LR IS ATMEÀ © LES DAMES DÈ MAISON A
influencer sur l’état général du pays, fait Pure les 6.
maisons publiques, qui s’emplissent au contraire dans toutes les circonstances opposées. Les périodes les plus fâcheuses pour cette industrie sont les temps
d’épidémie cholérique; la peur rend alors toute la
population d’une continence extrême, et les dames de
maison sont dans la désolation en présence de leurs
salons vides. Par contre, les annales de la prostitu-
tion parisienne relatent une époque où ces dames réa-
lisèremt des bénéfices extraordinaires ; je veux parler.
des invasions de 1814et 1815. De fait, ces deux invasions étrangères, désastreuses pour les départements du nord et de l’est, furent pour Paris une cause de prospérité soudaine : des milliers d'individus, en y venant dépenser non seulement ce qu’ils avaient
pillé en province, mais encore leur patrimoine, donnérent à son commerce et à tous ses établissements :
une activité prodigieuse, inouie, à laquelle on ne S’attendait pas. Qu'en résulta-t il pour les dames de maison ? Elles virent accourir chez elles en foule non seulement les étrangers eux-mêmes, mais encore les boutiquiers parisiens+ enrichis par ces étrangers ; l'argent pleuvait alors dans leur bourse; toutes firent de brillantes affaires, et plusieurs se retirèrent immédiatement avec de belles fortunes. Mais laissons ces souvenirs, d'ailleurs trop lointains.
Cependant, puisque je viens de prononcer le mot
de fortune faite par les dames de maison, voyons
quelle peut être cette fortune en temps normal.
Beaucoup de ces femmes, après quelques années d'exercice, se retirent avec cinq à dix mille francs de rente ; il n'est pas rare d’en voir qui amassent jusqu’à vingt mille francs de revenu : quelques unes vont jusqu’à tr ente, quarante, cinquante mille.
Ce n’est pas toujours dans les beaux quartiers et dans les maisons les plus opulentes que se font ces brillantes atlaires; c’est assez souvent dans les endroits que fuient, au point de vue de l’habitation,
tous ceux qui recherchent tant soit peu de bien-être.
Je tiens d’un notaire qu’il trouva, dans la liquidation d'une dame de maison habitant une de ces vieilles ét sales rues qui avoisinaient la caserne de l’Ave-Maria (transférée aujourd'hui un peu plus loin, au boulevard Henri IV), qu’elle y avait gagné en peu d'années ‘de quoi acheter quatre maisons dans Paris, et donner en outre soixante mille francs de dot à sa fille, qu’elle maria à un ancien officier de la garde impériale, lequel avait gagné sur les champs de bataille la croix de la Légion d’'honneur.J’ai trouvé, dans les archives de la Préfecture de police, au dossier d’une dame de maison, tenant un infect clapier dans la dégoûtante rue de ia Bûcherie (place Maubert), des notes constatant que cette femme avait acheté plusieurs belles maisons à Paris, dont une très jolie au quartier des Champs-Elysées, qu’elle destinait à sa retraite.
Ne soyons donc pas surpris de ce qu’un fonds de maison de prostitution, quand une tenancière passe la main à une autre, vaut souvent de quarante à soixante mille francs; j’en sais une qui à été cédée à ce dernier prix et qui est dans, une de ces mauvaises petites rues dont je viens de parler. Pour les motifs qui ont été indiqués plus haut (page 128), la police accorde dans ces endroits mal habités la permission de tenir un estaminet, annexé à la maison de prostitution, et c’est ce qui donne à ces bouges une valeur excessive : on fait payer, plus cher que chez les débitants du voisinage, la biere, le vin, les liqueurs ; on gagne sur les marchandises et sur les femmes ; souvent même, celles-ci ne servent qu’à attirer les consommateurs. Quantaux maisons de tolérance de premier ordre, il leur arrive de se verdre aussi cher que les meilleures études d'avoué et de notaire à Paris.
Mais, demandera:t on, que deviennent ces dames de maison, assez heureuses pour faire fortune et quitter leur métier ?
