CHAPITRE PREMIER
Des causes de la prostitution en général et de la prostitution clandestine en particulier.
Si le mot prostitution clandestine devait être pris dans le sens grammatical et absolu, un grand nombre des jeunes filles qui ont fourni les éléments de mon travail et de mes statistiques devraient être reléguées dans une catégorie spéciale; beaucoup, en effet, quel que soit, du reste, leur âge, font de la prostitution, d'une façon non déguisée, en descendant dans la rue et en allant sans vergogne à la recherche des amateurs ; elles ont autant d'assurance que les prostituées soumises et ne cherchent, en aucune façon, à faire illusion sur l'industrie qu'elles exercent. Dans ces cas le mot prostitution non réglementée où prostitution des insoumises conviendrait mieux à cette situation spéciale ; mais, comme dans les différentes catégories des femmes examinées, il en est qui font de la prostitution dune façon moins brutale ; comme il s'en trouve beaucoup qui cherchent à se donner les apparences d'une demi-honnêteté sexuelle ; comme certaines ne vont ni dans les bals publics, ni dans certains théâtres spéciaux, endroits bien connus pour être le rendez-vous des femmes de bonne volonté et de vertu peu farouche; comme d'autres se contentent de recevoir dans leur appartement, aux apparences plus ou moins discrètes, les clients recrutés par des manœuvres habiles, il nous a semblé qu'il convenait de conserver l'expression de prostitution clandestine, qui englobe toutes les variétés des prostitutions, autres que la prostitution réglementée ou prostitution des filles soumises.
Ceci dit, il semble nécessaire de donner une définition du mol prostitution. Le dictionnaire de l'Académie (édition de 1835) dit: Prostitution, substantif féminin, Abandonnement à limpudicité. Le dictionnaire de Littré donne la même définition. Ce n'est pas là une explication claire et compréhensible et cette définition semble avoir été adoptée pour rester dans l'obscurité.
Parent-Duchatelet (1) adoptant les idées émises dans le message adressé par le Directoire exécutif au conseil des Cinq Cents (7 janvier 1796) dit « que les circonstances qui doivent, aux yeux des législateurs, constituer la fille publique sont : récidive ou concours de plusieurs faits particuliers légalement constatés, notoriété publique, arrestation et flagrant délit prouvé par des témoins autres que le dénonciateur et l'agent de police ».
Cette définition s'applique spécialement aux prostituées ou filles publiques et ne peut servir à caractériser la prostitution des filles insoumises, c'est-à-dire des filles non inscrites. Comme Parent- Duchatelet s'est occupé d'une façon spéciale des filles inscrites, une grande partie de la prostitution de Paris a échappé aux investigations de cet écrivain.
Pierre Dufour (2) donne la définition suivante : on doit entendre par le mot prostitution toute espèce de trafic obscène du corps humain en ramenant le mot à son étymologie (prosiitutum). Cette définition, plus large que celle de Parent-Duchatelet, est cependant défectueuse, par l'emploi de Tépithète obscène qu'il ajoute au mot trafic du corps humain. Il peut y avoir des rapports sexuels entre un homme et une femme qui vend ses faveurs, sans que ces rapports soient nécessairement obscènes. Ce qu'il dit plus loin vient heureusement modifier cette définition et lui donner une interprétation plus complète et plus claire.
« La véritable prostitution a commencé dans le monde, du jour où la femme s'est vendue comme une denrée, et ce marché, de même que la plupart des marchés, a été soumis à une multitude de conditions diverses. Quand la femme se donnait, en obéissant aux désirs du cœur ou aux entraînements de la chair, c'était l'amour, c'était la volupté, ce n'était pas la prostitution qui pèse et qui
(1) De la Prostitution dans la ville de Paris, pages 24 et 2u. J. B. BailJière, 1837.
(2) Histoire de la Prostitution chez tous les peuples du monde. Librairie universelle, Bruxelles, 1851.
CAUSES DE LA PROSTITUTION à
calcule, qui tarifie et qui négocie. Comme la volupté, comme l'amour, la prostitution remonte à l'origine des peuples, à l'enfance des sociétés. »
Maxime du Camp (1) accepte la définition donnée par le Digeste (Digeste, lib. XIII, tom. 11) : palam... sine delectu... pecunia accepta. Il ajoute en parlant de la prostitution clandestine : « C'est par euphémisme qu'on dit prostitution clandestine ; elle n'a de clandestin que le mot; elle procède, en effet, ouvertement, sans choix, pour de l'argent; elle encombre les boulevards, les Champs-Elysées, le bois de Boulogne ; elle remplit nos théâtres, non seulement dans les loges, mais sur les planches où elle paye pour se montrer, comme sur une table de vente, au plus offrant et dernier enchérisseur. »
Le Dr Martineau (2) dit : « La prostitution est le commerce du plaisir. » Définition fort hasardée, nous semble-t-il ; mais il rentre dans la définition de la loi romaine, lorsqu'il ajoute : « La prostituée est la femme qui se tient à la disposition de qui la paie.
« Est prostituée publique, celle qui ne choisit pas son acheteur. Est prostituée encore assurément ^elle qui le choisit, mais ne l'est pas de la même façon. »
Je ferai remarquer qu'une prostituée publique peut très bien ne pas choisir son acheteur, mais qu'elle n'est pas forcée, néanmoins, d'accepter quand même l'acheteur qui se présente ; elle peut refuser, au besoin, qui lui déplaît ; l'expression sine delectu de la loi romaine peut ne pas être toujours exacte.
M. le Dr Reuss (3) donne de la prostitution la définition suivante : « C'est le commerce habituel qu'une femme fait de son corps » — définition exacte de tous points ; il dit ensuite : « Une prostituée est une femme qui, se tenant à la disposition de tout homme qui la paye, se livre à la première réquisition. » Je ferai ici la même réserve que pour le sine delectu de la loi romaine. On peut être une prostituée et faire commerce de son corps, sans cependant se livrer à la première réquisition du premier venu.
M. le Dr Reuss établit, avec juste raison, une démarcation entre
(1) Parix, ses organes, ses fonctions et sa vie, tome III, page 456. Librairie Hachette, 1872.
(2) La Prostitution clandestine. Adrien Delahaye, 1885.
