‹ La prostitution à ParisChapitre 8 sur 64 · ETAT ACTUEL · texte numérisé non relu

ETAT ACTUEL

ne fût-ce que pour augmenter dans le public le senLiment des difficultés qu'elle avait à vaincre, et par suite son prestige. De là, ces chiffres exor- Èitants, fantastiques, donnés par la plupart des littérateurs policiers, depuis M. Lecour jusqu'à M. Maxime Ducamp, tomme ceux des femmes qui à Paria se livreraient à la prostitution, et devraient par conséquent ûtre placées sous la coupe du service des Mœurs.

Ces exagérations, loin de servir les intérêts de ceux qui les commetlaienl, — ou les inspiraient tout au moins — ont eu un effet tout contraire de celui qu'ils attendaient. Jointes à des pratiques détestables, qui révoltent les senliraenta d'huma- Dité de ceux-là môme qui sont le moins enclins à admettre comme un dogme la liberté absolue de l'infection vénérienne, elles ont créé parmi une notable partie de la population un courant d'opinion absolument opposé à celui qu'on voulait déterminer.

Elles ont eu également un autre effet. Ces ;chiffres énormes, que rien ne justifie, ont servi l'argument, comme nous le verrons plus tard, lour combattre, souvent avec succès, ce qu'il pouvait y avoir de rationnel et d'équitable, dans l'application des mesures d'hygiène aux femmes .qui réellement font métier et profession de leurs relations sexuelles.

Il faut en revenir actuellement à une plus

LA, MOSTITUTIOM A PARIS

saine et plus froide appréciation de ce qui constitue la prostitulion, sur laquelle on peut raiEOanablement espérer avoir uneactioD préservatrice utile.

II, — Définition de lu p^o.^Utuée.

La meilleure définition de la prostituée est encore, à notre avis, celle du Digeste : palam... sine delectu... pecunia accepta (I), ce qui peut être exprimé par la formule suivante :

a Doit seulement être réputée prostituée, toute femme, qui publiquement, se livre au premier venu, moyennantune rémunération pécuniaire», formule à laquelle il convient d'ajouter «et n'a d'autres moyens d'existence que les relations passagères qu'elle entretient avec un plus ou moins grand nombre d'individus- »

Cette définition, ou toute autre équivalente, offre cet avantage de mettre en dehors de la prostitution les femmes, trop nombreuses, auxquelles notre organisation sociale fait une nécessité de parfaire, grâce à des rapports plus ou moins fructueux et durables, l'insuffisance du salaire qui leur est attribué, en échange de leur travail. Je ne parle même pas des femmes entretenues, ou de celles qui, par nécessité de tempe-

(i; Digefle,

E LÂPBÔSTITUKË

rament, désir de changemeut, ou simple fuulaiie livrent à des écai'ts de couduite, que les sévères apôtres de la monogamie, si vantée et si peu pratiquée, réprouvent et condamnent, mais qui ne sauraient en aucun cas constituer des délits ou même de simples contraventions.

La police parisienne, moins hardie ou peutêtre moins imbue de préjugés d'un autre âge que certaines administrations étrangères (1), n'a d'ailleurs jamais osé compter ces personnes parmi les prostituées.

Sans aucun doute, les femmes appartenant à ces catégories sont susceptibles de contracter et de transmettre les mômes maladies que les prosliiuées de profession, mais dans des proportions hien moins considérables. Plus instruites, plus soigneuses d'elles-mêmes, ne subissant des contacts sexuels qu'à des intervalles moins rapprochés, elles ne sauraient être considérées comme offrant lesmémesdangersquecesdernières. Elles peuvent faire un choix parmi ceux qui les recherchent, et leur expérience les empêche le plus souvent de consentir des relations suspectes, que la nôcessitéprofessiounelleimpose aux fllles publi-

(1) Voir, à ce sujet, les documenta slalistiqueB recueillU ■ 'par le Conseil communal ils Bruidlee, et publiËa à la suite | idu rapport de M. lo bourgmestre Bula. Ou y Iroure, rec( SËea parmi les prostiluËes, des [emincB entreleauee, i lamment à Aix-la-Chapelle. — Revhion du r^i/tement contre I la proslilulion. Bruxelles. 1886. p. ^7.

