‹ La prostitution à ParisChapitre 17 sur 59 · MAISONS LIT · texte numérisé non relu

MAISONS LIT

fort rusées qui souvent se cachent dans un parfait à mystère, et qui mettent dans toute leur conduite ex térieure une telle réserve qu’elles parviennent à tenir leur malpropre industrie inconnue, même aux voisins les plus proches. Une de ces directrices de mai-. son de passe exerça son métier avec tant d’habileté et d'adresse que ses deux gendres, hommes très ho-. norables, n’apprirent qu'après sa mort la source impure d’où provenaient les 50,000 francs que leurs femmes avaient chacune apportés en dot et la somme pareille qu’ils trouvaient dans la succession.

Parmi les moyens qui furent proposés en différen-. tes circonstances pour atténuer les inconvénients in-. hérents à cettetournure particulière de la prostitution, : je dois en signaler quelques-uns qui, au premier aspect, peuvent paraître assez raisonnables.

On conseilla aux préfets d’astreindre lesdirectrices de ces logements ou maisons de passe à tenir une note de toutes les femmes qui viendraient ou qui leur seraient amenées du dehors, pour en former une liste indicative que l’on ferait passer le lendemain à la Préfecture de police. On espérait, par ce moyen, surprendre une foule d’insoumises, les assujettir à la surveillance sanitaire et inspirer pour ces sortes de maisons une crainte salutaire à toutes les femmes qui, conservant quelque pudeur, ne voudraient pas que leurs noms, ainsi que leurs habitudes, fussent. divulgués et signalés à l’autorité. Mais on reconnut toutaussitôtl’impossibilité d'exécuter une pareille mesure. Comment, en effet, exiger ce travail de femmes qui, pour la plupart, savent à peine écrire lisiblement et qui, par là, pourraient compromettre la réputation de plusieurs personnes? D'un autre côté, quelle sin-. cérité peut-on espérer de pareils êtres? Que leur importerait d'ajouter une nouvelle infamie à toutes celles qui les couvrent? N'’ont-elles pas un grand intérêt à conserver leur clientele, qu’elles perdraient certainementen signalant à la police les filles et les femmes qu’elles reçoivent? Qui peut, d’ailleurs, les porter à

favoriser cette police, trop souvent obligée de sévir contre elles?

En supposantmême que les inconvénients beaue indiqués pussent être évités par un moyen quelconque, quel travail que celui de vérifier chaque jour plusieurs centaines de listes, contenant chacune dix, vingt et quelquefois plus de quatre-vingts noms, dans le but d’y découvrir quelques femmes non connues qui, intéressées à se cacher, se déroberaient d'autant plus facilement aux recherches, qu’il leur suffiraif pour cela de ne pas donner leur adresse véritabie ?

On a plusieurs fois examiné aussi s’il ne convien-

drait pas de se borner à défendre expressément aux

dames de maison de recevoir, de cette manière passagere, d’autres femmes que celles qui leur seraient bien connues pour être enregistrées à la police et qui leur justifieraient d’une carte du Dispensaire prouvantune visite récente. Il est hors de doute qu’à l’aide d’inspections fréquentes et inopinées, faites dans toutes les muaisons publiques par les agents des mœurs, et surtoutavec la menace d’une peine sévère, telle que la

fermeture de la maison, on parviendrait à en éloigner pour un certain temps les habituées insoumises : mais aurait-on obtenu par ce moyen des résultats bien avantageux pour le bon ordre, la moralité et la salubrité publiques ? On peut, sans crainte de se tromper, affirmer le contraire : cette population refluerait dans les maisons clandestines: il s’en créerait partout, et l’on serait inévitablement réduit à regretter un état de choses, très triste, ilest vrai, mais qu’il faut né-

cessairement tolérer pour en éviter un pire.

Ilest évident, au surplus, que l’administration ne peut pas assimiler à des prostituées toutes les femmes qui viennent passagèrement dans les maisons de ce genre, comme elles vont aussi par occasion dans les hôtels garnis; elle n’a autorité ni sur elles, ni sur les hommes qui les accompagnent; elle n’a pas

à leur reprocher de scandale public ; elle ne peut pas

‘les empêcher de faire ce qui leur convient, etelle se.

134 | MAISONS PUBLIQUES A compromettrait gravement en agissant autrement. Ici, comme dans tout ce qui concerne la prostitution, il faut savoir tolérer ce qu’on ne peut empêcher ; il faut reconnaître que les dames de maison sontencore de quelque utilité à cet égard, et que, dans l'intérêt. général, il faut se contenter de les surveiller, et les mettre par là dans la nécessité de ne pas dépasser les bornes au-delà desquelles leurs mauvais instincts, la. bassesse de leur âme et leurs habitudes perverses les entraînent tout naturellement.

