LUE HE APE A PA CAEN
Ps A PEUR
reconnues au Dispensaire atteintes de maladies véné-
La troisième section renferme les jeunes filles déte- 4 nues, soit par voie de correction paternelle (art. 375 à et suivants du Code civil), soit en vertu des articles 66 et 67 du Code pénal, c’est-à-dire les mineures âgées de moins de seize ans, qui, bien qu’acquittées par les
cha -Ù- ‘4
ment, doivent, en vertu de jugements, rester détenues, pour un temps donné, dans une maison de COT- |
(1) Les mineures dont il est question ici sont maintenant envoyées à Nanterre, en vertu des décisions récentes. On place donc. dans les locaux de cette troisième section les plus jeunes prosti-
NW
= DU \ Fa TE NO OU ENS PE DD M UP NC PE D A Lt no RC Lee nt te, t4.
De seize ou quinze ans, et quelquefois moins âgées encore, elles. # #4 ont été recueillies par la police en état de prostitution publique, ‘24
Saint-Lazare est done, tout à la fois: une maison
d'arrêt de justice, de correction et d'éducation correchionnelle, une maison de détention municipale, un
hôpital une maison hospitalière pour les galeuses et.
lès vénériennes et, en outre, pour quelques malheureuses anciennes prostituées qui y trouvent un asile en qualité de filles de service. C'est aussi dans ses murs que l’administration a placé la lingerie générale des prisons de la Seine.
… La population totale des détenues varie de douze à quinze cents, sur lesquelles les prostituées de la seconde section forment un contingent qui flotte entre quatre cents et einq cents,et s’est même élevé jusqu’à Six cents, en certaines circonstances. Là dessus, les
mineures insoumises, qu'il ne faut pas confondre
avec les jeunes filles de la troisième section, sont environ une centaine; l'infirmerie des prostituées compte ordinairement une moyenne de trois cents
malades, en traitement dans seize salles de vingt lits :
chacune.
Ces salles de l’infirmerie spéciale sont placées dans
un grand corps de bâtiment, auprès de la chapelle.
CLLELLEE EE CERECE DETTE PRCEETPRNENEEERREERENCERErPORERPERERRRENTERPEPREREET CREER CEPREEECEPCEEEERTErrEREECEEEEEECEEREE EEE TORRES EEOEE EEE EEE ES
et on les garde là le temps nécessaire pour rechercher leur famille ou leur assurer un refuge, vu l'impossibilité de les laisser au Dépôt. « De véritables démons, ces petites vicieuses de douze à quinze ans ! dit M. Coffignon, dans son livre La Corruption à Paris ; -on à été obligé d'aménager pour elles des cellules douplement gril- lagées par des barreaux de bois et des treillis en fer, de façon à assurer leur surveillance minutieuse durant la nuit, bien qu’elles soient déjà isolées On appelle encore aujourd'hui ce quartier la Ménagerie, un nom qu'il mérite à tous égards, d’abord en raison de son installation qui rappelle les cages à comparliments,
réservées aux singes au Jardindes Plantes, en second lieu en sou venir des anciennes pensionnaires pour lesquelles il avait été. aménagé. En 1875, ces petites fillesse révoltèrent, se barricadèrent
. en chantant la Marseillaise. Prières, exhortations, rien n'y fit: c'est seulement en les prenant par la faim qu'on arriva à les fa‘re or »
FEU NA SAINT-LAZARE Fe 106
264 a LES PROSTITUÉES
Le rez-de-chaussée est entièrement occupé par les
divers services généraux ; le premier étage est réservé
aux filles soumises malades, les deux autres sontcon- ‘a
sacrés aux insoumises. On place au deuxième étage
celles qui ont plus de dix-huit ans : sautroisièmecelles 2
qui n’ont pas atteint cet âge.
Voici, appro Om vonent quelle est la proportion
des maladies, sur l’ensemble des lits occupés: 200
vénériennes, 60 fiévreuses, 30 galeuses. Ajoutez 7 à8 à prostituées enceintes, et? ou 3 qui, ayant accouché Che Saint-Lazare, y sont gardées quelque temps et y nour-…"
rissent leurs bébés. Le personnel des filles de servi: ces attachées à linfirmerie est de vingt-deux. La première section n’a qu’un médecin en titre et deux médecins-adjoints; mais l’infirmerie spéciale des prostituées a besoin, comme on pense, d’un per-
sonnel médical plus important. Il se compose d'un.
médecin en chef, de deux médecins également en titre, assistés de quatre médecins adjoints, qui visitent les malades deux fois par jour; il y à, en outre, quatre aides-internes, chargés de recueillir et d’exécuter les prescriptions des médecins, et un infirmier pharmacien. AU surplus, le medecin en chef du Dispensaire fait lui-même un service de contrôle et d’inspection. :
Sous le rapport médical, les infirmeries sont dirigées comme celles des autres hôpitaux ; mais la nature
de l'établissement a permis d’y introduire les mêmes.
moyens de surveillance etde répression que ceux
auxquels on à recours à l'égard des femmes détenues:
par voie Judiciaire et dont la conduite est un objet de trouble et de scanda'e. Inutile de dire, par conséquent, que les refus de traitement n’y existent pas, et que
les actes d’insubordination sont immédiatement et.
efficacement réprimés.
Ces salles, consacrées auxprostituéesmalades,sont
claires, spacieuses, admirablement aérées, d’une propreté irréprochable, et desservies par un large couloir fi s'étend sur toute = longueur de l'étage. Grâce à
ces salles, bien séparées les unes des autres, on fait done, en sus de la division par étages qui vient d’être indiquée, un second classement par categories de malades : aussi, parmi les insoumises,non seulement on à soin de ne pas mettre les jeunes en contact avec les vieilles, qui ne manqueraieat pas d’acheverde les corrompre; mais encore on traite tout-à-fait séparé- ment les jeunes filles qui ont manifesté l'intention de rentrer dans leur famille. Ce quartier est nomméu«le : + SÉPDATÉ». :
Chaque salle est clôturée à claire-voie pour permettre une incessante surveillance, qui s'exerce par le couloir. En outre, la nuit, une fille de service couche dans chaque salle (1). |
Au sujet de la durée du traitement, voici une statistique officielle, dressées sur 392 syphilitiques entrées à la même époque :
123 d’entre elles sortirent guéries après un traitement de 10 à 19 jours ; 77 dutres durent séjourner de 20 à 29 jours; 53, de 30 à 89 jours ; 43, de 40 à 49 jours 31, de 50 à 59 jours ; 25, de 60 à 69 jours; 8, de 70 à 79 jours ; 5, de 80 à 89 jours ; 7, de 90 à 99 jours ; 5, de 100 à 125 jours ; 2, de 126 à 150 jours (cinq mois) ; 7, de 151 à 199 jours ; 3, de 200 à 250 jours (de sept à huit mois).
Maintenant, si nous examinons la différence de durée de traitement sous le rapport de la classe de chacune de ces prostituées, nous trouvons que toutes les malades guéries après un court traitement sont des filles inscrites. La moyenne est quaranté-cinq jours pour les filles soumises, et trois mois pour les insoumises. Les 27 du plus long traitement, de 90 à
(1} Ces filles de service, prises parmi les vieilles prostituéesqui, par extraordinaire, ont montré de bons sentimenis, et dont on a pitié, sont chargées de la propreté des salles, cirent les parquets, font les lits et les gros ouvrages. Elles assistent aux pansements, et sont un peu aide-iufirmières. Les plus anciennes CN LE e francs par mois, , les autres six francs.
Se SO LES PROSTITUÉES RE
950 jours, étaient exclusivement des filles clandes- D:
tines, enfin découvertes, et visitées malgré leur pra-..
testation de bonne conduite et leurs démentis indignés aux inspecteurs qui les avaient mises en état. d’arrestation.
