‹ La prostitution à ParisChapitre 6 sur 64 · SOI · texte numérisé non relu

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Si l'on consulte le tableau A, on voit que le

nombre des vénériens, entrés dans les Irots bô- 1

pitaux du Midi, de Lourcine et de Sainl-Louis, 1

qui avait diminué de H. 16 pour 100 de 1872 à 1

1876, a augmenté de 49.31 pour 100 de 1377 à 1

ADGMENTATrON DU NOHBRB DBS VÉNÉniBKS €7

1882, pour s'iibaisser de nouveau de t2.H-2 p. 100 de 1883 à 1887.

Le tableau B montre les oscillations des consultations externes dnns les inônies hôpitaux. Mais îei, il convient d'établir les comparaisons par hôpital, car, pour les raisons que nous avons précédemment indiquées, les consultations de l'hôpital Saint-Louis, menlio innées seulement pour montrer l'identité du mouvement d'augmentation dans les trois hôpitaux, ne sauraient Bervir de base à un calcul quelque peu précis, toutes les affections générales ou locales y étant inscrites en bloc. Au Midi et à Lourcine, nou5 n'avoos, au conira're, affaire qu'à des vénériens.

Or, dans le premier de ces hôpilaux, je constate qu'à une diminution de 22.03 pour 100 pendant la première période (1873-1876). succède une augmentation de 125.01 pour 100 pour la seconde (1877-1882), suivie d'une diminution de 39.02 pour 100 pendant la troisième (1883-1887).

A Lourcine les mouvements sont les suivants : diminution de 21.24 pour 100 de 1872 à 1876; augmentation de 2)8,73 pour 100 de 1877 à 1882; diminution de 26,38 pour 100 de 1883 à 18S7.

L'accroisseiiieut constaté pour l'iiôpital Saiul- Louis, qui, suivant tous les renseignements que j'ai pu recueillir, a porté presque exclusivement sur les maladies vénéiiennes, correspond à une

38 LES HALADIIIB VENERIENIVRS

aiigiiiGiitation d'au moins 6,000 consnltants de llî76à 188-;.

En présence de tels résultats constatés pour les mômes périodes d'années, dans les trois hôpitaux où sont secourus les vénériens, il n'est pas possible de nier ]a réalité de ces oscillations, dont nous aurons plus tard à rechercher les causes probables,

Il m'est donc, dès à présent, permis d'afûrmer, à la suite des syphyliographes les plus éminents, et particulièrement de MM. Mauriac, Martineau, Alfred Fournier, qu'à une diminution sensible, mais très limitée en somme, de la contagion vénérienne dans Paris, a succédé pendant six ans une augmentation énorme, qui s'est atténuée pendant les cinq années suivantes, et que le nombre de^ vénériens qui s'était accru dans une proportion considérable, reste encore beaucoup au-dessus de ce qu'il était il y a treize ans.

Il reste à examiner dans quelle proportion se sont accrues chacune des trois espèces comprises sous le nom commun de maladies vénériennes ; la syphilis, la blennorrliagie et le chancre simple.

1° Syphilis. — Si l'on s'en rapportait uniquement aux indications fournies par !e tableau A (malades traités dans les hôpitaux), on en conclurait que le nombre des individus atteints de syphilis, n'a varié que dans une proporlion très

AL'GI11ENTAT10\ DU NOHBRK DtS VB^ÉRIENS l^î)

I restreinte pendant la période 187()-1882. La com- ■. paraison eiilre les admissions à l'iiôpital du Midi

■ pendant les quatre années 1872-1875, qui consti- B'tuent la première période de décroissance, et les

■ quatre années 1878-1881, qui ont fourni les chiffres les plus élevés de la période croissante, donnent en effet un excédent annuel de 42 cas

■ seulement pour la seconde sur la première, c'est- B,à-dire une quantité presque négligeable, A Lour- P^cine, la proportion est sensiblement plus considérable. La comparaison des deux périodes nous donne un excédent de i'ih cas par année, chiffre notable, surtout si on le compare à celui des Uls

I de cet établissement.

Mais le nombre des admissions, tout en fourjiissaût des indications qu'il convient de recueii- 3ir, est une base absolument insuffisante d'études, Jjes chiffres des consultations seuls sont des éléments de statistique d'une réelle importance, et malJieureusement l'Assistaucc publique donne les chiffres en bloc, sans établir de catégories

Kai'mi les malades qui y ont été admis.

