‹ La prostitution clandestine à ParisChapitre 18 sur 131 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Le Médecin du Dispensaire,

Le Médecin de Saint-Lazare,

Lorsque l'insoumise n'est pas malade, on constate sur un bulletin spécial qu'elle est saine; cette mention est inscrite également sur le folio particulier qui porte ses nom et prénoms et qui renseigne l'administration sur son état de santé.

Après la visite médicale du dispensaire, les insoumises sont reconduites au dépôt où elles séjournent jusqu'au moment de leur départ, pour l'infirmerie de Saint-Lazare, pour celles qui sont malades ; quant à celles qui sont saines, elles attendent la décision qui sera prise par l'administration, après qu'elle se sera mise en rapport avec leur famille, ainsi que nous l'avons dit dans le chapitre précédent.

Dans la période de 1878 à 1887 que nous étudions, il y a eu 27,007 visites faites au dispensaire chez des insoumises. Ce chiffre est inférieur de quelques unités à celui que j'avais cité en 1890 dans mon travail : Recherches sur les maladies vénériennes à Paris. Cette différence est la conséquence d'investigations nouvelles qui m'ont démontré qu'un certain nombre de filles avaient figuré à tort dans la classification des insoumises; j'ai dû. par conséquent, les retrancher du chiffre primitivement indiqué. Le total des visites faites ne représente pas la quantité exacte des insoumises arrêtées, un certain nombre d'entre elles ayant été saisies, pour actes de prostitution, plusieurs fois dans une môme année et plusieurs fois dans la période des dix années.

L'examen médical a fait constater 8,476 maladies, parmi lesquelles il y a eu : 1° 4,428 fois des accidents syphilitiques; 2° 3,541 fois des accidents vénériens; 3° 507 fois la gale. Le nombre des maladies ne représente pas le nombre exact des unités malades, un grand nombre de ces insoumises ayant pu être arrêtées à plusieurs reprises, et examinées à plusieurs reprises au dispensaire, soit dans l'espace de dix années ou même dans la même année.

Le chiffre des insoumises malades (unités) a été exactement de 6,842.

Il suit de là que pour établir la statistique des maladies, j'ai dû tenir compte de deux facteurs principaux: 1° le nombre des insoumises examinées; 2° le nombre des visites faites chez la même insoumise, ainsi que le nombre des manifestations morbides observées. Je signalerai, par suite, le nombre des unités malades et le nombre des unités maladies. Ces deux côtés de la question me

DISPENSAIRE DE SALUBRITE

paraissent aussi nécessaires à étudier l'un que l'autre, puisqu'ils se complètent l'un par l'autre.

Pour l'étude des insoumises et pour la statistique de leurs maladies, deux divisions importantes s'imposaient :

1° L'étude des insoumises mineures;

2° L'étude des insoumises majeures.

Après avoir établi l'état pathologique de chacun de ces groupes, j'examinerai les résultats observés pour l'ensemble de ces deux grandes divisions.

Il m'a paru utile d'étudier par années successives, les maladies constatées et l'âge des insoumises.

Pour les mineures, l'âge varie de onze et douze ans jusqu'à vingt ans et au-dessus, mais reste naturellement limité au-dessous de vingt et un ans.

Pour les insoumises majeures, l'âge peut varier de vingt et un ans à soixante ans.

J'examine les différentes manifestations morbides constatées, en les groupant par catégories, et après avoir mentionné l'ensemble des accidents syphilitiques ou vénériens, après avoir fait connaître leur siège et leur gravité, j'en fais une catégorie spéciale, suivant que les maladies ont été observées chez les insoumises, mineures ou majeures, qui ont le môme âge. Cette classification minutieuse, avec tous les détails qu'elle comporte, a été dressée spécialement pour chacune des années de la période décennale de 1878 à 1887 ; elle est le résultat de mes longues recherches et de l'étude attentive des dossiers de toutes les insoumises trouvées malades pendant cette époque.