(3) La Prostitution au point de vue de l'hygiène et de l'Administration. Paris, 1889. J. B. Baillière.
la femme débauchée et la femme prostituée. Je critiquerai le mot femme débauchée employé à propos des femmes qui acceptent un amant ou un protecteur et qui lui restent fidèles. Une femme peut prendre un amant par affection ou parce que les ressources de son travail lui sont insuffisantes et ne pas être cependant une femme débauchée, dans l'acception absolue du mol.
Emile Richard, ancien Président du Conseil municipal de Paris, dans son livre La Prostitution à Paris (1) trouve la définition de la loi romaine exacte; il dit ensuite :
« Doit seulement être réputée prostituée, toute femme qui, publiquement, se livre au premier venu, moyennant rémunération pécuniaire et n'a d'autres moyens d'existence que les relations passagères qu'elle entretient avec un plus ou moins grand nombre d'individus. »
Cette définition, qui embrasse la plupart des faits relatifs à la prostitution, ne s'applique pas cependant à la prostitution clandestine, à cause du mot publiquement qui complète l'acte accompli par la femme ; il devrait être retranché de la phrase, à moins d'ajouter un correctif qui en modifierait le sens. Je crois la définition suivante plus complète : La prostitution est l'acte par lequel une femme, faisant commerce de son corps, se livre au premier venu, moyennant rémunération et n*a d'autres moyens d'existence que ceux que lui procurent les relations passagères qu'elle entretient avec un plus ou moins grand nombre d'individus.
Cette définition embrasse toute espèce de prostitution et laisse de côté les femmes entretenues ou celles qui, a^ant un amant, vivent des libéralités de cet amant, mais ne se donnent pas à d'autres individus moyennant rémunération; on a souvent demandé où commence et où finit la prostitution. La réponse est facile, lorsqu'on tient compte de la définition énoncée plus haut. Une femme peut avoir successivement plusieurs amants auxquels elle se donne par entrainement des sens ou par inclination du cœur sans rentrer dans la classe des prostituées ; une femme entretenue peut être une prostituée, quel que soit son train de maison, si, en dehors de son protecteur en titre, elle constitue à côté une espèce d'association en commandite qui lui paye un tribut plus ou moins régulier
(1) Librairie J. B. Baillière et fils, 1890.
et se charge du supplément des dépenses exigées par la table, par les toilettes, par les écuries ou même par les simples fantaisies. Toute femme qui va dans certains bals, dans certaines réunions publiques ou dans certains théâtres pour rencontrer l'amateur qui. moyennant rémunération, acceptera ses faveurs, rentre dans la catégorie des prostituées, plus ou moins clandestines; il en est de même de celles qui choisissent le champ des courses comme champ de manœuvres et qui distribuent largement leur adresse à tous les gens disposés à grossir leur clientèle et à leur apporter le tribut de leurs hommages, mais surtout de leur porte-monnaie; sont également des prostituées les femmes qui n'allant pas elles-mêmes dans les théâtres, les bals, les promenades, ne quittant pas leur domicile, s'ingénient à faire connaître leur adresse à tous les voyageurs qui descendent dans les hôtels importants des quartiers riches de Paris ; doit être rangée aussi dans la catégorie des prostituées, toute femme4 qui, ayant un mari ou un amant, ne se fait pas scrupule de se livrer plus ou moins souvent à des hommes qui consentiront à lui payer une robe, un bijou, un meuble dont elle a envie ou qui lui permettront de puiser dans leur bourse.
Après cette énumôration, il est de toute nécessité d'étudier les causes multiples de la prostitution. Tous les auteurs ont indiqué : la paresse, la vanité et le désir de briller, l'abandon après une première faute et la grossesse qui en a été la conséquence, l'inconduite des parents, les mauvais traitements subis dans les familles, les mauvaises fréquentations, la détestable influence des camarades, l'insuffisance d'un travail rémunérateur et bien souvent aussi la misère qui en est la conséquence. Je pourrais examiner successivement tous ces motifs énumérés bien souvent, mais il m'a paru plus utile de rechercher dans l'histoire même de toutes les femmes arrêtées pour faits de prostitution, les causes qui ont déterminé leur abaissement. C'est dans l'analyse des dossiers de toutes ces femmes que j'ai trouvé le point de départ de toutes les chutes successives, les mobiles indéniables de leur vie déréglée. —Il y a lieu de dire immédiatement qu'il existe une série de causes spéciales pour les filles originaires de Paris, que nous ne retrouvons pas chez celles qui sont nées plus ou moins loin du département de la Seine ; il sera donc nécessaire de faire des catégories, en tenant compte du lieu d'origine. Il sera utile, à mesure que j'énumérerai les causes
initiales de la prostitution, de citer des exemples qui feront ressortir d'une façon bien manifeste, l'importance des faits -signalés.
Bals publics, bals champêtres, fêtes locales. — Les bals publics sont l'origine de la chute de beaucoup de jeunes filles, aussi bien en province qu'à Paris. — A la campagne, c'est dans les bals et les fêtes locales que commencent les intimités entre les jeunes gens et les jeunes filles ; c'est souvent au retour de ces réunions que de très jeunes filles, excitées par la danse et par la boisson, se laissent entraîner loin de leurs compagnes et cèdent aux désirs du cavalier qui a su leur plaire et qui a mis une insistance particulière à les distraire et à les flatter. Cette première chute amène des fautes successives et lorsqu'il n'y a plus de bals pour expliquer son absence de la maison paternelle, la jeune fille invente mille prétextes pour se trouver aux rendez-vous indiqués par son amant. Ces rendez-vous, d'abord discrets et peu fréquents, deviennent insensiblement plus nombreux et moins cachés ; on cause au village et bientôt chacun sait que la fillette a un amant ; dans certains cas, l'amant, mis en demeure par les parents de la jeune fille, consent à l'épouser ; mais combien plus souvent, il oppose un refus formel au désir exprimé par la famille I C'est alors que commence pour la jeune fille une existence douloureuse accompagnée de reproches constants, qui vont quelquefois jusqu'aux sévices ; fatiguée de la vie qui lui est faite, elle quitte la maison paternelle et se dirige vers une grande ville, pour trouver du travail ou pour entrer en place. Les déceptions qui l'attendent seront fort nombreuses. Nous aurons l'occasion d'insister sur ce point, lorsque nous examinerons la question spéciale de la prostitution chez les domestiques.
