‹ La prostitution clandestine à ParisChapitre 16 sur 131 · DISPENSAIRE DE SALUBRITÉ · texte numérisé non relu

DISPENSAIRE DE SALUBRITÉ

transmettra à la Préfecture de police l'exéat signé par le médecin traitant. Récépissé de cet exéat sera délivré par la Préfecture et envoyé à l'asile, qui ne devra autoriser la sortie définitive qu'après l'accomplissement de celte formalité. Dès sa sortie, la fille devra se présenter au dispensaire. »

Il nous est difficile de croire que la fille malade, en quittant le dispensaire, se rendra bénévolement à l'asile sanitaire et qu'elle ne se hâtera pas de disparaître pour éviter d'être internée ; nous savons bien qu'à côté de ce projet se rattachait la création d'un service spécial d'agents, pour aller à la recherche des récalcitrantes ; mais, combien de ces femmes malades se déroberaient à toute recherche en franchissant les fortifications et en allant se réfugier en province? Lorsque ce mode de faire a été adopté, on a supposé trop facilement que les filles malades ont hâte de se faire soigner; l'expérience démontre le contraire. Nous prouverons plus loin, spécialement en ce qui concerne les insoumises, que les filles qui se livrent à la prostitution se préoccupent médiocrement de leur santé et qu'elles ne se préoccupent nullement des accidents qu'elles peuvent transmettre. Si elles le désiraient, il leur serait facile de se rendre librement dans un hôpital pour se faire soigner ; elles ne le font pas ou si elles se rendent aux consultations, elles veulent rester libres de leurs mouvements et continuent à faire de la prostitution. Ce que nous avons vu se produire au dispensaire, il y a peu d'années, nous confirme dans nos impressions : M. Lépine, Préfet de police actuel, pondant qu'il était secrétaire général de la Préfecture, avait eu la pensée, excellente en soi, de faire revenir au dispensaire, pour qu'on pût constater leur état de santé, les insoumises qui sortaient de l'infirmerie de Saint-Lazare où elles avaient été traitées pour des accidents syphilitiques. En rendant ces jeunes filles à la liberté on mentionnait qu'elles étaient ajournées à une visite ultérieure dans la quinzaine. Comme ces insoumises étaient libres de ne pas se rendre à la convocation médicale, elles s'empressaient de rester chez elles ; loifr retour au dispensaire ne se faisait que lorsqu'elles avaient été arrêtées de nouveau pour actes de prostitution; presque toujours, dans ces cas, nous les retrouvions malades. Dans une période de cinq années, c'est à peine si nous avons vu trois ou quatre insoumises consentir à se déranger pour faire constater s'il n'y avait pas récidive d'accidents syphilitiques. Pourquoi auraient-elles

répondu à notre convocation, puisqu'il n'y avait aucune sanction contre leur mauvaise volonté? Cette mesure excellente en soi n'a donné aucun résultat. 11 est bien évident que pour les insoumises, qui font de la prostitution clandestine, un bien petit nombre consentiraient, si elles étaient libres, à se rendre à l'asile sanitaire.

C'est avec raison que le Préfet de police M. Lozé insista auprès du Conseil municipal, pour faire adopter un article additionnel qui donnait une sanction nécessaire contre les filles disposées à ne pas se rendre à l'asile sanitaire. Voici cet article qui constitue le paragraphe 2 de l'article 6.

« Dans le cas où une fille contaminée et ayant reçu au dispensaire un bulletin d'asile ne se sera pas rendue dans les vingt-quatre heures à cet établissement, elle sera recherchée par le service de surveillance sanitaire et conduite d'urgence à l'asile sanitaire oit elle sera internée jusqu'à sa guérison dans un quartier spécial. »

Il ressort de l'exposé que nous venons de faire : 1° que le Conseil municipal avait admis que toute sortie de l'asile serait formellement interdite, avant complète guérison; 2° que toute fille malade qui ne se rendrait pas à l'asile sanitaire y serait conduite d'urgence et y serait internée, jusqu'à sa guérison, dans un quartier spécial. Ces deux points adoptés, pour ce qui concerne les filles inscrites, sont importants à signaler avant d'aborder la question de Saint-Lazare. Ils doivent s'appliquer évidemment aux insoumises majeures dont il n'est pas fait mention dans la discussion du Conseil municipal; par contre, il est question, d'une façon très nette, des insoumises mineures qui ont donné lieu à un long et très important débat et pour lesquelles on a adopté les articles suivants :

Article 12. — Les filles mineures se livrant d'habitude à la prostitution reconnues atteintes de maladies vénériennes, pourront être internées dans un établissement hospitalier autre que l'asile sanitaire prévu par l'article 6, et y être retenues jusqu'à complète guérison.

Article 13. — Il y a lieu de fonder pour les filles mineures en état de vagabondage immoral, originaires du département de la Seine, un établissement spécial qui devra être rattaché au service des moralement abandonnés et dont le régime sera celui d'une institution d'éducation professionnelle. La réforme morale et physique des jeunes filles qui y seront internées devra être le but constant à poursuivre. Cet établissement ne devra avoir aucun caractère pénitentiaire. Une infirmerie spéciale pourra y être annexée, et devra recevoir les filles mineures dont la situation a été prévue à l'article 12.