Pour atteindre ce but, l'administration n’a jusqu'ici trouvé qu’un moyen: c’est d'exiger que, dans toutes les maisons, consacrées d’une manière spéciale aux. passes, il se trouve, au minimum, en permanence, deux filles publiques inscrites et soumises aux règlements de la police, Il a été reconnu par l’expérience que la seule présence de ces filles en impose aux fem-. mes qui tiennent ces maisons : en effet, elles les considérent comme des surveillantes qui pourraient, en cas de brouille, les dénoncer pour les délits qu’elles auraient commis et qui feraient connaître si elles ont reçu des mineurs et des mineures, ainsi quesdes femmes mariées; enfin, la présence de ces filles permet d'y envoyer, si on le juge utile, les médecins du Dispensaire, et motive l'entrée des inspecteurs à toute heure. Le mal est donc restreint ainsi, autant qu’il est possible. |

Malgré cela, je le sais, un pareil état de choses paraîtrait surprenant à bien des personnes respectables etne manquerait pas de les scandaliser. Mais que ces personnes ne se hâtent pas d’accuser leur siècle et la société moderne ; qu’elles apprennent plutôt que les tristes détails que je viens de leur faire connaître et que je déplore aussi bien qu’elles, ont existé dans tous . les temps et sont de tous les pays; que les établissements dont je viens de parler, et souvent de. plus abominables encore, sont inhérents à toutes ces immenses agglomérations d'hommes où viennent se cacher les plus mauvais sujets d’une nation; et que

l’ignorance où ces personnes sont restées, pendant toute leur vie, de l’existence de ces repaires du vice, leur fasse apprécier, autant qu'ils le méritent, les soins éclairés de l'administration.

Ne A MUR DR PROBTITUTION à: tr +199

$ 7. — Les Maisons à Parties.

Si Padministration tolère les maisons de passe pour éviter un mal pire de la part des femmes qui y conduisent leurs clients de raccroc ou de rendez-vous, il n’en est pas de même des maisons dites à parties, qui sont les antres les plus dangereux de la haute prostitution clandestine ; malheureusement, l'autorité préfectorale est impuissante contre ces maisons de débau-

. che raffinée, fréquentées secrètement par un public

d'élite, Quelques dames, dé grand genre, tenant à la fois de

la proxénète et de la maîtresse de maison de la classe

la plus élevée, non dépourvues d'esprit, d'instruction et de belles manières, et possédant surtout le caractère de l'intrigue, donnent chez elles des déjeuners et des dîners, où se rendent les débauchés de toutes les sociétés mondaines; ils sont sûrs d’y rencontrer, avec les prostituées les plus agréables, cette classe parti-

culière de femmes extrêmement pernicieuses dont

j'ai parlé ailleurs, et que l'administration ne peut pas considérer comme des filles publiques, bien qu’elles

en exercent véritablement le métier. Souvent ces

parties se font à la campagne ou dans des endroits retirés, tantôt sur un point, tantôt sur un autre; on y joue des sommes énormes ; et, comme les filous spi-

rituels et de bon ton qui s’y trouvent sont toujoursde

connivence avec la maîtresse de la maison et son cor-

tège de filles, on conçoit aisément le danger de ces

réunions, plus fatales encore à la bourse qu'à la santé. Il existe dé ces maisons, tenues sur un très haut pied, dans lesquelles on fait de fabuleuses dépenses;

elles sont tenues par des femmes, que la police connaît bien, mais contre lesquelles il lui est impossible

d'agir, surtout quand elles sont pourvues de protecteurs placés dans les sphères politiques influentes ; extérieurement, d’ailleurs, elles affichent en tout les dehors de la réserveet de l'honnêteté, et passent dans leur quartier, dans la rue, souvent même dans la maison où elles demeurent, pour des personnes irreprochables,.

C’est dans ces maisons que setrament les intrigues les plus artificieuses, que se ménagentles plus habiles rendez-vous, que se trouvent des femmes mariées qui, véritables Messalines, viennent se livrer à des orgies sans nom et à la débauche la plus effrénée; c’est là, enfin, que se discutent et que se vendent les moyens de procurer à un homme telle ou telle femme qu’il convoite avec d'autant plus d’ardeur, que les obstacles qui s'opposent à la satisfaction de ses luxurieux désirs paraissent plus insurmontables.

