‹ La proscription du projet de dîme royale et la mort de VaubanChapitre 4 sur 6 · II. — INTERROGATOIRE DE LA VEUVE FÉTIL · texte numérisé non relu

II. — INTERROGATOIRE DE LA VEUVE FÉTIL

Bu samedi deuxième jour du mois d'avril 1707 , deux heures de'relevée.

Nous, Nicolas Delamare, conseiller du roi, commissaire au Chàtelet, en exécutien de l'ordre du roi à nous donné par M. d'Argenson, conseiller du roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel et lieutenant général de police de la ville , prévôté et vicomte de Paris, sommes transporté en la maison de Geneviève Branean, veuve de Jacques Fétil, maître relieur de livres à Paris , sise rue Saint-Jacques, pour y faire perquisition d'un livre qui a pour titre : Projet d'une dîme r-oyale, et qui a été imprimé sans permission, privilège, nom de ville ni de libraire : à laquelle veuve ayant fait entendre le sujet de notre transport , elle nous a dit qu'il y a trois ans ou environ que M. le maréchal de Vauban fit relier chez elle , répondante, le manusci'it dudit livre qui apoui" titre : Projet d'une dîme royale ; qu'U le fit relier en maroquin rouge, avec les armes du roi , et dit que c'étoit pour le présenter à Sa Majesté ; que , le trente-unième décembre dernier, ledit si^ur de Vauban manda chez lui, par Colas, son valet de chambre, la répondante; qu'elle y fut, et, étant dans le cabinet dudit sieur maréchal de Vanban , elle y vit un ballot enveloppé d'une serpillière, qui étoit ouvert, et dans lequel il y avoit des livres en feuilles entourés de paille et dans l'état des ballots qui viennent de loin ; que ledit sieur maréchal fit tirer de ce ballot vingt-quatre exemplaires dudit livre de la Dime royale, qu'il mit entre les mains d'elle , répondante, pour les faire relier ; qu'elle, répondante, vit aussi dans ledit cabinet un autre ballot de la même forme et de la même grosseur que celui qui étoit ouvert, et lequel second ballot étoit encore sous corde, et que Marguerite Fétil, fille d'elle, répondante, a aussi vu lesdits deux, ballots, l'un ouvert et entamé , et l'autre entier et sous corde, lorsqu'elle fut reporter audit sieur maréchal lesdits vingt-quatre exemplaires reliés ; qu'elle, répondante, ayant demandé audit Colas, valet de chambre, où ledit livre avoit été imprimé, il lui dit que c'étoit vers la Flan-

(l) Ms. fr. 21746, fol. 246.

dre, mais qu'il ne savoit pas précisément l'endroit, parce que c'étoit ledit sieur maréchal qui prenoit lui-même ce soin ; qu'après avoir par elle livré lesdits vingt-quatre premiers exemplaires , ledit sieur maréchal lui en donna encore un pareil nombre à relier, et qu'elle en a relié en tout deux cent soixante-quatre exemplaires , douze en maroquin, et le reste en veau ; qu'environ quinze jours avant la fête de la Vierge dernière, ledit Colas vint avertir elle, répondante, d aller chez ledit sieur maréchal de Vauban quérir encore des exemplaires dudit livre, lesquels exemplaires, au nombre de soixantequatre, furent livrés en deux fois à la fille d'elle, répondante, et apportés chez elle, où ils furent reliés, et que les derniers furent rendus audit sieur maréchal la veille de ladite fête , le vingt-quatre mars dernier. A ouï dire elle, répondante, dudit sieur maréchal de Vauban, qu'il n'avoit fait imprimer ledit livre que pour en faire présent à ses amis, qu'il les distribuoit lui-même et en s'en fioit pas même à ses gens ; a aussi ouï dire audit CoUas que plusieurs libraires avoient demandé des exemplaires audit sieur maréchal , et qu'U leur avoit répondu qu'il n'étoit pas marchand, que ledit livre n'étoit que pour ses amis, et qu il n'étoit pas temps de le rendre public ; qu'au surplus eUe, répondante, n'a aucune connoissance que ledit livre ait été vendu ou débité par aucun libraire, aucun colporteur ni autre personne, et qu il n en est resté a elle , répondante, aucun exemplaire.

