‹ La prostitution à ParisChapitre 21 sur 59 · AE · texte numérisé non relu

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$ 9. — Particularités du caractère des Dames 4 de Maison. 4

Je viens de faire connaître quelques bonnes quali- » tés, bien naturelles sans doute, mais qu’on est satisfait de retrouver jusque chez des êtres aussi dégradés « etaussi dépourvus de vertus que les dames demaison; : mais j'ai à signaler aussi, par contre, quelques vicés « qui leur sont particuliers. | |

La violenceet l’irascibilité les caractérisent presque | toutes, surtout celles du dernier étage; dans leurs à querelles, elles injurient les agents de si autorité, et se | jettent comme des furies sur les filles qui leur résistent, ou même sur les hommes qui se trouvent dans : leurs maisons ; aussi, dans la plupart des rapports, . les inspecteurs ont-ils soin de signaler si la femme à. bon ou mauvais ton, sielle est d’un bon genre, si elle :

Derait. Héctante. douce ou bonne ; ces renseigne: ments sont de grande importance, quand il s'agit d'accorder un livret. Si un voisin adresse une plainte contre une tenancière, contre ses filles ou contre les . gens qu’elle reçoit, il devient à l’instant à ses yeux son plus cruel ennemi; ïl ne peut conserver un carreau intact à ses fenêtres ; on les lui casse sans cesse, on lui fait mille avanies ; il ne peut rester en repos, il

est continuellement «recommandé » aux filles et à tous les souteneurs.

. Rien n’égale la jalousie et l'envie que beaucoup ont les unes contre les autres ; elles cherchent à se nuire ét à se faire réciproquement le plus de mal possible. . Voici dans quelles circonstances éclatent ces haines et ces animosités : 40 c’est quelquefois lé simple dépit dé savoir une rivale prosperer et s'enrichir dans un endroit où l’on n’avait eu que des désagréments et que l'on avait dû quitter pour cause de perte ; 20 c’est souvent la rivalité qu’occasionne un trop grand rapprochement, ou Pinstallation d’une maison nouvelle, mieux tenue et mieux montée, qui attire les habitués ; jai montré les soins que prend l'administration pour prévenir, autant que possible, les suites fâcheuses qu'ameénent les causes de ces rivalités ; 3° mais de tous les motifs de collisions et de haine, il n’en est pas de plus fréquentet de plus grave que l'enlèvement d’une fille qui faisait {a fortune de celle qui la possédait; comment pardonner les intrigues mises en œuvre pour atteindre ce but, et voir la foule porter chez une autre l’argent qu'elle répandait si prodiguement chez soi | - Le premier acte de vengeance consiste à casser les carreaux ; ce qui se fait par l’entremise des filles et de leurs souteneurs, et des amants de la maîtresse de . maison; on n'emploie ordinairement à cet usage que

-les coquilles d'huîtres, projectile adopté par les prostituées de Paris. Un second moyen est d'envoyer à la porte de l’autre maison tous les mauvais sujets qui

veulent se Au à ce rôle, d’y exciter du tapage, d'y

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faire naître du scandale, d'y amasser le public, dy. faire faire en un mot tout ce que défendent les reglements, afin, par cette tactique, d'amener des plaintes et, par suite, la fermeture momentanée ou définitive. de la maison rivale.

Mais ces moyens sont trop longs pour plusieurs : elles préfèrent envoyer dans la maison même des amants de filles, des soldats et des fripons soudoyés, pour y battre et maltraiter non seulement leur rivale et les filles qui sont chez elle, mais par dessus tout la fille à succès qu’elle a su leur prendre. On à vu quelques unes de ces dames se mettre elles-mêmes à la tète de cette troupe d'invasion diriger l'attaque, et payer d'exemple dans la distribution des coups. Il existe pourtant un règlement, qui, pour éviter ces désordres, porte qu'aucune fille ne peut entrer avant un mois dans une maison voisine de celle d’où elle vient « de sortir ; mais il est des tenancières dont ce laps de temps ne suffit pas à éteindre la rancune.

On conçoitaisément que, parmi un si grand nombre de dames, dont les maisons sont fréquentées par des gens si différents de goûts, de fortune et de position sociale, la conduite nécessaire pour tirer le meilleur parti de leur industrie doit varier à l’infini. Quelquesunes tirent leur réclame d’un luxe inouï de leur maitson, et il en est dont la valeur se:chiffre par centaines de mille francs : d'autres se sont fait la renommée de payer cinq et dix francs à tout cocher qui leur amène un étranger; il en est qui, se basant sur les

annuaires d'adresses et réussissant à avoir des ren-

seignements complémentaires, adressent aux jeunes sens de la haute société et aux personnes opulentes des billets fort bien tournés Sous le prétexte d’une affaire importante. elles invitent la personne qu’elles ont en vue à passer chez elles. ayant bien soin de lui dire que l'affaire est strictement personnelle, et qu’elles voient avec regret l'impossibilité ou elles sont de lui éviter un déplacement. La signature d'un prénom féminin, l'écriture féminine, le côté mystérieux de

Paventure, tout cela intrigue ceux qui reço.vent ces lettres ; l'heure du rendez-vous, fixée à l'après-midi, et non à la nuit, et l’adresse donnée, dans une maison en plein cœur de Paris, les rassurent : aussi, la plupart en profitent, ou, si la surprise dela réception les désenchante, ils s’en vont et méprisent la manœuvre par laquelle on a tenté de les attirer ; quelques autres renvoient ces lettres à l'administration, qui ne manque jamais de sévir d'une manière exemplaire. J'ai eu entre les mains bon nombre de ces lettres, moins curieuses par leur style que par le nom et la position sociale des personnes à qui l’on avait eu l'audace de les adresser.

