‹ La prospérité nationale de l'Allemagne de 1888 à 1913Chapitre 6 sur 17 · MO · texte numérisé non relu

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Ce tableau montre que ^accroissement de Pexcèdent des naissances, constaté jusque dans les dernières années, ne provient pas uniquement de l'augmentation de la natalité, mais aussi de la diminution de la mortalité. Cette diminution est d'autant plus surprenante que notre population a rapidement augmenté. Ceci devient tout à fait évident quand on examine les proportions pour 1000 habitants: de 1871/80 à 1901/10, le chiffre des naissances a passé de 40,7 à 33,9, et celui des décès de 28,8 à 19,7; de sorte que l'excédent des naissances est monté de 11,9 à 14,3. En d'autres termes: accroissement de l'excédent des naissances par suite de la réduction Idu chiffre des décès, malgré la diminution du chiffre des naissances.

De toutes les conséquences qu'on pourrait tirer de ce fait, bornons-nous à constater les suivantes:

Il n'est pas douteux que des facteurs économiques contribuent, d'ans une certaine mesure, à la diminution de la natalité. Leur rôle est peut-être même plus important qu'il ne serait désirable au point de vue de la conservation de la race. Par contre, la forte diminution de la

mortalité est un fait incontestablement favorable. Le recul de ce chiffre de 28,8 de 1871/80 à 19,7 de 1901/10 indique une prolongation de la durée moyenne de la viec Une prolongation aussi considérable n'est possible que par une amélioration du niveau général de la vie des masses. Notons encore le fait de la diminution de la mortalité infantile: sur 100 enfants nés vivants, le nombre de ceux qui meurent à Pâge d'un an était, en 1901, de 20,7 contre 16,2 en 1910. Il est vrai qu'en 1911 la mor« talité des enfants s'est élevée de nouveau à 19,2. Cette augmentation s'explique par la chaleur exceptionnelle de l'été 1911.

En général, une diminution de la mortalité résulte d'une amélioration de la nourriture et des conditions sanitaires, ainsi que d'une réduction du travail excessif ou surmenage. Le recul du chiffre relatif des décès prouve que la population actuelle de l'Allemagne, qui est d'un tiers plus nombreuse qu'il y a vingt-cinq ans, s'est beau- Coup fortifiée durant le dernier quart de siècle.

Cet excédent de population survenu dans les vingtcinq dernières années trouva de plus en plus à vivre sur le territoire allemand.

L'émigration qui, jusqu'en 1890, se chiffrait par des nombres énormes, a presque entièrement cessé.

C'est ce qu'étabht la comparaison du nombre des émigrants et du chiffre de l'excédent des naissances. De 1881 à 1890, le nombre des émigrants allemands fut de 1 342 000, l'excédent des naissances de 5 500000; de 1891/1900, l'excédent des naissances fut de 7 300000, le nombre des émigrants descendit à 528 000. De 1901 à 1910, l'excédent des naissances fut de 8 650 000, le nom-

bre des émigrants se réduisit à 220 000. En 1912, il n^y eut plus que 18 500 émigrants allemands.

En comparant Fémigration de FAllemagne avec Pimmigration en Allemagne, le résultat est plus clair encore ; tandis qu^autrefois rémigration de FAllemagne restait constamment supérieure à ^immigration en Allemagne, celle-ci Femporte depuis quinze ans environ: FAllemagne, autrefois pays d^émigration, est en train de devenir pays dMmmigration. Tout cela prouve que, dans les vingt-cinq dernières années, les possibilités économiques se sont accrues en Allemagne d^une façon plus rapide que la population. Les demandes de travail ont été supérieures à Faccroissement de la population.

En même temps, IMntensité du travail de la population a augmenté. Il n^est guère possible, il est vrai, de mesurer le travail de Findividu. On est réduit à cet égard à des observations générales. Celles-ci confirment que, malgré la réduction de la durée du travail introduite pour des raisons sociales, en particulier dans le commerce et Findustrie, Fefficacité de travail de Findividu s^est accrue. Une comparaison de FAllemagne avec les autres États nous montre aussi qu^elle est le pays du travail.

