‹ La proscription des Girondins, 1793-1795Chapitre 137 sur 153 · III. — DULAURE · texte numérisé non relu

III. — DULAURE

Dulaure, décrété d'arrestation le 21 octobre 1798 sur le rapport d'Amar, caché d'abord dans Paris par les soins de Pénières, réussit, grâce aux indications que lui donna Ferroux sur les routes du Jura, à gagner la Suisse en décembre. Là, pour subsister, il entra comme ouvrier, sous le nom de Dubreuil, dans une fabrique d'indiennes, « gagnant, dit-il, vingt sous en travaillant onze ou douze heures par jour* », à Niederlentz, près Lentzburg, canton de Berne.

Après le 9 thermidor, il adressa à la Convention une première lettre, du 10 octobre, datée hardiment de Niederlentz, tant il songeait peu à dissimuler son émigration. II envoya cette lettre, le II, à ses collègues du Puy-de-Dôme-. Voici l'analyse de cette lettre :

« Il rappelle ses votes dans le procès du roi.

I. Supplément aux crimes des anciens comités du tjouvernement, p. i38.

a. Marcellin Boudol, op. cit., pp. 487, 607, G09. M. Boudet reproduit in extenso colle lon^^iie lettre. L'analyse que je donne, empruntée au catalogue de la vente du 10 avril 1902 (N. Charavay, expert), suffira.

IQO APPENDICES.

son opposition au séparatisme, et demande que la Convention examine sa situation. // se défend d'avoir eu des relations avec Roland ' et d'avoir calomnié des patriotes. Il se demande, si l'on punissait de mort tous les hommes coupables d'erreur, quel est cejui qui échapperait à l'échafaud. « C'est ainsi que Couthon, qui vingt fois m'avait dit que Robespierre était un scélérat, après sa liaison avec ce tyran me regardait comme un témoin incommode du pervertissement de son opinion. C'est ainsi que Robespierre, après avoir à deux reprises envoyé chez moi des émissaires chargés de m'entraîner dans son parti, n'a jamais pu me pardonner ma résistance à ses tentations séductrices. » Il rappelle la vie misérable qu'il mène depuis plusieurs mois et demande l'autorisation de rentrer en France. « Citoyens représentants, ne repoussez pas la demande d'un malheureux, d'un innocent qui est très fraternellement votre ci-devant collègue et maintenant ouvrier dans une manufacture d'indiennes. »

Cette lettre du lo octobre à la Convention ne fut pas lue. Une autre lettre (de la fin de no-

I. Ce reniement de Roland n'était pas héroïque. Quelques mois plus tard, Dulaure, devenu plus courageux, publia, dans son Supplément aux crimes, etc. (pp. 81-92), un récit détaillé, d'ailleurs véridique et intéressant, de ses relations avec Roland et sa femme.

vembre probablement) eut un meilleur sort. Elle fut lue à la séance du i"" décembre'. Dulaure y faisait observer qu'il « n'avait signé aucune déclaration liberticide », — allusion peu généreuse aux Soixante-quinze, — et « réclamait justice ».

Troisième lettre, lue au début de la séance du 8 décembre. Ce fut quelques instants après que Monestier^ fît ajouter le nom de Dulaure sur la liste des rappelés.

Le proscrit n'avait pas attendu le décret pour se mettre en route. C'est à Langres qu'il apprit son rappel, par un journal.

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