‹ La prostitution à ParisChapitre 23 sur 59 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

$ 1. — Causes diverses de la Prostitution clandestine ; principaux masques sous lesquels elle se cache ; son action néfaste à la santé publique ; difficultés pour l’atteindre et Ia réprimer.

On entend par prostitution clandestine celle qui s'exerce dans l’ombre, qui se cache sous les formes les plus variées,'et quine se soutient que par la ruse,

là fourberie et le mensonge.

Gette sorte de prostitution, dont une foule de personnes ne soupçonnent même pas: l'existence, est, sous le rapport des mœurs et de son influence pernicieuse, bien autrement dangereuse que la prostitution publique ; elle s'attaque, elle, à l’innocence, et bien souvent c’est elle qui la corrompt et la pervertit; hypocrite et perfide, cette prostitution revêt parfois les apparences les plus honnêtes, paralyse l’autorité, la brave à chaque instant, et propage impunément la contagion la plus affreuse et l’immoralité la plus grande.

A la prostitution D antnas on peut, dans une certaine mesure, rattacher les filles d'amour qu’en style administratif on nomme les insouinises, par Opposition aux prostituées inscrites, qui forment la classe des filles soumises, c’est-à-dire soumises aux règlements de police etaux visites sanitaires. Mais, dans ce premier paragraphe, nous ne nous occuperons que de là prostitution clandestine proprement dite. Ici, nous ne retrouvons pas cette variété de caté- . gories et de distinctions qu’il nous a été possible d’établir pour les dames de maison et pour les prosli-

ELA Re DÉS OT OU F: PROSTITUTION CLANDESTINE

tuées qui exercent leur métier plus ou moins publi quement: comme la prostilution clandestine met à!

haut prix ses victimes, elle ne peut être exercée qu’en “ faveur de cette partie de la société que la fortune |

comble de ses dons, et qui forme un nombre d’individus nécessairement peu considérable, relativement à la masse dont se compose la population tout entière.

Le plus ordinairement, là prostitution clandestine

ne sé cache que pour soustraire à l'administration de :

la police des jeunes filles à peine sorties de la tendre enfance, et qui, pour cette raison même, sont vendues chérement aux individus pervertis qui les recherchent. Quand on connaît la sévérité de nos lois contre ceux qui abusent d’une fille qui n’a pas encore l’âge de discernement, et la gravité des châtiments qu’elles infligent à ceux qui favorisent cette débauche prématurée, on comprend aisément que, le secret étant aussi essentiel pour les uns que pour les autres, la difficulté de constater le délit, et de le surprendre assez évident pour qu'il soit déféré aux tribunaux, devient pour ainsi dire impossible à surmonter.

Si la prostitution clandestine ne fonctionne en gé-

. néral que pour des mineures et de véritables enfants,

cela ne l'empêche pas d’être aussi le refuge de certai-. |

nes femmes adultes ; mais ceci ne s’observe que pour les femmes qui redoutent de se soumettre aux inspections plus ou moins fréquentes des agents des mœurs,

ce qui, les faisant connaitre pour ce qu'elles sont, les :

empêcherait de louer dans des maisons décentes et

bien habitées, ou bien en éloignerait certainement … ceux qui, par des raisons particulières, ne veulent #

pas fréquenter les maisons légalement autorisées. On ne peut nier que la sévérité des règlements sanitaires, et la rigueur avec laquelle sont quelquefois. exercés ceux dont l’application est surveillée parles : agents de police, ne déplaisent singulièrement à cer-. taines filles plus jalouses que d’autres de leur indé-

pendance, ou qui, par leur éducation premiere, les : grâces qui les caractérisent et l'esprit qu’elles possè- |

| PROSTITUTION CLANDESTINE pee

dent, sortent en quelque façon de rang et ne veulent pas être qualifiées de prostituées, bien qu’elles en fassent le métier; aussi remarque-t-on que les filles adultes qui se prostituent dans les maisons clandestines sont d'autant plus nombreuses, que les règlements de poiice se trouvent appliqués avec plus de vigilance et les délits punis avec plus de rigueur. Et, d'autre part, un reste de pudeur et la tendresse maternelle sont encore, pour quelques-unes des femmes qui exploitent une pareille industrie, un motif qui les détermine à cacher la source impure de leur fortune ; elles craïgnent, en effet, de nuire plus tard à la répu- -tation de leurs enfants, ou d’être obligées de s’en séparer, ce qu’elles ne pourraient pas éviter si elles re-. cevaient une tolérance.

Il est curieux de voir les ruses de toute espèce employées par les femmes qui exploitent à leur profit la Re ton clandestine, et les moyens qu’elles mettent en usage pour tromper la surveillance de Padministration ; je vais citer à ce sujet quelques-uns des faits que j'ai eu, occasion d'observer dans le cours pure seule année.