Il y a, du reste, une statistique précise: celle du nombre des personnes ayant une occupation active principale ou accessoire, et la proportion existant entre le nombre de ces personnes et le chiffre total de la population. Voici le résultat des recensements professionnels, effectués en 1882, 1895 et 1907:

Population active dans Tagriculture, Tindustrie^ le commerce et les transports

1882: 16 203 300 personnes, soit 35,4 du total de la

population

Cet accroissement énorme de la population allemande, et en particulier de son élément actif, ne pouvait se réaliser sans modifier fortement la répartition professionnelle de la population.

La superficie des terrains cultivés ne saurait être sensiblement augmentée dans une contrée d^ancienne culture comme ^Allemagne. Il est vrai qu^on pourra encore gagner à la culture de grands territoires si Fon réussit à dessécher les vastes marécages de certaines régions de TEmpire. On sait que PEmpereur s'intéresse tout spécialement à cette question. L'intensité plus grande de l'exploitation agricole tend, il est vrai, à amener une plus grande demande de main-d'œuvre. Mais cette tendance est balancée ou même dépassée par une tendance opposée qui veut épargner le travail humain en perfectionnant les méthodes économiques et surtout en utilisant de plus en plus les machines. L'industrie au contraire, moins dépendante de l'étendue du sol, et le commerce qui en est presque entièrement indépendant, ont accueilli l'accroissement de la population à bras ouverts. Le tableau ci-après donne une idée claire des changements gigantesques qui s'effectuèrent dans le court espace d'un quart de siècle.

Professions

Anj nées

Population active

Population active y compris la famille et les domestiques

en o/o populatii

Population active

de la on totale Population active y compris la famille

Agriculture et Forêts

42,0 fi

Industries ►

Commerce et

Transports

La partie de la population occupée dans Pagriculture n'augmente donc pas, diminue même un peu, tandis que la population employée dans Tindustrie, dans le commerce et les transports s'accroît sans cesse.

Ce fait a pour corollaire les modifications survenues dans la proportion entre la population urbaine et la population rurale. Dans les communes de plus de 20000 habitants, il y avait, en 1885, 8 600 000 habitants, soit 18,4o/o du total de la population; en 1912, 22 400 000 soit 34,5 <>/o du total de la population.

Le nombre des personnes habitant les grandes villes de plus de 100 000 individus (leur nombre a passé de 21 en 1885 à 48 en 1910) était, en 1885, de 4 400 000, soit 9,4o/o du total de la population; en 1910 de 13 800 000 soit 21,1 o/o du total de la population.

Cet afflux de la population des campagnes vers les Villes, de Tagriculture vers Tindustrie et le commerce a d'incontestables inconvénients; personne ne saurait le nier. Mais il ne faut pas oublier que c'est le développement de notre industrie et de notre commerce seul qui a permis à la population d'augmenter dans de telles proportions; c'est l'essor industriel qui lui a fourni le travail et les subsistances nécessaires, qui nous a sauvés du fléau de la surpopulation et qui a fait de l'augmentation naturelle de la population une source de prospérité croissante.

2. L'Outillage technique- Tout travail économique tend à accommoder la nature aux besoins de l'homme. Cela est vrai du travail le plus primitif, tel que la recherche des racines et des fruits, ainsi que de la production supérieure et raffinée de la technique moderne, telle que l'extraction de l'azote de Fatmosphère.

La productivité du travail économique, en d'autres termes le succès de la lutte contre la nature, s'accroît par l'amélioration de l'outillage technique et de l'organisation économique.