$S 10.— La domesticité des Dames de Maison.

- Au cours de divers passages qui précèdent, j'ai parlé accidentellement des gens qui sont en service chez les dames de maison, à titre de domestiques; le moment est venu de compléter leur histoire.

Il n'est pas une dame de maison, quels que soient sa classe et son rang, qui n'ait à ses ordres une ou plusieurs de ces servantes ; quelques-unes en ont Jus qu’à quatre ou cinq. Ge sont. d'ordinaire, de vieilles prostituées usées et décrépites, qui s'estiment heureuses de trouver cette ressource : elles servent la maîtresse et les filles, font les lits, les chambres et * la cuisine, et la plupart des commissions du dehors; presque toutessont remarquables par l'amourqu elles ont pour le jeu et la loterie, ainsi que par leur propension à toute espèce de vices.

. Là ouil y en a plasieurs, l'une d'elles, plus jeune, mais ayant en général passé la trentaine, exerce les fonctions de sous-maîitresse et en porte le titre. Gelleci est ane sorte d intendante, qui. tout à la fois, a la haute main sur les autres domestiques de la maison, et seconde la tenancière, d'autre part, en ce qui con- cerne la direction des filles et la perception des divers impôts prélevés sur les clients, pour prix de la débau-

210 Le 4 LES DAMES DÉ w AISON

‘che et des consommations vendues très cher. par ré. 4

tablissement.

Cette sous-maîtresse est toujours une ancienne Don tiee et, quoique la règle lui interdise de se a

vrer aux hommes, élle continue à subir les visites «

sanitaires, par mesure de précaution ; la plupart deviennent tôt ou tard dames de maison à leur tour.

Mais, quant aux autres servantes, elles n’ont pas toutes été prostituées : il s’en trouve, dans le nombre,

quelques-unes de très honnêtes, et que la misère, le

défaut absolu deplace et de ressources ont faittomber |

là ; aussi n” Y entrent-elles qu’à regret, et témoignent-. elles leur joie quand elles peuvent quitter cette. condition.

Tant que ces servantes sont jeunes et passables, ‘ladministration exige qu’elles soient inscrites’ et visitéescomme toutes lesfilles publiques. Autrement,

ne pourraient-elles pas faire le métier dans la mai-

son, et même pour leur propre compte, dans les courses qu'elles font sans cesse?

Dans quelques maisons bien tenues, il se Fe

aussi un ou deux domestiques mâles pour y faire

tous les gros ouvrages. Ce serait une erreur de croire que ces domestiques puissent user à leur gré des

femmes au milieu desquelles ils se trouvent; les

dames de maison ont soin d'inspirer à leurs filles un grand mépris pour ces serviteurs, et de leur faire entendre qu'elles seraient presque déshonorées, si elles se laissaient toucher par eux où par un laquais qui se présenterait avec sa livrée ou quelque in-

signe de sa condition. Tout cela n’est encore qu ‘n°8 jeu des tenancières pour retenir sous leur dépendance à

des filles qui leur sont précieuses : elles flattent sans

cesse, comme je l'ai dit, l'orgueil de ces malheureu- |

ses ; elles les entourent d'illusions, elles les enivrent de vanité. et en font Nr A de leur richesse,

. jusqu'au jour où, les expulsant de leur établissement

avachies et sans un sou d'épargne, elles les livreront au dernier degré de Pinfortune et de la misère. SR

$ 11.-— Des chances de ruine et de fortune que présente | Ia gestion d’une maison publique de prostitution; ce que deviennent les Dames de Maison qui quittent leur : métier, — Définition d’une Dame de Maison.

Ces dernières considérations m’amènent à examiner les ressources que présente la gestion d’une maison de prostitution, et les chances de fortune qui | peuvent sortir d’une source aussi impure. .

Il én est de,cette industrie comme de toutes les autres: parmi celles qui l’exercent, quelques-unes s’enrichissent, la plupart végétent, plusieurs s’y ruinent complètement. On peut dire, en général, que toutes les dames de maison qui ont de l’ordre font de très bonnes affaires, quels que soient le quartier quelles habitent et la classe de leur établissement : celle qui va elle-même au marché, qui soigne son linge et qui entre dans d’autres détails intérieurs, et dont le mari frotte les chambres et les escaliers, aura . toujours pour elle des chances de fortune, quoique dirigeant une maison de classe inférieure; tandis que celle qui s’'abandonne à ses domestiques, qui vit avec des amants, qui les attire chez elle et les v laisse boire et manger toute la journée, croulera infailliblement, même si sa maison est de premier ordre etbien achalandée.

Le gain des dames de maison varie à l'infini : ilest pour quelques-unes de cinq à six cents francs par jour ; les établissements de tout-à-fait premier ordre réalisent même chaque jour plus de mille francs de bénéfice; dans les établissements vulgaires, chaque prostituée rapporte à la maîtresse de dix à quinze francs par jour. ni Au sujet de ces gains fournis par le libertinage, il faut surtout noter qu’ils sont constamment subordonnés à l’état de prospérité ou de malheur des affaires de commerce et de l'Etat : la stagnation des . manufactures, la cherté des vivres, la seule perspec-

; tive dun grand évenement incertain, mais qui peut

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