‹ La prostitution à ParisChapitre 40 sur 64 · CINQUIEME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIEME PARTIE

PROTECTION DES FILLES MINEURES

J'ai dit que, bien que me refusant à admettre l'inscription des filles mineures, je ne me dissimulais pas les dangers qu'offrait cette catégorie de prostituées au point de vue de !a santé publique. Les moyens de parer à ces dangers formeront la dernière partie de cette étude.

Paris. — Le nombre des filles mineures qui se livrent publiquement à la prostitution est considérable à Paris. Je n'essaierai pas de l'évaluer même d'une façon approximative. Depuis les petites bouquetières de douïe à quinze ans qui sollicitent sur les boulevards etdans les quartiers du centre la lubricité despassants, jusqu'aux jeunes raccrocheuses qui pullulent sur les boulevards extérieurs, aux abords des halles et des gares de chemins de fer, et même dans les rues

Ifl2

PROTECTION DES FILLES HINEDHF.S

les plus fréquentées, toujours suivies de riûéritable souteneur, elles forment un contingent considérable parmi la légion des prosUluées d'habitude, et rien ne saurait être plus urgent que de mettre un terme à leur inquiétant accroissement.

Jusqu'à présent, et malgré les dénégations, la Préfecture de police n'a pas hésité à inscrire sur ses contrôles un nombre relativement important de ces malheureuses. Le tableau suivant le prouve :

L'âge miaimun exigé par la Préfecture de police pour consentir à l'inscription d'une fille mi-

PROTECTION DES FILLES KIKBURES

neure a été arbitrairement fixé à seize ans. Mais, des enquêtes faites par nos prédécesseurs, il résulte que maintes fois, soit au moyen de fauï papiers, soitparsuiiede complaisances injustifiables, des Qlles au-dessous de cet âge ont été mises en carte, et enrégimentées dans les rangs de la prostitution réglée.

Paris n'a d'ailleurs point le monopole des inscriptions de filles mineures.

A Lyon, à Marseille, elles composent une part importante du personnel des maisons de tolérance.

MA.HBBILLB. — Pour Cette ville, M. le D' Mireur nous fournit des statistiques intéressantes, et des mineures inscrites, et de l'âge auquel elles exercent leur métier.

Voici d'abord le nombre des inscrites de 1876

Sliiituri^s iiiîCrfc».

M. le D'

cennale 1 prostituée

Mireur a pris note, pour la période dô- 73- 1 882, de l'âge de toutes les mineures s qu'il a rencontrées parmi le [icrson- . — La Prosiliuilon. 13

nel des maisons de tolérance de Marseille (1), Le résultat de ce travail est inscrit dans le tableau suivant :

an ans 103 (2|

Dépautementb. — Dans les pièces annexes du beau rapport de M. le sénateur Théophile Roussel, se renconlrentdes documents statistiques sur le nombre des mineures inscrites dans chacun de nos déparlements. J'ai essayé de les résumer dans le tableau suivant, bien qu'ils soient évidemment au-dessous de la réalité. Les éléments qui le composent sont en effet les réponses à la dernière question de l'enquête administrative provoquée par la Commission sénatoriale et confiée à M. le ministre de l'Intérieur, question ainsi formulée : " Quel est le nombre des mineures inscrites sur les registres de la prostilution, quel est leur âge, quelles sont les causos qui ont amené leur iïiscripiioii? Or, ainsi que le faisait très exactement observer M, Jules Simon : « Si vous voulez étudier la prostitution des mineures, c'est dans

(1) Stireur, La prothtulion à HaTseîUt, 18SS, (ajD'Mireur. La pi-asiilulioa à .VarieUk,i>. 138.

PROT£GTI0K DES FILLES MINEURES

la prostitution clandestine plutôt que sur les registres de la police qu'il faut chercher{l). »

Mineures inscrites.

SA

in

Ai?ufi

Alpes-Maritimes...

5 ù LaoQ, 'i !l Cbàteau-Ttiierry.

H Troyes, doot une maHAe (do

16ftBlaoB).

à Carcasse n ne.

à Marseille.

k Caen (de 17 à21 ans).

orpliolines de père et de mire {6 éleïéea dans les orplielinats).

a Bourses.

ù Dijon.

Il Diiian.

2 a Uerger.ic, S il l'crisui?ux.

4a a Bei^ûtiçoiJ, 4 fi Modtbélinrd

1 a Evreux, i à Bcruay.

fi BresL

H Borde'aui [17 a 20 nna).

a Rennes.

ft Tours.

a Moiit-Je-Mar?an.

ù Blois.

fi Saiut-Elienne,

LePuy [dont une de iG ans).

a Nnnles.