La technique est l'ensemble des pratiques, des méthodes, des connaissances et des instruments dont l'homme se sert pour son travail. La technique économique d'autrefois reposait presque exclusivement sur la routine et sur l'expérience. Les progrès énormes de la technique économique moderne sont dus au développement extraordinaire des sciences naturelles et à l'application systématique des résultats scientifiques au domaine du travail économique. La physique, la chimie et la science

de Félectricité; qui appartient au domaine des deux sciences précédentes, ont rivalisé d'influence dans la transformation de notre outillage économique. Ce furent des penseurs et des savants allemands qui, dans ces sciences, ouvrirent de nouvelles voies et renouvelèrent toute Pétude des sciences naturelles par la découverte de la loi de la conservation de Pénergie. Mais les Allemands ne se sont pas contentés de la science purement théorique; de plus en plus ce peuple de poètes et de savants est devenu, au cours du siècle dernier, une nation de créateurs pratiques. Les progrès des sciences naturelles pures ou appliquées ont été complétés par Tactivité économique. Cette union de Tintelligence, de la science et de la volonté a conduit PAUemagne aux plus brillants succès durant les vingt-cinq dernières années. L'empereur Quillaume II s'est vivement intéressé à cette oeuvre; il a accordé sa protection aux sciences auxquelles l'Allemagne doit son développement économique; il a, grâce à sa rare compréhension des rapports profonds des conquêtes scientifiques ou techniques, pris souvent d'utiles et intéressantes initiatives.

Le développement des sciences physiques et surtout une meilleure connaissance des lois du mouvement avaient eu pour conséquence, dès le XVIIF siècle, d'élargir l'emploi des machines: machines à filer, métiers mécaniques, machines d'extraction, pompes, etc. Toutefois, c'est seulement par l'utilisation de nouvelles forces motrices, de la vapeur d'abord, de l'électricité ensuite et enfin de la force explosive que l'emploi des machines se généralisa et qu'on travailla à les perfectionner. La machine à vapeur fut, il est vrai, inventée au XVIII ° siècle; mais ce n'est qu'au XIX^ qu'elle fut suffisamment perfectionnée pour que son usage pût se répandre. Certains

progrès importants dans remploi de la force expansive de la vapeur, comme le surchauffage de la vapeur et la turbine, sont des conquêtes des dernières années.

Les chiffres suivants donnent une idée de Taugmentation de Temploi de la force de la vapeur, en Allemagne, dans le dernier quart de siècle. Ils sont d^autant plus remarquables que d^autres forces motrices ont fait une concurrence toujours plus grande à celle de la vapeur.

Dans ^industrie de la Prusse, la puissance totale des machines à vapeur était:

de 1 220000 HP en 1882 „ 2 358 000 HP „ 1895 „ 5 190 000 HP „ 1907.

Ainsi la puissance totale a plus que quadruplé, de 1882 à 1907, et pendant les douze années de 1895 à 1907, elle a plus que doublé. Dans TEmpire allemand, pour lequel ces statistiques n^existent que depuis 1895, le développement a été analogue. En 1907, on comptait 124 000 machines à vapeur d'une puissance totale de 7 587 000 HP et dont 5 185 000 HP étaient utilisés. Pour comprendre l'importance de ces chiffres, il faut savoir ce que cette puissance de machines représente par rapport à la force humaine. On peut identifier la puissance effective d'une unité HP avec le travail physique d'environ dix hommes. Si nous adoptons cette proportion, le travail effectif des machines à vapeur correspond, en 1907, au travail de 52 millions d'hommes environ. L'augmentation des chevaux-vapeur effectivement utiUsés, survenue de 1895 à 1907, équivaut à une augmentation d'environ 28 millions d'unités de force humaine. Il faut comparer ces chiffres avec la statistique donnée plus haut de la popula-

tion active qui se montait à 18 900 000 individus, en 1895 et à 24 600000, en 1907. En 1895, les machines à vapeur produisaient à peu près, par tête de population active, son équivalent en force-vapeur. Tandis que de 1895 à 1907, le nombre de la population active a augmenté de 5700000, les chevaux-vapeur augmentèrent de 2800000. Il résulte qu'en 1907 les machines à vapeur produisaient par tête de population active un peu plus de deux équivalents en force-vapeur.

