‹ La prostitution à ParisChapitre 35 sur 59 · DRE PE · texte numérisé non relu

DRE PE

ait soin d'appliquer à quelque chose d’utile la somme «

de force que les filles détenues produiront, tout en se livrant à un exercice hygiénique dans les moulins à marcher. Une fois cès roues adoptées et installées à Saint-Lazare, on ne, manquera pas d'entrepreneurs

pour en tirer parti. Au surplus, si par. impossible Ces

entrepreneurs ne se présentaient pas, je me servirais

de ce travail machinal des prostituées en punition

pour faire arriver l’eau dans la prison par masses considérables: ne l’oublions pas, s’il est quelques prostituées qui se tiennent propres, le plus grand nombre sont d’une saleté répugnante, ainsi que je l'ai expliqué dans un précédent chapitre; ces filles-là n auront donc jamais trop d’eau, on ne les baignera jamais assez pendant leur séjour en prison, séjour

qui sera d'ailleurs d’une durée fort réduite, comme je.

Pai dit. En outre, quelle maladie réclame davantage de l'eau, que la Syphilis et les affections de la peau, Si fréquemment contractées par les filles publiques ? Par conséquent, faire servir la punition des prostituées coupables au bien-être de leurs compagnes malades, est encore un moyen d’agir moralement sur

+ net GS TES AT TE SEE

A SAINT LAZARE | 1297 l'esprit de ces malheureéuses et de faire impression SUR CHeS

$ 4. — Dequelqueshahitudes particulières aux Prostitutes durant leur détention.

J'ai parlé plus haut de ces filles en numéro qui, étant demeurées moins de trois mois dans une même maison de tolérance, ne possèdent en propriété personnelle aucun vêtement, et dont le costume et le linge qu’elle portent sur elles à leur entrée à Saint- Lazare sont repris par ‘es dames de maison, aussitôt que ces filles ont revêtu. le costume de la prison; or, les détenues de cette catégorie ne sont pas les seules à se trouver, au momentde leur lihération, dans ! impossibilité absolüe de se vêtir.

Les prostiluées en punition à Saint-Lazare ne sont pas des condamnées subissant, par jugement d’un Tribunal correctionnel ou arrêt d'une Cour d'assises, Papplication de tel ou tel article du Code pénal: or, ne pouvant pas être assimilées aux condamnées de droit commun. elles ont légalement la libre disposition des . choses qui peuventleur appartenir. De cette situation particulière, il résulte donc que les filles, contre lesquelles là commission administrative de la Préfecture de police-a prononcé la peine d’une détention de plus de six semaines, ont une forte tendance à vendre leurs vêtements d'entrée, surtout lorsqu'ils ont une certaine valeur, afin de se procurer une premiére mise de fonds ; ainsi, sans avoir à attendre les secours des amies du dehors, sans être réduites au maigre produit des travaux d'atelier, elles peuvent se payer les “douceurs de la cantine; en outre, Celle qui est relàtivement riche se choisit, parmi les détenues moins fortunées, — et ce cas est des plus fréquents. — une de ces amis d’un genre spécial, dont j'ai parlé au paragraphe 12 du chapitre IE (voir page 66), et dès lors elletla comble de ces mêmes extras que fournit la cantine, sans compter les bouauets dont !'introdue-

tion est tolérée et qu’elles font acheter au dehors par les personnes, étrangères au personnel, avec qui elles:

correspondent ou qui même sont autorisées à les visiter.

D’autres vendent également leurs vêtements d’entrée, mais dans un autre but ; les fonds qu’elles réalisent ainsi leur servent à une spéculation des plus lucratives. Elles prêtent à leurs camarades de petites

sommes, et en exigent un intérêt exorbitant; ainsi,

pour dix sous prêtés, on en rend quinze après quinze jours, et celle qui reçoit un franc rembourse trente sous au bout du même espace de temps. Si celle qui emprunte est mise en liberté dans les deux jours qui suivent le prêt, elle doitrendre, sitôt sortie, la somme qui représente le capital et l’intérêt convenu pour deux semaines; en général, cet argent est énvoyé

très exactement par là libérée à sa prêteuse, et, de :

mème, entre détenues, ces remboursements avec

intérêts s'effectuent de très bonne grâce, soit le sur pro-:

duit du travail, de la part des prostituées pauvres, soit sur les secours venant du dehors, de la partdes filles

qui ont des amies s'intéressant à elles ou qui négo-

cient leur placement en maison. De tout temps, il ya

eu à Saint-Lazare des prostituées d'une remarquable

habileté dans ces opérations financières; on m'en a signalé qui Se faisaient de petites rentes de+prison, avec un capital de deux cents à deux centcinquante franes. Sur les cinq à six cents détenues de la seconde

section, il y à, en moyenne, dix ou douze banquières

de premier ordre et une vingtaine d’un ordre infé-

rieur. Bien entendu, ces adroites prêteuses ne sont

pas embarrassées pour racheter, à vil prix, des vêtements, quand sonne l'heure de leur libération.

