Ce qu'ont été primitivement les Dames de Maison
L'exploitation et la direction des maisons publiques -
de prostitution, envisagées non seulement comme
commerce et branche d'industrie, mais encore sous le rapport de la police des mœurs, ont toujours été le privilège exclusif des femmes; si quelques hommes s’en sont mêlés, ce n’a jamais été que d’une maniere indirecte ou tout-à- fait exceptionnelle.
Nos ancêtres, moins scrupuleux que nous sur la valeur des expressions, avaient donné à ces femmes
le nom de Amaquerelles, les confondant avec les pro=
æénèles, dont le métier est de débaucher la jeunesse et de pourvoir aux demandes de tous les libertins. En
cela, ils avaient raison; car toutes, d’une manière ou !
d'une autre, tendent au même but, mais par des moyens différents.
Cette expression, familière à nos pères et dont ils nerougissaientpas,estdepuis longtempsabandonnée, comme celle par laquelle on désignait les maisons.
publiques de prostitution. Au siècle dernier, ces fem- |
mes étaient qualifiées, dérisoirement, de baillives, : d'abbesses, de supérieures, de mamans; le nom de.
matlresses où dames de maison date de la fin de la. Révolution. Ce sont les tenancières de tolérance qui.
se le sont donné, et l’administration l’a adopté. Il est. a remarquer que ces femmes ont en horreur lex-.
pression de « maquerelles » : s’en servir devant.elles, |
c’est les irriter ; les apostropher en l'employant, c'est
les mettre en fureur; leurs maris, lorsqu'elles en ont,
sont à cet égard bien plus susceptibles encore, - Le rang et le titre de dame de maison étant le plus haut grade auquel on puisse monter dans l'exercice de la prostitution légale, ilest bon de dire d’où partentces femmes et ce qu’elles faisaient dans le monde avant d'obtenir le livret dont elles doivent se munir pour exercer leur industrie.
On peut en former quatre classes distinctes :
19 Quelques-unes ont, pour me servir d’un terme commun, «couru le monde », c'est-à-dire qu'ont suivi des officiers ou des gens riches, soit nationaux, soit
étrangers, qui, après les avoir entretenues pendant un temps plus ou moins long, s’en sont débarrassés soit en leur laissant une certaine somme, soit en les cautionnant, soit en les abandonnant à leurs seules ressources ; c’est dans cette classe que se trouvent aussi ces intrigantes femmes à parties, que leur esprit et l’usage du grand monde rendent si souvent dangereuses, et qui donnent tant de mal à l’administiration ;
2° De vieilles prostituées qui, après avoir fait quelques économies dans leur jeunesse et avoir exercé isolément leur métier, placent de cette manière leur avoir, et se font une position qui leur permet de vivre plus à leur aise, et de continuer jusqu’à leur extrème vieillesse lexercice d’une industrie dans laquelle elles ont vécu et qu'elles ne sauraient quitter;
30 D’anciennes domestiques et des femmes de confiance de dames de maison, qui s'entendent avec leur inaîtresse pour prendre son fonds ou qui lui succèdent après décès ou faillite; ees femmes qui ont l'habitude des lieux où elles ont vécu, qui connaissent parfaitement la manière de conduire les prostituées et leur clientèle, sont précieuses sous ce rapport; aussi l'administration, trouvant en elles quelques garanties pour l’ordre et la tranquillité intérieure, les préfeèret-elle à toutes les autres, quand elles remplissent Dar elles- mêmes les conditions requises ;
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Lo La dernière classe se compose de nee qui n’ont jamais été prostituées, qui souvent sont mariées : etont des enfants; c’est l’appât du gain qui les lance dans cette carrière ; c’est pour conserver un garni qu'elles ont rempli de prostituées; c’est pour achalander un cabaret, un estaminet, et y faire affluer les hommes, qu’elles y logent des prostituées; ce n’est . que dans les maisons infimes que se trouvent ces femmes, ainsi que les précédentes.
Il existe à Paris quelques familles, qui, depuis plusieurs générations, n'ont pas eu d'autre industrie que la direction de maisons publiques de prostitution : on voit la mère exercer son métier dans un quartier, et la fille dans un autre, des filles succéder à leur mère, des nièces à leur tante, etc.; mais, en général, cela est rare, On ne pourrait Citer que cinq ou Six familles qui se trouvent dans ce cas.
Des lettres, des notes, que j'ai trouvées dans les dossiers des dames de maison, prouvent non seulement l’immoralité de ces femmes, mais encore celle de toutes leurs familles ; il n’y est question que d’adultères, que d'infamies de toute espèce : sortant presque toutes de la classe des prostituées, est-il étonnant qu elles aient avec elles ce genre de conformité !
S =. — Des qualités que l’Administration exige pour Ja bonne direction d'une Maison de Tolérance ; formalités pour obtenir le livret.
Il est certaines conditions dans lesquelles doit se trouver une femme pour bien conduire une maison. publique de prostitution, et pour offrir à l’administration des garanties Suffisantes.
Ainsi. il ne faut pas qu’elles soient trop jeunes, * afin qu’elles puissent avoir sur leurs femmes l’ascendant indispensable pour la bonne tenue de la maison, | et sur tous ceux qui la fréquentent l'autorité néces-. saire pour faire cesser les disputes, imposer le si-