‹ La prostitution à ParisChapitre 14 sur 59 · LL ER · texte numérisé non relu

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il existe quelques variétés, mais qui n’ont rien de remarquable, et que l’on peut assimiler à ces autres variations dont j'ai parlé plus haut; les organes génitaux de l’homme offrent, sous ce rapport, des variations bien plus fréquentes et bien autrement tran- : hées. | À l'époque où je faisais mon enquête à ce Rn on ne connaissait à Paris que trois prostituées dont le clitoris présentât un développement notable; mais, sur l’une d’elles, ce développement était énorme, car cet organe avait huit centimètres de long et il egalait un doigt (Pindex) en grosseur; on y remarquaitun gland bien formé et recouvert d’un prépuce, audessous duquel se trouvait de la matière sébacée ;. c'était, à s’y méprendre, la verge d’un enfant de douze à quatorze ans, peu avant sa puberté. Cette fille, âgée de vingt-trois ans, n'avait jamais été réglée etn ‘offrait pas la moindre trace de mamelles : il est probable qu’elle manquait également d’utérus; car le toucher du vagin ne faisait reconnaître qu’un tubercule sphérique sans ouverture, et la même exploration pratiquée par le rectum constatait l’absence de l'organe; malheureusement, on n’a pas eu recours au speculum pour cet examen important.

Cette fille ayant éte longtemps en détention, les médecins de la prison ont cherché à découvrir quelle pouvait être l'influence d’un étatsi anormal sur l’acti- vité des passions érotiques : mais cette fille leur à toujours dit qu’elle était aussi indifférente pour les hommes que pour les personnes de son sexe; ; qu elle ne s'était livrée à la prostitution que par excès de. misère, et que, si elle avait eu pendant quatre ans un amant, dans son pays, elle n’était restée avec lui que parce qu'il pourvoyait à son existence. J’ai fait surveiller cette fille pendant six semaines; je l’ai fait questionner par plusieurs personnes, et jamais elle n’a varié dans ses réponses; sortie de la prison, elle a tenu un langage semblable aux médecins du Dispensaire, qui me l’ont rapporté.

DES PROSTITUÉES 103 Cet état d’indifférence pour un autre sexe, malgré un développement aussi considérable du clitoris, pourrait jusqu’à un certain point s'expliquer chez cette fille par l'absence de l’utérus et probablement par celle de ses annexes; mais les deux autres étaient bien réglées, elles avaient des mamélles très développées, et cependant, sous le rapportdes penchants, elles pré- sentaient avec le sujet précédent la plus grande res- semblance.

Malheureusement, les occasions ne manquent pas, à Saint-Lazare, de faire des contre-épreuves : tousles jours, on y recoit quelques-unes de ces filles d’une lasciveté effrénée, ou de ces tribades, plus lascives encore; on examine ces dernières comme les autres, et jamais elles n’ont présenté, dans leur organisation, la moindre chose qui les distinguât du reste des pros- . tituées, ou du commun des femmes.

M. Renauldin dit, dans le Dictionnaire des Sciences médicales (tome V, page 374), en parlant des femmes chez lesquelles le clitoris est assez prononcé pour leur permettre d'abuser réciproquement de leur sexe : « Elles tiennent beaucoup plus de l’homme que de la femme ; ellés ont, en général, la taille élevée, les membres vigoureux, la figure hommasse, là voix forte, le ton impérieux et les manières hardies. » J’ai pour l’auteur de cet article la plus grande estime; mais ma longue expérience, passée à l'examen et à l’étude des prostituées, m'oblige à le contredire. Je ne puis admetire les caractères qu’il assigne à la femme dont leclitoriss’est développé outre mesure, et chez laquelle ce développement aurait fait naître des gestes et des habitudes qui répugnent à la nature; on ne peut pas, à Saint-Lazare, distinguer une tribade à ces caractères extérieurs ; il faut, pour être fixé, la voir avec les autres filles et l’observer d’une manière spéciale. J'ai connu nombre de prostituées, adonnées à l’abominable vice du saphisme, se faire remarquer, au contraire, par leur jeunesse, leur délicatesse, la douceur de leur voix, et par d’autres charmes qui n’ont pas