Cette différence est facile à comprendre: elle pro- vient,.d’une part, de ce que la maladie est prise à son début chez les prostituées inscrites, qui se soumet- tent régulièrement à la visite sanitaire obligatoire, tandis que, chez les insoumises, l’infection remonte. généralement à une époque déjà ancienne quand commence le traitement; elle provient aussi, d'autre part, de ce que la nature même des infections vénériennes est communément plus grave chez les filles insoumises que chez les inscrites. C’est un fait bien constaté; c’est toujours chez les prostituées clandestines que nous trouvons des malades presque irrémédiablement atteintes, littéralement pourries de syphilis; malgré sept et huit mois de traitement, leur guérison ne les préserve que pour un temps plus ou moins long; elles sont, plus que toutes autres, sujet-. tes à de nouveaux retours du mal; et elles le pressentent si bien que, dans leur langage, elles ne se disent pas gueries, mais « blanchies ».
Le régime de l'infirmerie des prostituées se compose d’un bouillon au déjeuner et de cent quatrevingt-dix grammes de viande cuite et désossée au. dîner. Pour faire le bouillon d’infirmerie, on met dans Ja marmite trois cent soixante-quinze grammes de viande crue, soixante-quinze grammes de légumes verts et six grammes de sel par chaque malade. La viande servie à ces filles est ordinairement du bœuf ;
mais le veau et le mouton rôtis peuvent être prescrits
exceptionnellement par les médecins.
Nous divisons nos malades en cinq catégories, sous - le‘rapport de l'alimentation : 1° malades à la diète ;
2 malades au quart de portion ; 8° malades à la demi- . …
ee “portion ; 40 malades aux trois quarts de portion ; “00 malades à la portion entière.
Les malades à la diète reçoiventunlitre de bouillon -dans l’espace de vingt-quatre heures ; celles au quart de portion reçoivent deux tiers de litre; toutes les autres malades, un demi-litre. {
Les malades que nous mettons au régime maigre, reçoivent âvec le bouillon, en remplacement de la viande, telle espèce et telle quantité d'aliments que nous leur ordonnons, comme riz, pruneaux, vermicelles, œufs ou lait. |
Assez souvent, nous ordonnons un double décilitre de vin rouge par jour aux malades que nous avons mises aux trois quarts de portion ou à la demi-porton, et, notamment, aux convalescentes.
Quant aux femmes enceintes arrivées au huitième mois de leur grossesse et aux nourrices avec leurs nourrissons, elles sont admises au régime d’infirmerie, avec la différence que leur portion quotidienne de viande cuite et désossée est élevée à deux cent cinquante grammes, et qu’elles reçoivent tous les jours un double décilitre de vin, sans qu'il soit nécessaire que nous l’ordonnions. |
Les enfants sevrés reçoivent pour ration un demilitre de lait et quarante grammes de farine ou léquivalent, selon les prescriptions des médecins.
Sous le rapport hygiénique, les salles de l’infirmerie Spéciale se trouvent dans des conditions de salubrité satisfaisante. Jamais on n’y a observé d’épidémie grave. Le choléra et la fièvre typhoïde y ont sévi sans faire de grands ravages. Dans la salle des femmes en. couches et des nourrices, les accidents puerpéraux Sont irès rares. Quant à la mortalité, elle est de 15, 16, 17 femmes en traitement, dans tout le courant d’une année : et encore, on ne sauraitattribuer la tota-
lité de ces décès aux maladies vénériennes ; ils pro- oi viennent, pour la plupart, d’autres maladies dont les © : femmes portaient le germe à leur entrée à Saint
d Lazare.
Les malades peuvent être visitées parleurs parents, Sr “un doivent, à ceteffet, se PORTO use HR ent Fo
268 RATES P X0STITUÉES
auprès de l'administration. Ces visites de lieu. au +42 parloir les mardi et vendredi. En cas de maladie L grave ou d'impossibilité de In malade de screndreau
parloir, le directeur de Saint-Lazare autorise les pas
rents à être admis dans les salles.
La privation de parloir est la grande punition pour
les malades, quand elles commettent des infractions à la discipline de l’infirmerie; et encore ces infrac-
tions sont extrèmement rares : à peine deux malades
sur cent en commettent une durant leur séjour. 2
En ce qui concerne le travail, disons que les malades n’y sont pas assujetties ; cependant, elles s'occupent généralement à des travaux @aiguille ou de crochet.
Quant à l'administration de l’infirmerie des prostituées, c’est le directeur de Saint-Lazare qui estchargé, avec l'inspecteur général des prisons, de veiller à ce
que les dispositions arrêtées par ladministration : soient ponctuellement exécutées ; il a la haute main sur tout et la responsabilité de l’ordre et de la disei-
pline,aussi bien dans les quartiers affectés aux malades que partout ailleurs dans la prison. Ajoutons qu'il n’y à pas d'hommes à Saint-Lazare, en «dehors
des emploves du greffe et des guichetier:, en tant.
qu’agents de lPadministration ; ils sont les seuls hommes logés dans l établissement, en sus du re macien ct des aides-internes.
Arrivons au service de surveillance. des es tant détenues de droit commun que détenues administratives et malades ; ce service a été confié aux religieuses de l'ordre de Marie-Joseph, comme dans la - Hot des prisons de France ; ce sont les sœurs aux trois voiles, bleu, .blanc et noir.
À Saint-Lazare, elles sontunecinquantaine, savoir: :
une supérieure et son assistante, une sœur directrice
du bureau central des travaux avec une adjointe, quatorze sœurs pour la première section, quatorze pour le service de la seconde section. et dix pour celuidela
troisième; en outre, quatre ou cinq à la lingerie gé-
KL Se
nérale des prisons, qui est, comme je lai dit, à Saint . Lazare. :
Pour les détenues, il y a une livrée, dont voici les variétés : robe marron et bonnet de même couleur, pour les condamnées de droit commun; robe grise et bonnet blanc, pour les filles malades; robe bleue à raies noires et bonnet noir, pour les prostituées en détention administrative; pour toutes, un fichu rayé croisant sur la poitrine. Toutefois, la robe n'est imposée à ces dernières que si leur punition est d’au moins six semaines,ou si leurs vêtements laissent par trop à désirer (1).
Dans tout ce qui précède, les renseignements sur la population des salles d’infirmerie ont été assez abondants, pour que nous puissions passer maintenant aux prisonnières proprement dites de la seconde section.
Le bâtiment de la prison qui leur est consacre comporte les ateliers au rez-de-chaussée, et les dor-
toirs aux étages supérieurs.
Les ateliers sont vastes et divisés en plusieurs catégories de travaux; des poêles les chauffent convenablement en hiver; chacun d’eux a ses latrines, une fontaine et une pierre à laver. Une cour spacieuse, plantée de beaux arbres, sert de promenoir; les détenues ont la permission d'y aller trois fois par jour,
(t) Il en est, en effet, dont la toilette pèche pr les deux excès contraires. À côté des soupeuses qui ont été arrêtées en costume. d’un luxe inoui et extravagant, il y a des pierreuses en haillons-
affreusement sordides, et, quelquefois, des filles de maisons qui ne possèdent même pas une chemise à elles. IL est opportun de rappeler ce que j'ai dit de ces dernières. Ce sont des malhcureuses, cui, dans quelque scène de v':lent scandale, ont battu leur maitress » de maison, celles ont élé con lamnées à quelques jours de détention administrative, et, à peine entrées à Saint- Lazare, elles sont bien obligées de revêtir Ja livrée de la prison, puisque leur ancienne maitresse, qui ne veut plus les reprendre, est pr. priélaire des vêtements et du linge avec lesquels elles sont venues.
cs
270 der LES PROSTITUÉES
et, comme un grand lavoir se trouve au milieu de cette cour principale, elles profitent des récréations. pour savonner et laver leurs effets: quelques-unes, plus riches ou plus paresseuses que les autres, dédaignent ces soins et confient leur linge à des camarades, qui font dans la prison le métier de blanchis- . seuses. Notons encore, pour les récréations, d’autres | préaux ou cours pavées, et des gâteries, en Es de a pluie.