La jeune fille qui quitte son village dans ces conditions n'est pas encore la plus malheureuse; mais elle est autrement à plaindre, celle qui devient enceinte et qui ne peut plus cacher aux yeux de ses compagnes et de ses parents les résultats de sa chute. Celle-là, lorsque l'amant refuse de réparer la faute commise ou de légitimer' l'enfant attendu, est l'objet du mépris de tous, car on n'est pas tendre au village et on n'a guère de pitié pour la fille tombée ! Si elle ne trouve pas de miséricorde dans le cœur de ses parents, elle est forcée de quitter le village et de se diriger sur Paris où l'attendent des épreuves sans nombre. Combien, parmi ces malheu-
reuses, ont roulé dans le ruisseau et sont devenues des prostituées ! Quelques-unes ont la bonne fortune, après leur accouchement, de trouver une place de nourrice, qui leur permet de faire des économies et d'élever leur enfant ; elles peuvent alors rentrer dans leur village et, avec le pécule ramassé, elles auront la chance de trouver un mari, qui sera quelquefois l'amant qui les avait abandonnées lorsqu'elles n'avaient pas d'argent et lorsqu'elles avaient besoin de protection.
Les inconvénients des bals champêtres ou des réunions des fêtes locales sont bien minimes comparées aux dangers de toutes sortes qui attendent les filles qui fréquentent les bals des grandes villes, notamment ceux de Paris. Dans ces bals, fort nombreux, se rencontrent des jeunes gens sans travail qui n'attendent qu'une occasion favorable pour exploiter la jeune fille, lorsqu'elle aura le malheur de les écouter; là se trouvent des hommes sans profession avérée, des déclassés de tous les états, des gens qui vivent de vol et de rapine et qui dépensent avec les filles qu'ils rencontrent le produit de leurs méfaits ; c'est dans ces bals que sont entraînées par des camarades plus âgées, des petites filles ayant à peine douze et treize ans; elles vont là pour s'amuser et aussi avec l'espérance d'y rencontrer des hommes généreux qui leur offriront des rafraîchissements ou quelque objet de toilette ; c'est dans ce milieu fréquenté par de nombreuses filles qui vivent de la prostitution, que déjeunes ouvrières se laissent guider par celles qui ont déjà une longue expérience du vice ; elles acceptent les rendez-vous qui leur sont demandés et se livrent, pour quelque menue monnaie, à des hommes avec qui on les a mises en relation. Parmi les mineures de Paris qui ont quitté le domicile de leur famille pour tomber plus tard dans la prostitution clandestine, il en est bien peu qui n'aient débuté dans ces bals et qui n'y aient trouvé les camarades les mieux disposées à favoriser leur inconduite. Un certain nombre d'entre elles se livrent, pendant quelque temps, au seul plaisir de la danse, mais à mesure qu'elles fréquentent ces milieux interlopes, elles entendent les propos les plus graveleux, elles s'habituent à tout voir et à tout écouter sans rougir ; un pas encore et elles n'hésiteront pas à accepter toutes les propositions qui leur seront adressées. La plupart des mineures interrogées sur les causes qui ont déterminé la vie désordonnée qu'elles mènent avouent avoir été entraînées au bal
par d'autres camarades qui les mettaient, au bout de peu de jours, en relation avec les individus qu'elles fréquentaient. Si l'occasion cherchée venait à faire défaut au bal, les camarades plus âgées conduisaient les plus jeunes chez des hommes toujours prêts à accueillir favorablement des recrues nouvelles. Voici, par exemple, une jeune fille de quinze ans et demi qui est arrêtée au mois de juillet 1891 et chez laquelle je constate un chancre de la fourchette. Cette jeune fille, qui n'a plus son père, s'est laissé entraîner par des camarades d'atelier, dans un bal public ; là, on lui fait faire la connaissance d'un ouvrier âgé d'une cinquantaine d'années, a\ec lequel ses camarades ont eu des rapports intimes. Il a pour habitude de donner 6 francs, c'est un tarif immuable, à celles qui ont consenti à se livrer à lui. Bien que cette jeune fille ne soit pas encore déflorée, il n'augmente pas sa rémunération et celle-ci se livre à cet homme pour cette modique somme! Le cynique amateur de fruits tendres et verts continuera, après celle-là, à souiller d'autres jeunes filles qu'elles soient ou non déflorées, jusqu'au jour où la main delà justice s'appesantira sur lui. Voilà pour cette malheureuse enfant de quinze ans le point de départ des habitudes de prostitution clandestine. Ce premier pas franchi, elle abandonne tout travail et continue à fréquenter les bals; elle se trouve bientôt en rapport avec des filles en carte habitant h» haut du faubourg du Temple : elle se lie avec elles, les accompagne dans leurs pérégrinations à la recherche des amateurs, et lorsqu'elle a rencontré des hommes de bonne volonté, elle les conduit dans le domicile d'une de ces prostituées de profession avec laquelle elle partage ses bénéfices. C'est après avoir fait ce métier pendant un mois, qu'elle est arrêtée et trouvée malade !
Un autre fait observé récemment m'a permis de constater, une fois de plus, le danger des bals publics. Au mois d'avril 1890, une jeune fille de seize ans est arrêtée pour s'être livrée à la prostitution clandestine. Cette jeune fille, qui a une tenue convenable et un air modeste, reconnaît qu'elle se livre à la prostitution depuis trois mois; mais le côté bizarre de son histoire, c'est qu'elle a pour amant un ouvrier mécanicien, qui travaille et gagne largement sa vie; cet ouvrier mécanicien, elle l'a connu dans un bal et elle s'est donnée à lui, alors qu'elle était encore vierge; elle a continué à fréquenter les bals, entraînée par des camarades, et s'est livrée à
la prostitution, sans que son amant lui fasse des observations ; il pousse môme la condescendance jusqu'à accepter de l'argent de sa maîtresse! Ce n>st pas le souteneur ordinaire, puisqu'il travaille assidûment; mais, il est sur la pente où il glissera fatalement pour devenir souteneur de profession ! C'est aussi dans les bals que les jeunes filles rencontrent le vrai souteneur, qui est un facteur important dans la démoralisation des jeunes filles. Nous étudierons, plus loin, son influence déplorable.