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104% | PHYSIOLOGIÉ

moins d'influence sur leurs semblables que sur les : individus appartenant à lautresexe. : :

Est-il un caractère plus tranché et qui sépare plus l’homme de la femme, que la barbe?... Eh bien, les trois filles citées plus haut n’en avaient nulle trace, bien que les parties qui, dans leur sexe, doivent être velues, le fussent comme chez toutes les autres. Gette barbe s’est fait remarquer chez plusieurs filles publiques, et l'on à pu constater, par les soins qu'il a fallu leur donner en détention,que leur clitoris n’avaitrien que de naturel. L'une d’elles était, sous ce rapport, véritablement remarquable: comme elle joignait, à cette particularité de la barbe, une belle prestance et quelque chose de mâle, elle était recherchée par les hommes les plus riches et les plus distingués, et s'était fait dans son métier une grande réputation; tombée dans la dernière misère, on l’a observée pendant quinze ans üans la prison, où elle se faisait souvent renfermer, et l’on s’est assuré qu’elle n’était pas sujette au vice honteux et dégradant qu’on aurait pu lui attribuer, d'après son physique, au nom des préjugés répandus à ce sujet.

Des observalions qui viennent toutes confirmer ce que j'ai dit sur le développement remarquable d un organe, sans coïncidence de ce développement avec des goûts et des caractères physiques extérieurs, m'ont été communiquées par des personnes qui se livraient aux mêmes études que moi sur les prostituées, il y à douze ans; ces confrères sont aussi d'accord avec moi et ont constaté, de leur côté, chez de nombreuses filles publiques, la barbe et l'existence de poiis nombreux sur tout le corps, sans accroissement du clitoris, et sans altération des qualités extérieures et morales qui distinguent les femmes.

PETITES ET GRANDES LÈVRES. — Il y a des prostituées dont les petites lèvres sont développées outre mesure. Ce cas se présente assez fréquemment; mais est-il bien dù au métier?On a tout lieu d’en douter.Sur

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les milliers de filles qui se renouvellent par tiers tous les ans, est-il étonnant que l’on rencontre quelques particularités d'organisation qui ne paraissent plus fréquentes dans cette classe, que parce qu’elle est seule soumise à un examen qu’elle supporte avec peine et que repoussent toutes les autres personnes du même sexe? D’après les observations du Dispensaire et de la prison, c’est à peine s’il existe quinze à vingt filles dont les petites lèvres présentent un développement assez notable pour être remarqué, etilne leur arrive pas six fois par an d’en faire la résection ; tous les médecins spéciaux ont remarqué que lacicatrisation se faisait, dans ce dernier cas, avec une rapidité étonnante. Quelques personnes ont pensé quecette résection devait être considérée comme une mesure de police, comme un moyen de rendre la contagion plus difficile; j'ignore jusqu’à quel point cette opinion est fondée. Il paraît que chez quelques vieilles filles, la membrane muqueuse du vagin devient comme tannée et cartilagineuse. ou, pour mieux dire. qu’elle acquiert les qualités extérieures de la peau, etque: chez quelques autres, les petiteset les grandes lèvres, loin de s’allonger, disparaissent complètement etsont remplacées par des masses informes de tissu graisseux ; mais ces différentes altérations sontaussi rares que celles dont il a été précédemment question.