La nourriture consiste en sept cents grammes de pain de prison, et en soupe tantôt grasse et tantôt . maigre, mais toujours de très bonne qualité; sur les : sept jours de la semaine, ces détenues reçoivent deux fois de la viande cuite et désossée, la même ration qu’au Dépôt, et les autres jours des légumes farineux.. Mais elles trouvent, en outre, à la cantine, une foule de douceurs qu’elles se procurent, soitavec la rétribution de leur travait, soit plutôt avec les secours qu’elles reçoivent du dehors. Règlementairement, l'argent qu'on leur adresse est arrête au greffe; toutefois, dans la pratique, il leur arrive fort bien, soit de. la part de leurs amants, soit de la part des dames de maison chez qui elles étaient ou de celles chez qui elles doivent entrer : en effet, les visites, qui sont interdites aux dames de maison, amants et proxénètes, sont autoriséesle dimanche aux parents etaux amies; : on le comprend sans peine, les amies sont souvent intermédiaires pour faire passer lettres et secours. La moitié des filles détenues reçoivent donc de lPar-. gent en cachette, en moyenne trois francs par semaine, de cinq à dix francs pour un certain nombre ; les internes m'en ont signalées qui recevaient jusqu'à … six francs par jour; mais cela s’observe rarement, et surtout ne dure jamais très longtemps. En somme, il n’en est guère qui ne soit en mesure de dépenser de huit à dix sous par jour; ce qui rend leur position, je ne dis pas agréable, mais certainement tolérable..
La preuve qu’elles ont ce qu'il leur faut, c’est qu’elles se procurent souvent des inutilités, et en pâr- .
ticulier de ces fleurs qui abondent en certaines sai-
sons. Le goût des fleurs et des bouquets est un des caractères des prostituées; elles en achètent à profu-
sion, non seulement cèlles qui sont à l’infirmerie,
‘mais encore les détenues en correction, et elles aies
femmes fort honnêtes, qui sont dans les hôpitaux,
- absolument D fiscéoe
Elles prennent leurs repas en commun dans les refectoires, sous la surveillance des sœurs. Chacune de la catégorie plus riche s’associe une camarade moins fortunée, qu'elle appelle sa mangeuse; celle-ci va chercher les suppléments à la cantine, avec l’argent
de l’autre, et elles partagent ensemble leur assiette,
leur vin, leurs friandises. Grâce à la cantine, les
tables sont couvertes de mets variés ; et ainsi, la plus
coupable, qui à su par sa faute se procurer des res-
sources, endure moins que la malheureuse qui n’&
violé les règlements que pour satisfaire sa faim. D’après cela, on ne sera pas surpris d'apprendre
que la santé des prostituées en punition s'améliore
à Saint-Lazare, et qu'elles en sortent toujours plus
en
grasses qu'elles n’y étaient entrées ; c’est une particularité que j'ai constamment observée.
Dix vieilles filles sont attachées comme filles de
service à çelte partie de la seconde section.
Les détenues se lèvent à cinq heures du matin et se couchent à sept heures du soir. Le travail quotidien, sauf le repos du dimanche, est de dix heures, coupé par les repas et les récréations. Aux ateliers, les filles
travaillent sous la surveillance d’une sœur, qui se
tient dans une chaire, d’où elle domine toute la salle;
deux détenues font, à tour de rôle, pendant le travail, des lectures pieuses et morales, d’ailleurs en pure
ee “attendu qu’on ne les entend guère dans le bourdonnement des conversations à voix basse. né travaux SOS et la confection du linge (soit
CT CRT LL ler RS PUS EE PORN RSS ADO SU er SN AT een PERL PE DA SE NE An rat, AA GT RAR DL #7 fn À RES Les RDV AS EE" e re 5 es SSSR Et
distribuent avec une grande générosité. Ce simple détail montre qu'à Saint-Lazare elles sont, incontestablement, plus heureuses que beaucoup de pauvres
à la main, soit à la machine à coudre), l'emportent sur tous les autres. Il est cependant des ateliers pour des travaux plus variés : on y fait de la broderie grossière, des réticules, des cravates, des chapeaux de paille; on s’y livre à l’épincetage des étoffes de soie. et de laine, au découpage des. étiquettes. Ces travaux, pour lesquels il faut de l'adresse et quelque intelli= gence, plaisent, en général, aux détenues et peuvent ètre de quelque utilité à celles qui voudraient abandonner la prostitution.
Quant aux filles qui n'ont ni industrie ni adresse, on les occupe à éplucher du coton, de la laine, etc., à nettoyer des racines, graines, pépins, et principalement de la gomme arabique, qu'elles réduisent en petits fragments. Il est quelques prostituées incapables de ces travaux si simples; celles-là, on les occupe à bouter des cardes, ouvrage qui consiste à prendre des petits bouts defil de fer et à les introduire dans des trous pratiqués dans un cuir pour les y recevoir. Enfoncer des épingles dans une pelote n’exige pas plus d'intelligence et de travail d'esprit. Eh bien, le croirait-on? parmi ces femmes, il se rencontre des êtres qui sont encore incapables même de ce travail si peu compliqué; j’en ai compté jusqu’à une vingtaine; celles-ci, on les parque dans deux salles, que les surveillantes appellent :«la division des imbéciles », et où ces niaises stupides sont mêlées à quelques malheureuses, qui ne peuvent pas travailler, elles, parce qu'elles se trouvent dans un état de cécité presque complète. Ces dernières sont vraiment à plaindre ; leur infirmité est l’unique raison qui les à forcées de se livrer à la prostitution, et, comme elles Sont réellement dans l'impossibilité de travailler, on nepeutque leur reprocher'de n'avoir pas eu le courage de se laisser mourir de faim. | :
Les gains variant assez dans ces ateliers, il n’est pas indifférent, pour les prostituées qui entrent en punition à Saint-Lazare, d’être placées dans l’une ou l'autre salle de travail : leur répartition se fait done
RS A SAINT-ÉAZARE a 273
par l'agent des travaux et par la première surveil-
lante; mais cette formalilé n’est nécessaire que pour celles qui viennent en prison pour la premiere fois. Le plus grand nombre, étant en état de récidive, sont classées d'avance, et vont d’'elles-mêmes dans l’ate-
lier où elles ont déjà travaillé et ou se font les travaux
pour lesquels on leur a reconnu une plus grande aptitude.
Ces ateliers divers n’ayant pas toujours existé dans les prisons affectées tour à tour aux prostituées, on
peutapprécier aisémentle bien qu'ils ontfait; il suffit
pour cela de comparer l’étatintérieur de Saint-Lazare au moment actuel, à celui des anciennes prisons; or,
quelle différence sous une foule de rapports!
Ainsi, c’est à la Petite-Force quele travail des prostituées futinauguré : avant l'établissement des ateliers
dans cette prison, elles étaient indomptables, s’il faut
en croire les relations du personnel de l’époque ; elles passaient la journée à se battre, tant l'oisiveté leur est pernicieuse, et elles faisaient un tel vacarne, qu’elles étourdissaient tout le voisinage; le mouvement, la turbulence et Pagitation qui sont dans leur nature, prenaient alors plus d'intensité et leur faisait commettre mille désordres et mille turpitudes que les
. gardiens étaient impuissants à empêcher, bien qu'ils
fussent plus nombreux queles surveillantes d’aujourd'hui.