J'ai cru, tout d'abord, devoir me conformer aux traditions du dispensaire et adopter la classification la plus ancienne au point de vue des maladies constatées. Je ne pouvais ni ne devais sous aucun rapport, quelles que fussent, du reste, mes impressions sur le diagnostic indiqué, apporter aucune modification à ce qui avait été établi pendant la période que j'ai étudiée. Le seul changement introduit a porté sur la distinction à établir entre le nombre d'unités malades et le nombre des maladies signalées. C'est ainsi que j'ai agi lorsque j'ai publié mon travail sur les insoumises mineures (i).

(1) Syphilis et prostitution chez les insoumises mineures. G. Masson, éditeur,

Ce changement s'imposait de toute nécessité. Jusqu'à présent, les statistiques dressées pour les insoumises avaient pour base le nombre des arrestations et on supposait que la comparaison des maladies devait être faite avec ce nombre, qui était également celui des visites faites; on adoptait ce chiffre comme s'il avait représenté exactement celui des unités insoumises. En réalité, il désignait l'ensemble des arrestations et des visites et non l'ensemble des unités insoumises. Dans les calculs adoptés, on avait négligé de chercher si ces insoumises avaient été arrêtées plusieurs fois dans la môme année et avaient figuré plusieurs fois dans le chiffre des arrestations et dans celui des malades. Pour une étude d'ensemble sur plusieurs années, lorsqu'on voulait estimer les résultats observés, on oubliait qu'un certain nombre d'insoumises examinées à plusieurs reprises au dispensaire, pendant une même année, avaient pu être examinées et trouvées de nouveau malades dans la période des années adoptées, comme terme de comparaison. Un exemple montrera très clairement l'importance de cette remarque.

Voici, par exemple l'année 1887, pendant laquelle il y a eu 2.579 arrestations faites chez les insoumises et, partant, 2.570 visites pratiquées au dispensaire. Parmi ces insoumises on a constaté 803 fois des maladies. Le chiffre 803 aurait été considéré comme représentant le nombre des unités malades, alors que le chiffre réel est 702, quelques-unes des insoumises ayant été trouvées plusieurs fois malades dans la môme année. Les maladies sont plus nombreuses que les unités malades.

Le même chiffre de 702 unités malades subira une nouvelle diminution, lorsqu'il aura été constaté que quelques-unes de ces unîtes ont été arrêtées plusieurs fois dans la période de dix ans et reconnues de nouveau malades. Nous aurons, du reste, à revenir sur ce sujet, lorsque nous étudierons l'ensemble des résultats obtenus.

Les maladies constatées au dispensaire ont été groupées en trois grandes divisions :

1° Affections vénériennes syphilitiques;

2° Affections vénériennes non syphilitiques;

3° Affections parasitaires.

1° A/Jections vénériennes syphilitiques.