ÉTAT DE L'ANUS CHEZ LES PRO-TITUÉES. — Deux mots là-dessus pour terminer ce paragraphe. Ces malheu- 14 reuses, livrées aux brutalités d’une foule d'hommes i blasés sur les jouissances que permet la nature, ne refusent pas toujours ces communications illicites,

qui, pour avoir lieu entre individus desexe différent, n’en sont pas moins révoltantes. MM. Jacquemin et Collineau, et plusieurs autres médecins observateurs, croient qu'il n’en est peut-être pas une seule, parmi celles d'un certain âge, qui refusent de se prêter àces turpitudes. Je dois avouer, quant à moi, quil n’est pas un point de la vieet des habitudes des filles publi-

NME ENS ANNE LR A PE

ques plus.-obscur que celui-ci; on peut dire, à leur louange, qu'elles sont sur ce sujet d'une réserve complète, qu’elles, repoussent avec-horreur les questions qu'on leur adresse, et qu’elles affectent une certaine indignation lorsqu'on paraît les soupconner de s'être prêtées à des communications de cette nature.

Cependant, les désordres locaux qui en sont quelquefois le résultat, se présentent ordinairement sous un tel aspect, qu'on ne peut se méprendre sur leur origine; dans ce cas, c’est toujours par le silence, et jamais par un aveu direct, que l’on apprend la vérité. Ces cas ne sont pas rares à Saint-Lazare; ce quia permis de faire encore quelques observations Susceptibles d'application à la médecine légale.

On a donné comme un signe infaillible de l’habitude qu'a un individu à se prêter à ce honteux penchant, une disposition particulière de l’ouverture du rectum, qui, a-t-on dit, présente toujours dans ce cas la forme d’un entonnoir ; M. Cullerier avait la prélention de ne jamais se tromper à cet égard, tant le signe était, selon lui, tranché et facile à reconnaître.

Si le résultat d’un commerce contre nature était, chez les hommes, aussi constant qu'il devraitêtre, en s’en rapportant aux assertions de bons observateurs, on le retrouverait aussi facilement chez les femmes, qui, sous ce rapport, ne présentent pas de particularité d'organisation. Or, c’est ce que n’ont pas vu les médecins du Dispensaire,. et ce que n’ont jamais pu constater ceux de la prisondes filles publiques sur un nombre considérable d'individus qu'ils ont eu occasion d'examiner pendant des années; nouvelle preuve de la réserve extrême qu’il faut mettre en médecine légale dans toutes les décisions, et du danger de se: fier d’une manière trop exclusive à ces assertions qu’on rencontre malheureusement trop souvent dans les livres de médecine.

Cette digression terminée, je reviens à la physiolo-: gie des prostituées.

ÊTar pe LA MENSTRUATION.— Il n’est pas sans intérêt de connaître jusqu’à quel point la vie que mènent les prostituées peut modifier la menstruation, fonction si importante à la santé des femmes. Là-dessus, les observations qui m'ont été communiquées ont donné des résultats contradictoires. Quelques-uns m'ont affirmé que les prostituées, qu’ils ontétudiées, étaient réglées comme toutes les autres femmes; que leur métier n'avait aucune action sur cette fonction ; qu’il était également faux que le traitement des affections vénériennes par le mercure altérâten aucune manière la régularité de la menstruation ; qu’elles n’avaient ni pertes ni aucune de ces affections des organes génitaux si redoutées des femmes. Quelques autres observateurs m'ont tenu un langage tout opposé : suivant ces personnes, beaucoup de prostituées n’ont pas leurs règles depuis deux ou trois ans, et ne s’en portent pas plus mal ; ou bien,elles ont des interruptions pendant trois ou quatre mois, sans qu'on en puisse reconnaitre la cause. Ce sont particulièrement quelques internes intelligents et les dames chargées de la surveillance des prostituées à Saint-Lazare, qui m'ont donné cette dernière version; et comme ces dames ne quittent jamais ces filles, qu’elles inspec-

tent et soignent leur linge, j’attache de l’importance à leurs observations. Ce qu’il ÿY a de certain, d'autre part, c’est que toutes celles-qui renoncent à la prostitution pour entrer au refuge du Bon-Pasteur, y arri- - vent sans être réglées; et ce qui est fort extraordinaire, c’est que la menstruation ne se rétablit pas pendart leur séjour dans cette maison, malgre le repos dont elles y jouissent et la nourriture pee convenable qu’on leur y procure.

