CHAPITRE IV
LES MAISONS PUBLIQUES de PROSTITUTION
$ 4: — Noms particuliers donnés chez nous aux Maisons publiques de Prostitution à différentes époques.
Les maisons publiques de prostitution ont existé de . tout temps; elles sont aussi de tous les pays, et n’ont offert que des modifications tenant aux climats, aux . mœurs et aux habitudes de la société.
Dans notre pays, on les a désignées sous des noms différents, depuis les temps anciens jusqu’à nos jours. Les Romains conquérants les:appelaient /upanaria (lupanars), de Zupa (louve), par allusion à la vie brutale qu’on y menait; et parce que, à Rome, dans l’origine, ces lieux étaient voûtés, on nomma fornicatio (de fornix, voûte) les actes auxquels on s’y livrait. Cette dénomination paraît avoir été usitée jusqu’au règne de saint Louis ; mais, à cette époque (1254) remarquable par des lois très répressives de Ia pros- titution, on leur donna le nom de bordeaux, dérivé des mots français bord et eau, parce que ces établissements se trouvaient presque tous sur les bords de fleuves, de rivières, ou dans les maisons de bains. Il est bon de savoir qu'après les croisades l’usage des bains devint fréquent à Paris, et que la plupart des lieux où on les prenait se convertirent bientôt en lieux de prostitution. :
Vers cette époque, on donna encore aux maisons de débauche le nom de clapier, souterrain où gîtent les lapins, mot qui répond assez bien au forniæ des Latins ; mais cette appellation ne dura pas.
Du mot bordeau est venu celui de bordel, que nos
R pères ne craignaient pas d'employer, mais que notre langage, plus épuré, à proscrit depuis longtemps, et qu’on n'entend plus sortir que de la bouche des personnes qui manquent d'éducation. |
Restif de la Bretonne, en 1770, dans son fameux projet de réglementation de la prostitution, proposa le nom de parthénions pour désigner les lupanars; mais cette expression prétentieuse ne prévalut pas. Aujourd’hui lPadministration, plus réservée encore dans sôn langage, a donné à ces lieux le nom dematsons de tolérance ; car elle ne les autorise ue d’une manière positive.
$ 2.— Conditions principales exigées dans Paris pour 7 toutes les Maisons de Tolérance.
Une longue expérience à prouvé qu’il ne faut pas que deux établissements tolérés, tenus par des personnes différentes, aient une entrée commune. encore moins le même escalier, c’est-à-dire un de ces établissements se trouvant dans la même maison audessus de l’autre. Une telle disposition amenait des erreurs continuelles de la part des habitués, et souvent des disputes et des scènes scandaleuses. L’administration a définitivement jugé,avecraison,qu'’elle ne pouvait permettre une telle rivalité.
On attache aussi une haute importance à ce que les locaux soient proportionnés au nombre des personnes qui doivent s’y trouver, et surtout à ce que chaque femme ait une chambre particulière entièrement distincte de celle des autres ; ce qui n'existait pas autrefois et donnait lieu à des désordres sans nombre. On
exige, en outre, que toute maison tolérée ne puisse ie
pas communiquer avec les habitations voisines, ni avoir des portes de derrière et cachées ; les recoins cachés, cabinets noirs, permettant à des clients de voir, sans être vus, le spectacle de la débauche d’autrui, sont aussi interdits, sous peine de retrait de la tolérance.
Enfin, à la suite des rapports signalant la mauvaise tenue, l’insalubrité et l’excessive malpropreté de certaines maisons de bas étage, des règlements sévères ont été édictés, stipulant toutes les mesures sanitaires utiles, non seulement pour l’hygiène du local, mais aussi pour la propreté des vêtements et du livge de corps. En vertu des ordonnances de police, cette propreté doit s'étendre au lit et à tous les objets qui le composent; en même temps, il est défendu, sous des peines sévères, que dans aucune circonstance le même lit puisse servir deux filles à la fois. Il suffit de se rappeler ce que j'ai dit des tribades (page 66), pour apprécier la sagesse de cet article.
Foujours d’après les mêmes règlements préfectoraux, les maîtresses de maison doiventfournir gratuitement à chacune de leurs filles ce qui peut être indispensable pour tous les soins de propreté corporelle; les inspecteurs ont ordre d'être très sévères sur ces diverses questions de salubrité. Et ces mesures ont produit d'héureux effets : elles ont fait disparaître certains affreux taudis, où toutes les causes d'infection et de contagion se trouvaient réunies, .où la syphilis et la gale était en permanence, où la vermine fourmillait. Si l'autorité administrative n’a pas pu changer le caractère dominant des prostituées, c’est-à-dire leur penchant à la malpropreté, elle a fait, du moins, reconnaître aux plus soigneuses les avantages qu’elles peuvent retirer de ces soins hygiéniques et leur en a fait contracter l’habitude.
$ 3. — Divers cas d'empêèchement opposés par l’adminis- : {ration à l’éfablissement des Maisons de Tolérance.
Il est des établissements à proximité desquels on ne tolère pas de maisons publiques de prostitution. Ce sont : les temples, à quelque culte qu’ils appartiennent; les palais nationaux, les grands établissements publics et les demeures des hauts fonctionnaires ; les écoles de filles et de garçons; COTES hotels garnis.
On comprend aisément les protestations que firent les ministres des divers cultes, aussi bien les pasteurs luthériens et les rabbins que les prêtres catholiques, à l’époque, aujourd’hui lo'ntaine, où l’autorité fermait : les yeux sur un tel voisinage ; ils avaient raison de réclamer un ordre de chose plus conforme aux règles, non seulement de la morale, mais des plus simples convenances,et ils finirent par obtenir gain de cause. De nos jours, la distance exigée est de cent pas au minimum, lorsque les filles de la maison ne sortent pas dans la rue: dans le cas contraire, cette distance doit être beaucoup plus considérable, et varie suivant une foule de circonstances dépendantes des localités.
Non seulement les palais,mais encore les établissements publics, ceux auprès desquels se forment quelquefois des réunions nombreuses,doivent, autant que possible, se trouver éloigner des lieux publics de débauche; on y a compris, pendant un certain temps, les marchés.
Pour ce qui est des écoles et des collèges, lycées, institutions d'enseignement, administration n'a pas établi de règles fixes relativement à la distance qui les sépare des maisons tolérées ; mais elle veut qu’on ait égard au voisinage des maisons d'éducation : ainsi, elle examine si l’on n’y recoit que des enfants très petits, ou des enfants de dix à quinze ans ; si les: enfants y sont à demeure, ou s'ils viennent simplement prendrè des leçons ; si les salles d’études sont au rez-de-chaussée, sur le devant ou le derrière de la maison ; Si, par le contour que fait une rue ou par toute autre disposition, la vue de l’établissement en instance est cachée au pensionnat, etc. L’appréciation de tant de considérations est laissée à la prudence des commissaires de police et des employés de l'administration, qui ont encore à considérer la nature de la maison qu’on veut établir, la maniere dont elle sera tenue, l’état du quartier, tant sous le rapport physique que sous celui des habitants, et des désordres qu’il faut prévenir et empêcher. Ces consi-