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La mise en pratique de ces différents articles aurait donné incontestablement des résultats excellents et apporté une amélioration salutaire à la situation actuelle ; malheureusement, après avoir accepté en détail les différents articles du projet de la commission, la majorité du Conseil municipal, pour des motifs qui nous échappent, repoussa l'ensemble du projet. Apres une longue et très sérieuse discussion, qui avait occupé plusieurs séances du Conseil, on aurait été condamné au statu quo si MM. Humbert, Strauss et plusieurs autres conseillers n'avaient eu la pensée de sauver, du projet de la commission, la partie la plus importante ; grâce à leur initiative, les propositions suivantes furent adoptées, à l'unanimité des 56 votants :

lre Proposition:

« Il sera ouvert un asile sanitaire dans lequel seront envoyées les femmes reconnues malades par les médecins du dispensaire municipal.

« Cet asile ne pourra être, ni comme emplacement, ni comme régime, confondu avec la prison de Saint-Lazare ni avec un autre établissement pénitentiaire. »

2m0 Proposition :

« Le Conseil est d'avis qu'il y a lieu de fonder pour les filles mineures, en état de vagabondage immoral, originaires du département de la Seine, un établissement spécial qui devra être rattaché au service des moralement abandonnés.

« Une infirmerie spéciale pourra y être annexée et devra recevoir les filles mineures se livrant d'habitude à la prostitution et reconnues atteintes de maladies vénériennes. »

Quand réalisera-t-on les propositions importantes adoptées par le Conseil municipal? 11 est difficile de le prévoir. Jusqu'à présent aucune modification n'a été apportée à ce qui se faisait autrefois et les usages antérieurs sont restés ce qu'ils étaient avant la discussion de 1890. Nous aurons à revenir, plus loin, sur cet intéressant sujet. Pour le moment, il y a lieu de parler du fonctionnement du dispensaire, au point de vue des insoumises, tel qu'il existe depuis longtemps.

Lorsque les prostituées clandestines sont conduites au dispensaire, elles sont placées dans une salle du premier étage, de façon à

ce qu'elles n'aient pas de communication facile avec les prostituées inscrites; elles se trouvent sous la surveillance de deux gardes républicains; mais, malgré la présence de ces deux agents de l'autorité, la tenue de ces jeunes filles est loin d'être édifiante, il s'en faut. Il y aurait évidemment utilité à séparer plus complètement les insoumises des filles inscrites, de façon à rendre toute communication absolument impossible entre elles; il faudrait, dans ce but, agrandir le local du dispensaire, qui est manifestement insuffisant. Le séjour des insoumises dans la salle d'attente du premier étage n'est pas de longue durée; elles sont conduites, au moment de l'examen médical, dans une salle du dispensaire où se trouve un médecin, chargé de leur inscription sur un cahier spécial où il notera également le diagnostic.

Ce médecin a également pour mission de préparer les feuilles de maladie, pour l'envoi à l'infirmerie de Saint-Lazare, des insoumises reconnues atteintes de maladies vénériennes. Dans cette même salle se trouve, en permanence, un garçon de bureau chargé de maintenir l'ordre et d" empocher la fuite des insoumises. Dans une seconde salle, séparée de la première par une grande cloison, se tient le médecin en chef ou le médecin en chef adjoint, qui doit procéder à l'examen successif de chaque insoumise. Dans celte seconde salle, indépendamment des médecins, il y a une infirmière chargée du nettoyage des instruments, après chaque investigation médicale. Nous avons dit ailleurs (1) les modifications heureuses apportées par M. le Dr Passant, dans le service du dispensaire. Depuis l'époque où cette brochure a paru, il a fait installer un réservoir spécial chauffé au gaz, où on a constamment de l'eau en ébullition. Les instruments, soigneusement nettoyés après chaque examen, sont plongés dans l'eau bouillante.

La visite des insoumises a lieu, presque toujours, de une heure à trois heures ; elle est faite d'une façon très minutieuse : après une investigation spéciale de la bouche, le médecin examine successivement l'anus, la vulve, Turéthre, le vagin et le col utérin, les régions inguinales et abdominales; souvent aussi, lorsqu'il y a certains doutes, on regarde la poitrine et les seins. L'examen terminé, le médecin chargé des écritures en consigne le résultat sur un livre

(l) La prostitution devant l'Académie de médecine de Belgique, page 27.

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ad hoc et sur les folios délivrés au dépôt pour chaque insoumise; il remplit, en outre, la feuille d'envoi à l'infirmerie de Saint-Lazare, lorsque l'insoumise est malade. Cette feuille d'envoi ressemble à celles qui sont destinées aux filles inscrites malades, à cette différence près que, pour les insoumises, elle est de couleur rouge. On mentionne le nom et les prénoms de la malade, son âge, le lieu de sa naissance, sa profession, son domicile, l'année et le jour de l'envoi à Saint-Lazare, avec le diagnostic du dispensaire. Cette feuille accompagne l'insoumise malade à l'infirmerie; elle reviendra avec elle, lorsqu'elle repassera, après guérison, au dispensaire et portera le diagnostic du médecin traitant, avec l'indication des complications qui ont pu survenir et la mention de la médication mise en pratique. Voici la copie de ce document qui servira à établir la statistique des maladies vénériennes :

1" division

2* BUREAU 3e SECTION

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