Une circonstance particulière à démontré, il y à quelques années, les avantages immenses qui resultent de l’occupation pour maintenir l’ordre dans une
prison de prostituées : les travaux ayant manqué pen-
dant un mois dans un alelier composé de cent femmes, trois jours suffirent pour y mettre le désordre, qui parvint bientôt à son comble; elles se volaient leur pain, se battaient, se faisaient un plaisir de contrevenir à tous les règlements et insultaient les personnes chargées de leur garde. Il a suffi de rétablir les tra-
vaux, pour que tout rentrât dans l’ordre subitement et
sans transition. Aujourd’hui même, la surveillance
UE ie. LES PROSTITURES à Li 0
est prie nécessaire le dimanche que Au le reste | de la semaine, et Ce n’est pas ce jour-là qu'il faut visi-." ter Saint- Lazare pour apprécier la conduite et la ma- « nière d’être des détenues de la seconde section.
J'ai étudié la prison des prostituées, à un moment où elles étaient sans travail, et j’en suis sorti toujours - indigné. Depuis lors, on a pris des mesures pour que les entrepreneurs ne laissent jamais ces filles chômer,
et je dois à la vérité de dire que je n’ai plus retrouvé 5
la même population, tant la métamorphose était générale et tranchée. On n’y voit plus ces regards altiers et agacants, ces indécences voulues dans l’arrangement, ou plutôt le dérangement dans leur costume, ces gestes et ces postures lubriques, ces disputes qui . se renouvelaient sans cesse; on-n’y entend plus ces conversations ordurières, à faire frémir les moins. bégueules, ces cris et vociférations capables d’effrayer: l'activité du travail a mis ordre à tout, et le visiteur ne pourrait pas se douter qu’il a sous les yeux la por- - tion la plus vicieuse des protihess si d'avance il n’en était pas instruit.
Cependant, tout n’est pour le mieux, à mon avis. Les avantages obtenus par les travaux sédentaires : sont de nbe tres grands, et nous devons nous applaudir de leurs résultats; mais croit-on être parvenu, par leur moven, au dernier degré de perfection que puisse présenter une imaison pénitentiaire destinée à la répression du scandale et des désordres de la prostitution? En toute sincérité, j'ai le devoir de dire que je ne le pense pas, et je vais Sur ce point exposer loyalement mon opinion.
Les ressources que les prostituées en prison réussissent à obtenir du dehors, en dépit des règlements et malgré la surveillance, le bien-être même qu’un - grand nombre y éprouvent, font que:la détention perd :
pour elles son horreur (1). Si elles ont honte d’être . (1) On connait la passion de beaucoup de es filles pour le ta- . bac. Celles qui sont avistes, mettent à profit le temps qu’elles
A SAINT-LAZARE Drop allées à Saint-Lazare, si, une fois qu'elles er. sont sorties, elles cachent leur emprisonnement en disant à leurs clients que leur absence a eu pour cause une. bonne fortune d’un monsieur très riche qni à payé un voyage aux villes d'eaux ou à Nice, ou encore qu'elles sont allées passer quelques jours à la campagne chez une amie, cela tient unfquement au souci qu’elles ont de leur réputation, c’est-à-dire à là crainte que ce seul nom de Saint-Lazare laisse croire qu’elles manquent de prudence dans leurs contacts et qu’elles ne savent pas se préserver des maladies vénériennes ; mais pour ce qui est de la détention elle-même, elles en rient entre elles, elles s’en moquent absolument; dès Pinstant où la commission administrative a prononcé sur leur cas, leur arrestation ne leur pèse plus; elles chantent dans les voitures cellulaires qui les ménent à la prison. En un mot, elles se font de leur séquestration un tel jeu, que, pour agir sur l’esprit de celles qui attachent de l’importance à la liberté, il faut prolonger l’emprisonnement pendant des mois : entiers. Or, le résultat indéniable de cette situation est
qu'elle fait peser sur l’administration des dépenses,
restent au poste de police pour cacher des allumettes et des cigarettes dans divers endroits de leurs vêtements, mais surtout entre la chemi:e et le corset. Au Dépôt, les cigarettes se vendent à raison de deux pour trois sous; à Saint-Lazare, par suite de la rareté de la marchandise, le prix s'élève à deux sous la cigarette et - deux sous l’allumette. (est à l'atelier que s'opère ce petit trafic; cest aux cabinets, comme les écoliers, que les filles vont fumer. Elles ne peuvent y demeurer longtemps sans éveiller attention
et n'ont que le loisir de tirer quelques bouffées de leur cigarette. … Elles l'éteindraient bien pour la refumer un peu plus tard; mais les allumettes coûtent trop cher. Aussise mettent-elles à plusieurs
pour se payer une cigaretle.Les associées se succédent aux cabi
nets; chacune tire quelques bouffées, repose la cigarette à un en-,
droit convenu et celle-ci passe de bouche en bouche jusqu’à extinc-
tion. Les sœurs surprennent rarement ce manège: il y à ainsi bien
des choses qu’elles ne D voir. (4. Re La Corruption à Fe
276 LES PROSTITUÉES | qui, en se multipliant, finissent par devenir considérables (1). :
Si la prison faisait une impression salutaire sur l'esprit des prostituées, on ne verrait pas parmi elles . un si grand nombre de récidivistes; car c’est par les. récidives que l’on peut connaître le plus ou moins d’efficacité d’un système répressif. Or, ilest bon de savoir. que presque la moitié des détenues en punition à la deuxième section de Saint-Lazare-se compose de filles qui ont été arrêtées quinze, vingt, trente et même quarante fois !
Ce fait est constant, les opinions sontunanimes sur Ce point; J'ai acquis là preuve que ce ‘qui existe aujourd’hui s'est exactement présenté dansles années antérieures. Il est curieux de lire les procès-verbaux
de plusieurs commissions chargées, à différentes époques, d'examiner ce qu'ilconviendrait de faire à l'égard de ces filles; je me contenterai de citer ici l'extrait du rapport d'une de ces commissions, alors que M.d’Anglès était préfet de police. |
Le rapporteur s'exprimait en ces termes : « La liste des femmes remises en liberté porte souvent les noms des prostituées arrêtées pour la vingtième, la vingt. cinquième et la vingt-huitième fois. Il est cruel d’avoir à noter, dans les fastes de la dépravation que telle fille, âgée de-trente ans, a été détenue trente-deux fois,
(1) Les gains d'atelier sont trés minimes pour les prostituées et. l'on ne les oblige pas à avoir une masse de réserve, comme cela a lieu pour les prisonniers et prisonnières de droit commun; elles reçoivent donc intégralement leur pécule de travail, et tout ce qu’elles dépensent en achats à la cantine e;t censé provenir de cette unique ressource. Tout compte fait,chaque prostituée coûte en moyenne quatre-vingl-deux centimes par jour à l’Administration, selon le calcul de M. Lecour, chef de la première division à la Préfecture de police en 1882; vu leur nombre, la maison de Saint-Lazare donne leu annuellement à une dépense d'environ : trois cent quarante mille francs.
eétque l'exemple n’en est pas unique. Certaines filles vivent, pour ainsi dire, de la prison; une détention de quatre à cinq mois n’est qu’un jeu pour elles; leur corruption est portée à un tel point que cette détention n’est plus elle une punition. La commission croit faire : trop peu pour l’acquit de la morale publique et pour le soulagement de la surveillance, que de proposer à M. le Préfet de police d'ordonner qu’à l'avenir toutes les filles publiques arrêtées pour la vingt-et-unième fois seront envoyées pendant un an dans une autre prison, avec les condamnées ordinaires.Il serait à désirer qu’on püt imposer cette détention d'une année dès la seizième arrestation ; si l’on ne le propose pas, c’est que l'on a la certitude affligeante que, dans ce cas, la prison où on les mettrait pourrait être encombrée dans l'espace d’un mois ».