Vagabondage. — Si les enfants \agabonds sont surtout nombreux à Paris, on les trouve également dans les grandes villes de province comme dans les petites localités. Lorsque l'enfant n"a plus sa mère pour prendre soin de son existence, la direction morale, qui lui est nécessaire, fait bien souvent défaut; le père est absent pour son travail et c'est une voisine qui est ebargéedes soins minutieux indispensables à l'enfance; ces soins sont donnés d'une façon plus ou moins intelligente et distraite et lorsque la fillette devrait se rendre à l'école, on la laisse, par insouciance, jouer avec des petites camarades; elle s'habitue progressivement à ne rien faire et passe son temps à jouer; ces premières habitudes la portent, plus tard, à courir dans les rues ou sur les routes et à tendre la main au premier passant qu'elle rencontre : elle trouve naturel bientôt d'avoir un peu d'argent qui ne coûte aucune peine à gagner et qui lui permet d'acheter des sucreries pour satisfaire sa gourmandise, des rubans pour satisfaire sa vanité et son désir de plaire. Si la petite fille est orpheline, si elle n'a plus des parents dévoués qui aient à cœur d'en faire une femme honnête» et laborieuse, elle se laisse aller plus facilement encore à la paresse, à la nonchalance, au besoin de courir à l'aventure et de recueillir quelques sous dus à la générosité des passants. Il faut bien reconnaître qu'il n'y a pas, dans les campagnes, que les enfants orphelins ou ceux qui n'ont pas leur mère qui deviennent des enfants errants, se livrant facilement à la mendicité : bien des parents laissent leurs enfants errer au hasard et n'ont aucun scrupule de leur donner toute liberté pour solliciter la charité des voyageurs ou des étrangers. Qui n'a été témoin, dans les localités voisines des stations thermales, de la hardiesse de ces bandes d'enfants, garçons et filles de tout âge, qui courent après les voitures en psalmodiant, d'un air monotone, des cantiques ou
des chansons, pour obtenir une légère aumône? A quelque moment de la journée que les voitures traversent ces localités, elles sont suivies des mômes bandes d'enfants implorant la charité des malades ou des touristes; c'est ainsi que les enfants s'habituent à la mendicité et au vagabondage. A mesure que les jeunes filles grandissent, elles répugnent au rude labeur des champs, elles trouvent plus commode et moins pénible de solliciter les passants en leur offrant des fleurs, en attendant qu'elles s'offrent elles-mêmes à ceux que leur jeunesse peut tenter ! C'est le point de départ de la prostitution qui sera exercée plus tard, sur une grande échelle, lorsqu'on quittera le village pour aller dans une grande ville.
Mais c'est à Paris surtout que le vagabondage devient une des causes importantes de la prostitution des jeunes filles.
Lorsqu'on visite les quartiers populeux, si on pénètre dans les faubourgs et sur les boulevards extérieurs, on est surpris de la quantité d'enfants des deux sexes qui circulent à tort et à travers, à l'heure où ils devraient être à l'école ; ils passent leur temps à jouer; les parents sont souvent au travail, les enfants, fillettes et garçons, rentrent à l'heure des repas et laissent supposer qu'ils viennent de quitter la classe, alors qu'ils ont couru les rues, sont descendus souvent dans les quartiers du centre, les filles mendiant quelques sous, les garçons s'offrant pour faire une course ou ouvrir les portières d'une voiture. Rien de surprenant, dans ces conditions, qu'il se trouve encore à Paris des enfants qui ne savent ni lire ni écrire. Après les sacrifices considérables faits par la ville dé Paris pour le développement et la diffusion de l'instruction, on constate avec douleur que beaucoup d'enfants de Paris et du département de la Seine sont restés sans instruction, parce que les parents n'ont pas tenu la main à ce qu'ils fréquentassent les écoles ou parce que les enfants ont déserté l'école pour vagabonder. Dans les recherches que j'ai faites pour connaître le degré d'instruction des jeunes filles trouvées malades, j'ai eu à constater combien étaient nombreuses celles qui ne savaient ni lire ni écrire ou qui, sachant seulement lire, ne savaient pas écrire! Les jeunes filles qui ont fui l'école et ont pris l'habitude de ne rien faire accompagnent, dans leurs escapades, les jeunes garnements qui, cherchant aventure, arrivent à la mendicité, puis au vol, lorsque la mendicité ne donne pas une rémunération suffisante. Ces jeunes filles, sous prétexte de vendre des fleurs
dans les cafés, chez les marchands de vin, ou sur les trottoirs de nos rues, n'arrivent, en définitive, qu'à exercer un seul métier : la prostitution. Les garçons deviendront des cambrioleurs, des bonneteurs, des souteneurs. Le nombre des jeunes filles qui errent dans Paris, sans domicile fixe et sans moyens d'existence, va en augmentant de jour en jour et constitue une plaie sociale. Nous avons rencontré dans nos recherches une collection extrêmement nombreuse de très jeunes filles qui, étant sans domicile, s'étaient habituées àcoucher sous les ponts, dans les escaliers des maisons en construction, sous le porche de certains hôtels; elles préféraient cette vie de \agabondage à l'asile tranquille qu'elles auraient trouvé dans un hôpital, lorsque leurs maladies exigeaient cependant une médication sérieuse et énergique. Elles trouvaient naturel de traîner pendant cinq ou six mois leurs infirmités plutôt que de renoncer à celte existence de bohème pour se plier à la vie régulière dans une salle d'hôpital.