En réalité, Taugmentation du travail exécuté par les machines est encore bien plus considérable. Jusqu'en 1875 environ, la vapeur était, avec les forces hydrauliques — encore médiocrement utilisées — la seule source d'énergie motrice; le développement de l'industrie électrique, ainsi que l'invention et le perfectionnement des moteurs à combustion, dans les vingt-cinq dernières an-i nées, lui ont créé de très actifs concurrents.

Le courant électrique ne fut utilisé pendant bien longtemps que pour les courants à basse tension. Le mouvement commença avec l'invention du télégraphe électrique vers 1830, suivie, trente ans plus tard, de celle du téléphone et, seulement de nos jours, de celle du télégraphe et du téléphone sans fil. On sait quel rôle important les savants et les industriels allemands ont joué dans l'invention, le perfectionnement et l'utilisation pratique du télégraphe et du téléphone.

L'utiHsation du courant à haute tension a causé une vraie révolution dans le domaine des moteurs et des machines. C'est l'invention de la dynamo construite, en 1867, par Werner von Siemens, qui résolut le problème de la transmission de l'énergie. Son application pratique exigea encore une foule de travaux spéciaux dans la construction des générateurs à courants alternatifs ou con-

tinus, des transformateurs, des accumulateurs, des compteurs, etc. Personne ne put douter du succès lorsque, en 1891, on parvint à effectuer le transport d^une force hydraulique d'environ 300 HP, fournie par le Neckar à Lauffen, au moyen d'un courant triphasé, à l'exposition électrique de Francfort-sur-le-Main. La distanc dépassait 175 kilomètres; la perte d'énergie fut seule ment de 28^/0. De cette année date l'utilisation de l'éne gie électrique comme force motrice et aussi comme^ source de lumière. L'invention de la transformation de l'énergie électrique en lumière, tant par des lampes à arc que par des lampes à incandescence, est, il est vrai, antérieure; toutefois, ce n'est qu'après l'invention du principe dynamo-électrique qu'on put utiUser pratiquement cette invention.

Les avantages énormes de l'emploi de l'énergie trique consistent dans la possibilité d'exploité transmission, des sources d'énergies qui, autre pouvaient être utilisées, ainsi que dans la p presque illimitée de distribuer l'énergie produit station centrale en des endroits différents, en q quelconques et à peu de frais.

A côté de la machine à vapeur, les forces hyd liques sont parmi celles qui ont le plus gagné en importance. La force hydraulique ne peut être transportée comme le charbon. La mise en valeur des forces hydrauliques — sauf l'emploi à l'origine même — n'est possible que moyennant la transformation en courant électrique sous la forme duquel l'énergie est devenue transmissible. De plus, la transmission de l'énergie électrique a permis d'exploiter des combustibles qui, auparavant, n'avaient pas pu être utilisés ou ne l'avaient été que fort peu. C'est le cas des combustibles d'une puissance calorifique

médiocre dont le transport n^est pas rémunérateur. Aujourd'hui, on peut les brûler avec profit là où ils se trouvent, puisqu'on peut transmettre l'énergie ainsi engendrée, à peu de frais, à grande distance.

Enfin, la possibilité de transporter Ténergie électrique a donné des résultats exceptionnels, par suite du développement du moteur à gaz. Ce dernier a permis d'utiliser comme force motrice le gaz résultant de la fabrication du coke, qui n'avait été employé jusque-là que comme gaz d'éclairage. Qrâce à lui, on a pu transformer en énergie d'autres gaz provenant des hauts-fourneaux. Durant les dix dernières années, l'emploi des grands moteurs à gaz dans les usines a fait des progrès énormes. L'énergie produite de cette façon suffit non seulement à faire face aux propres besoins de l'usine, elle donne encore un excédent qui peut être cédé aux grandes usines électriques. Un exemple typique de ce développement est l'emploi des gaz des hauts-fourneaux et des fours à coke dans les grandes usines Krupp. On lit à ce sujet dans le mémoire publié à l'occasion du centenaire de cette maison :