La conclusion que je crois devoir tirer de cette double enquête, c’est que, parmi les prostituées, les unes sont bien réglées et que les autres ne le sont pas; que la menstruation peut suivre chez ces femmes : sa marche périodique et régulière pendant un temps: plus ou moins long et finir par s’altérer. On conçoit

même difficilement qu’il puisse en être autrement; car elles se livrent à tous les excès, s’exposent à toutes les intempéries, et commettent d’autres imprudences qui passent, dans l'esprit des femmes, pour . ètre très pernicieuses aux fonctions particulières à leur sexe. M

Cullerier prétend que les prostituées sont dans l'usage de se faire des lotions et des injections froides pour supprimer leur menstrues et, de la sorte, ne. point interrompre leur métier : j'ignore si cette pratique est générale chez ces filles; mais ce que je sais, c’est qu'elles ont maintenant des moyens plus simples, plus efficaces et moins dangereux, d'arriver au même but Je dois ici m’abstenir de détails ; car’ cette inÿention leur a souvent servi à cacher des maladies et à se soustraire, par conséquent, à la séquestration : elles l’ont également employée à lhôpital pour Simuler des guérisons et recouvrer leur liberté; mais ces supercheries sont maintenant éventées et ne trompent plus les personnes chargées de la surveillance sanitaire.

$ G.— De la fécondité chez les Prostituées.

L’examen de la menstruation chez les prostituées m'amène naturellement à traiter de leur fécondité, question importante et sur laquelle règne encore une tres grande obscurité.

. On croit généralement que les prostituées n’ont pas d'enfants, ou que, si elles en ont, c’esten si petit nombre qu’on peut les regarder comme stériles ; j'ai trouvé cette opinion chez des administrateurs distingués, chez des médecins qui avaient observéet soigné beaucoup de ces filles, et chez d’autres personnes qui, par leur position, devaient être à portée de bien connaitre ce qui existe à cetégard. En résumant toutes lès réponses qui m'ont été faites, etce que j'ai trouve dans quelques livres anciens et modernes, j'ai dû tirer cette conclusion : que mille prostituées four-

nissent à peine six accouchements : dans le courant d’une année.

Néanmoins, pour avoir des données plus j'ai demandé aux employés et aux inspecteurs du Bureau des Mœurs dans quels endroits les prostituées vont accoucher, et j'ai su que, sauf quelques exceptions rares, c’est toujours sur la Maternité qu’elles se

edirigent. Métant adressé à la sage- -femme en chef de cet établissement, j’ai reçu la réponse suivante : «Il

n'entre plus, dans notre hôpital, que quatre à six prostituées par an. Ces filles ne se font pas connaître pour ce qu’elles sont; mais, après quelques jours d'observation, nous les distinguons facilement des autres femmes par leur mise, leur langage et surtout les propos qu’elles tiennent dans les salles et les promenoirs. Les remarques les plus curieuses que nous avons faites sur elles, c’est qu'ilestrare qu’elles accou-

chent heureusement ; la lenteur du travaii nécessite toujours l’emploi du forceps. Leurs enfants vivent

rarement; souvent même ils arrivent morts, et les accidents les plus graves suivent constamment ces accouchements. » Des renseignements aussi précis e: aussi minutieux semblent démontrer l'exactitude di l'opinion, généralement admise, de la stérilité pres. que absolue des filles publiques.

Toutefois, ne pouvant, pour une question de cett gravité, m'en rapporter à ce seul témoignage, j'ai pro cédé à une enquête générale, en m’adressant aux mé decins du Dispensaire, à mes confrères des prisonse

- des hôpitaux, spécialement ceux qui ont à soigner des prostituées, ainsi qu'aux inspecteurs chargés de le: surveiller ; et, des réponses de tant de personnes d’é

tats et desituations différents, il résulte que les pros tituées présentent des grossesses et des accouche: ments à terme beaucoup plus fréquemment qu’on n le pense. Mais dans quelle proportion sont ces der. niers ? Les renseignements à ce sujet ont varié de 3 à 60 pour le courant d’une année.