La gravité de cette situation a appelé l'attention de beaucoup d'hommes qui voient dans le développement de la prostitution un danger sérieux pour notre cité; ils ont cherché les moyens d'atténuer ces dangers. M. George Berry, actuellement député de Paris, a lu, au Conseil général de la Seine, un mémoire très important pour empêcher l'exploitation de l'enfance. Ce rapport, rempli de renseignements très curieux, a montré les méthodes employées pour faire mendier les enfants, sous les formes les plus diverses. Ces procédés sont aussi odieux qu'innombrables. Lorsque les enfants n'ont pas cinq ans, on les voit dans les bras ou sur les genoux d'une femme, qui le plus souvent n'est pas la mère, et qui se tient sous une porte coehère pour solliciter la pitié des passants, à leur sortie des restaurants ou des théâtres; si l'enfant a plus de cinq ans, et qu'il soit garçon, on le dresse à éveiller l'attention du passant en le faisant jouer d'un instrument quelconque; si c'est une petite fille, elle est chargée d'offrir des fleurs. Quelques-unes de ces petites filles sont étrangères, mais la plupart sont Françaises et demeurent dans le quartier Mouffetard et dans les cités de Saint-Ouen et de Clichy ; elles sont dirigées par des entrepreneurs qui prélèvent la moitié du produit de la vente. L'exploitation de ces enfants se complique de prostitution clandestine favorisée par ceux qui les mènent. La musique et les fleurs sont le prétexte qui permet à ces entrepreneurs de
fournir à des amateurs vicieux, moyennant de fortes rétributions, des sensations nouvelles avec ces jeunes filles à peine développées. M. Berr\ donne des détails très circonstanciés pour montrer qu'il y a dans la mendicité et l'exploitation de l'enfance une cause sérieuse de développement de la prostitution. Il signale certains bureaux de placement comme des intermédiaires de la débauche, puisqu'ils fournissent le personnel des brasseries à femmes et des maisons de rendez-u>us. Dans un très remarquable rapport qui résume les travaux du comité de défense des enfants traduits en justice, M. Adolphe Guillot, secrétaire-général, trouve dans le vagabondage une des causes de la prostitution. Il dit en effet : « La question de la prostitution des mineures de seize ans, sur laquelle M. Hollin a demandé à nous faire un rapport dans la séance du Ier mars dernier. se liait étroitement, comme nous Pavons mi. à celle du vagabondage.
c( Fne fillette de seize ans, qui fait de la prostitution clandestine». est presque toujours une vagabonde, de telle sorte qu'elle a des droits égaux, si l'on peut s'exprimer ainsi, à Faction judiciaire et à Faction administrative; quel est le droit qui, dans son intérêt, doit primer l'autre?
« Cette question qu'on n'avait jamais osé soulever, vous avez voulu la poser hardiment dans votre programme d'études; vous avez commencé par faire» décider en droit, par un arrêt de la Cour de Paris du 10 mars 1893. que la prostitution n excluait pas le vagabondage, loin de là, et que le salaire de la corruption ne pouvait à coup sur constituer des moyens d'existence. » L'éminent magistrat examine ensuite avec soin les moyens les meilleurs pour sauvegarder l'avenir de ces enfants; mais ce n'est pas le moment d'étudier ce côté de la question.
Cette préoccupation spéciale du comité de défense pour préserver les enfants traduits en justice de toutes les causes démoralisatrices qui peuvent agir sur eux, a aussi inspiré le Conseil général de la Seine : il a pris en main, avec une grande sollicitude, la cause des jeunes abandonnés, des orphelins, afin d'obtenir qu'ils fussent séparés des enfants ayant commis un délit. Dans la séance du 29 juin 1891, le Conseil général de la Seine a montré, après une importante discussion, qu'il y avait communauté d'idées parmi tous ses membres, en ce qui concerne la protection à accorder aux jeunes enfants orphelins ou abandonnés: on a été d'accord pour ne pas
laisser s'établir une promiscuité avec les enfants arrêtés pour des faits jugés délictueux et surtout avec les adultes conduits au dépôt. Le Conseil a voté à l'unanimité Tordre du jour suivant déposé par M. ViHain :
« L'administration de l'Assistance publique est invitée à faire toute diligence pour aménager à proximité du Palais de Justice un local où seront placés temporairement les enfants abandonnés ou orphelins, arrêtés ou perdus. »
Un amendement de M. Alpy a été également adopté à l'unanimité ; il est ainsi conçu : « J'invite, en attendant, l'administration de la Préfecture de police à assurer immédiatement la séparation absolue entre les enfants abandonnés ou orphelins et les enfants arrêtés sous l'inculpation d'un délit. »
Le vœu exprimé par le Conseil général a été réalisé; en juin 1893 on a annexé au dépôt un petit quartier à l'usage des enfants abandonnés, égarés ou assistés; c>st le vestibule de l'Assistance publique.
Ateliers, usines, grands magasins. — On a remarqué bien souvent que la prostitution était précoce dans les grands centres industriels ou manufacturiers ; la raison en est bien simple : lorsqu'il y a dans des ateliers ou des usines une grande agglomération d'ouvriers des deux sexes, il s'établit une grande liberté d'allures, des conversations fréquentes sur les sujets les plus scabreux; la jeune fille comme la jeune femme arrive progressivement à entendre les propos les plus salés, à écouter, sans rougir, les propositions les plus brutales; insensiblement le sentiment de la pudeur s'affaiblit, pour faire place à une curiosité malsaine et bientôt on cède au désir du camarade d'atelier qui met une certaine persistance à solliciter des faveurs complètes après s'être contenté pendant quelque temps de quelques privautés. Les liaisons commencées, dans ces conditions, ne durent généralement pas très longtemps et après un premier amant, on en prend un second, puis un troisième, pour arriver ensuite progressivement à accepter les propositions d'hommes qu'on ne connaît pas. Si la promiscuité des sexes amène facilement entre ouvriers des liaisons aussi aisément rompues qu'elles sont formées, il faut bien dire que dans les ateliers où sont réunies des ouvrières, sans mélange avec les hommes, il y a également bien des causes de perversion morale. La réunion de jeunes filles et de femmes de
tout âge présente bien des dangers. Dans ces milieux féminins et exclusivement féminins, les conversations épicées, les propos graveleux ou orduriers sont aussi fréquents que dans les ateliers où les hommes sont en majorité. Les ouvrières plus âgées semblent prendre à tâche de déniaiser, comme elles disent, les plus jeunes; elles racontent leurs aventures avec des détails très circonstanciés ; elles disent leurs impressions sur tous les sujets touchant aux rapports de l'homme et de la femme. Ces récits qui sont faits avec un cynisme qu'on ne trouve pas toujours dans les ateliers d'ouvriers arrivent à salir l'imagination des jeunes filles qui se font bientôt à Tidée d'imiter les camarades. Ainsi préparées elles se laissent facilement conduire à des rendez-vous où l'ouvrière plus expérimentée a convoqué son amant accompagné d'un ami ; cette première entrevue est suivie de beaucoup d'autres et la jeune fille a franchi le pas qui la conduira progressivement à la prostitution clandestine. La femme qui s'est chargée de faire son éducation n'en restera pas là ; il semble que les femmes qui ont perdu tous les sentiments d'honnêteté ont un besoin impérieux de pervertir celles qui se trouvent dans leurs relations et de les amener au degré d'abaissement où elles sont tombées elles-mêmes. Elle lui dira, qu'en dehors de l'amant qu'elle lui a fait connaître, il faut chercher des hommes généreux qui lui donneront pour sa toilette et pour ses plaisirs; après la journée de travail, elles chercheront ensemble des amateurs disposés à payer les faveurs qu'ils demandent. Elles trouvent normal de se créer ainsi des ressources spéciales, qui constituent un supplément de salaire. Nous avons vu des ouvrières, appartenant à des ateliers très connus de grands tailleurs pour dames, à des ateliers de grandes modistes, où elles avaient des journées largement payées, prendre l'habitude, après leur travail, de chercher sur les boulevards l'occasion de gagner une pièce de vingt francs ; on continue cette existence, mi-partie de travail, mi-partie de débauche pendant quelque temps, puis on se lasse d'arriver régulièrement à l'atelier, on renonce à tout travail et on se consacre définitivement et exclusivement à la prostitution clandestine.