On comprendra, pour peu qu’on y réfléchisse, que l'administration a les bras liés pour agir contre ces sortes de maisons et que leur existence ne saurait lui être reprochée; ceux qui les fréquentent ayant un intérêt majeur à ne pas être connus, jamais une plainte ne parvient à la Préfecture contre ces tenancières clandestines. On se ferait difficilement une idée des obstacles insurmontables auxquels les agents secrets se heurtent, quand il s’agit pour eux de découvrir et constater les délits commis dans ces maisons ; toutes les ruses sont mises contre eux en usage : d’ailleurs, le respect dû au domicile privé, son inviolabilité consacrée par nos lois, font qu’on ne pourrait les atteindie que par des mandats de perquisition; or, ces mandats ne sauraient être décernés qu’à la suite de rapports minutieusement motivésetsignalant des faits précis, première difficulté ; ensuite, leur exécution entraîne souvent des lenteurs, soit pour acquérir la connaissance de l’intérieur du local à perquisitionner et de ses accès, soit pour trouver le moment d'opérer avec certitude de Ja constatation du flagrant délit. L'expérience prouve que ces perquisitions son

- | ù DE PROSTITUTION l EST

presque toujours inutiles, qu’elles n'aboutissent à rien, et que, par cela même, elles tendent à faire . perdre à l'administration l’autorité et la force morale

ui doivent caractériser toutes ses mesures, et qui! : est important de lui ménager par tous les moyens

possibles. Vu l’insuffisance des lois, l'administration est donc absolument désarmée contre les maisons à parties.

$S S. — Du Mouvement des Prostituées.

En parlant de la tournure d’esprit et du caractère des prostituées, j'ai fait remarquer leur légereté, le besoin qu’elles avaient du mouvement, ainsi que la

fréquence de leurs déménagements. Cette impossi-

bilité de rester longtemps dans le même logement est . généralement connue; elle est même passée en proverbe. Quelques chiffres que j’ai pu recueillir vont me permettre de donner là-dessus desnotions qui ne sont pas tout-a-fait dénuées d'intérêt.

Pour recueillir ces documents d’une nouvelle espèce, j'ai choisi 2,254 filles publiques, qui, pendant une année entière, n'avaient pas quitté Paris , et, en consultant les notes particulières à chacune d’elles, . j'ai dressé en quelque sorte leur biographie, dont voici le résultat :

322 de ces filles — pas une de plus! — étaient demeuürées dans le même logement, durant toute , l’année ; soit 1 sur 7 {/2, |

Les 1,932 autres avaient changé de logement dans des proportions très variées, pendant le cours de cette même année :

832 avaient déménagé une fois ; 339, deux fois; 305, trois fois ; 248, quatre fois ; 199. Cinq f0IS Su 130, Six Do PAP SeDt fois3/1 huit fois ;:62, neut fois 19%

dix fois; 25, onze fois; 25 autres, douze fois ; 14, treize fois ; 9, quatorze fois; 7, quinze fois ; 8, seize fois; 3, dix-sept fois; 3 autres, dix-huit fois ; 4, dix-

neuf fois : 3, vingt fois; 1, vingt- et-une fois ; To avait enfin une qui avait déménagé vingt- quatre fois. HO démériagements réunis nous donnent le total de 8,162; ce qui fait, pour la moyenne, quatre déménagements annuels par individu.

Il estintéressantencore de connaître un autre genre: de changement des prostituées : c’est celui qui $e rapporte à leur situation spéciale de filles à numéro: (personnel des maisons de tolérance) ou de filles en cartes (vivant à l’état libre en chambre ou en garni). Voici les mutations à cet égard, d’après les dossiers.

.. des 2,254 prostituées dont je parle «

Sur ce nombre, n'ayant pas quitté Paris durant un an, 272 filles de maison ont gardé toute l’année cette: condition, c’est-à-dire n’ont pas passé dans la classe des filles en carte, et sur ces 272 filles, 61 seulement n’ont jamais changé de maison de tolérance; par contre, 1,088 filles en cartes, tout en déménageant. plus ou moins, ne sont pas entrées en maison de tolérance ; 922 prostituées sont passées une fois de carte en maison, oude maison en carte ; 296 y sont passées deux fois; 65, trois fois ; 10, quatre fois ; une seule a. eu cinq mutations de ce genre.