« Dans le temps qui s'écoula entre le commencement et l'achèvement de l'usine (Friedrich-Alfred-Hûtte), le moteur à gaz de hauts-fourneaux conquit le monde. Il a donc été employé dans la construction de la nouvelle usine pour toutes les exploitations qui s'y prêtaient. Aux anciennes souffleries à vapeur vinrent s'ajouter huit souffleries à gaz plus fortes d'un rendement de 1000 mètres cubes à la minute. En outre, la station centrale d'électricité d'environ 5000 HP et une partie des laminoirs sont actionnés par des moteurs à gaz. La vapeur, qu'on préfère pour certains travaux, est engendrée également par les gaz des hauts-fourneaux et des fourneaux à coke

qu'on emploie à chauffer les chaudières. Un mélange des deux gaz est utilisé à la place du gaz de gazogène; dans les fours Martin. Les réchauffoirs des laminoirs sont chauffés également avec les gaz de hauts-fourneaux. De cette manière, remploi direct de la houille a cessé presque complètement dans toutes les parties de Tusine. Cette utiHsation des gaz de haut-fourneaux exige naturellement une épuration préalable. Les résidus recueillis dans les étuves contiennent encore une quantité considérable de fer; ils sont transformés dans une briquetterie pour être utiHsés de nouveau dans les hauts-fourneaux ».

Depuis quelques années seulement, on a ouvert un autre champ d'exploitation aux moteurs à gaz: on a réussi à trouver un procédé pratique pour la gazéification de la tourbe, du lignite, etc. Les gaz ainsi obtenus sont transformés en énergie électrique distribuée ensuite au moyen de stations centrales. La gazéification de la tourbe donne un produit accessoire de grande valeur: l'ammoniaque. Ces récents progrès ont fait découvrir une source nouvelle d'énergie dans les vastes marécages de notre patrie; son exploitation ne fait que commencer. Elle est d'autant plus importante que, par l'utilisation de la tourbe, les marécages qui, jusqu'à présent, étaient presque sans valeur, sont transformés en terre arable.

Tandis que le développement du moteur à gaz, qui fut en Allemagne plus rapide que dans les autres pays), est en rapport direct avec l'électricité, l'invention et le perfectionnement des autres moteurs à combustion — également des acquisitions des derniers temps — se firent indépendamment. Parmi ces découvertes, il faut citer, avant tout, les petits moteurs des automobiles et des dirigeables, dans lesquels on utilisait, jusqu'à présent, presque exclusivement la benzine comme combustible.

Les essais faits récemment pour remplacer la benzine par le benzol et par d^autres produits du goudron de houille permettent d^espérer des résultats satisfaisants. LMnvention du moteur Diesel fait entrevoir des espoirs plus grands encore. Il emploie comme combustible, au lieu de la coûteuse benzine, Thuile brute qui est bon marché, Thuile-gaz et, de nos jours même, le goudron minéral.

Ce court résumé suffit pour montrer à quel point, dans les vingt-cinq dernières années, Phomme a su mettre à profit les forces naturelles encore inutilisées. Il est évident que cette quantité immense de force motrice nouvellement gagnée n^a pas manqué de donner un nouvel essor au développement des machines. La possibilité de concentrer une énergie énorme par Taccumulation de milliers de chevaux-vapeur et de distribuer Fénergie produite, dans une seule station centrale, à une infinité de postes différents ont ouvert à la construction des machines un champ d'activité illimité.

Cet élargissement subit a imposé à Tindustrie des machines une tâche nouvelle et considérable; en même temps, la solution des problèmes de la force motrice lui permit de s'en acquitter brillamment. Des types de machines toujours plus grands et plus perfectionnés ont été créés pour Tindustrie minière et métallurgique, pour Tindustrie textile et la papeterie, pour l'agriculture et les industries qui en dépendent, celles de l'alcool, de la bière, du sucre, et enfin pour les industries chimiques.

