LES MALADIES VÉNÉRIENNES
hospitaliers, où Boot régulièrement admis les vôDétiens, on coovîeadra que la basa de statistique ainsi consliLuée est sutûsamment large pour donner une mesure très rapprochée d'une absolue exactitude des mouvements des aEFections vénériennes à Paris.
D'autant, qu'ence qui louche plus spécialement l'objet de ce rapport, c'est-à-dire la relation entre le régime actuel lie la prostitution et la diffusion de ces affections, il convient de remarquer que les malades qui sont admis soit aux consultations, soit dans les salles de ces trois hôpitaux, appartiennent justement aux couches sociales parmi lesquelles la prostitution exerce au plus haut degré ses désastreux effets. La clientèle habituelle des filles réelienient dangereuses au point de vue sanitaire se compose en effet pour la presque totalité — abstraction faite des militaires — d'ouvriers, de commis, de petits employés, d'individus jeunes et de modeste condition, qui, n'ayant pas les moyens de s'adresser aux maîtres de la science lorsqu'ils sont atteints de maladies spéciales, viennent leur demander leurs soins dans les établissemeuls hospitaliers où ils les dispensent gratuitement au public.
Les observations recueillies dans ces Iiôpitaux ont donc une autorité considérable, et oui été le premier objet de nos études.
NOMBRE DES VENBIUENS
- Nomlire des vénériens.
De 1872 à 1H88, le LOiubre des malades alkeints d'affections vénériennes [syphilis, chancres taimples, blennorrhagie) ealiés dans les trois hû- ■jiitaux du Midi, de Lourcîue et de Saint-Louis, a |;élé de 118,233, se divisant comme suit :
Syphyliliques : GO, 438, Autres vénériens ; 57,7S5, Bsoit une moyenne annuelle de 3,555 syphilitiques let de 3,399 autres vénériens.
Durant lii même période, le nombre des consultations externes à l'hôpital du Midi s'est élevé à 440,ti58, soit une moyenne annuelle de
A l'hôpital de Lourcine, le nombre des consullalious externes a été de 54,973, soit une moyenne annuelle de 3,233(1).
Pour l'hôpital Saint-Louis, le chiffre des con- Bultations externes donné par l'Administration est un chiffre global qui comprend des affections de toute nature. Cet établissement est en effet un hôpital général, dont certains services sont spécialements affectés aux maladies de la peau, et d'autres aux affections vénériennes. Néanmoins, des renseignements particuliers que j'ai
I (1) Râpouae au queatiouiialre ailre»!i£ !i l'adminî^tratiOD el'AiHistaace publique (a" 1, S, 3),
20 Lt^S MALADIES VÉNÉRlENNICâ
pu recueillir, il résuUe que la moyeuue annuelle des coDsuUations externes données à des vénériens dans cet hôpilal est de 20,000 au minimum.
Le chiffre moyen des admissions de vénériens dans les trois hôpitaux de Paria, où ils sont régulièrement admis, est donc, pour une période de 17 années, de 6,954 et le chiffre des consulta- '^ lions esiernes données aux malades de cette catégorie, de 49,154, ce qui, à raison de trois con- j sultations par maUde, proportion généralement admise par les médecins de ces hôpitaux (1), représente 16,385 vénériens, soit au total 23,339 ou en chiffre rond 23,000.
Mais il s'en faut que nous ayoLis là le nombre total des vénériens qui viennent demander des soins aux médecins de nos hôpitaux. Si, comme je l'ai dit déjà, ils ne peuvent gnère s'introduire que par une tacite complicité dans les hôpitaux généraux, si, comme l'affirine M, Peyron, ils n'y sont admis « que dans une proportion relativement minime, et le plus souvent parce que ces malades sont en même temps atteints d'une autre affection (i) », il n'en résulte pas moins qu'il y a en permanence une ceutaine de syphilitiques répartis dans les salles de ces établisse-
(1> Uouriiic, tfi'oni aur k-i maladies vi<iiérieniii!s {Ss/phiOt primitive et tyyhilis seeontlairt), p. 123.
(S) Hè[)uu?L'9 au qncsliuiiuiiri.' (11° 4]
NOMBRE DES VENERTENS
monts. C'était du moins le chirTre donné, en 1883, âla Commission spéciale de la police des mœurs, par M. Brelet, secrétaire général de l'Assistance publique (1).
Or, la durée du séjour des syphilitiques à l'hfl- ■pital n'excédant guère deux mois, c'est donc ^environ GûQ vénériens qu'il convient d'ajouter au lotal qui précède. Et encore n'est-il pas question Ëci des malades, atteints de blennorrhagie compliquée, d'orchites simples ou doubles, d'ulcéétions du col, de métrites, de vaginites, etc., lie nous avons tous bien souvent rencontrés Edana les services des hôpitaux généraux.