Dans cette catégorie, je fais figurer les chancres et les accidents

DISPENSAIRE DE SALUBRITE 189

secondaires. Les accidents tertiaires font aussi partie de cette nomenclature, mais ils constituent, dans nos résultats, une infime minorité, qui pourrait être négligée sans grands inconvénients. Il semble que le chancre infectant, que le chancre induré devrait seul figurer dans ce groupe et que je devrais logiquement établir une distinction entre les différentes espèces de chancres. J'ai déjà expliqué dans un mémoire antérieur (1) les motifs qui m'avaient porté à classer les chancres, sans dénomination spéciale, dans la catégorie des accidents syphilitiques. 11 est indispensable d'insister de nouveau sur ce point. Mes recherches portent sur une période de dix ans, pendant laquelle l'examen des insoumises était fait au dispensaire de salubrité par le Dr Clerc, médecin en chef. Or, M. le Dr Clerc dont le diagnostic était très sûr, mentionnait quelquefois la nature du chancre, mais, le plus souvent, il se contentait de diagnostiquer chancre, sans épithôte, parce qu'il n'y avait pas, à ce moment môme, une certitude absolue sur le caractère de cet accident primitif. Il estimait d'ailleurs, comme nous, que beaucoup d'accidents primitifs (érosion chancreuse ou chancre») ayant les signes les plus bénins au début étaient le point de départ d'accidents syphilitiques ; mais sïl ne pouvait pas les reconnaître immédiatement, en raison de leur aspect douteux, pour des chancres syphilitiques, il réservait l'avenir en les désignant sous le nom générique de chancre. Bien souvent, en effet, ils étaient suivis de la série des accidents classiques de la syphilis. Je ne pouvais donc pas ne faire figurer, dans la classification des accidents spécifiques, que le chancre qu'il avait dénommé induré, infectant ou syphilitique, ce qui eut constitué alors une exception dans l'ensemble général et eût faussé le diagnostic porté, en modifiant les intentions du Dr Clerc. Une autre raison militait en faveur de la classification adoptée : tout le inonde sait combien il est souvent difficile, chez la femme, de préciser, au début, si le chancre sera induré ou ne le sera pas; il y a, en outre, telle ulcération, en apparence la plus insignifiante, ou même tel chancre qu'on serait disposé à classer parmi les chancres simples, qui a été l'origine des accidents syphilitiques les plus avérés. Tous les syphiligraphes ont été témoins de faits analogues. Ce que je viens de dire pour le chancre sans êpithète pourrait s'appliquer également à l'accident

(1) Recherches sur les maladies vénériennes à Paris. G. Masson, éditeur, pages 9 et 10.

dénommé, par le Dr Clerc, érosion chanereuse. Il est évident qu'au point de vue scientifique, cette expression est défectueuse; mais il faut chercher le mobile qui a guidé le Dr Clerc. Au moment où il posait son diagnostic, il était en présence d'une ulcération de nature très suspecte, mais dont les signes incertains encore ne l'autorisaient pas à prononcer le nom de chancre ; c'était bien dans sa pensée le commencement de révolution du chancre. La preuve en est, du reste, dans ce fait que ces érosions chancreuses ont été, dans plusieurs cas, accompagnées d'accidents secondaires.

Comme il ne s'agit pas ici d'un travail didactique sur la syphilis, mais seulement de l'exposé circonstancié de ce qui a été constaté au dispensaire de salubrité, il était nécessaire de montrer les difficultés rencontrées pour porter un diagnostic absolument précis. On ne saurait être absolu, dans beaucoup de circonstances, après un examen unique et nécessairement rapidement fait. Le but principal de la visite médicale a été atteint lorsqu'on a constaté un état pathologique incontestablement transmissible; comme conséquence, on a enlevé de la circulation la femme présentant un symptôme vénérien ou syphilitique et on Ta mise dans l'impossibilité de transmettre les accidents dont elle est atteinte. Le côté scientifique de la question, très intéressant au point de vue doctrinal, perd beaucoup de sa valeur lorsqu'on se place au point de vue administratif, et qu'on admet la nécessité d'arrêter la propagation des maladies contagieuses. Les chancres mous sont rarement observés au dispensaire de salubrité; ils ont donc ajouté peu d'unités à la somme des accidents syphilitiques. En ne les mentionnant pas dans la catégorie des accidents vénériens non syphilitiques, on n'apporte aucune altération sérieuse aux chiffres de la statistique syphilitique. Je crois utile de signaler encore un point spécial concernant les maladies vénériennes non syphilitiques. Très souvent les insoumises atteintes d'affections syphilitiques ont, en môme temps, des accidents vénériens. En pareil cas, j'ai mentionné dans les classifications que j'ai faites, le symptôme principal, c'est-à-dire l'accident syphilitique, négligeant volontairement de citer l'accident vénérien non syphilitique, la maladie accessoire m'ayant paru devoir s'effacer devant la maladie principale. La somme des manifestations non syphilitiques aurait donc pu être grossie si, à cet ensemble, j'avais ajouté celles qui ont été rencontrées sur des sujets syphilitiques.

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