Toujours, sur ces 2,254 filles, qui sont restees une année entière à Paris, 1,249 ont été l’objet d’ arrestations administratives. Savoir :

19 de celles qui sont passées de maison en carte ou de carte en maison ; et, sur ce nombre, 239 ontété arrêtées une fois ; 169, deux fois ; 106, trois fois; 49, quatre fois ; 9, cinq fois; 6, six fois ; 2, à fois ; et 2 autres, neuf fois.

162 de celles qui sont toujours restées en maison ; et, sur ce nombre, 60 ont été arrêtées une fois; 59. deux fois ; 81, trois fois; 14, quatre fois ; 2, cinq fois ; 1, six fois; 3, sept fois; 1, huit fois; et une autre, neuf fois.

512 de celles qui sont toujours restées en carte; et, sur ce nombre, 217 ont été arrêtées une fois ; 134,. deux fois; 91, trois fois; 33, quatre fois; 25, cinq fois;

2, six fois ; 8, sept fois ; 1, huit fois ; et une autre, neuf i.s |

Enfin, les dossiers de ces 2.254 prostituées demeu- rées une année entière à Paris constatent que 1,251 d’entre elles ont manqué d'aller à la visite sanitaire un certain nombre de fois, ainsi qu’il suit :

508 de celles qui sont passées de maison en carte ou de carte en maison, ces manquements s'étant produits nécessairement pendant les périodes où elles - étaient en carte; et, Sur ce nombre, 147 ont manqué la visite réglementaire une fois ; 101 deux fois ; 78, trois fois; 51, quatre fois; 40, cinq fois ; 36, six fois ; 18, sept fois ; 11, huït fois ; 11 autres, neuf fois ; 5, dix fois; 6, onze fois ; 3, douze fois ; et une, quatorze fois.

723 de celles qui sont toujours restées en carte; et, sur ce nombre, 227 ont manqué la visite une fois ; 186, deux fois ; 71, trois fois ; 90, quatre fois ; 57, cinq fois ; 38, Six fois ; 41, sept fois ; 19, huit fois ; 16, neuf fois; 11, dix fois ; 9, onze fois ; 8, treize fois ; 2, quatorze fois ; une, quinze fois ; une autre, seize fois ; et une autre, dix-sept fois.

. $ 9. — Peut-on et doit-on reléguer les Prostituées dans . certains quartiers et dans quelques rues particulières d'une grande ville comme Paris ?

En parlant de tout ce qui concerne les maisons publiqu2s de prostitution, j’ai déjà effleuré cette question; j'ai dit, en effet, quels sont les endroits où ces maisons peuvent exister, ceux dont il faut les éloigner, les conditions qu’elles doivent remplir, les avantages et les inconvénients de leur accumulation, etc., etc.; mais, en me bornant aux maisons de prostitutution, je n’ai rien dit des prostituées envisagéesdans

leur efsemble et leur généralité. Les considérations qui vont suivre sur l'opportunité du cantonnement compléteront ce chapitre des maisons publiques.

. L'idée de reléguer les prostituées dans quelques coins des villes, et de les y parquer en quelque sorte,

à toujours souri aux personnes qui, reconnaissant l'impossibilité de détruire la prostitution et la nécessité de la tolérer, ont cherché les moyens d'en diminuer les inconvénients. Saint Louis leur assigna, dans Paris, des rues particulières et leur défendit, sous des peines très sévères, d'exercer leur métier ailleurs : mais de telles prescriptions furent vaines ; car ce n'était connaître ni l’esprit des prostituées, ni les habitudes de leurs clients, que de croire qu'il était possible deles assujettir à des règlements de ce genre.

Or donc, puisqu’une expérience de plusieurs siècles a démontré l'impossibilité de reléguer dans une sorte de circonscription spéciale toutes les prostituées d’une même cité, quand sa population dépasse de beaucoup celle des villes de second ordre, comment se fait-il que, jusque dans ces derniers temps, on ait vu des personnes graves vanter cette méthode et en proposer .l’adoption comme une des plus efficaces pour diminuer le scandale et les inconvénients de la prostitution? Il est évident pour moi que ces personnes, animées des meilleures intentions, n'avaient pas étudié dans leur ensemble les mœurs et les allures des prostituées ; qu elles ne considéraient que la prostitution exercée dans les maisons publiques, et qu'elles ignoraient le mal qui résulte de la Prés tution clandestine, ainsi que les difficultés qu’on éprouve à l'atteindre

Lorsqu'on examine la répugnance avec laquelle les propriétaires d’une rue y supportent aujourd'hui la présence d’une maison publique de prostitution, on reconnaît bientôt la grandeur des obstacles que rencontrerait l'administration, si par impossible elle voulait y cantonner les prostituées et en faire la seule et unique population de cet endroit; ces obstacles naîtraient d’abord des propriétaires de la région ainsi choisie et qu'il faudrait peut-être exproprier (1), en-