J'ai vérifié dans les registres du Dispensaire et du

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Bureau des Mœurs : en effet, dans ceux de l’époque où

les prostituées payaient une taxe, On trouve les exemptions accordées à celles qui se trouvaient dans les deux mois qui précédaient et qui suivaient leur

accouchement ; dans le premier cas, il fallait une at-

. testation des médecins,et dans le second, un certificat prouvant leur séjour et leur accouchement à l’hôpital.

Ces livres d’exemptions, que le Bureau des Mœurs a%. mis à ma disposition, m'ont été tres précieux. Un en-. semble de douze années, où j'ai relevé.les chiffres, :

m'a donné une moyenne annuelle de 51 accouchements qui ont eu lieu dans les hôpitaux spéciaux et

dans lesquels ces prostituées ne sontentrées que pour

y accoucher ; ce qui prouve qu’on a commis une pre-

mière erreur en eroyant qu’elles ne vont an Ma-

ternité.

Mais ces malheureuses, me suis-je dit encore, ne sont pas toujours libres d’accoucher où elles veulent : par exemple, celles qui sont malades d’une affection vénérienne et que l’on envoie à l'hôpital spécial, celles. qui ontecommis quelque délit et que l’on enferme dans

une prison. D'où, nouvelles recherches, et constata- … tion d’une élévation de la moyenne à 63 SCORE

ments de prostituées par an à Paris.

Ces renseignements sont positifs ; ceux qui suivent le sont moins. | J’ai la preuve-que toutes les prostituées qui ont accouché ne sont pas venues réclamer leurexemption de taxe ; ce qui avait lieu pour celles qui, étant dans leurs meubles, allaient se confier en ville aux soins

de quelque sage-femme. J'ai su aussi que plusieurs :

quittent le métier après leur accouchement et disparaissent comme tant d’autres sans revenir au Dispen-

saire. Quel peut être le nombre de celles qui se trou-. vent dans ces deux catégories? Une induction résul-

tant de notes et de renseignements recueillis sans

intention directe, me fait eroire que ce nombre est de 8 à 10 par an.

‘En résumé, et pour terminer par un calcul prOpOr- Fe ; Mois toute mon enquête HADEIRE à cette conclusion : pe.

sur 1,000 prostituées exerçant leur métier à Paris, il Y a 2! Dr pen soit, 42 sur 2,000, et ainsi de suite.

Ceux qui ont fait une étude spéciale des lois qui

. règlent les naissances et tout ce qui concerne le mou-. vement de la population, reconnaîitront encore ici une

grande infériorité sur le nombre d’accouchements que devraient présenter des femmes de l’âge de dixhuit à vingt-deux ans, vivant dans leur ménage ; d’où nous devons conclure que, si l’on a exagéréen disant

. que les prostituées sont presque stériles, il reste cependant prouvé qu’elles sont beaucoup moins fécondes qu’elles le seraient en menant une vie conforme aux lois de la nature.

Nous venons de voir quelle était, d’une manière . approximative, le nomhre d’accouchements à terme qu'une quantité donnée de prostituées peuvent four-

nir dans l’espace d’une année; mais ceci ne nous apprend rien sur l'aptitude qu’elles peuvent avoir à

-limprégnation, et sur le résultat de ces conceptions. Tâchons de jeter quelque jour sur cette question importante.

Comme suite à mon enquête dans les hôpitaux et à la prison, les fausses couches de filles publiques sont

fréquentes dans les sept à huit premiers mois de la grossesse, et plus fréquentes encore à une époque moins avancée ; mais comme, dans ce dérnier cas, on inscrit pas les naissances, rien ne peuten constater le nombre.

