‹ La prostitution à ParisChapitre 43 sur 59 · Iln'y a pas longte emp: encore, les · texte numérisé non relu

Iln'y a pas longte emp: encore, les

la fable du quarlier. En effet, le refuge des « Dames PB] anches » - o'cupe à peu près tout. l'intérieur de l'immense ilot qui s: trouve

circonserit par les rues Saint-Jacques, Gay-Lussac, Louis Thuillier, d'Ulm, rue Lhomond (n° 2, 4 et 6) et rue des Fossés-Saint- Jacques. En fait d'établissements impor!'an's, il n'y a, dins cef ilot, que le Muste pédagogique et deux couvents d'ordre seccndaire : les *œurs de Saint-Joseph de Cluny et les Damss de lAdoration Réparatrice: le reste se compose principalement de maisons ordinaires, dont la ceinture dissinuls à merveillels vaste domaine des religieuses du Refuge. Or, ces sœurs ont une porte secrète au n° 6 de la rue Lhomond, et l'on avait remarqué la situalion du couvent masculin eudiste presque en face de ce'te porte mystéri use dont be:ucenp de voisins éta eu intrigués ; quand on -vit que le: révérends pêr es entraient par là à tout inslaul coinme chez eux, la ma ignité publique interpréta Ê rt mal leur zèle, cubliant que ces bons relig'eux sont, de par leurs statuts, les directeurs des âmes des Dames Blanches dans la voie de Ja perfeelion. Navrés de se voir ai si méconnus, les Pôres Endistes déménagérent de nouveau ; vne superbe mais-n ue rapport s'élève aujourd'hui sur l'emplaceme nt de leur +x-résidence de la rue des Fossés- Saint-Jacques, et quant à eux, ils se sont fixé: au n° 76 de la rue . Denfert- Rochéreau. “Mais, hélas ! le scepticisme de nolre de impie semble prendre à tâcke de poursuivre ces moines irréprochables el de leur décocher de plus belle des traits malicieux autant qu'injustes. Autre Bon-Pæteur, autre refuge encore à côté d'eux maintenant, fait-on observer, en montrant les portes des deux couvents qui ne sont séparés que par un jardin aux murs hauts et impé:étra- - bles A Ja ruée Denfert-Rochereau, le nouveau refuge occupe les nos 69, 67, (9 et 71, avec son entrée offici-Île àce no 91, sans parler d’une porte de derrière, dissimulée à l'avenue de l'Observatoire, n° 42, dans un endroit toujours désert; le jardin, qui sépare le -Bon-Pasteur de la maison-u ère des KEudistes, occupe le n° 73 de la rue Denfert-Rochereau, ne montre aucune habitation, et son ancienne porte, solidement condamrée, semble cscher encore quelque mystère. Heureusement, la grande renommée de vertu, dont jouissent les bons révérends, leur permet de ne pas se sentir atteints par la due et il faut espérer que celte fois ils ne

to ‘22 re Sal CS. 40 D, CAPTER PRE M PELE ELN

332 LE TEORT: DÉFINITIF

Les dames de charité laïques quifréquententSaint- « Lazare ont remarqué que c'était principalement danses lo cas de maladies et d’infirmités graves qu'elles agissaient avec plus d'efficacité sur l'esprit des filles auxquelles elles portaient intérêt, ou lorsque, parune raison quelconque, ces filles ne pouvaient plus être: admises dans les maisons de prostitution ; ces dames en-ont cependant vu quelques-unes venir spontanénient ét supplier qu’on voulût bien s'intéresser à celles. Une de ces dernieères,enfant trouvée, ravie de la manière dont elle fut accueillie par une de ces dames, ce mit à fondre en larmes, et, interrogée sur la cause de son émotion, répondit que c'était la premiere fois : de sa vie quelle trouvait quelqu'un d’'honnète qui s’intére<sät à elle, qui lui parlàt avec JOULEUr et qui lui téemoignât de lamitie.

Une cducation soignée, loin de favoriser un chanoement de conduite, paraît plutôt endurcir dans le mal celles qui ont reçu cette éducation. Ceci se comprend; car, cette culture dé l'esprit étant une-chose rare chez les prostituées, celles qui la possèdent ont sur les autres des avantages qui doivent nécessairenent les attacher à leur métier.

Relativement à l'influence des travaux primitifs sur le retour au bien, j'ai trouvé une grande divergence d'opinion parmi les personnes qui n’ont donné des renseignements: les unes m'ont assuré qu'elles n'avaient presque jamais vu leur zèle réussir que sur les prostituées livrées dans leur jeunesse à de gros ouvrages. ct particulièrement à ceux de la campagne ; d'autres m'ont dit que ces dernières ne différaient en

déménageront plus, quoiqu’en puissent penser ct dire les mé- e éréants. Dignes fils du vénéré Jean Eudes, travaillez en paix au ‘alut des breb's du Seigneur !