Indépendamment des camarades qui pervertissent les plus jeunes, il y a dans les ateliers d'autres causes de démoralisation qui ont été signalées par différents auteurs, notamment par Thouvenin. Ce médecin, après avoir étudié l'influence de l'industrie sur la santé des
populations dans les grands centres manufacturiers, a publié des considérations intéressantes sur cette question. Il y a utilité à donner quelques extraits de» son travail inséré dans les Annales d'hygiène (1) :
« On a malheureusement remarqué que plus les ouvriers entrent jeunes dans les ateliers, plus ils deviennent mauvais sujets, entraînés par des fâcheux exemples. (Test surtout dans les établissements où il y a mélange de sexes, comme dans les filatures de coton, les manufactures d'indiennes, que l'on voit le plus de débauchés, tandis qu'ils sont plus rares dans les ateliers qui n'emploient que l'un des sexes, comme dans les filatures de lin, chez les dentelières, les ouvrières en sarraux ou parmi ceux qui travaillent en famille. Dans les filatures de coton ou de laine, les ouvrières, vêtues très légèrement pendant l'été, en contact continuel avec les hommes, entendant fréquemment des discours licencieux, entraînées par les conseils, l'exemple de leurs compagnes, se laissent trop souvent séduire, et souvent dès l'âge de treize ou quatorze ans, ainsi qu'on le voit fréquemment à Lille, Rouen, Amiens, Reims. La débauche est portée à un si haut degré dans cette dernière ville, qu'un grand nombre de jeunes filles de cet âge s'abandonnent déjà à la prostitution sur la voie publique. Outre leur penchant naturel, les jeunes ouvrières se trouvent bien souvent victimes de l'influence que possèdent sur elles les fils des manufacturiers, les commis, les contre-maîtres ; on m'a cité un de ces derniers, qui, employé dans une manufacture de coton, avait rendu mères une vingtaine de jeunes filles en achetant leurs faveurs par quelques sous dont il augmentait leur salaire à la fin de chaque semaine, et en diminuant d'autant les ouvrières qui ne voulaient pas céder à ses désirs. »
On observe malheureusement à Paris, comme dans les villes manufacturières citées par Thouvenin, l'influence pernicieuse exercée par certains contre-maîtres ou certains patrons, sur la moralité des jeunes ouvrières qui sont sous leur dépendance. Nous avons trouvé au dispensaire de salubrité beaucoup de jeunes mineures se livrant à la prostitution clandestine après avoir été débauchées par les chefs de maison où elles travaillaient : voici, par exemple, une jeune fille arrêtée rue Bellefond, sur la réquisition du père, qui est
(1) Annales d'hygiène, 1847, tome XXXVII, pages 8o et suivantes.
trouvée malade; elle a seize ans et demi et a quitté le domicile paternel, depuis quinze jours, pour se livrer à la prostitution ; elle avait travaillé dans un atelier de typographie et avait été déflorée quelques mois avant par le patron de rétablissement, qui avait l'habitude de choisir dans son personnel les jeunes filles les plus jolies ; une autre fille de seize ans travaillait dans un atelier de fleurs ; elle a cédé aux instances du patron qui a possédé successivement toutes les jeunes filles qui travaillaient chez lui. Celui-ci ne faisait pas de choix ; il tenait à ce que tout le personnel féminin qu'il occupait passât sous ses fourches caudines. Un autre chef d'atelier apportait moins de brutalité dans son immoralité : il était âgé de trente-cinq ans, avait femme et enfants; il faisait de la sélection pour satisfaire ses passions; il aimait les fruits verts et recherchait seulement les jeunes filles non déflorées; lorsqu'elles avaient quinze ou seize ans, et qu'elles étaient jolies, il les logeait, parfois, dans une chambre, non loin de son domicile et leur donnait, pendant quelques semaines ou quelques mois, suivant la fantaisie, les moyens de vivre sans travailler. Quelques mois après avoir quitté l'atelier, ces jeunes filles, qui avaient perdu l'habitude du travail et de la régularité, se livraient à la prostitution clandestine. Ces chefs de maison n'avaient la conscience, ni de leur immoralité ni de leur responsabilité, et c'est sans remords qu'ils ont lancé dans une vie de dévergondage certaines jeunes filles qui auraient pu rester honnêtes, si elles n'avaient cédé à l'influence délétère de ces tristes personnages.
Nous ne devons pas terminer ce qui concerne les grandes agglomérations sans signaler sommairement une variété spéciale de commerçantes : indépendamment des ateliers ordinaires, il y a des ateliers de contrebande qui se transforment, pour beaucoup de malheureuses jeunes filles, en maison de prostitution clandestine. Il existe, dans quelques quartiers riches de Paris, certaines couturières à façon qui occupent de dix à douze personnes. Ces ouvrières travaillent dans un atelier pour confectionner des robes, des manteaux, etc. Recrutées avec soin, elles sont très jolies, et ne sont pas exclusivement occupées à faire des travaux de couture ; elles sont destinées aussi à satisfaire les désirs d'un certain nombre de clients, qui ont accès dans la maison. On n'est reçu dans l'atelier qu'après avoir été présenté et recommandé. Lorsqu'on est classé parmi les habitués, on est admis à causer et à rire avec les ouvrières ; on leur offre dés
gâteaux et des rafraîchissements, puis, sans avoir l'air de rien, on passe dans une pièce voisine, avec une des demoiselles, qui ellemême n'a pals l'air de s'en apercevoir. Les camarades restent à leur travail et continuent leur besogne, l'ouvrière nouvellement arrivée ne se doute pas de ce qui se passe dans la pièce voisine; ce n'est qu'après avoir vu ce manège se renouveler plusieurs fois, qu'elle s'informe et qu'elle apprend la vérité. Elle se laisse influencer par le milieu ambiant, écoute les conseils qu'on lui donne et bientôt se livre, comme ses compagnes, aux amateurs admis dans cet étrange milieu.