J'ai parlé plus hautde l’irrégularité de la menstruation chez quelques prostituées, et des interruptions que présente chez elles cette évacuätion, dans une foule de circonstances ; ne pourrait-on pas les attri-

buer à une conception et à une véritable grossesse ?... pisse opinion, qui & été émise devant moi par plu- ‘sieurs médecins etphysiologistes distingués, acquiert

une grande probabilité par les observ ations du doé-:

FLOUL Serres, qui a soigné de nombreuses prostituées

As une des divisions de la Pitié. Voici la RRURE

RIS es PHYSIOLOGIE

faite par le savant docteur à mes questions : « Les pertes abondantes sont rares chez ces femmes ; mais les plus jeunes ont souvent des retards de leurs règles, qui se terminent par l’expulsion de ce qu’elles appellent un bondon. Pendant deux années, je ne fis pas attention à cette expression ; mais, ayant dirigé mes recherches sur l’embryologie, j'examinai avec soin ces productions, etil me fut facile d'y reconnaître tous les caractères de l’œuf humain; j'ai pu,en un court espace de temps, en recueillir un grand nombre, qui tous étaient sortis à une epoque indiquant une . conception de quatre à cinq semaines. C’est tousse sur des filles de dix-huit à PRERQNOTE ans que j'ai pu faire ces observations. »

Ces détails jettent un grand jour sur le sujet que je traite; ils nous prouvent que, si les filles publiques amènent à bien un très petit nombre d’enfants, elles ont à l’imprégnation une aptitude plus grande que ne semble l'indiquer au premier aspect ce qui a été relaté plus Haut. Les prostituées, en rejetant ces productions organiques, ne croient pas faire de fausses cou-. ches ; il faut donc les ajouter à toutes celles qu’elles “reconnaissent et qu’elles avouent. Je tiens, d'autre. part, des inspecteurs, chargés de les rechercher lorsqu’elles ne se rendent pas à la visite, qu’il leur arrive: sans cesse de trouver ces filles dans leur lit, où elles restent par suite de fausses couches ; quel intérêt auraient-elles, dans ce cas, à ne pas dire la vérité ?.

Non seulementelles font des fausses couches ; mais il est prouvé qu’un assez grand nombre d’entre elles les provoquent; en d’autres termes, on a constaté souvent, chez les prostituées, de véritables avortements. Le docteur Velpeau, qui possède la plus nombreuse collection d’embryons qui existe peut-être, en a recueilli cinq provenant de prostituées, et, surces | cinq, trois portent les traces de l'instrument perforant 4 qui leur avait donné la mort; ils avaient tous detrois | à quatre mois de conception.

Je cite ces faits qui n’accusent personne ; ilen est

d’autres que je dois taire, non par respect pour les malheureuses qui, ayant perdu toute honte, ne craignent pas de se souiller par un nouveau crime, mais pour ne pas laisser échapper mon indignation contre ces êtres indignes et pervers, qui, plus coupables à mes yeux que le plus vil des assassins, leur prêtent, dans ces circonstances, leconcours de leur art. Ainsi, sans pouvoir dire précisément quel est le nombre de conceptions qui, dans l’espace d’un an, surviennent sur une quantité donnée de prostituées, on voit, par ce qui précède, que leur métier n’est pas un obstacle à la fécondité.