Je crois pouvoir rapporter à la gourmandise, et par suite à la cantine, cet état de choses, vraiment déplorable. Si les filles ne pouvaient rien acheter pendant leur détention, elles n’emprunteraient pas, et l’on ne verrait pas ce dénüment complet de beaucoup

d’entre elles, au moment de leur sortie, dénûment

è FR ab AE Aa RTS AT ME D

NT, PAUTe CAUS e eta dos QiLE NOT OM AE AT LS Len Da ee me PE ef 7, MES D AA AU INEES AN LT NE LA DEEE DE CCS Dr EE

EU SAINT-LAZARE an ME à ne 200

qui va presque à la nudité et les met quelquefois dans la nécessité defaire de nouveaux emprunts pour avoir une robe quelconque et une vieille paire de souliers, à moins toutefois de se faire embaucher par une dame de maison qui envoie alors des vêtements convenables . La suppression de la cantine amènera donc forcément la cessation des prêts usuraires entre détenues. Quant aux filles qui font des dépenses pour une compagne, il serait injuste de dire qu’elles sont toutes des tribàdes.Chez un certain nombre, ces liaisons de table n’ont rien de criminel, et c’est dans ce cas un esprit de commisération qui pousse la prisonnière plus fortunée à s'associer une camarade pauvre; la reconnaissance de. celle-ci se traduit en lavage de linge et autres petits soins honnêtes. Mais il n’en est pas toujours ainsi:la mangeuse d'une fille, pour me servir de leur langage, a eu ou doit avoir plus tard” avec elle des rapports coupables, et qu’il serait bien important d'interdire (1).

Une opinion généralement admise parmi ceux qui ont été à même de voir de près les prostituées et de les étudier, c’est qu’elles contractent à Saint-Lazare cette affreuse habitude du saphisme, et qu’elles en sortent toujours plus libertines et plus vicieuses sous ce rapport qu’elles n’y étaient entrées. Je le ré= pète, cette opinion est unanime; elle m'a frappé et

(1) le rédactenr du Matin, qui a visité naguère Saint-Lazare, demanda quelques renseigaements à cet égard. «Les liaisons féminines sont à peu près imposs'bles », lui dit le directeur, et le journaliste ajoute d’un ton sceptique $

« Tant mieux! Mais je ne sais pourquoi il me reste des doutes, après avoir visilé ies pistoles (chambres payantes), où trois ou quatre femmes dorment, sans autre sufrveillance que celles des rondes de nuit. A dire vrai, je n’écoute plus qu à demi le direc- «teur. Cette maison qui pue le vice, la honte et l’acide phénique, m'écœure jusqu'à la nausée. J’ai hâte d'en sortir! » (Article du Matin, 18 octobre 1899.

AUD TC Aa ri LES PROSTITUÉES

m'a fait souvent réfléchir sur la question. de Savoir si un changement de régime et de classement des.

filles ne serait pas nécessaire. À cé point de vue encore, le {reau-Mill serait bienfaisant, attendu que,

s’il n’épuise pas les forces et ne porte aucun préjudice

à la justice, il amène du moins une lassitude et un besoin de sommeil, dont l'effet serait des plus appré-

ciables chez ces femmes; n'oublions pas que, d’après.

la règle, elles Se couchent à sept heures du soir pour se lever vers cinq heurés du matin, soit dix heures

de repos au lit, dans les dortoirs, où la fille de service.

s’endortassez tü t,ou bien dans les chambres payantes, où le maximum est de quatre lits, sans gardienne.

Cette contagion du vice saphiste peul avoir des con.

séquences beaucoup plus graves qu’on ne croit. Penétrons-nous bien d’une vérité : c’est qe la prostitution, pour la majeure partie de celles qui s’yadonnent, n’est qu'un état de transition; que près de la moitié l’exercent moins de trois ans, environ un tiers moins de deux ans (voir notre tableau de statistique, page 32), et que beaucoup rentrent ainsi dans la société et sy trouvent dès lors confondues avec le reste de la po-

pulation ; il faut donc. dans l'intérêt de cette popula- -

tion, soigner la morale des prostituées ; il faut aviser à ce que. lorsqu elles rentreront dans le monde, elles ny propagent pas là corruption et les vices contre nature. Nous devons considérer le temps qu’elles passent dans la prostitution comme une période de

maladie dans leur vie entière; ét de même que ceux. qui sont affectés de maladies qui ne doivent durer.

qu un temps limitée verraient leur état S'aggraver et

même devenir mortel, si on les abandonnait au mi-

lieu des gangrenés incurables et des pestiféres, de même nous verrions les filles publiques se pervertir davantage au contact de quelques misérables femmes

ordurières, et devenir, après un certain âge, plus. pernicieuses pour leur sexe qu elles ne l’ont été pour

l'autre lorsqu'elles étaient plus jeunes.

est donc avec'un pare d’une peine bien pro-

Re r En R'NPOEN RAT ES EE A CO ET CUVE RTE LR RER D PA LOUE 1940 7 M a RS nf ét POSE E S FA TA DE D ON NE RER ES ALI) Are er ET eRE RER AN ARE A LE MIPOR ES Fe GK

Page 1