Citons enfin deux refuges, dirigés par lex religienses re Marie- Joseph o1 sœurs «les prisons : l’un,82.rue Blomet (Asie Gérando), Où la réhabilitation des proslituées est gra'uite, c'est-à-dire que leur pension s'y paie en travaux de lingerie et couture ; l'auire, 340, rue de Vaugirard, où la réhabilitation est payante 940 fr. par an. (Note de l'édition de 00 ) ts

Re

rien des autres, et qu’elles paraissaient même offrir moins de ressource. Cette différence dans le résultat de deux observations, l'une et l’autre très exactes, vient de ce que les dames de charité, agissant isolé-

ment, leurs instructions n’opèrent pas de la mème.

manière sur tous les esprits. Il paraît néanmoins

constant que les filles accoutumées auxtravaux péni-

bles présentent plus de ressource que les modistes, fleuristes, couturières, etc. |

On peut dire encore qu'il est sans exemple qu'une femme soit revenue à des sentiments meilleurs, après s'être livrée à ces vices contre nature si répandus parmi les prostituées. Il en est de même de celles qui ont vieilli dans le vice et qui ont atteint trente-six, quarante et cinquante ans: si quelques-unes ont réclamé l'assistance des dames de charité, elles ne Pont fait que par hypocrisie, et quelques jours d’épreuve ont suffi pour les démasquer. Jusqu'ici, et en parlant toujours d’une manière générale, on n’a pu

aoir avec efficacité que sur les filles de dix-huit à vingt-

. Cinq ans; cet, sans doute, ce qui a déterminé à mettre dans les règlements du Bon-Pasteur qu'une

prostituée ne peut y entrer ni avant, ni après cet âge.

révolu.

On à parlé, non sans inquiétude, de la mortalité

qui règne dans les maisons de refuge, et notamment au Bon-Pasteur. J’ai eu l'occasion de faire une étude sur 215 filles qui y furent admises successivement : il ne s’en est trouvé qu'un très petit nombre dont le séjour ait été de plus de cinq ans dans ce couvent; 4) ont été renvoyées pour insubordination persévérante;, 87 sont sorties volontairement et sur leur demande(dont 29 rendues à leurs parents et 16 placées

en condition par les soins des dames de charité qui : viennent à Saint-Lazare); 26 ont été transférées dans

des hôpitaux ou hospices. Or, sur ce nombre de

21 filles, il y a eu 51 décédées, parmi lesquelles 5 sont

DES PROSTITULES Re Taie 333 -

pu

mortes pendant la première année de leur séjour au

Bon-Pasteur. 11 pendant la deuxième année, 7 pen- ; Ï : > 1P

7 Ver Se SORT DÉFINITEF

| ‘dant la troisième, 21 pendant la quatrième et les sui-

vantes. Etant donné les minimum et maximum d'âge fixés pour l’entrée dans cette maison (18 à 25 ans), si nous consultons les tables de mortalité de Duvillard,

nous trouvons que la mortalité or dinaire, à cet âge, :

est de 1 personne sur 75, tandis que nous la trouvons ici de Lt sur 10: À quoi tient une mortalité aussi efir ayante et qui dépasse toutce qui a été observé jusqu'à présent par ceux qui ont fait à ze sujet des recherches spéciales? Cette question est assez grave pour mériter toute notre attention.

On a supposé qu’elle est due aux jeünes,aux veilles, aux macérations, aux austérités de toute espèce, auxquelles les filles converties seraient assujetties au Bon-Pasteur, raconte-t-on. J'ai pris à cet égard des informations, dont voici le résultat :

Elles ont du pain à discrétion ; il est de bonne qua-

lité, en tout semblable à celui des hôpitaux. Elles font seras trois fois par semaine; les autres jours, elles ont des légumes, et souvent du poisson. L'eau rougie est

la boisson ordinaire. Les fruits du jardin leur sontdis= tribués; il en est de même du lait, fourni par Be

sieurs vaches que possède la maison.

D'autre part, pendant tout le temps qu'a duré mon “enquête générale, j'ai eu souvent l’occasion de retrou- :

ver plusieurs de ces femmes qui avaient séjourné au Bon-Pasteur; je n'ai pas manqué de leur demanderdes détails sur le refuge qu’elles avaient abandonné et sur les causes qui les avaient fait sortir. Toutes, sans

exception, m'ont fait l'éloge des bons procédés qu'on

avait à leur’égard, et aucune ne s’est pee dela

nourriture.

Voilà donc pour le régime alimentaire Re AUX EXETCICES ;

‘Au Bon-Pasteur, les prostituées converties se. lèvent à cinq heures du matin; on leur donne une : demi-heure pour $’habiller et faire leur toilette de pro=.

. preté. Elle vont à la chapelle alors, pour une prière * qui dure une demi-heure. Ensuite, clles déjeunent

LT

ER ne DES PROS I Li LÈLS

d’une soupe (le dimanche, café au lait), et reviennent. de nouveau à la: chapelle: cette fois, cest pour Ia: messe. Rentrées dans les ateliers, elles travaillent

jusqu’à onze heures. Troisième station à la chapelle, et nouvelle variété de pratiques religieuses, chapelets;-

alternant avec des petits moments de silence réservés aux méditations, chant des litanies de la Vierge. ou

du saintNom de Jésus, en latin, le tout durant jusqu'à >

midi, où-Fon terrine avec l’'Angelus. Après quoi, elles font le principal repas de la journée, lequel est Suivi d'une heure de récréation; puis, elles Feprennent le travail. À cinq heures, nouveau retour à la chapelle, pour de nouveaux chapelets et de nouvelles méditations, complétées par de nouveaux chants, latins ; quand ce ne sont pas des litanies ce sont des psaumes. Ces exercices pieux précédent immédiatement le dîner, très léger. Rocréation d’une heure.

