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encore plus accentué dans certaines industries, par exemple, dans rindustrie métallurgique, dans Tindustrie des machines, des instruments et des outils, dans ^industrie du bois et Pébénisterie, dans le bâtiment. En 1882, la métallurgie occupait 288 000 personnes dans de petits établissements, contre 85 000 seulement dans les grands établissements. En 1907, par contre, les petits établissements n^occupaient que 272 000 personnes contre 440 000 personnes dans les grands établissements. Dans ^industrie des machines, la proportion était de 123 000 individus, contre 166 000 en 1882, et de 136 000, contre 788 000 en 1907; dans le bâtiment 245000, contre 75000 en 1882, et 315000, contre 633 000 en 1907. Dans les mines et usines qui, en 1882, n^occupaient qu^un nombre tout à fait insignifiant d'ouvriers dans des établissements petits ou moyens^ on comptait, en 1907, sur un chiffre total de 861 000 ouvriers, 832 000 personnes occupées dans les grands établissements.
Le développement de l'autre forme de la concentration du travail, la concentration en une seule entreprise des diverses opérations de la production, donne des résultats tout aussi surprenants. Les usines de production des matières premières et accessoires se sont associées, de plus en plus, à celles de la transformation de ces matières; les établissements qui fabriquent les demi-produits trouvèrent de plus en plus des avantages à s'occuper aussi de la fabrication d'objets finis; le^ établissements de production s'adjoignirent des entreprises de transport. Ce changement ne s'est pas seulemertt produit dans l'industrie, mais ausisi dans l'agriculture où les laiteries, les distilleriesi, les brasserîés, les sucreries sont devenues de plus en plus des dépendances des grandes entreprises agricoles. Dans l'industrie, le fait
le plus saillant est Tassociation des mines et des usines, association singulièrenient encouragée par l'existence des grands syndicats; les établissements mixtes („Hûttenzechen^O remplacé presque totalement les charbonnages et les usines simples. Les entreprises gigantesques, telles que celles de Krupp, ont à la fois des charbonnages^ des fours à coke, des mines et des usines. Elles transforment le fer et Tacier, fabriquent des machines, des canons, des munitions et des blindages; en outre, elles possèdent des usines électriques, des chantiers, une flotte fluviale et maritime pour le transport du charbon et du minerai.
Le développement énorme de la concentration du travail a pour condition, et peut-être même jusqu'à un certain degré pour cause, Taccroissement de la richesse, la mobilisation et la concentration des capitaux disponibles. Plus une exploitation est grande et plus son outillage technique est vaste, plus grande est la somme des capitaux qui doivent être associés aux forces actives de cette exploitation. Et inversement, plus les capitaux disponibles sont grands, plus forte est la tendance à développer, à agrandir et à combiner les diverses exploitations, afin d'en obtenir le plus grand rendement possible.
Or, un accroissement de la richesse même sensiblement supérieur à l'accroissement réel, n'aurait pas suffi à lui seul à étayer cette énorme concentration du travail, si l'on n'avait pas réussi à trouver, comme pour l'organisation du travail humain, des moyens €t des formes! d'associer des capitaux appartenant à une foule de personnes différentes. C'est ce que réalisa le développement des sociétés anonymes et des établissements de crédit.
L^organisation du capital sous forme de sociétés, représentée par les sociétés anonymes, les sociétés en commandite, les sociétés coopératives, etc., met tout capitaliste en état de participer avec toute sa fortune ou une partie seulement à une grande entreprise oii il a toutes les chances et les risques de l'entrepreneur. La société anonyme permet de réunir des capitaux disséminés entre les mains de milliers de personnes; la somme totale du capital à engager dans une entreprise ne dépend plus du capital d'un seul individu ou d'une seule famille. En acquérant des parts ou des actions, le plus petit capitaliste peut participer à la plu^ grande entreprise. Rappelons par quelques chiffres le développement pris par cette organisation du capital durant les vingt-cinq dernières années.
En 1886/87, il y avait en Allemagne 2143 sociétés anonymes et sociétés en commandite par actions avec un capital total de 4876 millions de marcs. En 1907/8, le nombre :des sociétés était porté à 4578, leur capital à 12 788 millions. En 1911/12, leur nombre était de 4712 et le capital de 14 880 millions. L'accroissement du nombre des sociétés à grands capitaux est particu- Uèrement remarquable. Les sociétés anonymes et les sociétés en commandite par actions disposant de capitaux de plus de 10 millions de marcs se sont développées comme suit:
à la fin de 1886/7, on compte . 74 sociétés
le 30 sept. 1909 229
La base juridique des sociétés à responsabilité limitée („Qesellschaften mit beschrânkter Haftung^^) a été
créée par la loi d^mpire du 10 avril 1892. En 1Q09, on en comptait 16 508 avec un capital de 3538 500 000 marcs.
Dans le développement des sociétés coopératives de production, de consommation et de crédit, l'Allemagne marche incontestablement à la tête. Actuellement le nombre des sociétés coopératives a dépassé le chiffre de 30 000 et celui de leurs membres cinq millions.
Les chiffres des capitaux mobilisés par le crédit et mis ainsi à la disposition de Tactivité économique ne sont pas moins imposants.
Le montant des dépôts dans les banques de crédit (en compte-courant et en compte de dépôt) était, vers 1890, de 1300 à 1400 millions de marcs contre 9360 millions en 1912.
Les dépôts dans les sociétés coopératives n'étaient que de 600 millions de marcs environ vers 1890, tandis qu'en 1912, ils ont dépassé 3 milliards.
