‹ La prostitution à ParisChapitre 37 sur 59 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

QUEL EST LE SORT DÉFINITIF pare DES PROSTITUÉES?

Il n’estpeut-être pas-un homme qui, en voyant dans Paris une prostituée, eten réfléchissant à la position singulière et tout exceptionnelle dans laquelle se trouve cette classe de la société, ne se soit adressé

cette question : « Que deviennent toutes ces femmes :

après avoir fait leur métier aussi longtemps qu’elles le peuvent, ou aussi longtemps qu’elles y sont rédui- - tes ?» Je vais tâcher de jeter quelque jour sur ce dernier point de l'histoire de la prostitution parisienne ; il est digne, par son importance et par la curiosité qu’il excite, de nous-arrêter quelque temps, avant de conclure.

Si nous écoutons le publie raisonner là-dessus, nous serons frappés de la facilité avec laquelle chacun, en général, avoue son ignorance : si quelques faits isolés sont cités par ceux qui ont eu le plus de rapports avec les prostituées, et qui croient savoir tout ce qui con- cerne leurs mœurs et leurs habitudes,ceux-là mêmes ne donnent ces faits qu'avec réserve, ils ne les généralisentpas, ils n’en concluent rien pour la Masse, ils restent dans le doute et demandent à ce sujet des : éclaircissements.

Aussi ignorant que le public au début demon enquête sur cette question spéciale, jai pensé que, pour avoir une solution satisfaisante, il fallait étendre le. plus possible mes recherches; je me suis donc : adressé, principalement, aux chefs et aux employés :

subalternes chargés, à la Préfecture, de tout cequi regarde la police des mœurs, aux médecins du Dispen-

saire et à ceux de ‘mes autres confrères qui, dans une: situation quelconque, ont la mission ouonteu l’occasion de visiter les prostituées et de les soigner, aux.

personnes bienfaisantes qui cherchent à les instruire, aux gardiens et aux surveillantes de prisons, aux infirmières des hôpitaux, à tous ceux enfin qui, d’une maniere directe ou d’une manière indirecte, dans la position la plus humble et dans l’état le plus élevé, ont été à même d'étudier ces femmes, de les: suivre

dans leur vie, et de faire sur elles des remarques importantes. Il serait aussi long que fastidieux de rap-

porter ici toutes les réponses qui-montélé fartesiye

me contenterai de les résumer et a en donner une

analyse exacte.

Un bon nombre de pr ostituées, on du métier

ou trouvant quelques ressources, demandent leur radiation et l’obtiennent facilement, c’est-à-dire après

un temps d’épreuve plus ou moins long, selon le cas …

particulier de chacune (voir page 163) ; les autres, et

c’est la majeure partie, dédaignent ‘cette formalité et :

disparaissent. II résulte de cela que, du côté de l'administration, il est extrêmement difficile de savoir,

Jour toutes ces filles, et d’une facon précise, ce qu’el-. } I! qu &

les font et ce qu’elles deviennent.

Cependant, en assemblant tous les résultats de mon enquête, il m'est permis de dire,en parlantd'une manière générale, que le sort définitif des prostituées

n’est pas le même pour toutes, qu'il varie suivant la classe à laquelle appartient la fille, et même suivant

une foule de circonstances individuelles.

Celles qui présentent des ressources sous le rapport:

de l'esprit, de l’ordre et de l'intelligence, trouvent à se marier ; mais on peut assurer, sans crainte de se tromper, que le nombre en est fort limité. Il est plus commun de les voir s'établir lingères, fruitières, évaillères, marchandes à la toilette, ou marchandes dans les ruës ; presque RINOUE en faisant ces ditfé-

rents. io, elles servent au plaisir de quelques personnes à leur aise ; ce sont même ces personnes qui leur fournissent es moyens de faire de petits éta-

blissements et de S'émanciper plus ou moins promp=

tement de la surveillance sanitaire.

Quelques unes, des mêmes classes inférieures, par-

viennent à se placer comme domestiques; on les trouve principalement dans les gargotes des faubourgs et chez ces débitants de vins qui fourmillent aux environs des boulevards proches des fortifications et en dehors de l'enceinte de la capitale. I en est enfin qui, fidèles à leur premier métier, entrent chez les dames de maison, v servent encore d'une manière indirecte etsecondaire à la prostitution (voir page 80), ou encore se livrent aux fonctions les plus basses et les plus abjectes dans les lieux mêmes dont elles faisaient, quelques années auparavant, lornement et la fortune.

Le sort de beaucoup d’autres prostituées, — je parle ici de celles qui conservent encore quelque sentiment de probité, malgré leur déchéance, — est

“de s'attacher à un vieil ouvrier veuf ou célibataire; elles prennent soin de cet homme, partagent ses travaux, préparent les aliments, et passent pour son épouse légitime. Un inspecteur du balayage, fort intelligent et bon observateur, m'a assuré que plus des deux tiers de ses ouvriers, occupés par charité au nettoiement de Paris, vivaient de cette manière. On voit tous les jours, au Bureau des Mœurs, d'anciennes filles publiques qui, après avoir disparu ou s'être fait raver depuis plusieurs années, réclament de nouveau leur inscription, ou sont amenées par les inspecteurs qui les ont surprises en flagrant délit de prostitution : sion leur demande alors ce qu’elles ont fait depuis qu'on les avait perdues de vue, elles répondent presque toutes que l’homme avec qui elles

vivaient étant mort, et n'ayant pu en trouver un autre,-le défaut de ressources et le besoin de vivre les

mettent dans la nécessité de reprendre leur vil métier.

RNA DES PROSTITUÉRS 313:

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