Retour aux ateliers, de sept heures à huit heures et

demie. Cinquième station à lachapelle, pour là pri ière du soir. Enfin, à neuf heures, coucher. | Au point de vue du partage de la journée en.

règles d’une saine hygiène, cette distribution du “temps cst parfaile, et personne ne le Ccontestera. . Ajoutons à cela huitheures non imterrompues desom-. mel, dans des dortoirs spacieux et sur un bon coucher: Disons encore que la-maison.est des mieux: aérées ét des plus salubres, avec de beaux jardins. Tenons compte du repos d'esprit donné à ces filles par l’assurance qu’elles ont de‘n’être Ru troublées dans cette retraite, et d'y pouvoir vivre etmourir si elles le veulent, aussi bien que la possibilité d’en sortir si elles l’exigent, et demandons-nous si l’on ne prescrirait pas un régime de ce genre à des femmes

épuisées par le désordre, et qu’on voudrait rappeler : à la santé? Examinons s il n’éxiste pas dans Paris des

milliers d'individus de tout âge et de tout sexe qui envieraient Ce sort; voyons, enfin, si les vieillards et les infirmes de Bicétre et de la Salpétrière sont, sous ee Done, traités avec autant desoin?Onne

aux austérités la mortalité extraordinaire qui existe au Bon-Pasteur; cherchons-en, par conséquent, la cause dans quelques autres particularités.

On conçoit que des femmes qui ont passé les premières années de leur vie dans la misère et dans la débauche, dans les alternatives de privations et de tous les excès de l'intempérance; qui sont restées plus où moins longtemps dans des bouges ou à la prison; qui ont trop souvent supporté dans les hôplitaux,. cela même pendant leur adolescence, des traitements énergiques et de nature à détruire les constitutions les plus robustes : on conçoit, dis-je, que ces

peut donc, raisonnablement, attribuer au régime ou

femmes peuvent renfermer en elles-mêmes le germe .

des maladies graves, qui doivent nécessairement les emporter tôt ou tard. Il y a là, selon moi, un des éléments de la mortalité dont nous cherchons à découvrir les causes ; mais, comme cette mortalité est par-

ticulière à une maison d’un genre spécial, et qu’elle.

ne se retrouve pas au même degré ni chez les filles libres, ni chez les filles enfermées dans les maisons de

tolérance, ni chez celles qu'on observe à Lourcine, à

Saint Lazare, — ct même dans les prisons de droit commun, où elles figurent, nous l'avons dit, pour la moitié environ des détenus, — poursuivons notre investigation, et voyons ce qu’elle nous apprendra. La nouvelle manière de vivre à laquelle se trouvent -Soumises les prostituées converties qui entrent au Bon-Pasteur, est entièrement différente, sous tous les rapports, de celle qu’elles menaient auparavant; le passage est subit; elles sautent, si l’on peut s exprimer ainsi, d’un excés à un autre, etcela sans la moindre transition. Ce brusque changement amène dans toute l'économie un bouleversement manifesté par

des Symptômes qui méritent d'être examinés par les’

ps;chologues et les médecins. Voici ce que m'ont dit et ce que m'ont écrit à cet égard les personnes chargécs des inspections de surveillance du Bon-Pasteur : €Dans les premiers temps de leur entrée, les filles

DES PROSIITUÉES 337

repenties voient leur santé devenir incertaine; elles se trouvent soumises à l'influence des saisons ; le printemps en particulier les agite; /2 Sang leur porte à ‘a poitrine (quelquefois. à la tète) dont il semble déranger les fonctions; il est indispensable alors de leur faire subir un régime doux; cet état se prolonge pendant deux années. En général, elles sont, pour la plupart, mal réglées ou ne le sont pas du tout: elles meurent jeunes, et sucéombent presque toutes à des: affections de. poitrine ; il n'y a que les filles bien constituées qui résistent à ces deux premières alinées. »

Qui ne reconnait ici je tourments d'esprit qui agitent ces malheureuses filles, ct l'indice des passions qui agissent chez elles avec d'autant plus d’empire qu’elles en ont connu les jouissances et s’y sont livrées avec plus d’impétuosité? L'exercice de leur métier les fatigue, leurs sens sont en quelque sorte blasès tant quelles le pratiquent, elles peuventen être dégoûtées; mais quelque temps de repos et de privations rend à ces sens leur première activité : le silence d'un cloître, des prières multipliées, des méditations quotidiennes et des retraites fréquentes, et, pour travaux, ceux de l'aiguille, sont-ils bien capables -de distraire et d’éloigner les pensées qui viennent alors assiézer l’esprit? J’ose assurer le contraire, et je base mon opinion sur ce que nous apprend l’observation de tous les jours, et notamment sur les aveux qui m'ont été faits par d'anciennes prostituées qui s'étaient retirées dans des chambres particulières, que j'ai aidees de mes conseils pendant plusieurs : années et qui sont parvenues à rentrer dans le monde et à y trouver des places avantageuses et honorables. Un hygiéniste célèbre, le professeur Hallé, disait dans ses cours, en traitant de l’Aabifude, qu'il avait vu plusieurs fois la cessation subite des pratiques pernicieuses de l'onanisme déterminer des accidents graves. S'il en est. ainsi pour la pratique de l’onanisme, pourquoi n'en serait-il pas de même des excès

LA

vénériens devenus, par l'habitude, un état naturel

pour l’économie?