La totalité des dépôts dans les caisses d'épargne allemandes était, en 1888, de 4550 millions de marcs; en 1912, la somme de 18 milliards a été dépassée.
En somme, les dépôts dans les banques, les sociétés coopératives et les caisses d'épargne se sont élevés, dans les vingt-cinq dernières années, d'environ 6V2 mil* liards de marcs à 30 milliards. Cet accroissement est dû en grande partie à l'augmentation du capital. Toutefois, une bonne partie s'est effectué grâce à une meilleure organisation qui réussit à faire sortir de leurs retraites des capitaux qui se dérobaient, autrefois, à la mise en valeur. C'est par le canal du crédit mobilier et immobilier que les capitaux ainsi
mobilisés ont été mis à la disposition de la vie économique; ils ont fourni, en grande partie, les ressources financières nécessaires à rénorme développement de l'activité économique allemande. Étant donné les capitaux relativement réduits dont ^Allemagne disposait au début de cet essor, les sommes immenses exigées par le perfectionnement de rindustrie allemande et le renouvellement de son outillage technique ne pouvaient se trouver que par une concentration et .une utilisation aussi intenses que possible des capitaux existants. Le danger d'une tension trop forte du crédit était toujours menaçant, vu les demandes énormes de capitaux faites sians cesse par rindustrie. Plus d'une fois, on fut à deux doigts de ce danger. Dans l'ensemble, toutefois, l'Allemagne a réussi à organiser son crédit de telle sorte que le principe d'une utilisation intense des capitaux s'accorde avec celui de la sûreté des placements.
Le perfectionnement de l'organisation du crédit a encore augmenté les effets de Tassociation du capital sur le développement de notre vie économique. Tant que le capital existant était suffisant, il n'y eut plus de limite pour les combinaison les plus vastes répondant aux exigeances toujours croissantes de la technique et du rendement. C'est alors qu'apparurent ces énormes! entreprises et ces groupements d'entreprises qui emploient plusieurs milliers de salariés et engagent des capitaux s'élevant à des centaines de millions de marcs.
Pour compléter l'image du développement de notre organisation économique, il faut ajouter à ce tableau un dernier trait. Cette marche ne s'est pas arrêtée aux étabHssem'ents géants ; elle a conduit aux vastes organisations, qui englobent une multitude d'entreprises du même genre
ou d'un genre semblable : aux syndicats, aux cartels, aux communautés d'intérêts, aux consortiums etc. Contrairement aux trusts américains, qui détruisent presque entièrement les entreprises individuelles, ces associations laissent à chacune des entreprises dont elles sont composées son autonomie ; elles se bornent à appliquer certains principes qui règlent la production, les prix et la concurrence. Ces associations tendent à éliminer autant que possible les conflits et les pertes qui résultent nécessairement d'une concurrence déréglée; elles cherchent à grouper toutes les énergies, en vue de les conduire au maximum du succès économique. Elles constituent, à ce point de vue, le plus haut degré de développement que aotre organisation économique ait atteint.
L'évolution que nous venons de décrire doit être jugée d'après le progrès qu'elle réalisa vers un idéal de parfaite organisation de la production. Si on se place à ce point de vue, on constate que les vingt-cinq dernières années furent pour tous les organes de notre vie économique une période de rapide croissance et d'exceptionnel perfectionnement. Si le développement de notre vie économique a pour but d'augmenter la force productrice du travail et de satisfaire plus complètement nos besoins les plus variés avec une moindre dépense d'énergie, on peut dire que les progrès accomplis dans le domaine de l'organisation économique nous ont tout autant rapprochés de ce but que les découvertes faites dans le domaine des sciences et de la technique.
Mais personne ne saurait se dissimuler que des tâches nouvelles et fort imix)rtantes ont surgi de cette
transformation de la vie économique et de toute la structure de notre nation. L'émigration de la population des campagnes vers les villes, Taugmentation du nombre des ouvriers et la diminution de celui des cultivateurs, le développement des grandes entreprises au détriment des moyennes ou des petites, la substitution des salariés aux gens indépendants, la croissance de Topposition entre le capital et le travail, entre les classes pauvres et les classes riches, — tels sont les problèmes que le développement de Toutillage technique et de l'organisation économique a fait naître. La rapidité de ce développement contribua à augmenter les difficultés de ces problèmes nouveaux. Les changements furent si prompts et les transitions si rudes que les contrepoids naturels qui pouvaient nous garantir contre les dangers d'une telle évolution n'eurent parfois pas le temps d'apparaître ou de se développer.
L'avenir de notre patrie dépendra en grande partie d'une heureuse solution de ces problèmes.
Nous avons la confiance de la trouver.
Aucune nation qu'un développement analogue a placée en face de problèmes du même genre ne les a abordés avec plus de zèle, de gravité et de résolution. Ces tâches nouvelles s'imposent surtout à nous dans le domaine de l'hygiène publique, de l'habitation, de la politique sociale, de l'éducation, de l'enseignement etc. Dans aucun pays, les directeurs des grandes entreprises n'ont fait preuve d'une plus claire conscience de leur responsabilité et de leurs devoirs sociaux; dans aucun pays, l'État n'a compris, plus tôt, l'étendue de la question sociale et ne s'en est occupé avec plus d'activité. L'Empereur et l'Impératrice ont toujours eu pleine conscience
des devoirs envers rhumanité et le peuple allemand résultant d'une grande conception de leur haute mission. Les résultats obtenus,, jusqu'à ce jour, sont dus en grande partie à leur initiative ou à leur efficace protection. C'est un des plus beaux titres de gloire de la maison des Hohenzollern.