Il fut fait droit aux conclusions de cette commission: on envoya dans la prison des condamnées de droit commun quelques-unes de ces prostituées incorrigibles ; mais cette mesure ne faisait aucune impression sur celles qui n’en étaient pas à leur vingt-et-unième arrestation, et, la crainte d’une aussi longue détention ne diminuant pas le nombre des récidives, on prit le parti d’y renoncer. Il faut ajouter à ce motif la répugnance que l'on eut, malgré tout, à traiter séverement ces filles, dont les écarts, même lorsqu ils sont irritants et insupportables, sont le fait d’une nature mal équilibrée. En effet, si la police des prostituées présente un ordre de choses tout-à-fait exceptionnel et nécessite beaucoup d'actes arbitraires, il ne faut - pas néanmoins dépasser certaines bornes; on estima done, finalement, que si l’on peut, par un acte admi- nistratf, priver de liberté pendant un certain temps ces créatures avilies, lorsqu'elles se rendent coupables d'infractions aux règlements spéciaux qui les con-. cernent, on n'avait pas pourtant le droit, tout bien pesé autribunal de la conscience, de les assimiler à des gens souillés de délits et de crimes, condamnés par les Chambres correctionnelles et les Cours d'assises
et surtout de leur faire subir la peine réservée à ces.
derniers coupables.
Toutefois, l'expérience qui a été faite patient une
grave lecon. Si l’ancienne prison de la Petite-Force, -
malgré son mauvais régime, ses grabats, et mille
autres imperfections, n’effrayait pas autrefois la majeure partie des prostituées, quelle impression peut =
faire sur elles la prison actuelle, où tant de commodités et d'avantages se trouvent réunis, et ou il leur
est possible de se procurer une existence que l’on peut appeler douce, et que des milliers de veuves, de mères. de famille et d’honnêtes ouvrières envieraient certai- -
nement? Aussi, je dois le répéter, est-on obligé, pour certaines fautes graves,pour certaines récidives, de prolonger des mois entiers la détention à Saint-
Lazare, au grand détriment de la fortune publique, et .
sans qu’il en résulte pour ces femmes une notable
amélioration (1).
(1) Non, certes ! elles ne s’améliorent guêre à Saint-Lazare. Un : rédacteur du Matin, qui a visité tout récemment cette fameuse
seconde section, en rendait compte dans ce journal (n° du mercredi 13 octobre 1899), et émettait une appréciation absolument semblable à calle de notre auteur. Nous croyons intéressant de reproduire ici quelques passages de cet article du Matin :
« À notre entrée dans les ateliers, elles se lèvent à la vue du directeur qui m accompagne, résignées, indifférentes, ou sournoisement railleuses.… »
Sur interrogation à une des sœæ.rs surveillantes $
« — Elles ne me donnent que rarement de graves sujets de
« plainte, monsieur. Chez ces malheureuses, il y a souvent de véri-
« tables cœurs d'or.. Queljuefois, des batteries; mais c’est rare.
« Leur plus habituelle faute, ce sont les inscriptions ‘sur les. CUS 2 7e | |
« — Et quélles inscriptions! soupire le directeur, qui parled un nettoyage général des murailles, à inscrire au prochain budget.
« La sœur s’est penchée vers le directeur et lui par'e à voix
bass: Pendant qu'ils causent, je me retire à quelques pas sur le
palier, et je regarde les murs de l'escalier. Ah! oui, ts auraient :
besoin d’un nettoyage général ! Il n’y a pas d'horreurs qui ne s’y
étalent, gravées au couteau, de la main paliente d’une détenue, ou …
ne EN» PTE PEN EE re EE OR Re En 6 : É vi np, A ON rade Aa PRE À se
A SAINT-LAZARE en 279:
Le Donne exige qu’ OH: agerave jamais le sort d’un condamné, et que la détention, lorsqu'il doit la subir, n’altère ni sa santé ni ses forces. Donnez-lui donc une nourriture convenable et des vêtements
écrites en hâte pendant lé mouvements quitrimballent aux réfectoires, à la chapelle, aux ateliers, les femmes de Saint-Lazare.
« Regrets de la liberté perdue, soupirs vers l'amant absent, aspirations infimes (serments d'amour entre tribades), toutes les imaginations du libertinage se donnent ici carrière. Entre mille, je noté deux inscriptions en passant, parce que celles-ci sont presque convenables (impossible de citer les autres) : « Niniche à & son Julot, amour éternel, et mort aux vaches !» Vaches estle mot d’argot par lequel p'ostituées et souteneurs désignent les agents d2 police. Plus loin: « Ah! mon petit Rouquin, situ. « savais ce que le temps me dure de ne plus te...» La prisonnières'est heureusement arrêtée dans l’'énonciation de son regret.
« Mais M. Payan (le directeur) revient.
« — Vous allez voir, me dit-il, que les rigueurs de la disci- « pline n’ont rien ici d’inhumain. Nous avons justement aujour- -« d'hui une détenue au cachot, Montons aux cellules. »
… « De nouveaux couloirs, remplis de grilles, aux murs surchargés d'inscriptions érotiques : un escalier à se casser le cou, et voici, dans les greniers, les cachots. Quatre murs et un grabat, et c’est tout ; là, le menu ordinaire des RERRAISrES est remplacé par du pain et de l’eau.
« Au moment où nous arrivons, un vacarme épouvantable.
« — Qu'est-ce ? » fait le directeur, interloqué.
« — Cest la prévenue qui se fâche », dit, avec un mauvais sourire, la fille de service qui nous accompagne.
« Dans la cellule, un bout de femme, ni laide ni jolie, haute comme une botte, — elle doit avoir à peine seize ans, — vocifère et gesticule, furieuse Aux paroles de la religieuse, aux ohjurgations du directeur, elle répond par des mots abominables. Cepen-. dant, sous la menace de la camisole de force, elle finit par se taire, grondant encore et montrant les dents.
«— C'est un cheval de retour! dit encore lafemme de servicee. Fe Quel petit monstre! . Dire que si on lui pressait le bout du
« nez... » | | | ae FN Mais la religieuse fait taire la femme: celle-ci est une ancienne fille, guérie de son vice, et qui a obtenu Lente à titre de ROEpUA See dans la maison. ».
tre
adaptés aux saisons; chauffez les salles, durant l'hiver, et couvrez convenablement son lit; né le. laissez jamais oisif. Mais, procurer des jouissancesà ce détenu, lui faire oublier qu’il est en prison, lui en rendre le séjour agréable, c’est neutraliser par un" moyen l'effet qu'on cherche à obtenir par un autre, c’est marcher dans un sens contraire au but vers M lequel on doit tendre. Faites donc que la prison lui
= soit dure, qu’elle le corrige, et qu’il en sorte avec la ferme volonté d'éviter à l'avenir tout ce qui pourrait. l’y ramener.Sans cela, vous aurez employé votre force,
et Pautorité dont vous êtes revêtu, à faire souffrir un homme en pure perte; et, sans procurer à la société le moindre avantage, vous lPaurez entraînée dans de grandes dépenses.
Je n'ai nullement la prétention de savoir gouverner les hommes, et j'avoue là-dessus toute mon ignorance ; mais le simple bon sens ne nous indique-t-il pas que sans la connaissance des goûts et des habitudes, des inclinations etdes antipathies d’une classe de la société, on ne peut rien faire de bon dans sa direction, et qu'avant de diriger les autres. il faut apprendre à les connaitre et consulter en premier lieu l'expérience ? Or, l’observation de tous les jours nous démontre que les prostituées sont, pour la plupart, de véritables enfants, et qu’il ne faut pas les considérer, sous lerapportde l’intelligenceet de la responsabilité, comme des coupables ordinaires; qu'elles se font remarquer entre toutes les femmes par la légéreté de leur esprit, la fausseté de leur jugement, et surtout par leur imprévoyance, leur insouciance complète de l’avenir, le besoin des jouissances du moment, la gourmandise et l'amour effréné des parures: il en résulte qu'elles sont plus sensibles à la privation d'objets futiles etinsignifiants, qu’à une prolongation de là détention, et même à des souffrances personnelles, dont elles ont peut-être l'habitude.