Viennent ensuite les consultalions externes des Pmêmes établissements. Là, tous les malades indistinctement sont admis, examinés, et reçoivent les mêmes soins. Le docteur Léon Le Fort, qui s'est beaucoup occupé de ces questions, a calculé que, liSur le nombre lotal des malades secourus chaque Jannée dans les hôpitaux généraux de Paris, 3.3 tpour 100 sont atteints de maladies vénériennes ^t il en évalue le nombre à environ 14,000.
Il faut encore ajouter à ces chiffres celui des naïades envoyés par le Dispensaire de salubrité I Saint-Lazare. Pour les dix dernières années R1879-1888), le nombre des filles soumises ou insoumises reconnues atteintes de maladies coûta-
I (I) Prooi''?- verbaux, séanos Ju 2(1 jati tnicipal ilu 38 jonvier \S»3.
- Bulielin
LES NALAOIES VKNÉRIEKNEe
gieuses et dirigées sur l'infirnierie de celle prison a été de 1 5,939, soit par an 1 ,594.
Reste l;i clientèle de ville, celle tiui, suivant ses moyens de fortune, s'adresse, soit à des hommes de l'art, instruits et expérimentés, soit, en bien plus grand nombre, aux pharmaciens ou ans spécialistes de bas étage, dont les réclames remplissent les colonnes des joui'oaux, envahissent les murs de la ville, sollicitant partout, par l'atlrait menteur du bon marché ou de la commodité des heures de consultations, les jeunes gens qui cachent, comme une flétrissure, une maladie que le préjugé public stigmatise encore trop souvent de l'épilhète de « honteuse ". De ceux-là, il est matériellement et radicalement impossible de connaître le nombre. Mais il est évidemment considérable, si l'on eo juge par le chiffre d'industriels qui vivent de l'exploitation des affections vénériennes. D'après Lecour, n on peut considérer que le chiffre des vénériens admis aux hôpitaux ne représente guère que le cinquième environ de ceux qui sont traités à domicile par les médecins ou bien qui s'adressent à des pharmaciensoii à des empiriques (I). On arriverait ainsi à un nombre annuel de 47,-'îO0.
Ce chiffre, obtenu empiriquement, est très probablement au-dessous de la vérité.
(1) Lecour. Du tu pro,
'Il daim la i-iUe ilv l'a,
AOGMENTATIOPÎ DO >OMBRE DES VÉKÉRIENS 23
En tous cas. si oq l'ajoute aux nombres ci-dessus I donnés, des malades secourus dans les hôpitaux," arrive i\ un Inlal de vénériens qui dépasse 1 85,000.
On voit que l'étendue du mal est assez grande r jour qu'on s'y arrête et qu'on prenne des mel sures pour l'envayer, d'autant plus que, loin de Kâiminuer depuis quinze ans, il s'est au contraire I accru dans une proportion considérable.
s vénériens de 1ST7 i 18S2.
En 1875, dans la troisième de ses belles leçons te l'hôpital du Midi, M. le docteur Charles Mau- I riac concluait ainsi :
1 Le nombre des maladies vénériennes dans lia ville de Paris a considérablement dimiouô I depuis 1870-1871. Apres avoir atteint son miui- Imum en 1871, il s'est relevé en 1872, pour suivre Idepuis cette époque une progression toujours (décroissante [Ij. «
Cette diminution n'a malheureusement pas l'iEontiuuébien lonj^tomps. Dès 1870-1877 uumouivement en sens inverse s'est produit, et l'atté- (.Buation constatée par M. Charles Mauriac a bien ffite cédé ta place à une augmentation continue
J (1) QiBrles Mauriac. Ui-ons sur ies malod nS3, p. IIB.
LES MALADIES VEMERIEWNES
des enlrées de vénériens dans les hôpitaux spéciaux, et surtout à un accroisse ment véritablement inquiétant du nombre dea consullanls.
Cette augmentation a alleint son plus haut point en 1882, A partir de 1883, une période de décroissance sensible a pu être observée. Elle a continué jusqu'en 1887. L'année 1888 semble être la première d'une nouvelle période croissante..
Les deux tableaux suivants, dressés sur les renseignements statistiques fournis par le service de l'Assistance publique, le démontrent surabondamment :
\. — Nombre des entrées dans les hôpitaux du Midi, de Lourcîne et de Saint-Louû {1872 à Î888 inclusi.
A.v. in
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