Nous trouvons dans ces considérations un nouvel

‘élément qu'il faut ajouter aux causes de la mortalité excessive du Bon-Pasteur. Ne perdons pas de vue que: cette cause agit sur des filles âgées de dix-huit à vingt

cinq ans, époque de la vie à laquelle les passions parlent avec une force souvent presque irrésistible ; je prouverai bientôt que cette mortalité ne se trouve pas

dans les maisons qui recoivent des filles dé tout âge,

-etqui, par conséquent, ont une population beaucoup plus âgee que celle sur laquelle portent en ce moment nos observations.

Tous ceux qui ont fait une étude spéciale de l'in-

fluence que les professions peuvent-avoir sur la.

santé, savent à quel point le travail sédentaire (et, en particulier, celui de l'aiguille) est pernicieux aux filles honnêtes qui s’y livrent exclusivement; qu'il est la cause des maux de tête et d’estomae, des affections nerveuses, et mème des irrégularités dans la menstruation, qu’on observe chez les personnes de cette

classe; et que, si une couturière, lingere, brodeuse,

-Ou autre ouvrière de l’aiguille, ne contracte pas dans ce genre de travail le germe des affections nerveuses qui troubleront toute sa vie, c’est alors pour y con: tracter la phthisie pulmonaire qui se développera graduellement et à laquelle elle succombera, dans une

mort aussi triste que prématurée. Si done l'influence

d’une vie sédentaire, jointe au travail de l’aiguille, est si pernicieuse à des filles honnêtes et qui ont l’habitude de ce genre de vie, on comprend aisément quelle peut être son action sur des êtres qu'il a été impossible de fixer, qui se sont toujours fait remar-

quer par leur turbulence et leur agitation, dont la vie. n’a été, en quelque sorte, qu’un mouvement perpé-

tuel, et qui, je dois le répéter, passentsubitementde

ce genre de vie à un autre qui lui est entièrement

-0pposé; l'influence de cette nouvelle cause dé Tor

lité est, à mon avis, très grande.

RE 2 DES a re 330

fn, il est une cause plus puissante et plus éner-

ë oique que toutes les autres, que j'ai découverte à Saint-Lazare, et qui mérite quelques détails.

Parmi les prostituées qui entrent au Bon-Pasteur, il en esttrès peu qui cèdent à un sentiment de retour à la vertu; la plupart ne voient, dans la retraite à la maison de refuge, qu'une condition plus douce, qu "un ‘moyen de quitter un état de vie qui les fatigue, qui les épuse, qu'elles ont pris faute de ressources, et qu’elles ne sauraient continuer plus longtemps. Alors, parmi les détenues de Saint Lazare, il s’en trouve toujours. quelques-unes qui provoquent le changement de celles qui sont dans cette position ; elles les engagent à solliciter leur admission au refuge etles soutiennent dans leur détermination ; c’est un fait que j’ai constaté bien souvent. Par contre,si une prisonnière, jouissant d’une bonne santé, est tentée de retourner au -biem sous linfluence réelle de la honte de son vil métier de prostituée, c’est à qui s’efforcera de la, détourner de son projet ; elle est immédiatement assiégée par les mauvais conseils des autres, elle est cCriblée” de leurs raïlleries. Qui pourrait, en effet, résister à l'ironie employée depuis le matin jusqu’au Soir par quatre à cinq cents personnes, au milieu desquelles il faut vivre, et qui ne pardonnent pas un changement dans lequel elles ne voient qu’une censure amère de leur propre conduite ?

Or, puisque les prostituées qui sont poussées par leurs compagnes à entrer au Bon-Pasteur sont précisément celles dont l’état de santé est le plus débilité, -dont le sang est le plus appauvri, n’est-il pas évident que, parmi les filles admises dans cette maison, il -s’en trouve nécessairement un grand nombre portant

les germes de la phthisie, et qui seraient allées périr ‘aux hôpitaux si on ne leur avait pas indiqué cet asile? Aucune population ne se trouve donc dans des éonditions semblables; car, indépendamment de ce qu’elle ne se récrute qu'avec des individus pouvant porter le germe de maladies graves, n’est-il pas évident qu'un travail sédentaire et d’aiguille, un changement si

310 SORT DÉFINITIF | brusque dans toutes les habitudes, une continence absolue succédant à tous les genres d'excès, et enfim une constitution altérée par les traitements énergi= ques des maladies passées, n'est il pas, dis-je, évident: qu’une -réunion de pareilles causes doit favoriser lPéclosion et le développement de plus d’un genre d’affections mortelles, tandis qu'il faut, au contraire et nécessairement, une constitution robuste pour résister aux rudes épreuves d’une telle mohfesses d'existence ?. s :