Après laquelle déclaration, avons fait perquisition dans tous les lieux occupés pai- ladite veuve Fétil, dans lesquels lieux avons trouvé environ une main et demie de défels ou imperfections en feuiUes de rebut dudit livre qui a pour titre : Projet d'une dîme royale, lesquelles feuilles ou imperfections dudit livre nous avons fait saisir par Simonnet, huissier à verge, et sont demeurées en nos mains, après que la première page où est le titre dudit hvre et qui s'est trouvée entre lesdites feuilles a été de nous et de ladite veuve Fétil paraphée, pour servir ce que de raison. Et a signé : G. Bruneau. Delamare.

m. — LETTRE DU LIEUTENANT GÉNÉRAL DE POLICE AU COMMISSAIRE DELAMARE (Ij.

9 avril 1707.

J'ai parlé fortemant aux héritiers de M. le maréchal de Vauban pour les obliger a représenter les 64 exemplaires qui» estoient encore dans son cabinet le 24 du mois passé, et le commissaire Dammou auroit bien peu, ce me semble, découvrir le nom de l'imprimeur de Flandre qui a imprimé cet ouvrage. Je ne puis estre contant de son exactitude à cet éguard, mais je n'ay pas jugé à propos de luy eu rien témoigner. Je vous prie de m'envoyer une seconde expédition bien escritte de vostre procez verbal, pour la remettre à M. le chancelier ; vous y pouviez et deviez marquer, ce me semble, que vous l'avez fait en exécution des arjestz du Conseil des 14 février et 14 mars de la présante année^ dont le dernier contient ma commission. Je dois faire [venir] demain le nommé Colas, qui est si souvant nommé dans vostre procez-verbal, et je v.ius diray mardy ce qui résultera de nostre entretien.

M. R. d'Argenson.

IV. — LETTRE du COMMISSAIRE DELAMARE AU LIEUTENANT GÉNÉRAL DE POLICE (2).

Ce 10 avril 1707.

Jevousiesferay voir et même Je n'avois point eu connoissance,

je vous les remetlray entre les Monsieur dps dpiix aiTP<5t<s du r,nn«Ail mains mardv matin. Je vous prie ^^ionsieui, aes aeux aiTests Qu L-onseu

de m'en fai're so"^^?^i^''g^jj^^j^ touchant le livre de Mr de \ auban ; je

u'auiois pas manqué d'en faire mention dans mon procès verbal. Si vous avez pour agréable de m'en envoier des coppies et de me renvoier mon expédition, je rectitfirai cela sur la minute, et j'en ferai faire deu.v expéditions : cela sera plus régulier, et je crois, Monsieur, que vous le jugerez d'autant plus nécessaire que vous enverrez l'une des expéditions à M^' le chancelier.

Delamars.

(l) Ms.fr. 21746, fol. 263.

(2j Ms. fr. 21746, fol. 265.

V. — LETTRE DU MARQUIS d'uSSÉ AU LIEUTENANT GÉNÉRAL DE POLICE (1).

l A Paris, célundy il avril 1707.

Je pars pour Versailles . Monsieur , avec M» d'Ussé. Nous sommes obligez d'y rendre des devoirs très tristes et très douloureux ; sans cela, j'aurois esté chez vous pour avoir l'honneur de vous dire que j'ay questioné tout de mon mieux Colas, valet de chambre de feu M. le maréchal de Vauban. 11 m'a fort assuré qu'il avoit remis à son maître tous les exemplaires du livre en question, et qu'il les a\ oit vu distribuer en blanc. Ce qu'il y a de très certain, Monsieur, c'est qu'il ne s'en est trouvé pas un soubs le scelé et qu'on en a fait une très execte recherche. J'aurois souhaité pouvoir faire sur cela ce que vous m'aviez recomendé. J'ay l'honneur d'estre, Monsieur, très parfaittement vostre très humble et très obéissant serviteur.

D'Ussé.

H avnl 1707.

M. le C. de la Marre me fera souvenir de luy parler encore du nommé Colas, qui ne parle pas de bonne foy et qu'il ne faut plus ménager.

M. R. d'Argenson.

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