11 me faut donc m'en référer à l'aulorité des lédecins des hôpitaux spéciaux, qui ont été mieux que qui que ce soit à même de se rendre un compte exact des mouvements des maladies syphilitiques pendant la période d'années que jpus venons d'examiner.

I M, le docteur Charles Mauriac a trèa soigneu-

LRS MALADIES Ve>ERIEMNES

sèment noté les observations de la presque totalité des malades qui se sont présenléB à sa consultation en 1879 et 1880. Pour les affections syphilitiques, il donne les cIiilTres de 1,(541 pour 1879 et de 1,7^ jiour 1880. L'augoientation est à peu près la même que pour les admissions. Mai'lineau a fait des lemavques semblables à Lourcine, et il déclare que le nombre des syphilitiques s'est sensiblement accru de 1877 à 1881, mais sans donner de chifrres[t). M, le docteur Léon Colin, médecin inspecteur général des armées, arrive aux mêmes conclusions à la suite d'observations prises dans les hôpitaux militai>-cs(i).

Un autre document intéressant à consulter, à ce point de vue spécial, c'est le tableau suivant, établi grâce aux travaux du service de Statistique municipale de Paris, tableau qui donne le chiffre des morts de syphilis de 1872 à 1888 :

(1) Mariiueflu, Prostilulhn claiideslint, Vaxis, 1855.

(2) Léon Colin, Paris, sa topographie, son hygiène, Mr

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■ii LKS MALADIES VKNËRIENKES

Ici encore , j'ai évidemment des chiffre s liien au-dessous de la vérité, l'indication des causes de décès résultant des déclarations recueillies soit des familles, soit des médecins de l'état-civil. Mais le mouvement qu'ils indiquent est identique à celui donné pur les précédents tableaux. On voit, en effet, le nombre des décès, qui était resté presque constant de 1872 à 1876 (124,miQiuium; 148, maximutii), s'élever l'apidcment à partir de 1877 pour doubler presque(285j en 1882 et 1883. C'est au moins une coïncidence remari]uable.

Néanmoins, je me donnerai garde de tirer de ces renseignements des conclusions trop absolues. Leur manque de précision me commande une extrême réserve. Mais il m'est au moins permis d'affirmer que si la syphilis n'a pas fait de progrès inquiétants, elle ne recule pas, quelques mesures qu'aient prises jusqu'à présent les admini-strations parisiennes pour en diminuer la diffusion.

Il y a là une situation qui méiite d'aUirer toute l'attention des hygiénistes et des sociologistes, car la gravité de cetle maladie n'est plus à démontrer. Si, depuis une vingtaine d'années, gi'àco aux travaux des lilcord (1), des Lancereau.ï (2), des

(t) ItkorJ. Lelli'ei: sur la .Si/ji/iilis , y rJitiuu. E'jN:', 1803. (2) Laiicereaiiï. TraM hiiturnfue et }iroliiiue de la S^iihiliit, S' édiliuLi. {■an", ISli

lONDU MOMBUH DES VÉM'IRIENS f)3

Mauriac (î)i des Fouruier (2), elle n'inspire plus l'épouvanLe qu'elle causait jadis; si, pendants» première explosion, elle u'es t pas sortie des Cormes moyennes comme intensité, elle n'en entraîne pas moins les conséquences les plus funestes.

Personne ne contestera, en effet, qu'elle ne soit une des causes les plus fréquentes de cette dépopulation qui préoccupe si justement tous les esprits soucieux de l'avenif de notre pays, Il me suffira de rappeler que Kanowilz affirme a qu'un tiers de tous les eufants nés de parents syphilitiques meurt avant la naissance, et que, parmi ceux qui naissent vivants, 34'/^ meurent dans les six premiers mois de l'existence. "

M. le docteur Armand Després, qui a fait une étude très complète et très remarquable de cette question, arrive à des conclusions identiques : ■I On peut arfiver approximativement, dit-il, au chiffre de 2% pour les mort-nés du fait de la syphilis des parents, ou, si l'ou préfère, ie quart delatotaîité des mort-nés. Cela fait un chiffre relativement considérable, 12,000 par an ». [3)

(1) Charles Mauriac. Levons sur les maladies vi'afriennes. il. Syphilis primitive el i^yphilis i^ecoiidaire . II, Syphilis I tertiaire. I8»U.