Ainsi s'explique cette mortalité ae et jus qu'ici sans exemple, qui sévit au Bon-Pasteur. :

Est.ce à dire, pour cela, que les maisons de refuge sont inutiles ? oserait-on même avancer qu’elles fonts plus de mal que de bien, à cause de cette mortalité ? Non, cer es, el l'avis général est que les asiles de ce. genre méritent, soit des gens de bien, soit de L' admi= nistration, secours, protection etencouragement; mais, ilconvient d’ ajouter qu il importe aussi de les perfec=| tionner, en s'inspirant de l'expérience, c'est- à-dire! de leur faire subir unc lransformation portant sur tout ce qui est défectueux dans leur régime intérieur.»

Rappelons d'abord les avantages de ces institutions charitables, en prenant le crand Refuge de Paris pour. exemple. En premier lieu, malgré les appar ences, extérieures, le Bon-Pasteur n'est pas une prison ; on n’y enferme pas, comme aulrefois, en vertu de lettres de cachet; on n'y admet, en fait de prostituées, que. celles qui le veulent ct qui en témoignent le désir; on ne contraclie avec ces personnes aucun engage ment, etelles restent toujours libres de sortir, en en. exprimant la vo'onté formelle. Quoi de plus rassurant sur fout ce qui concerne lé maintien de la liberté. individuelle? f: + qui, d’ailleurs, prétendrait défendre d'ouvrir un asile à une classe particulière di infortu=. nées, et de leur procurer tous les secours que réclame à leur position spéciale? Qu’on n'oublie pas surtout que les. filles qui:y ont été, — cu ‘elles en soient sorties. volontairement ou qu elles s’en soient fait chasser, +

DES PROSTITULES | 341

s'accordent toutes à louer les soins dont elles ont été l'objet, et sont satisfaites de la bonne et saine nourriture qui leur a été donnée.

Considérons. d'autre part, quelle est dans le monde

la position malhoureuse d'une fille qui, renonçant à la prostitution; n'a personne pour l'appuyer d'une simple recommandation, et qui, par conséquent, ne peut se présenter nulle part : l’esprit ne peut s’accoutumer à une pareille pensée, et nous en sommes pour ainsi dire accables. Eh bien! c’est à cette classe que les maisons de refuge présentent un moyen de réha- bilitation, et par suite l’inappréciable avantage de se réconcilier avec leur famille ou de trouver le moyen de s>: bien placer. J'ai parlé plus haut d'anciennes prostituées retirées dans leurs chambres, et auxquelles j'ai pu rendre quelques services; je dois dire ici qu’en changeant à plusieurs reprises de demeure, et cela à dessein, et en se conduisant partout d’une manière parfaite, elles s’acquirent une si bonne réputation et purent fournir de si bons renseignements, qu’elles finirent par avoir des places honorables et avantascuses : ainsi, l’'une-d’elles se fit une situation dans une excellente famille, comme gouvernante d'enfants; une autre de mes protégées se plaça auprès d’un vieillard qui, en mourant, lui laissa de quoi vivre honnêtement. Si donc la compassion d’un simple particulier peut faire quelque bien, en guidant un petit nombre de ces malheureuses ayant renoncé sincèérement à leur vie de débauche, à plus forte raison . un établissement, sagement organisé et soutenu par des groupes «le philanthropes et par l'administration, produira, sans aucun doute, un bien immense.

. De là se tire cette conclusion : c’est que non seulement l'institution des maisons de refuge est utile, mais quelle est n‘cessaire, et que, si elle n'existait pas, il faudrait la créer. Je me trouve en cela d'accord avec tous les préfets de police qui, s'étant occupés d une manière particulière de la répression de la prostitution, ont bien senti les services que leur rendait

42 sr HT YSORT DÉFINITIS

linstitution du Don Pasteur; ils l'ont cons AE comme le complément du bien qu’ils cherchaient à opérer, et cest pour cela qu’ils se sont empressés, … chaque fois qu'ils ont pu, de la soutenir par leurs dis-# <rètes subventions. | À Cela dit, si nous ne pouvons nous refuser à l'évi dence en sienalant le bien qu'a fait la principale mai= son de ce genre, il est du devoir de tout homme qui s'intéresse à l'institution des refuges de signaler » franchement et hautement les imperfections qu’il y a reconnues; c'est un moyen d'ajouter au bien qu’elle « peut faire, en lui donnant un plus haut degré d'utilité. « Si Pon n’est pas à jamais enfermée et eloîtré dans 4 un refuge, le mot de couvent en éloigne néanmoins un grandnombre de personnes; letitre de couvinière, « que les détenues de Saint-Lazare donnent avec déri- # sion à celles de leurs compagnes en bonne santé qui manifestent le désir d'entrer au Bon-Pasteur, à une grande efficacité pour les en détourner : pourquoi ne pas substituer un autre nom à celui par lequel on dé- : signe aujourd'hui cet établissement? Les noms, en beaucoup de choses, ont une importance très grande; ils agissent d'une manière magique sur l'esprit d’une foule de personnes; il ne faut done pas les dédaigner. Je dois dire ensuite que l’habitude où l'on est de. couper les cheveux aux prostituées repenties lorsqu'elles entrent au refuge religieux, fait encore et surtout la plus vive impression. sur toutes. les filles publiques et leur inspire une certaine terreur. Je veux bien croire que cette mesure m'est dictée qu'en vue de la propreté, et sous cerape . port elle est bonne, je n'en disconviens pas; mais, quand on connaît l'attachement que toutes les femmes, et celles: de cette classe en particulier, ont pour leur chevelure pourquoi exiger d'elles ce sacrifice ? N'est-ce point là un épouvantail, fait en quelque sorte exprès pour les’ éloigner d'une maisonmoù l’on veut les attirer ? ajoute til quelque chose à leur mérite, et peut-il contribuer à leur amélioration? Je :