Deux d'entre elles prrrent, avec le titre 4 sagesuse, des pensionnaires ; elles étaient établies, l'une aux Batignolles, et l’autre dans un riche quartier ; le prix des jeunes victimes fournies par cette dernière était de cinq cents francs.

Une autre, qui s'installa comme dentiste, vantait ses connaissances dans l’art de faire disparaître

comme par enchantement les douleurs les plus cruel-

les : on ne la demandait qu’à ce titre, et les jeunes victimes, ainsiqueles amateurs, ne montaient jamais chez elle sans avoir la mâchoire entourée de linge et sans donner tous les signes d’une vive souffrance.

: Une vieille, affectant le costume et le langage d’une dame de charité, conduisait par la main deux ou trois petites filles habillées modestement, et qui, par leurs

manières aisées, leurs grà ces et leur gentillesse, intéressaient tous ceux quiles v oyaient : sous prétexte de

cf,

leur faire avoir des secours, cette misérable les menait dans les hôtels, et particulièrement auprès des

riches Anglais dont elle connaissait les gouts; elle cachait si bien son jeu, qu’elle était respectée de tous ceux qui la voyaient.

Deux de ces misérables avaient ouvert chacune un.

bureau de placement ; l'affiche suspendue à l’entrée de

leur maison, indiquait qu’eiles plaçaient des domes-

tiques des deux sexes, pour la riche clientèle bourgeoise: on arrivait chez elles, et les jeunes filles qu’on y rencontrait étaient censément des femmes de chambre, qui, ne pouvant entrer en condition que dans quelques jours, DATSAIERT là leur. journée, erl attendant.

Ces femmes ont souvent un appartement fort mMOdeste, ne contenant qu’une ou deux pièces en sus de celles quileur sontstrictementnécessaires ; mais elles

en louent un autre, sous le nom d'une complice, au quatrième ou au cinquième étage de la même maison, et là restent en permanence des enfants, qui sont

censés ne descendre chez elles que pour jouer et passer le temps. Un bon nombre de proxénètes exercent.

de cette manière la prostitution clandéstine ; 61/6870

peuvent ainsi soustraire à leurs parents un nombre plus ou moins grand de jeunes filles, car elles ont

toujours la ressource de dire que ces filles ne sont pas

chez elles.

Quelques-unes, affichant un grand ton, louent tou-

jours dans des maisons distinguées, et, sous prétexte que Pappartement est trop grand, elles font insérer dans leur bail l'autorisation de prendre une ou deux pensionnaires ou de sous-louer une partie du local :

elles donnent de fréquents diners ; elles se disent. mères des jeunes filles qui sont là, ou elles préten-.

dent être chargées de leur éducation ; souvent les

femmes dechambre, les bonnes, qui sont en condi-. tion chez elles, sont aussi agréables que les préten- :

dues enfants. Ce sont surtout des actrices, des figurantes de théâtre, des chanteusesde café-concert, qui

se trouvent dans ces maisons clandestines où qui y sont appelées sur demande des débauchés. Il est de ces femmes qui, pendant la belle saison, transportent leur établissenrent secret dans quelques-unes. des campagnes qui entourent Paris ; elles y ménent le même genre de vie et y reçoivent leurs habitués. On en a vus’intituler peintres, ouvrir un atelier, et, sous ce prétexte, avoir en pension des soi-disants élèves, sans compter les soi-disants modeles venant passer quelques heures, pour varier le personnel Une dame de maison, en se retirant, ouvrit un res-

taurant dans lequel se trouvait, en appartement séparé, une table d'hôte où l’on n’admettait que les ha-

… bitués ; elle cachait de cette manière un vrai repaire de prostitution, que rien au monde ne pouvait faire soupçonner.

Mais c’est surtout en prenantdes patentes de divers états, tels que lingère, couturière, modiste, blanchisseuse, etc., que la plupart des femmes qui exploitent la prostitution: clandestine échappent à la surveillance de la police et parviennent àse justifier Beaucoup ne reçoivent pas d hommes chez elles, mais envoient à domicile, sous un prétexte quelconque, les jeunes filles que leur demandent les riches célibataires ou des hommes mariés qui ont, hors deleur quartier, un petit appartement réservé à leur débauche ; les proxé-. nètes instruisent ces jeunes filles de tout ce qu’il faut faire pour tromper les inspecteurs et déjouer leurs moyens d'investigation. Une d’elles, établieblanchisseuse et payant patente, s'était fait une clientèle exelu-

Sivement composée de vieux garçons libertins : elle recevait réellement le linge sale de ses clients, mais.

le passait à une véritable blarchisseuse qui faisait le

travail pour elle ; le panier et les paquets que por-

taient les jeunes filles de cet établissement dé prosti-

tution clandestine, ne servaient qu’à voiler BIENS motif de leurs courses à l'extérieur. |

J’ai parlé des marchandes à la toilette, et de leurs

rapports avec les prostituées; sauf quelques éxCép- 6

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