Quelques-unes se retirentdans de jolies maisons de campagne, aux environs de Paris, et, par un reste d’habitdue, elles en font le rendez-vous des amants
Rest Le
opulents qui, sous le titre d’amis, paient nie à 1 la table etdéfrayent largement de toutes les dépenses. w Je pourrais nommer un joli village où se trouve une de ces enrichies : celle-ci ne recoit en apparence que de la bonne compagnie; elle assiste régulièrement aux offices de la päroisse, avec sa maison et tous « ceux qui viennent la voir; elle s'empresse de rendre M elle-même le pain bénit: elle donne largement aux pauvres, et se charge de toutes les quêtes qu'il faut | faire pour eux; elle ‘à épousé dernièrement, en secondes noces, un homme décoré, de bon ton et de M bonnes manières, ets’est présentée à l’autel enhabits M blancs, avec tout l'extérieur de la vierge la plus « chaste. |
D’autres vont s'établir plus loin, et se mettent à faire valoir de petites propriétés rurales,acquises par leurs économies. 1
La majeure partie de ces femmes, trop actives « pour rester sans travailler se contentent d’un état plus relevé que celui qu’elles avaient, et qui les fait rentrer dans la société : elles fondent des cafés, des restaurants, des tables d'hôte; elles ouvrent des | maisons de nouveautés, de mercerie, de lingerie, tout cela suivant la position de leurs mariset suivant l’industrie et le talent qu'elles avaient auparavant.
Beaucoup, enfin, se retirent dans leur pays d’ori-gine, et disparaissent complètement.
D'autre part, — toutes ne faisant pas fortune, — le sort d’un grand nombre de dames de maison est de . vivre et vieillir dans leur métier ; près de la moitié n’ont pas d'autre destinée. J'en ai acquis la preuve. | par les demandes d’autorisation, dans lesquelles il est souvent spécifié que c’est « pour succéder à Mme N..., qui vient de décéder ». J’ai vu aussi le marché passé entre une sous-maitresse intelligente et une … dame de maison, âgée de soixante ans, estropiée et sans soutien ; il y était dit que la vieille fournissaitle :
. fonds, «à condition qu’elle serait logée, nourrie et” soignée avec toute l'attention et tous les égards pos- :
É 2, 5 # RTE à
LES DAMES DE Lot fe IS
| Dia var la nouvelle dame, et cela jusqu’à sa mort». Combien dartisans honnêtes, combien d’honorables marchands se trouvent-ils dans le même cas, apres avoir travaïllé toute leur vie ?
Parmi les prostituées qui «s'élèvent au rang» de maitresse de maison, plusieurs, soit par défaut d’ordre et d'intelligence, soit par toute autre cause, ne réussissent pas. On les voit sans cesse passer d’une maison dans une autre, quitter un établissement ancien pour en fonder un nouveau, dans un quartier différent ; dans l’espace de quelques années, elles changent ainsi de demeure cinq, six, huit, et jusqu’à dix fois. Elles courent après la fortune, et la fortune les fuit; ce sont ces fernmes qui font banqueroute et disparaissent, en fermant simplement un beau jour la porte de leur demeure. En prenant la gestion d'une maison, elles ont trop présumé de leurs forces ; üil leur arrive finalement comme à ces autres dames de maison, qui, s'étant retirées, ouvrent des boutiques où elles se ruinent, et sont alors obligées de revenir à leur ancien métier, heureuses encore si elles peuvent le retrouver; car leur déconfiture est quelquefois si complète, qu'on en a vu dans la nécessité de redevenir prostituées ou simples servantes dans les lieux mêmes ou elles avaient été maïitresses.
Maintenant que nous connaissons les dames de maison et que nous pouvons les apprécier à leur juste valeur, je vais en donner une définition qui résumera en quelque sorte tout ce que renferme ce chapitre. |
Qu'est-ce qu’une D hoc ‘le maison ?
C’est une femme qui, par métier, par intérêt, par: habitude, et en quelque sorte par nécessité, spécule sur la corruption publique, sur les goûts dépravés que le libertinage fait naître. Sa fortune et son exis-
tence mêmese fondent sur le libertinage d'autrui; elle
ne vit que de désordres et d’infamie. C’est elle qui est à la piste des jeunes filles que leur figure peut faire remarquer aux libertins ; c’est elle qui, pour les faire
tomber dâns le piège, les entoure de toutes les ee tions capables de faire impression sur elles. Une dame de maison est, par essence. là corrup
trice de l1 jeunesse et la pourvoyeuse du vice : sa maison est un asile ouvert à toutes les jeunes imprudentes qui se lassent de la tutelle et dela surveillance
de leurs parents; c'est un lieu de rendez-vous pour tous ceux que des passions honteuses font sortir des. bornes du devoir ; c’est enfin une école de scandale
où des enfants à peine formés viennent faire al DrOUS tissage de prostitution:
Voilà ce qu’est une maîtresse de maison ; et cependant, tel est l’état de la société, que leur existence est en quelque sorte nécessaire, et que l’administration, dans l’intérêt du bien, doit les entourer de toute sa protection. Certes, cela est fort attristant à dire; mais c’est la pure vérite.
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