Cette variété d'atelier est très rare, mais très caractéristique ; la clientèle est composée principalement de vieux messieurs. Ce qui se passe dans les ateliers se rencontre aussi dans certains grands magasins où sont employées de nombreuses jeunes tilles : là, ce sont les employés supérieurs, les chefs de rayon qui abusent de leur autorité pour obtenir les faveurs des personnes qui sont sous leurs ordres. C'est le droit seigneurial d'autrefois; c'est le droit du seigneur qui s'est démocratisé et qui devient une des causes de la prostitution clandestine.
Séduction, grossesse, abandon. — M. Alexandre Dumas, dans une curieuse et remarquable préface du livre de M. Rivet, sur la recherche de la paternité, dit qu'il n'y a pas des fdles séduites, mais bien des filles entraînées ; voici quelques extraits de sa dissertation humoristique : « Nous ne dirons plus filles séduites, mais bien filles entraînées. Il n'y a plus de séductions à cette heure, il n'y a plus que des entraînements. Tous les moyens de séduction sont connus, archiconnus de toutes les filles, avant môme qu'elles soient en âge de les redouter ou de les appeler, grâce aux faits divers, aux romans, aux procès publiés par les journaux à un sou. Toute fille à qui on parle d'amour, sans parler mariage à ses parents, sait ce qu'on lui veut. C'est elle qui est séduisante, peut-être; lui n'est qu'entraînant. La nature, le tempérament, l'occasion, l'ennui, la misère, la solitude, le découragement, l'époque de l'année, l'heure du jour, le temps qu'il fait se chargent du reste. »
Que la fille soit séduite ou qu'elle soit entraînée, le résultat est le même : elle est enceinte et aussitôt Fauteur de l'accident cherche à dégager sa responsabilité. Si elle a pu tenir ses rendez-vous
secrets; si elle a pu, jusqu'à ce moment, faire illusion sur ses habitudes et laisser croire à sa vertu, elle n'a plus rien à cacher, puisque le résultat de sa faute est éclatant. Le plus souvent l'amoureux s'en va et la Mlle reste avec son déshonneur et l'enfant qui doit venir.
Lorsque les parents sont bienveillants ou s'ils ont à cœur de cacher le déshonneur de leur fille, on l'envoie chez une parente à la ville voisine; mais comme la grossesse est un empêchement à trouver une place de domestique, on lui fournit les moyens d'attendre l'accouchement. L'enfant venu, la lille-mère pourra trouver une place de nourrice. C'est encore le meilleur moyen de se tirer d'affaire. Quand les parents sont sans pitié pour la faute de leur malheureuse fille, elle est obligée de quitter le village et de chercher ailleurs le moyen de vivre, en attendant l'accouchement. Beaucoup de ces pauvres filles traînent péniblement leur existence jusqu'au jour où elles peuvent entrer à l'hôpital pour être délivrées. Beaucoup se dirigent sur Paris, qui est la ville la plus hospitalière et la plus tolérante pour les misères humaines; c'est encore là qu'on trouve le plus facilement les moyens de vivre, en attendant qu'on puisse chercher une place de domestique ou de nourrice. On accepte un travail quelconque; on fait n'importe quoi, pourvu qu'on puisse gagner quelques sous pour se nourrir jusqu'au jour de la délivrance (1). Pendant la période des couches, on est hospitalisé et on trouve, même à l'hôpital, l'occasion d'être placée comme nourrice. Celles qui obtiennent une situation de nourrice sont les plus favorisées ; elles trouvent ainsi le moyen de faire des économies et d'élever leur enfant. On a môme prétendu que, dans le nombre, il en est qui regardent la position de nourrice comme un métier fort lucratif et en font une profession. Celles-là, lorsqu'elles ont terminé l'élevage d'un enfant, rentrent au village avec le pécule ramassé, ne redoutant, en aucune façon, une nouvelle grossesse, et lorsqu'elle se produit, elles reviennent à Paris pour élever un nourrisson. Dans son rapport sur les mesures à prendre en vue d'empêcher Texploi-
(1) La ville de Paris, qui a mis une si grande sollicitude à s'occuper de toutes les misères, est venue au secours des filles et des femmes enceintes. Elle a créé V Asile Pauline Rolland, rue Fessard, 37, où les femmes enceintes sont recueillies jusqu'au huitième mois de leur grossesse, et V Asile Michelet, rue de Tolbiac, ou elles sont admises, à la sortie de l'Asile Rolland, et hospitalisées jusqu'au moment de leur accouchement.
talion de l'enfance (1), AI. Georges Berry dit en parlant des filles accouchées dans leur pays et qui, venues à Paris pour trouva un nourrisson, sont en hutte aux sollicitations des mendiants de profession qui vrillent louer des enfants pour apitoyer les passants : « Chacun sait que les filles-mères auxquelles l'accident est survenu en province s'abattent par troupe à Paris pour y chercher le nourrisson qui leur permettra de ramasser la dot avec laquelle elles trouveront un mari. Alais, en attendant la place convoitée, il faut vivre, il faut se procurer les trente sous exigés parles placeurs pour obtenir un coin dans le dortoir commun. Dès lors, on comprend que ces jeunes filles soient une proie recherchée par les mendiants qui demandent des enfants à exhiber aux soupeurs des cabarets, aux lidèles des églises et qui leur paient la location de leurs petits jusqu'à 2, 3 et même 4 francs par nuit, suivant les époques. »
Certains départements passent pour avoir la spécialité de ces filles-mères qui exercent le métier de nourrice, comme on exerce une profession quelconque. — Cette catégorie de filles constitue l'exception. — Pour la plupart, après l'accouchement, il reste la difficulté de placer l'enfant qu'elles viennent d'avoir. Quelques-unes les mettent aux enfants assistés ; d'autres essaient de garder leur enfant et trouvent des personnes charitables qui leur accordent un appui salutaire ; mais combien restent sans ressources, après l'accouchement! On cherche une place de domestique, qu'on ne trouve pas ; on sollicite du travail, sans en obtenir. Que faire» lorsque la misère est complète et que la faim pousse à toutes les extrémités ? On descend dans la rue ; on fait de la prostitution clandestine. Celles qui ont pris cette détermination sont fort nombreuses. Dans le relevé des filles ayant eu des enfants en dehors du mariage et avant leur arrestation, pour s'être livrées à la prostitution clandestine, nous en comptons 700, dans une période de dix ans. Nous ne faisons pas figurer dans ce relevé les femmes mariées ayant eu des enfants, parce que leur condition est toute différente de celle de la jeun*1 fille abandonnée à cause de sa grossesse. Les femmes mariées, qui se livrent à la prostitution obéissent à d'autres mobiles. 700 jeunes filles ont donc trouvé dans la grossesse et dans l'abandon, qui en a été la conséquence, les causes de leur abaisse-
(ij Bulletin municipal officiel du 21 mai 1892.
