CHAPITRE X La protection de Robespierre
Ainsi, les détenus de La Force, — plus excusables en cela que les Durand-Maillane et les Boissy-d'Anglas, — avaient mis dans la proteclion de Robespierre leur suprême et humiliante espérance. C'est que, durant tout ce sombre hiver 1798-1794, ils avaient vécu sous la menace des fureurs hébertistes ! c< 0 toi qui trois fols nous as garantis... » écrivait Girault à Robespierre. Quelles sont ces trois fois? Il est facile de les déterminer : le i3 novembre et le 22 décembre 1798, et le 7 février 1794.
I" Le 9 novembre, Osselin, ce même Osselin (jui, au 3 octobre, avait demandé que le décret d'arrestation des Soixante-quinze fût transformé en un décret d'accusation, est décrété d'accusation à son tour pour une affaire qui ne touchait en rien à la politique*. Le lendemain, Basire et Cha-
I . Afï'aire de la marquise de Gharry (Wallon, Trib. révoL, t. II, p. 12G cl suiv.).
l5G LA l>aOS(:Rll»IION DKS CrUONDINS.
bot, qui se sentaient menacés pour une ton h autre cause, l'afïaire de la falsification du décicl concernant la Compagnie des Indes, font voter « qu'aucun des membres de la Convention ne sera mis en accusation qu'apiès avoir été entendu dans son sein »*. Ils ne songeaient qu'à préserver leurs têtes, mais en même temps ils couvraient ainsi les Soixante-quinze. De là, grande colère aux Jacobins dans la séance du ii. Hébert demanda « le prompt Jugement des députés complices de J3rissot et de sa faction »% et l;i Société décida d'envoyer une députation à l'Assemblée, « pour ranimer l'opinion publique ». Cette députation, conduite par Dufourny, président du département de Paris, un des meneurs les plus intelligents et les plus redoutés du club% se présenta le i3 à la Convention, et la somma
I. Basire avait dit : «Quand donc finira celio boucherie de députés ? », ce que lui reprochait Dufourny comme un « excès de sensibilité » ( Vnlard. Jacobins, t. V, p. 5o6).
a. Jacobins, ibicL, p. 5d8.
o. Dufourny fut plus tard exclu des Jacobins, sur la dénonciation de \ adier et la proposition de Robespierre, le 5 avril 1794, le jour même de l'exécution de Danton. On le dénonçait comme dantoniste (Jaco6ms, t. VI, p. 48 et suiv.), alors qu'il aurait eu plutôt des aflinités avec les hcbertistes. En réalité, on cherchait à se débarrasser de lui, et peut-être lui en voulait-on de son rôle au i3 novembre. Frappé le même jour (5 avril) d'un mandat d'arrestation, il resta en prison jusqu'après le 9 thermidor.
LA PROTECTION DE ROBESPIERRE. ibj
de rapporter son décret du lo, ce qu'elle fit docilement. Là-dessus, Basire et Chabot de protester de leur jacobinisme, Maribon-Montaut de plaider pour eux, et, comme pour détourner l'orage, de réclamer, — puisque le décret du lo a été rapporté, — la mise en jugement des Girondins détenus : « Soixante-treize membres de la Convention sont en état d'arrestation. Un décret ordonnait au Comité de sûreté générale de faire sur eux un prompt lapport. Il ne s'est point fait. Je demande que, sous huit jours, un rapport soit présenté. » Thuriot, qui a à se faire pardonner d'avoir contribué à faire voter le décret du lo, se < roit tenu d'enchérir : u .le demande avec Moulant (pic \v Comité de sùrelé généi'alo fasse, iiK'inc (ivanl fuiil Joiws, s'il csl j)()ssiblc, son rapport sur les soixante-treize (lé[)iilcs. » La Convenlion adoi)te, et fixe le dépôt du rapport au 21 no- \cmbre.
Mais, dans l'inteivalle, suivient un coup de Ihéàtre; Basire et Chabot soni arrctés \r \- 110- Ncmbie, et, dès le lendernain iN, sm lit proposilioi) d'Amar, est rcinhi le (lécicl suixani :
« La Convention nalionale, après avoii' entendu ^((11 Comité de sûreté générale, décrète qu'elle ajourne, a f très Ir jufje/nenf des dépidés décrr/és d'acciiSfUiofi, le rapport (juCllc a ordonné lui rtrc l'ail !<■ pirniici' jotii' de IVirnairc 1 71 110-
l58 LA PROSCRIPTION DES GIRONDINS.
vembre] sur les députés décrétés d'arrestation'.
Qui visaient ces mots « les députés décrétés d'accusation » ? Les survivants des 4o du 3 octobre ? Mais ils étaient tous en fuite ! Il s'agit évidemment d'Osselin, décrété le 9, et surtout de Basire, Chabot, Delaunay et Julien (de Toulouse), décrétés le 10. C'était dire aux anarchistes jacobins, cordeliers et autres : « Plus vous presserez la mise en jugement des Soixante-quinze, plus vous hâterez celle de vos amis. » Amar et Robespierre se maintenaient sur leurs positions du 3 octobre.
Somme toute, c'était un répit considérable. On le sentait. Danton disait alors à un ami de Ferroux : (( Et, ne voient-ils pas [les Soixante-quinzeJ que ce que nous faisons maintenant leur cheville la tête sur les épaules? »^
Toutefois, cette première alerte, survenue moins de trois semaines après le supplice des Vingt et un, en laissait prévoir d'autres.
2" Un mois après, vers la fin de décembre, nouvel assaut. Les Cordeliers étaient en émoi ; on venait d'arrêter leurs chefs, Vincent, Ronsin, etc., dans la nuit du 17 décembre. Aussi, le 21, envoient-ils une députation demander à la