Bouches-du-Rh6ne.

ralïîdos

Chareute

Charcnle-lnférieure

Cûtea-du-Nord....

Dordogne

Gard

Giroade

me- et- Vilaine

In^Ire-et-Loire

Loii^et-Chcr

Loire

Haute-Loire.......

Loirs-Inférieure.. .

t(l) Th6of)liile Rouaacl, Discwsion sur le projet de prnphijiaaie pu&ligue dé la syphilis [liullelin lie l' Académie de midetine, 13 oiarn 1S8S,3' BÉrie, t. XIS, p. 3gS.)

PROTECTION DES FILLES HINEIJRBS

Maine-et-Loire ....

Uanche

Mayenne

Meurthe-et-Hoselle

Meuse

Morbihan

Kièvra

Nord

Orne

Paa-de-Calais

Puy-de-Dûma

Basses-PyréoéBS . .

Hautes-l'ïrénèes . .

Pyrénées-Orieûtales

Rhûne

Haute-Saâae

Saône-et-Loire.. . .

Sarlhe

Seine-Inférieure...

Seine-et-Oise......

Taru-et-Garonnc...

Var

Vendée

Vienne

Haute- Vienne

Vosges

20 h. Url^an«, 12 il AtuaUrgis.

3 à Angers, 1 a Saumur, iS a CliiTbourg, S a (-aiut-Lft, ■ ■ AvraDchDS,

à Lorieut.

{ à Maubeuge, 2 k Douai, S ï

!t Alençon.

10 à Boulogne, 1 a Arras.

2a h Clermout, S à Rioni (de

37 au Havre, iô k Houen, i &

Elbeuf.

26 h Versailles, 2 à Hambauil-

let, 1 à Saint-Germain.

3 k Montauban, 1 6. Coalel-

Sarrazin.

t Toulon,

Ce tableau, je le répèle, ne mentionne, pour I 57 départements, que le nombre des mineures ( « inscrites ". Or, celui des QUes appartenant à la J

PROTECTION DES FILLES MINEURES

même catégorie, qui se livrent sans contrôle d'aucune sorte à la prostilulion, est bien autrement considérable. « Aucune mineure n'est inscrite à Agen, dit le préfet de Lot-et-Garonne, mais nul n'ignore que la prostitution clandestine recrute dans cette catégorie le plus grand nombre de ses victimes, dont la plupart doivent leur perte à la complaisante dépravation do leurs parents. »

A Nantes, où l'enquête n'avait relevé que 29 inscriptions de mineures, ce résultat était accompagné de la note suivante : n Ce relevé est tout à fait invraisemblable. C'est par centaines qu'on devrait y compter les mineures qui se livrent à la prostitution. »

A quels chiffre atteindrait-on, si l'on pouvait supputer d'une façon exacte le nombre des mineures prostituées dans les centres de grande industrie, comme Rouen, Roubaix, Reims, Troyes, OÙ la dépravation, résultat de la promiscuité de L'usine, et surtout de l'insuffisance du salaire, est pour ainsi dire la règle générale ?

Celle promiscuité des mineures, indépendamment des réfleiions qu'elle suscite au point de vue de la inoralilé sociale, mérite d'attirer tout spécialement l'attention. Elle offre en effet des dangers bien plus grands, quant à la santé publique, que celledes adultes. C'est dans cette catégorie que se rencontre en effet, proportionnellement, le nombre le plus considérable de vé-

aériennes et particulièrement de syphilitiques, dans la phase la plus hautement contagieuse de cette dernière maladie, II Quoique les prostituées de moins de seize ans,

a dit M. Théophile Roussel dans son discours à l'Académie de médecine, comptent encore pour une proportion notable dans la prostitution clandestine des pays d'industrie, c'est surtout par des filles de plus de seize ans que s'effectuent la plupart des contaminations syphilitiques imputables à la proslilution clandestine (1). ■

Cette constatation, faite également par MM Brouardel et Fouruier, est confirmée par l'expérience de tous les auteurs qui se sont préoccupés de cette question :

" En examinaol au hasard, écrit M. le docluur Commenge, un certain nombre de dossiers de femmes insoumises reconnues malades au Dispensaire de salubrité, en 1886, et envoyées k Saint-Lazare, j'ai noté l'âge de ces personnes.

« Sur 106 femmes, j'en trouve 76, c'est-à-dire plus des deux tiers, dont l'âge va de quinze à vingt 1 et un ans. »

M. le docteur Maireau, qui étant interne & ] Saint-Lazare a fait une étude très complète et -1 très concluante des conditions dans lesquelles les ]

(t) ThéO[)bilc Roussel, Prophylaxie publique de la ii/phiUf, {Bulletîn de CAcademie de m&lecine, 13 mars IBBB, t. Xl^ p. 391.)

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