serait devenu un des officiers de l'armée royaliste !
Mais, le 12 avril, Merlin (de Douai), au nom des trois Comités, dissipa toute cette confusion et rétablit les faits de manière à justifier Delahaye. Il donna lecture d'une lettre où Boursault* expliquait, précisait et rectifiait ses lettres antérieures des 26 novembre et 12 décembre. Le député Jacques-Charles-Gabriel Delahaye était tout autre que l'officier chouan Charles Delahaye, tué dans les derniers combats. Si le proscrit avait pu reconnaître le corps du chouan Le Lièvre, c'est que, (( obligé de se cacher et d'errer dans les campagnes, il avait eu souvent l'occasion de rencontrer des chouans dans des granges, des bois, des fermes », et qu'il avait vu précisément ce Le Lièvre « chez des dévotes, où lui-même avait trouvé asile ». Dans ces recherches de contreinfoimation où Boursault l'avait employé, Delahaye « avait rendu les services les plus importants ». Boursault confirma de vive voix tous ces faits; Yaugeois, qui revenait de Rennes,
I, Elle est au Moniteur du i5 avril.
attesta à son tour que ce brevet d'officier royaliste saisi par Alquier et dénoncé par Lecointre appartenait bien au chef chouan dont il avait été parlé. En conséquence, le rappel de Delahaye fut décrété.
C'était la pleine absolution. Tout le monde y avait mis de la complaisance. Mais il n'en restait pas moins une impression fâcheuse. En somme, si Delahaye n'avait pas combattu avec les chouans, il avait trouvé un asile chez eux,^ puis, utilisant ce qu'il y avait appris, il était venu à Dinan se mettre au service de Boursault. Ce n'était pas déjà un rôle bien glorieux.
Mais nous avons, malheureusement pour la mémoire de Delahaye, son propre aveu! Vingt ans plus tard, le 20 août 181 6, il se faisait délivrer par le duc Decazes une attestation « qu'il avait servi la cause royale en portant les armes pour le roi en Normandie et en Bretagne, sous les ordres de M. de Puisaye. » (\. kuscinski^ Dictionnaire des Conventionnels.)
IL — DESPINASSY
Despinassy, député du Yar, avait été envoyé en mission à l'armée d'Italie par décret du 3o avril 1793. Mais, devenu suspect de fédéralisme aux autres représentants en mission en Provence, Albitte, Barras, Fréron, Gasparin, Pomme, Roubaud et Saliceti, ceux-ci en vinrent contre lui à une mesure exceptionnelle. Le 2 septembre, à Marseille, ils prirent un arrêté portant que « le citoyen Despinassy, membre de la Convention nationale, se rendra sur-le-champ, accompagné d'un officier de gendarmerie, au Comité de salut public' ».
Le même jour, Despinassy écrivit à la Convention : « Je suis gravement accusé par les représentants du peuple Barras et Fréron... Je vais retourner près de vous à pied, par des chemins détournés''. »
La Convention reçut le 11 septeinbre l'arrêté ^ris par les représentants le 2, avec une lettre
I. P. V. C, II septembre, I. \\, |). ufr^. Mimid'iir du i,^ Cf. Ditirnal, p. 109.
'2. Aulard, Snlul imltlir, I. NI, |). 'a\S. Monilcur i\{i \\.
du 3, OÙ ils le motivaient longuement*. Elle l'approuva par décret.
Mais Despinassy ne se laissa pas arrêter. Au lieu de se rendre à Paris, il se cacha % soit à Marseille, soit plutôt à Signes, commune du Var, voisine des Bouches-du-Rhône, où il avait de l'influence, et y passa tout le temps de la persécution.
C'est là qu'il apprit que le décret du 8 décembre 1794 venait de le rappeler à la Convention. 11 écrivit aussitôt à la Convention pour la remercier (voir plus haut, p. 260).