Mais à quoi peuvent tenir ces fausses couches si fréquentes, on pourrait presque dire si constantes ? Sans parler des avortements provoqués par des manœuvres directes dont quelques-unes de ces filles se rendent coupables, l’exercice seul du métier n’est- 11 pas plus que suffisant pour tout expliquer ? Si la vie que ménent les prostituées nous étonne, si nous avons peine à concevoir que la santé puisse résister à des excès de tous les genres et de tous les instants, nous comprendrons aisément l’action fâcheuse que peut avoir sur une grossesse commençante une réunion si nombreuse de causes de désordre et de destruction ; tout s’expliquera lorsque nous aurons dit que ces filles font leur métier jusqu’à la dernière extrémité, que plusieurs ont accouché dans les bureaux de l'administration, et jusque sur la voie publique, au moment où elles provoquaient les passants. Pourquoi ces malheureuses, qui pourraient être admises à la Maternité un mois ou six semaines avant leur accouchement, et y jouir de toutes les douceurs qu'on prodigue aux femmes enceintes, ne profitent-elles pas de cette ressource? On en concevra facilement la raison, lorsqu'on saura qu’une prostituée, dans cet état, est plus recherchée et gagne trois ou quatre fois plus qu’à l’état ordinaire. C’est donc la nécessité ou l’appât du gain qui les fait s’exposer à . cette nouvelle cause d’avortement. L'état de grossesse

. AL4 | He PHYSIOLOGIE ne | die

les met dans une position analogue à celle des nes

filles qui se font remarquer par quelque particularité 2 insolite : l’existence de la barbe, une peau d’un noir

d’ébène, une taille d’une grandeur démesurée ou d’une petitesse extrême, et jusqu’à des infirmités (bosse, jambe de bois), ont toujours un résultat semblable, c’est-à-dire sont mieux payées par certains individus à goûts bizarres, qui les recherchent, : qui sont en assez grand nombre.

Tous ceux qui ont étudié les prostituées dans les hôpitaux et à la prison ont fait la remarque qu elles

attribuent toujours leur grossesse à un individu par- . ticulier, et qu’elles ont la prétention de pouvoir dési-

gner d’une manière positive quel est le père de leur “enfant; ceci cessera de paraître singulier, lorsqu'on se rappellera ce que j'ai dit des amants des filles publiques, en parlant des mœurs et des habitudes de

ces filles.

Un ancien registre A nee m'a fourni un

document curieux, bien capable de jeter quelque jour sur cette prétention qu'ont les filles publiques d’attribuer à tel amant leur grossesse. Ce registre, à son origine, était absolument blanc ; de sorte que les employés chargés de l'inscription, étant libres d’y mettre tous les renseignements qu’ils croyaient nécessaire, il vint à l’idée d’un de ces employés, succédant à un autre, de demander à toutes les filles qu’il ins-

erivait si elles avaient eu des enfants, et si elles :

vivaient d’une manière habituelle et particulière avec un amant en titre. Quelques-unes refusèrent de lui

répondre ; mais la plupart satisfirent à ses questions.

Sur 620 femmes inscrites par cetemployé: - 217 refusérent de répondre à ces questions ;

213 déclarèrent qu’elles n'avaient pas d’amants et -

n'avaient pas eu d'enfants ;

125 avouerent qu’elles avaient des amants qui les

avaient rendues mères ;

31 dirent que, bien qu’elles eussent un amant, elles

n'avaient jamais eu d'enfants;

SAACESE PRE

26 répondirent qu’elles n'avaient pas d’amants, mais que cela ne les avait pas empêchées de conce- VOIr ;

8 enfin avaient eu des enfants; mais, étant ma riées, elles attribuaient ces enfants à leur mari.

Si, dans l'examen de ce document, nous mettons de côté les 217 qui refusent de répondre, il nous en reste 403, sur lesquelles il s’en trouve 133 qui peuvent attribuer leur grossesse à un individu particulier, 91 qui n’ont pas eu d'enfants, bien qu’elles eussent des amants en titre, et 26 seulement qui deviennent fécondes sans avoir de ces amants qui jouent un si |

grand rôle dans la vie des filles publiques.

. Ces renseignements me paraissent authentiques :

- en effet, quel intérêt ces filles auraient-elles eu à tromper, lorsqu'elles voyaient consigner dans un registre le nom, la profession, et jusqu’à l’adresse de ceux qui s'étaient attachés à elles d’une façon permanente? Des

détails de cette nature expliquent la réserve des 217

qui refusèrent de répondre; leur silence indique qu'elles ne différaient pas des autres sous le rapport des liaisons particulières.