Cela est encore plus vrai pour les moyens de transport par mer et par terre, les locomotives, les voitures à traction électrique, les automobiles pour personnes et pour marchandises, les moyens de transport par eau.

depuis les canots automobiles jusqu^aux colosses de la marine marChende et de la marine de guerre. Enfin, tout récemment le moteur léger à combustion a permis à Thomme de réaliser la conquête de Tair: dirigeables et aéroplanes sont venus s^ajouter aux moyens de transports mécaniques par terre et par mer, et ont réalisé un rêve que rhumanité avait caressé depuis des milliers d'années.

Le développement de la chimie a complété de la manière la plus utile les inventions de la physique et de rélectricité dans le domaine de la technique économique. L'étude scientifique de la composition et des transformations de la matière a exercé, pour la première fois, une influence sur la vie économique, lors de l'apparition de la physiologie végétale et de la chimie agricole, sciences qui furent fondées par Justus von Liebig. Elles sont la base de la théorie moderne des engrais. On sait que l'agriculture leur doit une extension illimitée de ses possibilités de production. Bien que les fondements de ces sciences aient été jetés dès la première moitié du XIX° siècle, leurs applications pratiques n'ont fait de grands progrès que dans les trente dernières années.

Lorsqu'on connut l'importance de l'acide phosphorique, de la potasse et de l'azote pour la conservation et l'augmentation de la force productive du sol, ces matières négligées jusque-là acquirent une valeur considérable. Dans ses immenses gisements de potasse, l'Allemagne possède une richesse qui constitue un avantage sur tous les autres pays du monde. L'extraction de la potasse qui était, vers 1890, d'environ un million de tonnes, d'une valeur de vingt-cinq millions de marcs, s'est élevée, en 1900, à environ trois millions de tonnes, valant plus de 50 millions de marcs; en 1910,

elle a dépassé la quantité de huit millions de tonnes valant plus de cent millions de marcs.

Longtemps, il a fallu importer, sous forme de salpêtre du Chili et de guano, presque toute Tacide phosphorique et Tazote pouvant servir d'engrais. Sur ce point encore les nouveaux progrès de la technique nous ont été favorables. Une grande partie des gisements de minerai de fer en Allemagne contient du phosphore. Cette qualité fut longtemps considérée comme un grand desavantage. Les différents procédés de la fabrication de Parier, surtout le procédé Bessemer, en usage depuis 1850 environ, ne permettaient que Pemploi de minerai exempt de phosphore. Le procédé Thomas Gilchrist, découvert vers 1880, permit de déphosphorer le fer. Les scories de la déphosphoration fournissent la matière d'un engrais artificiel excellent: la farine Thomas. La consommation de cette farine Thomas augmente rapidement en Allemagne.

Des progrès analogues ont été faits en ce qui concerne TutiHsation de Pazote, si nécessaire au sol. Le développement de Félectrotechnique a permis d'extraire l'azote de l'atmosphère; d'autre part, les bas produits des fours à coke, la gazéification de la tourbe et du lignite fournissent de grandes quantités d'ammoniaque.

L'industrie n'a pas tiré moins de profits des progrès de la chimie que ne l'a fait l'agriculture.

Nous avons déjà parlé du perfectionnement de la fabrication de l'acier. Tandis que pendant la plus grande partie du XIX® siècle les méthodes de fabrication restaient étroitement empiriques, les améhorations introduites depuis lors sont dues presque exclusivement aux progrès de la science, notamment à l'étude des combinaisons du fer et du carbone. C'est sur la base de ces

progrès qu^on a remplacé le charbon de bois par la houille et le coke dans les hauts-fourneaux, et qu^on a amélioré la production de Pacier en remplaçant Raffinage au bas-foyer par le puddlage d^abord, et ensuite par le procédé Bessemer. L^extraction du carbone par le procédé Bessemer se fait, comme on sait, par Pinjection d^un courant d^air brûlant à une forte pression dans un bain de fonte liquide. Par ce procédé, 20 minutes suffisent pour la fabrication de Pacier, tandis que Raffinage exigeait une semaine et demie et le puddlage environ un jour et demi. Nous avons déjà dit que le procédé Bessemer, rendu plus actif et moins coûteux par le système régénérateur Siemens-Martin, ne commença d^être appliqué, en Allemagne, d^une façon générale que vers 1880, grâce au procédé Thomas-Gilchrist qui effectue la déphosphoration du minerai par un procédé basique. Tout récemment, on a commencé à utiliser avec succès le courant électrique pour la fabrication de Facier.