Partant de cès données, et nous rappelant que nous n'avons pas affaire à des criminelles, mais à des sim-
a à NAME à 0 ob.
ples contrevenantes à des règlements de police, je voudrais à la seconde section de Saint-Lazare un régime uniforme, sans les rigueurs qui distinguent les maisons centrales, mais pourtant d’une règle inflexible dans sa simplicité. Tout d’abord, je supprimerais la cantine, et à plus forte raison la tolérance de ces petites cuisines particulières qui se font dans les ateliers, entre lés heures de réfectoire, et qui établissent une si grande différence entre une détenue et une autre. Selon les usages courants, l’argentenvoyé du dehors s’arrète au greffe, et la fille, le recevant à sa sortie, n’a pu censément dépenser, pendant sa detention, que Ie produit de son travail ; moi. je poserais une régle toute contraire : je laisserais arriver librement à chacune tout l'argent qu'on voudrait lui envoyer du dehors, mais j'en défendrais l'emploi à l'intérieur; de cette manière, la fille, se trouvant en possession des petits secours de ses amies, serait moins à la merci des spéculations coupables des dames de maison et des souteneurs, et, d’autre part, elle ne pourrait pas abuser, dans là prison, de ces sommes, qui lui profiteraientbien mieux à salibération.lJ’arrè- terais les lettres à leur entrée et à leur sortie ; toutes celles qui ne seraient pas relatives à des affaires de famille ne seraient remises aux détenues qu’au moment de leur mise en liberté ; cette seule privation serait considérée par elles comme une punition immense. J’imposerais le silence absolu en tout autre temps que les heuresderécréation,et]j interdirais toute espèce de chansons. J’affublerais ces femmes d’un vêtement grossier; je défendrais toute frisure et tout arrangement particulier de la coiffure(1) Je les assu-
(1) Rien nest plus fantaisis e que la façon dont elles portent
- leur bonnet, li Préfecture n'ayant jamais édicté à ce sujet des
règles fixes, comme 1 Assistance à fait pour £es infirmières. IL en
rêsulle, dit M. Coflignon, uns diversité des plus amusantes parfois ;
- car ce nest pas eéxagérer que de: prétendre qu'il serait presque
possible dé définir le caractère de la fille d’après la façon dont - elle pose sur sa tête le bonnet réglementaire.
RO ee une LES PROSTITUÉES. DS NE SR
jettirais à un régime pour ainsi dire militaire, 15e 14 faisant marcher à la file et au pas cadencé pour aller M d’un endroit à l’autre; le plaisir qu’elles ont à s'agiter M
sans cesse et à faire tout avec incohérence leur ren- M
draït, jen suis sûr, cet assujettissementtrès pénible; 4 elles n’en seraient dispensées que pendant les récréa- " tions. .
Ces différents moyens de punition, et d'autres analogues, sans rendre la détention nuisible à la sante, frapperaient l'esprit des prostituées; ils leurs feraient : considérer la prison, non comme un lieu d’asile, où elles viennent se reposer etse refaire, mais comme . un lieu de punition réelle, et elles mettraïent deésormais dans leur conduite beaucoup plus de prudence et de circonspection, pour s'éviter la détention administrative. se Pour rendre encore plus efficace cette série de moyens, j'accorderais, par contre, dans les infirmeries de Saint-Lazare, une libre entrée à toutes les douceurs et à toutes les futilités; car les malheureuses qu’on met en traitement dans ce quartier dela seconde section, ne sont pas coupables d’un mal, qui, pour être la conséquence de leur métier, n’est pas le résultat de leur volonté. J’attacherais donc une haute importance à ce qu’on fût 22al dans le quartier de détention administrative, et aussi bien que possible dans le quartier des infirmeries; qu’on trouvât tous : les genres de privations dans celui-là, et toutes les douceurs possibles dans celui-ci ; enfin, qu’on redoutât d'entrer à Saint-Lazare comme détenue bien portante, et qu’on désirât, sitôt malade, y que pour se guérir.
Dieu me garde de faire l'éloge des chAaen te COrporels employés contre des prisonniers, et surtout contre des prisonnieres ! Dans tout moyen de correction, on me verra pencher toujours pour les mesures les plus douces ; mais si, dans le but d’abréger la dé- tention, d’inspirer aux coupables une crainte salutaire, et de rendre les récidives moins communes,
ASAINTSLA BARRES De Nu es "ON
4 ie -uns de ces moy ens peuvent être proposés,
pourquoi ne lesexaminerait- on pas ? pourquoi seraitil défendu de peser avec impartialité leurs inconvénients et leurs avantages? Je vais donc parler avec quelques détails du {read-mill ou moulin à marcher, et je dirai en toute simplicité combien je désirerais le vVOir appliquer à la correction des prostituées.
Il ne me reste qu’un mot à dire, à propos de Saint- Lazare: c’est que quelques-unes des détenues de la seconde section,.tout au plus huit ou dix par an, en sortent pour aller échouer au Dépôt de Mendicité, par ordre de ladministration. Le plus ordinairement, ces envois se font à la demande des médecins, pour des cas incurables de cancer, désorganisation, fistules : recto-vaginales, ou encore quand il s’agit de vieilles prostituées tombées au dernier degré de l’idiotisme. Il meurt au moins une sur quatre de cesfilles, dans le cours d’une année ; ce qui ne doit pas surprendre, vu l'état dans lequel elles sont lorsqu'on les y envoie.
=$ 3. — Du TREAD-MILE, ou moulin à marcher, et de son Rp Run à la répression des délits de la Prostitution.
Il y aura bientôt un siècle que les Anglais onf introduit dans leurs prisons des tambours, de dimensions différentes, qui, étant suspendus sur leur axe, sont mis en mouvement par un nombre plus ou moins grand d'individus, qui marchent dans leur intérieur
et les font tourner sur eux-mêmes; dans cet exercice,
les prisonniers agissent seulement par leur poids et
n’ont d’autres efforts à développer que ceux que né-
cessite la marche sur un plan incliné.
La: plupart des prisons d'Angleterre furent pourvues de cet appareil, dès sonadoption, et l'expérience. qui fut faite donna d'excellents résultats. Aujourd’hui, on compte souvent dans la même prison unorand nombre de moulins à marcher, ie Sete F nee |
Les prisonniers qui marchent dans cette. roue : doi. vent y être appliqués chaque jour pendant septheures et vingt minules. Ils font trente pas par minute, et le nombre de tours faits par la roue représente sur le. terrain un espace de 13,333 pieds anglais, équivalant à quatre kilomètres environ, soit à une de noslieues.
Les {read-mills fonctionnaient depuis une dizaine d'années en Angleterre, lorsqu'il fut, un moment, question de voir si l’on devait les adopter en France. À vrai dire, personne ne proposa formellement de les introduire dans nos prisons; mais, on s’en occupa accidentellement, à propos d'un rapport de M. Barbé- Marboiïis sur l’état des maisons de détention etde correction de notre pays. Lerapporteur, pour faire valoir notre système pénitentiaire, parla de la machine à marcher des Anglais et ne se fit pas faute de Ia combattre ; nul ne lui répondit pour la défendre, et la question en resta là. Depuis lors, il s’est produit une
réponse, muette, il est vrai, mais victorieuse : cette réponse n'est autre que la consécration définitive du système anglais par une très longue expérience. |
Examinons donc, avec impartialité, le pour et le contre.