(S) Alfred Fournier. Lefaii» sitr la SyphiUi Hudiiie plus t^parliculièienient chei la femme, ISSl; Sijphilis et Marîaye, l'S* édition, 1890.

(;t) Armand DespréH. La ProstillUiuH en France, Élude.' i morale» el démonraphigtien. Paris. IRsa.

JlirHAHU, — Li Pioslitulioii. 3

LES MALADIES VENERIMnES

La slalistiiiLie suivante des syphilitiques admises de 1880 à 1885 daus les services d'accouchement, et des enraiils nouveau-nés atteints d'accidenlfl syphilitiques morls à l'hôpital, ala- Liatique établie par l'administration de l'Assislance publique sur la demande de la Commission eauilaire, confirme les citations qui précèdent;

KTABLISSEMËNTri.

Pitié

Oiarité

Cochln

Beaujon

Lariboisiârc. . .

Saint-Louis

LourcioB

Maternité

Clinique

Total.

au ai inu

sa

Dans un remarquable travail lu à l'Académie de médecine, en mars 1885, M. le docteur Alfred Fournier a du reste montré de la façon la plus saisissante le rôle de la syphilis comme facteur de la dépopulation [1). Il a établi que, quand ua

fl) Alfi'Eil lî'ournier. Sur la diminution de i'accroitsenient de la papulalioii en France. {BuUeli't de l'Académie de mideciiie. 1885, 2- série, t. XIV, p. 285. — Syphilis et Mariage, leqoaa prarcesées à l'hApitai Saint-Louïï. NouveUe éditioo, I890.J

ACOHENTATION DD NOMBRE DES VEKERIENS 33

I homme syphilitique contracte mariage, il y a beaucoup de chances pour que Je ce mariage ne résultent que des avorlements ou des enfants mort-nés. 200 cas de mariages entre pères syphilitiques et mères saiues, observés dans la clientèle de M. Fournier, lui ont fourni 403 grossesses, sur lesquelles 288 enfanta survivants contre 115 enfants morts (avortemenla, mort-nés ou morts daos le premier mois) ; soit 28 morts sur 100, ou plus d'un mort sur 4 naissances.

[ Les chilTres sont bien plus fâcheux encore dans I le cas d'une mère ou d'un couple syphilitique, 44 femmes devenues enceintes au cours d'une syphilis récente, transmise par l'enfant et par Fôpoux (clientèle privée), ont fourni 44 gros. sesses; dans 43 cas, l'enfant est mort: 21 avortemeuts, 6 mort-nés, 8 décès de 1 heure à 15 jours, 2 décès de 45 jours à 7 mois; un seul enfant a survécu.

Quand la syphihs est moins récente, la mortalité est moindre, mais encore énorme : 100 femmes syphilisées par leurs maris (clientèle privée) ont eu 208 grossesses ; il y a eu 148 enfants morts, soit une morialilé de 71 %■

(A l'hôpital, la mortalité est plus grande encore. h Lourcine, M, Alfred Fournier a trouvé, sur 100 grossesses chez de femmes syphilitiques, 86 enfants morls ; à Saint-Louis, 84 sur 100. En relevant dans un grand nombre d'auteurs

r.KS MALADIES VENEHIRNKES

tous les faits analogues, celle statisiique de tout le monde adonné 491 grossesses avec 109 enfanls ^TvaDti contre 382 morts, soit 77 enfants morts sur lÛO. La moyenne des statistiques qui précèdent donne 6â cnlants morts sur 100 dans les familles syphilitiques.

1 La syphilis, conclut M. Fournier, prend donc une part imposante, considérable, dans la mortalité de i'enfance, et conséquemmeut elle a sa place parmi les facteurs de la dépopulation (I).

2" BLENNOBHUAGIB ET CHINCBB SIUPLB. — Bl

l'augmentation de la syphilis de 1876 à 18 élé relalivenieiit faible, il en est tout aulremeot de celle des deux autres espèces vénérieuues. Les moyennes annuelles ont été à l'hô' pilai du Midi :

l'uur la période IBÏ2-ls:u, Pour la période 1877-1882..

Tour la période 1883-1888..

Soiluneaugmenlationde 1,147 cas, ou 52 p. 100.

A Lourcine, les moyennes pour les mêmes périodes onl ôlé respectivement de 240, 552 et 355.

