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III. L'Organi^tion économique

L'organisation économique a suivi les progrès de la technique; elle les a facilités et ceux-ci, à leur tour, ont accéléré son développement.

Organiser le travail économique, c^est combiner, en vue d^attein'dre un but économique bien défini, les énergies humaines ainsi que le matériel et les matériaux de travail nécessaires. L^organisation économique repose, en première ligne, sur les deux principes étroitement liés de la division et de la concentration du travail.

La division du travail est le partage d^une besogne globale en diverses opérations partielles et la distribution de ces opérations partielles entre différentes énergies. La division du travail est le principe directeur de Inorganisation intérieure de toute entreprise économique importante; elle se manifeste dans la répartition de la population en différentes professions dont l'ensemble constitue l'économie nationale; c'est enfin la division du travail qui règle les rapports mutuels des différentes économies nationales, liées les unes aux autres par le commerce international. DansI le monde organique, réchelle conduisant des geni^es les plus bas jusqu'aux plus élevés montre une spécialisation et une différentiation toujours plus grandes et plus, raffinées des cellules et des organes; il en est de 'même dans l'organisme que nous appelons la communauté d'un peuple.

La concentration du travail est le pendant de la division du travail: c'est la réunion d'un nombre plus ou moins grand d'énergies dans un seul but économique. Les résultats gigantesques de l'industrie moderne ne sont possibles que par un concours systématique de grandes masses, disons même d'armées entières d'ouvriers de toutes catégories. Un laminoir ou un grand transatlantique sont des merveilles dont la construction exige non seulement l'énorme progrès de la technique

moderne, mais aussi le travail commun et discipliné d^un nombre infini d'énergies physiques et intellectuelles.

Ce concours exige, dans un organisme étendu et compliqué, une éducation et une discipline très minutieuses des énergies humaines. A lui seul, le progrès de la technique, fondé sur le travail scientifique, a déjà eu pour effet de remplacer de plus en plus Touvrier qui pas fait d'apprentissage par celui qui en a fait. Il n'est pas €xact de dire, comme on le fait souvent, que le progrès de Toutillage transforme les hommes en machines; au contaire, c'est la machine qui décharge l'homme d'une quantité énorme de travaux corporels que^ sans elle, il ne pourrait qu'en partie accomplir lui-même. La construction et l'emploi de machines, toujours plus fines et plus compliquées, demandent une éducation toujours plus mi-^ nutieuse de la main-d'œuvre. L'importance croissante de l'outillage technique a ouvert de nouvelles carrières au travail intellectuel, carrières équivalentes à celles du savant, du jurisconsulte^ du médecin, ide l'homme de lettres, de l'artiste. Nous rappellerons seulement les professions du technicien, de l'ingénieur, de l'adjoint scientifique dans les établissements industriels. A ces grands avantages, il faut opposer les désavantages résultant de la division croissante du travail. En un mot, le développement de l'outillage technique n'a pas la tendance à matérialiser le travail, mais plutôt à le spiritualiser.

Bornons-nous à jeter un coup d'œil sur le progrès énorme réalisé dans les trente dernières années, en Allemagne, dans le domaine des écoles professionnelles. Les pays étrangers prennent nos écoles professionnelles pour modèles et s'efforcent de réaliser des progrès analogues. On a attribué à notre instituteur une bonne part de nos su<?cès militaires du siècle passé. De même, l'instituteur

nous a aidés et continue à nous aider à gagner nos luttes économiques. Et ce n^est pas seulement Pinstituteur, il y a encore le sous-officier. Car Tinstruction seule ne suffit pas; la discipline est nécessaire à toute grande organisation. A ce point de vue aussi une comparaison de ^Allemagne avec les autres pays nous est favorable,. Quiconque a eu ^occasion d^observer les différentes nations et d'étudier leur travail économique n'aura pas manqué de constater Tinfluence énorme que le service militaire exerce chez nous sur le travail commun dans les grands établissements: la presque totalité de notre main-d'œuvre et de nos intellectuels ayant servi sous les drapeaux, notre peuple est accoutumé à Tordre, à l'exactitude et à la discipline.