Ce singulier document nous montre la vérité de tout ce que j'ai avancé précédemment sur la fécondité des prostituées, sur les causes de cette fécondité, et sur l'habitude qu’elles ont de s’attacher plus particulièrement à un individu et de l’affectionner d’une manière souvent singulière; il nous montre encore que quelques-unes peuvent être fécondées par l’homme de passage qu’elles n’ont jamais vu et ne reverront jamais, mais que ces sortes de fécondations sont rares à côté des autres. |

- Tout semble donc prouver que les prostituées sont

plus aptes à la fécondation qu’on ne l’a cru jusqu'ici ;

qu'il faut, pour que cette fécondation ait lieu, une réunion de circonstances, et, pour ainsi dire, le concours de la volonté et du laisser-aller de la fille, véri-

table état intellectuel et moral étranger à l’exercice

habituel de son métier; que, si les filles publiques * è

amènent rarement leurs grossesses au terine ordinaire, c’est qu'elles avortent presque toujours, soit que ces avortements aient lieu par des manœuvres criminelles, soit qu’il faille les attribuer comme simples fausses couches aux excès de leur métier. |

Il est cependant des filles publiques qui se soustraient aux règles générales, et chez lesquelles la fécondité est remarquable; on m'en a cité un grand nombre, qui, tout en faisant leur métier, avaient eu sept, huit, et jusqu’à dix enfants. Ce sont celles qui

sont bonnes mères, ainsi que nous l’avons vu dans un précédent chapitre, et qui finissent par quitter le métier pour vivre uniquement avec | homme auquel elles se sont attachées et qui quelquefois les épouse ; chez ces prostituées-là, les grossesses se succèdent, elles sont toujours heureuses, et les enfants qui en proviennent sont aussi vivaces que ceux nés dans ie société ordinaire |

Au contraire, les enfants nés de la généralité de filles publiques paraissent être victimes d’une mortalité effrayante; telle est l’opinion des personnes qui. ont pu faire des observations à ce sujet dansles hôpitaux et à la prison. Sur huit enfants qui naissenten moyenne chaque année à Saint-Lazare, quatre succombent dans les quinze premiers jours, et les quatre autres dans le cours de la premiere année ; la même proportion existe pour ceux nés à l'hôpital, et nous avons vu plus haut ce qu’a observé la sage-femme en chef de la Maternité.

Il faut cependant reconnaître que cette mortalité n’est pas aussi générale ailleurs : quelques filles, en effet, peuvent conserver leurs enfants ; il est vrai que cette exception rare n’a lieu que pour celles que l’on. peut ranger dans la classe des prostituées qui Oo t. quelques moyens d’existence plus ou moins assurés et de l’ordre dans leur conduite. Quant aux filles des classes inférieures, on trouve parmi elles des mères qui paraissentplus attachées à leursenfants que toutes les autres, ct qui les nourrissent le plus volontiers;

mais, par contre, elles n’en élèvent presque jamais. Concevrait-on, d’ailleurs, l’existence de ces petits êtres, puisque leur sort est de rester sur les bras de leur mére jusqu’à minuit et deux heures du matin, particulièrement en hiver etpar tous les temps possibles ? Si ces mères conservaient toujours la raison, on pourrait s'en rapporter, pour les soins et les précautions, aux sentiments de la nature; mais, passant la la moitié de leur vie dans l’ivresse et dénuées de toute ressource, elles ne savent réchauffer leurs enfants que par des libations de vin et d’eau-de-vie. Quel régime et quel sort! Quand on pense à la santé pré-. caire que doivent avoir ces enfanÿs et au sort malheureux qui les attend dans le monde, on reconnaît bientôt qu’une mort prématurée est, pour eux, aussi bien que pour l'Etat, un bienfait de la Providence.

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