dirai plus : en rasant ces malheureuses.et en vendant ensuite leurs chevelures, ne prôte-t-on pas le flanc à la critique, en s ‘exposant à laisser dire que cett: mesure de propreté, si facile à remplacer par tels et tels lavages, cache une très lucrative spéculation ? Allons plus loin encore, dans la voie dei réformes -que ma conscience m'ordonne de conseiller : j’appli- querai à la direction féminine des maisons de refuge ce que J'ai dit à propos de Saint-Lazare. Je n'ai pas cache mon opinion sur les avantages immenses que les femmes mariées ou veuves ont sur les religieuses de profession pour engager les prostituées à faire des réflexions sur elles-mêmes et les ramener à des sentiments meilleurs, et jai exposé les raisons très sérieuses et les faits éclatants sur lesquels se fonde ma conviction. Or, si mon opinion est valabie en ce qui concerne Saint-Lazare, elle l’est aussi pour le Bon- Pasteur : si les instructions y étaient faites par les dames de charité laïques, mariées ou veuves, elles auraient une toute autre efficacité; si ces dames commandaient dans la maison de refuge, si elles la dirigeaient, si elles y passaient la majeure partie de la journée, plus de prostituées y entreraient et moins chercheraïent à en sortir. Qu'on se garde bien de voir, dans cette manifestation de mon opinion, une attaque contre les religieuses qui sont actuellement à la tête -des refuges dont je parle; je respecte trop leur vertu et j'apprécie trop leur dévouement, ainsi que les ser- -vices quelles ont rendus jusqu'à présent, Dee “permettre d'affaïblir par quelques critiques la reco : naissance qui leur est due; mais, comme il s’agit ici de faire le plus de bien possible, il est de mon devoir d’mdiquer les moyens qui me paraissent les plus efficaces pour parvenir à ce résultat.

… Si mon opinion à cet égard n'était fondée que sur des théories spéculatives, je devrais m'en méfier et ne lPannoncer qu'avec prudence et sous toutes réserves.

Le , COMME elle résulte de faits consciencieusement ; L:

obse rvés par diverses personnes très respectabless qui, à raison de leurs fonctions, fréquentent le Bons Pasteur; comme les renseignements recueillis auprès de ces personnes ont confirmé ce qui m'avait été dit par d'anciennes prostituées qui ont séjourné dans l& refuge religieux, et dont les unes sont sincèrement repentantes, quoique mayant pas voulu y res'er, ef dont les autres sont retournées à leur ancien métier et le pratiquent encore; dans ces conditions, j'a quelque droit de croire que mon opinion ne repose! pas sur des chiméres, mais au contraire qu'elle est juste et bien assise; j'en suis même d'autant plus per* suadé, sur ce point comme sur tous les autres, que je n’ai-rien négligé pour arriver à la connaissance 44 l’entiere vérité. û |

En fait de pratiques religicuses, ne convientil | d'établir une distinction entre les personnes qui touté la vie ont cru à la religion, et celles qui s’en occupent pour la premiere. fois ? N'estil pas à craindre que celles-ci ne voient que du ridicule dans les exercices! de dévotion qui raniment la ferveur de celles1à? et du ridicule au mépris il n'y a pas plus de distance. que du mépris au dégoût.

Il n'existe pas une prostituée ayant été deux ou es | fois à Saint-Lazare, qui ne connaisse parfaitement toutes Îles pratiques minutieuses auxquelles sont ie celles de leurs camarades qui se réfugient au Bon-Pasteur; elles sont aussi instruites sur ce. point que les flous sur les articles du Code pénal qui se rapportent à leur industrie. J'en ai interrogé plusieurs à ce sujet, et voici ce qu’elles m'ont répondu :

«— On ne nous parlera jamais que de l'enfer, ainsi que de la nécessité de faire pénitence et d? nous mortilier; on nous rappellera sans cesse notre vie antérieure ; nous serons assujetties à réciter des prières. auxquelles nous ne comprenons rien. Traitées com= me des enfants, on nous punira en nous retirantnotre robe, en nous mettant un bonnet noir, en nous laissant demi-heure et une heure à genoux, en nous fais

sant baiser la terre. Sous prétexte de pénitence, on à nous enlèvera tout ce que nous pourrons avoir, pOur en faire hommage à la Vierge, et plus tard nous verrons ces objets passer entre les mains des sœurs, sans pouvoir les réclamer ».