LA PROSflTDTÎO!

ques. Si la maladie vicut les atteindre, elles sont en mesure de se procurer les soins nécessaires et peuvent supporter le chômage que leur impose le traitement.

(1 Dès que le commerce sexuel perd les apparences d'un rapprochement purement matériel, a écrit M. le docteur Fiiiux, les personnes en cause s'ohservent et ne se réunissent qu'après avoir par quelque soin, s'il y a lieu, leulé de protéger leur santé réciproque. C'est du moins ce qui se passe dans la majorité des cas (1} n.

Ce sont ià des raisons suflisantes pour me confirmer dans l'opinion que je ne saurais me préoccuper de la prostitution, que lorsqu'elle devient une industrie et, comme tous les métiers insalubres, est alors susceptible de tomber sous l'application des lois etrèglements que l'hygiène coinmaude.

Le dénombrement des prostituées, ainsi définies, devient chose possible. Lesrenseignements statistiques du Dispensaire nous fournissent, en effet, le nombre à peu près exact des filles soumises que nous chercherons à parfaire, au moyen des calculs de probabilité auxquelles se sont livrés quelques auteurs autorisés.

Ces désignations de « soumises u et n d'insou-

(1) Fiauï. Rapport [irÉEcut^ au uoiu de lu Couiiuiseiau spéciale de la police des mœurf. — Anuexe h la sf'itJice ilu lU août 13(13.

DES FILLES SOtlHlStS

.ises » sont, d'ailleurs, purement couveutionlelles, et répondent seulement au régime spécial lUs lequel est placée la prostitution dans notre lays (i). Encore convient-il d'observer que les ■eux catégories sont très souvent nominales. En fait les prostituées passent fréquemment d'une de ces catégories dans l'autre — parfois dans le cours d'une même année — et il serait imprudent de leur attribuer un sens trop absolu. C'est ce que nous aurons souvent à retenir au cours de

I celte étude, m. ~ Des F La fille soumise — dans te sens que donne à ces mots la langue administrative — est la prostituée, qui volontairement ou obligatoirement enregistrée sur les contrôles du service des Mœurs, est contrainte à des visites sanitaires périodiques, et, en échange des obligations qui lui sont imposées, obtient une tolérance relative pour l'exercice de sa proTessioa.

L'idée quia présidé â ceUe organisation a été

1res nettement formulée par M. le docteur Fiaux :

« Connaître la femme, afin de la soumettre, à

des intervalles plus ou moins rapprochés, à une

visite médicale, de façon à la laisser libre de ses

L) Voyei Reuss, la FToslUalion au point de vue de l'hyf. en France et à l'étranger. Paris, 1889, chap . i.

ift

LA lillOSTITUTIOS f

actes aeiuels ou à les lui interdire selon son étal de santé, voilà tout le système (t) ».

L'inscription est la base de ce régime, et du nombro plus ou moins grand des filles inscrites dépend évidemment laraison d'être de son fonctionnement.

Si l'on se place pour un instant dans l'ordre d'idées qui a inspiré ses inventeurs, il est clair que l'idéal serait d'imposer, à toutes les fenimes qui font métier de prostitution, et l'inscription et les visites. Or, eu fait, quelle est la quantité des filles de cette catégorie?

Si l'on se reporte aus renseignements fournis par la Préfecture de police, ou s'aperçoit immédiatement que le nombre des fiUes soumises, loin de comprendre la majorité de celles qui, quotidiennement, demandent leurs moyens d'existence aux rapports passagers qu'elles ont avec ceux qu'elles rencontrent ou provoquent, n'en forme que la minorité. Voici, en effet, quel a été depuis dix-sept ans le chiffre des filles inscrites :

iSlS ., 1 493

(1) D' Kiauï. lldpport jjrédlc, p, il.

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