‘ (1) Il est évident que, si l'administration décidait ce cantonnement, elle se {rouverait en présence d’un grand nombre de pro-

suite des propriétaires des rues voisines, et encore des filles publiques elles-mêmes, et surtout de tous les individus qui fréquentent ces filles. Qui voudrait, en plein jour, et même lanuit, pénétrer dans ces rues? quelle avanie ne recevraient pas ceux qu’on en verrait sortir? qui consentirait à se voir poursuivi par les huées dont jadis les gamins et les polissons assaillaient ceux qui sortaient de la rue du Grand-Hurleur et autres rues où l’on était parvenu jadis à grouper, en domicile forcé, quelques-unes des prostituées de notre capitale ?... Ce sentiment de pudeur, qui se retrouve dans une population toute entière, et jusque dans sa partie la plus infime et, pour ainsi dire, la plus abjecte, mérite toute l’attention des administrateurs ; il leur indique les devoirs qu’ils ont à remplir et la marche qu’il leur fautsuivre pour ne point heurter des opinions qu’on ne peut s'empêcher d’approuver, et qui font honneur à ceux qui les professent. La prostitution, — je l’ai déjà dit, — semblable à un torrent qu'on ne peut arrêter, mais qu'il est jusqu’à “un certain point possible de diriger, tend toujours à ‘se niveler sur les besoins et sur les habitudes de la population. Il estdes lieux qui la repoussent, il en est d’autres qui l’attirent: en vain cherchera-t-on à l’éloigner de ceux-ci et à la porter vers ceux-là; une force irrésistible déjouera toutes les mesures et fatiguera la surveillance la plus active et la plus persévérante. Rien n’est plus frappant que l'impossibilité où lon fut toujours de cantonner toutes filles publiques dans les endroits qu’on leur assignait, et l’impossibilité, plus grande encore, de les expulser de ceux ou elles s’installaient etrevenaientavec une opiniâtreté inlas-

priétaires refusant de consentir à cette transformation de leurs . immeubles. Alors, pour les exproprier, il faudrait le concours du Conseil municipal, concours très douteux; et même, si l’expropriation +e faisait, voit-on bien la Ville de Paris louant ces immeubles à des tenancières, percevant ces loyers, ayant des reve- . . us d’une telle source !..

sable ; ne perdons pas de vue qu’à l’époque actuelle nous les retrouvons dans les mêmes quartiers, dans les mêmes rues, et jusque dans les mêmes maisons où l’histoire nous apprend qu’elles ont été sans interruption depuis cinq ou six siècles.

D’après ces faits incontestables, on peut apprécier à sa juste valeur l’opinion de ceux qui, en faisant des réclamations, ont demandé parfois que les charses, résultant de la prostitution, fussent réparties : entre chaque quartier, en raison de la population de ces quartiers, et qu’on ne les fit pas peser d’une façon presque exclusive sur quelques-uns d’entre eux. Ces faits servent encore à montrer si certains Spéculateurs, qui ont proposé à l’administration d'ouvrir des maisons particulières de prostitution, et qui basaient leur étendue et leur nombre surla population, agissaient avec connaissance de cause, et si c’estavec raison qu’on n’a pas accueilli leurs demandes. . Si, dans l’intérêt de la surveillance sanitaire, ainsi que dans celui du bon ordre public, il est de la plus haute importance d'empêcher la prostitution clandesdestine, il faut faire en sorte que cette industrie cesse d’être avantageuse à ceux qui l’exercent; or, ce n’est pas en allant contre les goûts, les habitudes et les besoins d’une population qu’on parviendra à ce but désiré, Ce n’est pas en détruisant dans un quartier les maisons connues de prostitution, qu’on en fera disparaître les prostituées ; c’est, au contraire, par de semblables mesures qu’on les multiplierait, et qu’on ajouterait volontairement à tous les maux et à tous les désordres dont elles sont la source. Il faut donc, — et, dans une question de cette gravité, il est nécessaire de le répéter sans cesse, — il faut, en ce point comme en tout autre, étudier les habitudes d’une population, et ne rien faire qui puisse les heurter et les contrarier d’une manière trop énergique. x

Je n’en dirai pas davantage sur une question qui se juge d'elle-même, et sur laquelle il suffit de réfléchir; quand on connait bien tout ce qui regarde les

ren se a yeux des se de imais à

CHAPITRI

Page 1