Voilà ce qui m'a été plusieurs fois répété, et ce que quelques personnes aussi remarquables par leur instruction que par leurs vertus m'ont confirmé, tout. en faisant l'éloge de la maison du Bon-Pasieur et de ses religieuses. |

D'autre part, je considère comme un point important pour la santé des filles reçues dans la maison du Refuge d’y introduire plus de variété dans les travaux, et surtout des occupations qui exigent du mouvement et un certain développement de forces ; cest ce qui me fait regretter que l'administration de Paris ne possède pas un Refuge Municipal établi en pleine campagne, au bon air, avec des jardins tres vastes, et je voudrais alors que la culture des herbes potageéres, dont la proximité de la capitale assurerait le débit, y fût pratiquée en grand. Je verrais dans ces travaux horticoles des éléments de santé, et, par suite de la distraction qu'ils procurent, la garantie d’une persévérance plus générale et plus constante que celle qu’on observe aujourd’hui.

Toutes les filles du Refuge ne pouvant pas être employées aux travaux agricoles, et d'ailleurs ces travaux se tiouvant nécessairement interrompus par les saisons, je voudrais y voir quelques industries qui doivent s'exercer à l'abri des injures de lair:le tissage, qui peut s'opérer sur une foule d'objets différents, me parait leur convenir mieux que d'autres industries ; jy joindrais le blanchissage du linge, occupation essentiellement appropriée au caractere des femmes, et qui a l'avantage de n’être pas soumis aux chômages.

Je me garderais bien, malgré ce qu'on à lu plus haut. de rejeter les travaux de l'aiguille; ils sont trop précieux pour les femmes et leur procurent {r6) de

qu'ils Le mér ri ter it. Je ne les he que comme. occu=. pation journalière, permanente et unique; il ne fau-. drait, in moi, yavoir recours que comme moyen" de délasse ment de travaux plus pénibles ; je les pres=\ crirais donc le soir et à quelques moments de 14 journée, pendant que nos dames de charité laïques" feraient des instructions ou des lectures. Je ne parle. pas ici des infirmes ou des valétudinaires, incapables de tout travail tant soit peu pénible ; il est clair que“ les occupations sédentaires sont le partage exclusif. de cette classe. ‘

Il résulte de mes recherches, — et elles ont été) nombreuses, — que le travail de V aiguille ést insuffi-n sant pour fournir à la majeure partie des femmes qui : s’y livrent ce qui leur est strictement nécessaire POuES se loger, se nourrir et se vêtir; qu’il faut attribuer a. cette insuffisance l'immoralité d’un grand nombre à d’ouvrières, et par suite la nécessité où elles se trouvent de se livrer à la prostitution. Si ce genre de tra-. vail à des résultats aussi fâcheux pour des filles probes et a qui peuvent entrer partout et se faire recommander à raison de leurs antécédents, en aura t il de meilleurs pour des filles qui ne possèdent | aucun de ces avantages, dont très peu parviennent à devenir d’habiles ouvrières (comme on le voit dans les ateliers de Saint Lazare), qui ne trouveront que difficilement des journées dans des maisonshonnêtes, et que le moindre incident qui les fera reconnaître . pour ce qu'elles ont été privera à l'instant de es ressource ?

La maison du Refuge, sacement organisée, n ‘ayant : pas le prosélytisme religieux pour fondement et pour. but, peut avoir deux destinations tout à la fois : d’une part, elle ne sera qu’ un passage pour un certain nombre de filles qu'on y recevra; d'autre part, elle gardera une autre quantité de ces filles jusqu’à la fin de leurs s jours , remplissant à leur égard les HACEQES d’une mère tendre et bienveillante.

DES PROSTITUÉES Fe ROSES Lan

Dans le premier cas, que deviendraient.ces filles avec ‘le travail de laiguille, si on le maintenait comme unique travail, selon le système défectueux d'aujourd'hui? N’est-il pas évident qu'elles se retrouveraient, à la sortie de l’asile de réhabilitation, exactement: dans la même position ou elles étaient lorsquelles furent forcées de se livrer au désordre ? — Je le répète, j'approuve pour ces femmes,et pour toutes les femmes en général, le travail de l'aiguille; mais je voudrais qu'il ne fat que Laccessoire d'un métier. Je voudrais-qu'il fût varie, et non pas spécial, c’esf-àdire jé trouve déplorable que telle femme ne sache faire autre chose que des chemises, telle autre que du feston, telle aütie que de la broderie (4);:quant au métier, je désirerais qu'il pût, autant que possible, être exercé dans une chambre isolée, et non pas dans les ateliers, dont je connais toute la corruption.