Voici, d'abord, ce que disent, par la bouche de M: Barbé- Marbois, les advers aires du (read-mill ou moulin de discipline : = Cette machine à marcher est préjudiciable à la santé des prisonniers et dange-
reuse pour les femmes ; elle n’enseighe au détenu aucune industrie qui puisse lui servir quand il sortira ; la roue s'est quelquefois brisée, des hommes et des femmes ont été renversés sur le dos, et des fractures
ont €te la suite de ces chutes. Cette invention est une nouvelle méthode de tourmenter les hommes,que lon veut convertir en véritables machines ; cette rouëé à marche forcée est un supplice, l'introduire dans les. prisons de France serait y rétablir la torture ; enfin, il est injuste, il est déraisonnable de rendre une peine plus rude, dans l'espérance qu'elle sera plus courte. - En particulier, M. Barbé-Marbois cita : un chirur-
A SAINT-LAZARE Lu + 087
gien, 4 après qui à femmes mises au éread-miül sont plus fréquemment indisposées que les autres, et le comité de discipline d'une prison, qui reconnaissait que les femmes ne pouvaient être assujetties à cette machine sans danger, et que, pour elles, il était préferable d’avoir recours à une occupation mieux accommodée aux habitudes de leur sexe. Il ajoutait : « M. John Hippisley, un des magistrats visiteurs les plus distingués, après avoir vu lui-même la maison de correction de Coldbath, a faitun rapport au secré- - taire d'Etat de l'Intérieur, dans lequelils’élève contre les suites de la fatigue de ce travail; la sueur, dit-il, Pépuisement des forces, méritent une sérieuse attention ; ce magistrat demande qu’on renonce à employer cette machine pour la vue se hommes, aussi bien que pour celle des femmes.
D'autre part, M.-Barbé Nos Ra « Les médecins anglais prétendent que, loin d’être préjudiciables : à la santé, les moulins à marcher la fortifient et la conservent; cependant, ils sont obligés de convenir que les prisonniers, au moment de leur libération, ne sont pas mieux portants que ceux qui avaient subi leur détention sans rien faire. »
Contre l'opinion de M. Barbé-Marbois, j'ai trouvé celle de la société établie pour améliorer la discipline des prisons en Angleterre ; les membres de cette sociéte sontunanimement favorables au /read-mill. J'ai lu aussi enquête générale qui fut faite chez nos voisins d’outre-Manche, quinze ans après l'introduction des moulins à marcher dansles vingt maisons de correction de la Grande Bretagne; cette enquête avait été ordonnée par le ministère de l'Intérieur du royaume britannique. Voici, en résumé, ce qui en ressort : les magistrats visiteurs, les maires, les chapelains, les gouverneurs ont été consultés, et tous, à la seule exception de M. John Hippisley, ont déclaré que le éread-mill produit partout de bons résultats; les prisonniers y sont employés tous les jours, sauf le dimanche; généralement, on y met les trois quarts
ob ; D ne
DE: ti HEURES PROSTITUÉES
des hommes et la moitié des femmes : or, ilrésulte -
d’une premiere expérience de quinze années, que la
santé des prisonniers, loin d’en souffrir, à été amé-
liorée, etque l'on n’a vu survenir aucun inconvénient qui pût être imputé à la machine ; une prisonnière a même déclaré que le moulin à marcher l'avait guérie de douleurs rhumatismales.
Cest dans le comté de Surrey, à Newington, qu’eut lieu l'assemblée des magistrats enquêteurs, pour en-
tendre la lecture du rapport définitif sur les effets du . |
tread-mill ; quarante-neuf magistrats y étaientréunis ; chacun d'eux avait visité les prisons et interroge les détenus et détenues, aussi bien que le personnel, êt tous, à l'exception d’un seul, ont reconnu et déclaré
que la machine avait donné les plus heureux résul-
tats, en ce qui concerne l’état physique des prisonniers. M. John Hippisley, seul contre ses:quarantehuit collègues, s’est obstiné à fulminer l’anathèmeau
tr.-ad-mill, non pas en citant des faits, mais en allé-.
guant que c'était une punition terrible, un nouveau
genre de torture, une aggravation de la peine infligée par les lois. |
Ainsi donc, chez nous, M. Barbé-Marbois avait
adopté l’unique opinion de M. Hippisley : ainsi, récu- ,
sant les témoignages les plus recommandables et ré: sistant aux preuves les plus convaincantes, il se déclarait l'ennemi d’un moyen que nos voisins d’outremer, qui, en fait de liberté, sont aussi jaloux que nous pouvons l'être, n’ont pas craint de propager dans leurs prisons, etdontils retirent les plus grands avan-.
tages ; ainsi, quand une appréciation de ce système répressif s’est produite en France, elle à été hostile
sans examen approfondi, et l’appréciateur a qualifié
Ge système de mauvais, uniquement parce qu'il nes
gnait à ses idées personnelles .
Quant à moi, bien au contraire, j'approuve le mou- |
lin à marcher, et je demande qu’on en fasse usage ; ; je l’approure, ici surtout, comme excellent moyen .ré-
. pressif des délits de la prostitution ; je lApRoe
non pas nt parce qu il me Di bon, mais en basant mon es sur les raisons les se sérieuses. |
Il résulte de ce que j'ai dit dans le cours de ce chapitre, que la prison, loin d’effrayer les prostituées, est regardée par elles avec indifférence; que plusieurs la considèrent comme une maison de retraite ou un doux asile contre le besoin ; qu'elles ne se cor- rigent pas de leurs vices (au contraire !) ) par les détentions successives qu'on leur fait subir, et que, par conséquent, le principal but qu’on se propose en les incarcérantse trouve manqué.
Or, la raison qui a décidé nos voisins à conserver définitivement, dans leurs prisons, l’usage du moulin à marcher, c’est qu'ils ont reconnu, par une longue et concluante expérience, les résultats suivants, consignés au rapport généraldes magistrats enquêteurs : — Le {read-mill est l’un des meilleurs moyens d'empêcher les récidives ; il corrige plus efficacement que les exhortations des juges et des chapelains ; plusieurs gouverneurs, qui voyaient autrefois revenir les-mêmes délinquants au bout de quelque temps, ont déclaré qu’il n’y avait, depuis les {read-mills, rien de si rare que les récidivistes; enfin, la seule menace du moulin à marcher a réformé plus puissamment que toutes les remontrances et que tous les châti- ‘Tennis:
Ces résultats sont avérés ; ils sont Da nu de plus en plus consacrés par les nombreuses années qui se sont écoulées. Ce système répressif est done véritablement efficace. 11 ne reste plus qu’à savoir s'il est aussi terrible et aussi pernicieux qu'on voudrait le faire croire. Je vais appeler à mon secours, dans ce nouvel: examen, le He ME et l’expé- FHENCE J'ai dit tout à l'heure que l'espace par couru par les marcheurs.et marcheuses du {read-mill represente, pour un exercice de sept heures et vingt minutes, un:
total de 13,533 Fist anglais, soit pes une.d> nos:
288 LES PRO3TITULES
lieues (quatre kilomètres), puisque le pied nes à correspond à trois de nos décimetres. Dans cet exer- © cice, la marche ordinaire d'un prisonnier est de trente pas par minute; mais on sait qu’un piéton ordinaire, et même un soldat en marche, chargé de ses. armes et sac au dos, font par minute cent vingt pas, et que, dans la marche la plus lente, celle qu’on peut comparer à la promenade, et dont les pas n’ont que trois à quatre décimètres de longueur, le nombre de ces pas est ordinairement de quatre-vingt à quatrevingt-dix dans le mêmelaps de temps. C’est'donc avec une extrème lenteur que le détenu se meut dans Île moulin à marcher: et non seulement il y marche avec lenteur, mais encore on lui donne de nombreux moments de relâche; car, sans cela, comment ne: parcourrait-il qu’une lieue ‘dans un espace de temps représenté par sept heures et vingt minutes ?
