‹ La proscription des Girondins, 1793-1795Chapitre 45 sur 153 · CHAPITRE Vl Le coup du 3 octobre · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vl Le coup du 3 octobre

Avant que j'aborde le récit do cette sombre Journée, deux questions se posent :

j" On allait demander à la Convention, d'une >eule fois, près de 80 arrestations nouvelles : pourquoi étendre ainsi les proscriptions P Ne suflisait-il pas d'envoyer au tribunal révolutionnaire ceux des députés déjà proscrits qu'on détenait (3o environ)? Mais on pouvait craindre que l'Assemblée, effrayée d'un tel sacrifice en masse, n'eût un sursaut de révolte. On crut nécessaire (le la terroriser au préalable. Le coup du 3 octobre fut donc, en même temps qu'une lâche complaisance pour les fureurs de la foule, une tactique mûrement étudiée.

'X" Mais pourquoi est-ce le Comité de sûreté «,rénérale, et non plus le Comité de salut public, qui fut chargé de l'opération? Pourquoi est-ce \mar, et non plus Vadier, qui vint demander la proscription? Nous avons vu que, vers le milieu

lOO LA PROSCRIPTION DES GIRONDINS.

d'août, le rapport de Saint-Just était imprimé, distribué, prêt pour la discussion publique. Pourquoi, six semaines après, est-il subitement abandonné? Parce qu'il ne répondait plus aux engagements pris le 5 septembre. Trop clément, il avait déjà dû, le 28 juillet, subir les aggravations apportées par Barère; il ne concernait d'ailleurs que les 29 proscrits du 2 juin, et maintenant leur nombre s'élevait à 60. Devant une situation nouvelle, on crut sans doute à propos de faire intervenir une autorité nouvelle et un rapporteur nouveau. L'affaire passa ainsi, sans explication, d'un Comité à l'autre, et de Saint-Just à Amar.

Ce rapport d'Amar était promis, était attendu pour le 3 octobre. 11 y eut donc beaucoup d'absents ce jour-là, surtout parmi ceux qui se savaient menacés.

La séance à peine ouverte, Amar demande c( qu'aucun des députés présents ne puisse quitter la salle ». Adop1;é. Un membre ajoute : « Et personne des tribunes. » Adopté.

Puis Amar lit son rapport. Ce factum,qui allait servir d'acte d'accusation contre les vingt et un Girondins exécutés le 3i octobre, et auquel

LE COUP DU 3 OCTOBRE. lOI

Amar, au dire de Voulland, aurait travaillé plusieurs nuits, ne soutient pas l'examen, tant il est vide de faits et pauvre d'arguments. Inutile de l'analyser. Allons aux conclusions, c'est-à-dire aux quatre articles du décret proposé.

Articles I et II. — Sont décrétés d'accusation et seront traduits devant le Tribunal révolutionnaire les députés dont les noms suivent :

Andréï, Antiboul,

Boilleau, Bonet, Boyer-Fonfrède, Bresson, Brissot,

Carra, Condorcet, Coustard,

Delahaye, Devérité, Doulcet, Ducliastel, Ducos, Duprat, Duval,

Fauchet,

Gamon, Gardien, Gensonné, Grangeneuve,

Hardy,

Isnard*, *

Lacaze, Lasource, Lauze-Deperret , Lehardi, Lesterpt-Beauvais,

Masuyer, Minvielle, Mollevaut,

Noël,

JMiilippe-Égalité',

Houyer,

Savary, Sillery,

I. WUait pas sur la lislc d'Ani.ir; on rajoulM <'ii scaiico i. Ajouté en sc'anco.

lO'2 LA PROSCRIPTION DES GIRONDINS.

Valazé, Vallée, Vergniaud et Viger

Total, 4i députés; disons plutôt 4o, en tranchant Philippe-Égalité '.

Sur ces /|0, i4 étaient déjà décrétés d'accusation à des dates antérieures : Boilleau, Brissot, Carra, (^oustard, Duchastel, Fauchet, Gardien, Gensonné, Grangeneuve, Lasource, Lauze-Deperret, Mollevaut, \alazé et Vergniaud ^ Ce n'était donc qu'un rappel.

Douze autres n'étaient jusque-là que décrétés d'arrestation ; ils montent d'un rang dans l'échelle de la proscription. Ce sont :

Antiboul, Condorcet, Devérité,Duprat,Lehardi, Lesterpt-Beauvais, Masuver, Minvielle, Rouyer, Sillery ', Vallée et Viger*.

Enfin i\ étaient poursuivis pour la première fois : Andréï, Bonet, Boyer-Fonfrède, Bresson, Delahaye, Doulcet, Ducos, l^uval, (Jamon, Hardy, Isnard, Lacaze, Noël et Savary". Mais il ne faut

j.r.lo ne le inonlionno d'ailleurs ([ue pour inoinoiro; ne pont èlro compte parmi les C«irondins.

2. Trois d'entre eux étaient contumaces : Duchastel, Grangeneuve et Mollevaut, mais Duchastel allait ùtre arrêté à Bordeaux le lendemain même, 4 octobre. Quant à Lasource, il s'était constitué prisonnier depuis le 22 juillet.

3. Le cas de Sillery est très particulier. A oir aux Appendices.

4. H y avait 5 contumaces : (]ondorcet,Devérité, Masuycr. Houyer et Vallée.

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