Pour les filles qui ont quitté le désordre et qui ne veulent pas y retomber en sortant de la maison du

(1) On sait que la lettre de Mgr Tarinaz, dont il a ét question dans une not: précédente (pige 329), provaqua une grande émotion, lorsqu'elle fut pibliée on 1899, c'est-à-dire cinq ans après sa date. À l’origine, celte lettre n'avait été destinée qu'à Pédification de la Conr romain:: mais le vénérable p élat la confirma. pleinement et publiquement, lé 25 sept-mbre 189 Cet incident amona dive ses enquê'es et un débat à la Chambre des ‘Députés. Dans une de ces caquêtes, que nons avons sous les yeux, il est question d1 Baon-Pasteur du Mans, dirigé par des religieusss appartenant à la même congrégation que celles d’un d2s Refuges actuels de Paris : uns malheureuse feñme, ayant vécidix ans dans cette maison du Mans, en sortit (telle est sa déposilion) sans avoir appris aicun mé'ie”, dans l’imposs bilité de g Gusr si vie; elle savait faire des boulonnicres de chemise, mais elle aurait été incapablede tailler une manche ou un poignet; le jour de son départ, les religieuses qui avaient encaisss pendant dix ans le produit de son travail, ne lui ont pas remis un centimé, et l'ont jetée à la rue avec — pour tout bagage — le linge et la robe qu’elle avait sur le dos. Et, malheureusement, il en est partont ainsi, dans les Refuges religieux.

See | noie de l’édition de 1900 )

Dia £ORT DÉFINITIF 2 Refuge, je ne vois que deux ressources certaines : la

maison paternelle pour les unes, et la domesticité : É pour les autres. Relativement à celles qui rentrent

Ka

dans leur famille, il est évidentque leur devoir est de -

se conformer à tout ce qui s y fait, et de cooperer en tout au plus grand bien de ceux qui la composent. Quant aux autres, avec l'appui des dames de charité

laïques, elles ne manquerontjamais de se placer, soit

en ville, soit à la ca rnpagne, chez de petits marchands,

chez de bons ouvriers, auprès de petits bourgeois, qui tous ne peuvent avoir qu'une domestique, laquelle

doit tout faire, et qui ne reçoit ordinairement que des

gages très médiocres. De quelle utilité seront, dans: ces deux cas, pour une fille, l'habitude d un travail qui nécessite un certain développement de forces, la

connaissance du blanchissage, et surtout la possibi-

lité de réparer, mème grossièrement, toute espèce de

vêtements! Avec celte duc ion au l'efuge teFqueTe le comprends, elle trouvera vingt places lors de sa

sortie, tandis qu une autre bien plus habile, mais ne |

sachant faire que des chemises, n'en trouve pas une et meurt de faim, si de nouveau elle ne retombe à la. honte. Il faut donc varier Ie travail de ces femmes; cela est indispensable pour leur santé, pour leur conservation, et, par suite, pour leur bien Prés et pour leur avantage futur. ; J'arrive maintenant aux prostituées repenties, qui, sans famille ou n’osant pas espérer de rentrer jamais dans la société, viendront demander au Refuge un

asile délinitif, et que la maison de sauvetage accueil

lera avec la tendresse d'une mère, pour Îes garder jusqu’à la fin de leurs jours.

Personne ne contestera que, pour le plus g orand avantage de la maison, et par suite pour le plus oi bien des personnes qui s'y trouvent, il ne faïlle tirer de leur travail le meilleur parti possible; il le faut encore par la raison qu'on se procurera ainsi là possibilité d’être utile à d'autres infortunées qui

trouveront dau, cette m&ison 1 BOVUi CEA re Fès

sort affreux qui les attend à l’époque de la vieillesse.

Ainsi donc, dans le cas où la maison du Refuge garderait à perpétuité un certain nombre de ces tilles, j'insistrais toujours sur la nécessité des travaux horticoles, sur ceux du tissage, et particulièrement sur le blanchissage. Cette dernière industrie permettrait de faire par abonnement quelques entreprises, et je ne doute pas que certains hôpitaux, des grands hôtels, des particuliers même, ne s’empressassent de venir, par leur clientèle. augmenter les ressources de cel établissement Fe réaliser ait un si grand bien moral.

L'utilité d’un Refuge de Paris étant reconnue, conformément au nouveau programme dont je viens d esquisser un sommaire, il s’agit d'y amener le plus grand nombre possible de filles à sauver. Examinons les moyens les plus avantageux pour atteindre ce résultat. |

D'abord, pour les raisons déjà exposées, je ne confierais pas à des religieuses la direction de lamaison dont je parle, mais plutôt à des dames de charité laïques, assistées d’un personnel féminin, composé d’hounèêtes ouvrières déjà müries par l’âge et l’experience de la vie; on trouvera certainement, pour cette œuvre bienfaisante, des dévouements dans la partie sainé du bon peuple parisien, principalement parmi les veuves. J’ai montré dans le cours de ce‘travail le respect que les prostituées, sans exception, ont pour les femmes mariées ct pour les mères de famille ; c'est donc par le moyen de ces mères de famille, comme dames de charité directrices, ne résidant pas dans létablissement, qu'il faut leur inculquer les préceptes qui doivent leur être utiles, en adjoignant à ces dames d'autres femmes mariées, mais veuves et résidentes, comme auxiliaires et subordonnées; il faut que les pensionnaires du Refuge ne puissent pas penser de ces dames directrices, ni des employées, survéillantes etcontre maîtresses des travaux, ce que jai souvent entendu dire par les filles au sujet des”

Page 1