Mais l'organisation économique ne se contente pas de former et de discipliner la main-d'œuvre. Plus la technique se développe, plus nous voyons grandir l'outillage du travail. Cet outillage, c'est-à-dire les matières premières, les demi-produits, les accessoires, les outils^ les machines, les bâtiments, tout cela constitue le capital dans l'acceptation économique du mot. Dans notre ordre social, basé sur la liberté individuelle et sur la propriété privée, il faut que l'organisation de chaque entreprise économique, aussi bien que l'organisation de l'ensemble, comprenne le capital; il faut que les énergies humaines et les moyens de production soient concentrés dans une entreprise d'une façon appropriée au but économique et que la totalité du capital disponible soit utilisée de la manière la plus intensive possible. A ce point de vue;, l'organisation du capital doit résoudre des problèmes absolument analogues à ceux de la technique qui, de son côté, tend à exploiter le mieux possible les forces et les éléments de la nature.

Nous ne pouvons rappeler, ici, qu^à grands traits dans quelle mesure le perfectionnement de Inorganisation économique a contribué, au cours des vingt-cinq dernières années, à ^augmentation de la productivité du travail et à ^accroissement de la prospérité nationale.

Il suffit d^un coup d^œil pour se convaincre que dans les différentes entreprises économiques, surtout dans les entreprises industrielles et commerciales, le perfectionnement de la division du travail va de pair avec le développement de la technique; de même que, dans Tensemble de notre économie nationale, le développement de la division du travail s^exprime par la spécialisation de plus en plus grande des différentes professions. Nos échanges commerciaux avec l'étranger montrent jusqu'à quel degré notre pays est, par suite de cette division du travail, étroitement uni à d'autres pays dans le grand ensemble de l'économie mondiale. En 1912, notre commerce extérieur a atteint le chiffre de 19 600 millions de marcs, dont 10700 millions pour l'importation et 8900 millions pour l'exportation. Sur ce chiffre d'importation, les objets d'alimentation, le bétail, les matières premières de l'industrie et les demi-produits représentaient 9100 millions de marcs, contre 1600 millions pour les objets fabriqués; d'autre part, mr une exportation d'une valeur totale de 8900 millions, les objets fabriqués figuraient pour 5800 millions de marcs. L'Allemagne échange donc, dans une très large proportion, les produits de son industrie contre ceux du sol et du sous-sol.

Son sol trop petit pour sa population et son climat peu favorable l'empêchent de produire ces produits en quantité suffisante.

Le développement de la division internationale du travail qui s^affirme dans le commerce extérieur n'a pas seulement permis au peuple allemand de satisfaire des besoins plus nombreux et plus variés; il a été aussi la base de Faccroissement important de population survenu dans les vingt-cinq dernières années. Sans cette division internationale du travail, le peuple allemand n^aurait pas été à même de se procurer tout ce qui était nécessaire à sa subsistance.

Les avantages de la concentration du travail, joints au perfectionnement de Forgansaition du capital, ont eu pour effet d'élargir les unités d'explotation et de faciliter la concentration de diverses industries dont les productions se complètent et dépendent l'une de l'autre.

Le tableau ci-contre nous montre dans quelle mesure les unités d'exploitation se sont développées.

En 1882, 59,0 0 de la population industrielle étaient occupés dans les petits établissements, 18,5o/o dans les établissements moyens, 22,5^/0 dans les grands établissements. En 1907, par contre, les petits établissements n'occupaient que 37,3,0/0 de la population, contre 37,0^/0 dans les grands établissements et 25,7 o/o dans les établissement moyens. C'est-à-dire qu'en 1882 le nombre des personnes occupées dans les petits établissements était deux fois et demi plus grand que celui des personnes occupées dans les grands établissements; en 1907, les chiffres sont à peu près égaux pour les deux catégories. De 1882 à 1907, le nombre des individus occupés dans les petits établissements n'a pas même augmenté d'un quart, tandis que celui des personnes employées dans les grands établissements triplait, et celui des personnes occupées dans les établissements géants croissait dans la proportion de 1 à 41/20/0. Ce développement est

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