La statistique de la production allemande du fer et de Tacier, que nous examinerons en détail plus tard, donne une idée de l'importance de ce développement Ces progrès ne se sont fait sentir en Allemagne, d'une manière sensible, que durant les vingt-cinq dernières années. Le fer et Tacier étant les principaux éléments de la construction des machines, des chemins de fer et des navires, les progrès de leur fabrication sont une des conditions du développement général de notre production et de notre commerce.

Ce gigantesque développement de la production du fer et de Pacier est égalé par les progrès de la chimie moderne dans le domaine de Tindustrie du charbon. Le fait que la production du charbon a pu prendre les dimensions aussi énormes exigées par les besoins

illimités de combustibles du siècle de la machine, s^explique par les progrès de Poutillage mécanique des mines. Nous ne pouvons pas entrer, ici, dans le détail de cette question. Ce qui nous intéresse, c^est qu^onf a réussi à extraire de la houille une quantité de matières nouvelles d^une grande utilité économique, sans porter préjudice à ses qualités combustibles. Depuis longtemps, on sait, qu'en fabriquant du coke, on peut extraire de la houille k gaz d'éclairage. L'utilisation du goudron minéral, au contraire, produit accessoire de la fabrication du coke, est un résultat relativement récent. Les combinaisons de carbure, que l'on peut extraire du goudron minéral, ont fourni les éléments d'industriesi nouvelles et importantes. Dans ce domaine, l'Allemagne, comme elle le mérite par ses méthodes scientifiques, occupe incontestablement la première place.

Ne mentionnons que les produits principaux du goudron: couleurs d'aniline et d'aUzarine, préparations pharmaceutiques, comme l'aspirine, la phénacétine, la saccharine, enfin les différentes huiles de goudron.

Les progrès énormes réalisés dans l'industrie du fer et l'utilisation des produits accessoires de la houille ne sont pas des exemples uniques, bien qu'ils soient des plus impK)rtants. Des améliorations semblables ont été réalisées dans l'industrie de tous les autres métaux. L'emploi de l'électricité a été d'une importance toute particulière pour plusieurs métaux ; rappelons à cet égard que, grâce au procédé électrique, la fabrication de l'aluminimum, qui était, autrefois, une expérience de laboratoire fort coûteuse, a pu devenir l'objet d'une grande industrie. Le perfectionnement de cette industrie a, de son côté, été d'une importance décisive pour la construction des dirigeables et des aéroplanes. Le déve-

loppement extraordinaire de I^utilisation du goudron de houille trouve son pendant dans les synthèses de matières colorantes artificielles (indigo artificiel), dans Pindustrie chimique du bois (cellulose), dans ^extraction déjà mentionnée de Tazote de Patmosphère, dans le perfectionnement des industries usant des procédés de fermentation (brasseries, fabrication de levain, etc.)^ perfectionnement basé sur les progrès de la biochimie.

Ainsi la technique moderne a réussi dans les vingtcinq dernières années, plus encore qu'auparavant, à asservir à nos asipirations économiques des forces et des matières nouvelles.

Elle a augmenté considérablement Tefficacité des énergies par leur utilisation plus intensive et par une réduction des pertes d'énergies. Elle a diminué les frais de production et de transformation des matières, grâce â des procédés perfectionnés qui demandent moins d'énergie, moins de temps et moins de matériaux, et qui utilisent les produits accessoires et les déchets considérés autrefois comme sans valeur.

Tous les domaines de la vie économique, la production agricole et minière, les professions industrielles, le service des renseignements, le transiport des voyageurs et des marchandises, ont tiré de ces progrès d'immenses avantages assurant, comme effet final, un résultat économique infiniment plus élevé, avec de moindres dépenses d'énergie humaine et surtout de travail physique.

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