La hlennon-hagie a été en progression constante depuis 1876 (2). Or celle affection, qui représente à

[1] Altr»d Fournier. BuUetia dt^ l'Académie de M'Atein»,

1880, p. SS», ei Syphilis fl Mariage, (890, p. :!64.

(ï) Martiuenu. Promation e!aHde»li»t^. Paris, 18BH, p. 136,

AUGHËNTATION DD NOMBRE DBS VÉNRRIENB 37

■peu près la moitié du nombre des maladies véno-

irieonea secourues dans nos hôpitaux, ne saurait

létre considérée comme aussi bénigne qu'on le

rpense communément. Elle peut avoir des suites

' très sérieuses pour les malades qui n'ont subi

qu'un traitement insuffisant, ou même ne se

aont pas soignés du tout, ce qui est très fréquent

I parmi les classes peu instruites de la société, o Les affections blennhorragiqucs, dit Mauriac, doivent être rangées parmi les plus délicates et Jes plus difficiles à guérir (1).

Comme la syphilis, hien qu'à un moindre degré, elles ont leur action funeste sur la fôcondhé îdes unions. « Sans entrer dans de grands détails, 'écrit le docteur Després, nous disons avec Hunier et Ricord qu'une blennorrh;igie compliquée d'orchite double rend l'homme presque irrémédiablemeut stérile ; que la blennorrhagie propa-

»gée au col de l'utérus ei à la cavité utérine, rend la femme irrémédiablement stérile, d (2) Ajoutons que, contrairement aux deux autres espèces vénériennes, la blennorrhagie ne tend nullement à diminuer depuis 1882, mais aug- —jnente au contraire chaque année. Les deux la- Sbleaux suivants le démontrent ;

) Charles Miuriac. Loc. uil,, p. 36.

I) Armand Despréa. La l'rostilvtio,

LES HALÀDIBB VÉNéRIEnHES

Blennorrhagies simples traitées dans les hôpitaux (1).

mpliquées d'orchite (2).

11 cODvieot de remarquer que le nombre des blennorrhagiques qui sont admis dans les hôpitaux est excessivement faible, par rapport à celui des malades atteints de ces affaclions qui sont soigQés aux consultations externes de ces établissements et surtout en ville.

L'augmentation du chancre simple est encore

[1) Aiinuaii-es de statliligue municipale (1882-lSBB).

(2) Annuaire) de itatistique municipaU (ISRS-ISSSJ.

[ plus marquée. Cette espèce est celle qui, depuis I quinze ans, a présenté les fluctuations les plus I considérables et les plus singulières. En 1874- 1875, le chancre simple était moins fréquent que 1 le chancre syphilitique, et ne représentait plus ' que la vingtiéroe partie du nombre total des mal ladies vénériennes. Depuis celle époque, il a . reparu chaque année en nombre plus considérable dans les salles et aux consul talions des hôpitaux spéciaux. En 1876, le rapport entre le I chancre syphilitique et le chancre mou était de 1 5,5 à 1. En 1877, il était de 2,33 à 1. En 1878 de [ 2,7 à I. En 1879, la proportion se renverse. Le I chancre simple devient plus fréquent que le I chancre syphililique. Elle s'accroît encore en 1880, où il forme le dixième environ des maladies vénériennes.

Ajoutons que, malgré ce rapide accroissement en nombre, le chancre simple ne s'esl pas aggravé, et que les statistiques de ces dernières années montrent une diminution notable de celte forme vénérienne, qui est d'ailleurs, de l'avis de tous les auteurs, celle qui cède le plus facilement aux mesures d'hygiène générale.

L'étude, très sommaire, à laquelle je me suis livré, quant au nombre et aux mouvements des affections vénériennes à Paris pendant les dixsept dernières années, suffira, je n'en doute pas, à appeler l'attention sur la nécessité de recher-

LES MALADIES VlWeRIENKES

cher, et de trouver, sinon le remède, du moins un palliatif énergique à une situation qui ne laisse pas que d'iître très grave, au point de vue de la conservation de la santé publique et de l'accroissement de la population de notre pays.

Le premier point à élucider maintenant, c'est la relation qui peut exister entre ces oscillalions des maladies vénériennes, et les changements qui ont pu survenir, soit dans le régime administratif, soit dans toute autre cause d'accroissement ou do diminution de la population à Paris. C'est celle recherche qui fait l'objet du chapitre suivant.

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