. Nous n'avons pas de tread-mills dans nos prisons;
mais nous en voyons partout, sous d’autres noms, aux portes de Paris, dans tous nos grands ports de mer, dans une infinité d'usines et de manufactures, et personne ne s’en offusque, personne ne proteste. Cette premitre observation faite, nous pouvons apprécier l'effet que les roues de carrières, les dragues de maries-salopes, les tambours de filatures et de corderies, et autres roues analogues, déterminent sur la santé des hommes et des animaux qui y marchent à la façon des écureuils ; je m'empresse de déclarer que cet effet est plutôt utile que RUE à En voici les preuves :
Le bœuf que l’on fait marcher one ces tambours engraîisse pendant cet exercice. Les chevaux s’y portent bien; mais leur conformation particulière fait qu’ils y contractent une allure vicieuse, qui rend ensuite à ces quadrupèdes la marche pénible sur un plan horizontal ; ce qui ne peut pas avoir lieu Dos l’homme, bipède par excellence.
.. J'ai vu une petite filature de coton, dont Fe métiers
n'étaient mis en mouvement que par des hommes :
UE A SAN TeLAZARE. 2). : 289 !
marchant dans un tambour, qui était un véritable tread-mill, quoique ne portant pas ce nom dont on à voulu nous faire un épouvantail : c'était volontairement, et pour une très faible rétribution, que ces hommes se livraient à cet exercice pendant la majeure partie de la journée ; et cet exercice, qu'ils n’avaient pas interrompu depuis plusieurs mois lorsque je les vis, ne les empêchaient pas de jouir de la meilleure sante.
Au temps où Toulon avait un bagne, ils y trouvait une corderie, dont tous les rouets étaient müûs par une machine semblable au &read-mill, et dans ‘laquelle marchaient quatre forçats. FPai sous les yeux un document, émanant du conseil de santé du bagne; il y est question de cette roue, qui fut employée pendant vingt-cinq ans à la corderie, et, si on la supprima, la raison n'en fut pas le dépérissement des condamnés, comme On va le voir, Voici ce que répondirent à ce sujet les docteurs Fleury et Reynaud :
€ L'atelier de corderie où se trouvait une machine à . marcher a été Supprimé, et sa suppression a entraîné celle de cette machine, après un fonctionnement de
vingt-cinq années. On y employait les hommes trop peu vigoureux pour être attachés aux ouvrages pénibles qu'exécutent d'ordinaire les forçats. Cet atelier - n’a été Supprimé que parce qu’on à trouvé un moyen d'occuper plus avantageusement ceux qui y travaillaient. Cette roue n’inspirait aucune terreur et n’oc- Casionna jamais aucun accident ; des détenus y ont été employés pendant des mois et des années sans inconvénients pour eux ; l’on n’a pas remarqué, malgré le soin tout spécial qu’ on prend de noter les oc. | cupations des hommes envoyés aux hôpitaux, que les forçats dont ilest ici question aient fourni, relativement, plus de malades ou plus de morts que ceux de tous les autres chantiers ou ateliers du port de Tou- lon. Aujourd’hui encore, des roues semblables ou tambours mus par des hommes se trouvent, en assez : grand nombre, à bords des bateaux plats destinés à
curer le port, ainsi qu’à la machine à mater, et nom. breux sont les forcats qui sollicitent à l’effet d’yêtre. employés : cé genre de travail est recherché par eux; à cause de la rétribution de treize centimes et demi. qu’on leur donne, et s'ils yreçoiv:nt par hasard des. blessures, elles sont indépendantes dela machine et dues à des causes fortuites, qui se do dans ces travaux comme dans tous les autres. à En sortant des barrières de Paris et par ne les plaines d’Issy, de Vanves, de Montrouge, d’Arcueil, ne voyons-nous pas par centaines ces immenses roues destinées à extraire des carrières la pierre avec las quelle on construit les édifices de la capitale? Or, ces. roues ne sont autre chose que des {read-mills, et des. tread-mills bienimparfaits, puisque les hommes sont. obligés de marcher dans une position gènée sur des. eradins assez distants les uns des autres, et en fai-. sant plus de quarante pas par minute. J'ai visité ces. carrières, j'ai questionné un grand nombre d'ouvriers qui y travaillent, j’en ai rencontré aussi des centaines dans les hôpitaux; aucun ne s’est plaint à moi des. inconvénients que pouvait avoir pour eux l’emploide ces roues, à Il est connu en mécanique que l’action dynamique : d’un homme ou d’un animal domestique est à peu“ pres la même, soit qu'ils agissent en montant, et par” conséquent par leur seul poids, soit qu'ils se trouvent” attelés à un manège tournant sur un plan horizontal, en faisant alors usage de toute leur force musculaire. Eh bien, que l’on sache donc qu’il y a, à l’hospice de. Bicêtre, près Paris, une roue immense,.que vingt à. trente vieillards de soixante-dix ans et plus manœu-. vrent, en y étant attelés, rt qui sert à tirer, d’un. puits très profond, toute l'eau nécessaire à une popu: lation de quatre-mille individus : non seulement ces hommes ne redoutent pas ce travail, mais tous ceux de la maison n’ont pas la satisfaction d'y être eme ployés ; on n'arrive qu'à tour de rôle, et souvent BpLeS plusieurs années d’attente. Lorsqu on pr pes
. À SAINT=LAZARE ne 291 de substituer à cette roue un appareil à vapeur, il y eut une protestation générale à Bicêtre; on dut donc renoncer à ce projet pour ne pas Ôter aux vieillards et aux infirmes les douceurs que leur procure la rétribution du service tout volontaire qu’ils font en ma-. nœuvre la roue de leur pompe élévatsire.
Pour en revenir à M. Barbé-Marbois, j'ai le devoir de relever un passage de son mémoire : « Si des médeeins, écrivait-il, ont pu dire que cet horrible exercice fortifie la santé et la conserve, ils se sont permis ‘une raillerie barbare ; voudraient-ils le conéeiller à leurs malades, ou en faire eux-mêmes l'expérience ? »
On aurait pu répondre à cet ennemi du éread-mill et lui prouver que les médecins, pour avoir fait Péloge d’une méthode qui lui paraissait barbare, n’étaient point pour cela des barbares ; quant à moi, voici mes arguments :
Je me suis mis dans une des machines à marcher qui servent de dragues pour le récurage du port de : Toulon, et, pendant deux heures, j'ai rendu mon pas conforme à celui des ouvriers qui marchaient à côté. de:moi (1) ; il m a semblé que cet exerciee doit fatiguer à la longue quelqu'un qui n'y est pas fait; mais il ne m'a pas paru excéder les forces ordinaires d'un homme, fûüt-il délicat. Par conséquent, il n’est nullement difficile de Sy habituer. En ce qui concerne la marche sur les grandés routes, ou les excursions si à la mode en notre siècle, on sait bien que nul ne devient un vaillant touriste du premier Coup; accuset-on de barbarie nos chefs militaires, lorsqu'ils font
(1) Dans les ports de mer où fonctionnent ces dragues, le peu- . ple donne plaisamment, aux ouvriers qui marchent dans la roue, . le nom d’écureuils de la marie-salope; mais ce travail n’est pas dédaigné et rend service à beaucoup d'hommes peu robustes, qui seraient incapables d'aider au déchargement des navires. Ce — travail est payé de 50 à 60 centimes l’heure, et l’on fait six heures par jour, à deux équipes marchant à {our de rôle.