ment moral et de leur détermination à se livrer à la prostitution clandestine. Ce chiffre est très important, si on le compare au nombre total des insoumises malades en dix ans et qui est de 6,842 ; il prouve bien que les filles enceintes qui arrivent à se créer des ressources sont en petit nombre. Parmi ces filles-mères qui se sont livrées, plus tard, à la prostitution clandestine, quelques-unes avaient été nourrices, soit en province, soit à Paris, sans être arrivées à faire beaucoup d'économies. Dans l'ensemble de ces jeunes filles-mères, qui sont venues échouer dans la prostitution, le dixième, à peu près, appartenait à Paris et au département de la Seine; les neuf dixièmes venaient des départements limitrophes, de certaines régions de la Bretagne, de la Picardie, de la Bourgogne et de la Nièvre.
Salaires insuffisants, misère, — Dans les grandes villes manufacturières, aussi bien qu'à Paris, le travail des femmes n'est pas rémunérateur; il est insuffisant, le plus souvent, lorsque l'ouvrière n'est pas logée dans sa famille ou qu'elle n'est pas nourrie, en partie, par elle. Comment une jeune fille, si elle est seule, pourra-t-elle subvenir à son existence ? H y a à se loger, à se nourrir, à se vêtir, à se blanchir, à s'éclairer et, pour obtenir ce résultat, l'ouvrière gagne 2 fr. 50, 3 francs et 3 fr. 50 et quelquefois 4 francs par jour. Celles qui ont un gain supérieur sont des. ouvrières d'élite qui constituent une minorité. Nous ne devons pas raisonner d'après la minorité; il faut examiner ce qui arrive chez l'immense majorité des ouvrières.
Ce motif de l'insuffisance d'un travail rémunérateur pour les femmes étant un des plus graves et des plus tristes parmi les causes de la prostitution clandestine, il nous semble indispensable d'étudier longuement ce sujet douloureux. C'est un des côtés de la question sociale qui s'impose, d'une façon impérieuse, aux méditations des philosophes, des économistes et des médecins.
L'étude sur les salaires des ouvrières a été faite par des hommes éminents, par M. J. Simon dans son livre l'Ouvrière, par M. d'Ilaussonville, dans son livre Misère et remèdes. Plus récemment, M. Charles Benoist, dans une série d'articles parus dans le journal Le Temps (1), a étudié la question avec beaucoup de soin et une
(1) Journal Le Temps numéros des 17, 19, 25, 29 août, 2, 4, 8, 19 septembre, 7 octobre, 21 novembre, 7 et 27 décembre 4893.
grande méthode ; il s'est livré personnellement à une enquête sérieuse en comparant les résultats obtenus à ceux qui avaient été signalés précédemment par MM. Jules Simon et d'Hausson ville -Ces recherches faites sans parti pris, avec le sincère désir de trouver la vérité, et d'être utile, dénotent un esprit juste joint à une àme compatissante. Bien qu'elles soient spécialement consacrées aux ouvrières de l'aiguille, elles peuvent être généralisées et s'appliquer, sans beaucoup de différence, aux ouvrières des autres professions. On trouvera, à peu près partout, les mêmes difficultés à équilibrer un budget. L'analyse de ces différentes enquêtes minutieusement poursuivies portera spécialement sur l'ouvrière isolée et non sur l'ouvrière mariée ; sur l'ouvrière qui n'a pas de famille, qui demeure seule et qui doit vivre uniquement de son labeur. La conclusion malheureuse sera, qu'en tout genre de travail, il arme que le salaire de l'ouvrière tombe un peu plus bas que ce qui est indispensable pour lui procurer la subsistance. Comme le dit M. Charles Benoist «pour combler le vide, elle est trop souvent obligée de se rappeler qu'elle est femme ». Avant la loi du 2 novembre 1893, lorsque la journée légale de travail était de douze heures, la journée de travail la plus fréquente, celle qu'on pouvait dire la journée normale était de dix heures ; après celle-ci c'était la journée de douze heures et demie qui était la plus habituelle. Au-dessous de dix heures, l'ouvrière ne travaille pas assez : au-dessus de douze heures et demie, elle travaille trop. Mais les journées de travail ne sont pas régulières, puisque le chômage et les mortes-saisons diminuent notablement le gain des ouvrières. Dans certains ateliers, le travail constant n'est que de cent trente-quatre journées : dans d'autres il est de cent cinquante journées. Une bonne ouvrière, dans une bonne» maison, gagne en moyenne de 2 fr.45 à 3 francs par jour ; il est bien évident qu'il ne s'agit que des ouvrières et non des premières qui, ayant une spécialité, arrivent à gagner 6, 7 et 8 francs par jour.
Dans son livre l'Ouvrière, M. Jules Simon, en tenant compte des chômages et des mortes-saisons, indique, comme moyenne des salaires des différents métiers de l'aiguille, les chiffres suivants : Repriseuses 2 fr. 05; modistes 1 fr.98; brodeuses 1 fr. 71 ; couturières 1 fr. 70 ; costumières 1 fr. (58 ; fabrieantes de parapluies 1 fr. 60 ; équipements militaires I fr. 22 ; gantières en peau 1 fr. 34 ; gantières en tissus 1 fr. 06.
La moyenne générale du salaire pour les femmes aurait été de i fr. 63. Sur les 101,000 ouvrières auxquelles s'appliquait l'enquête de 1851, 950 auraient touché par jour moins de 0 fr. 60; 100,050 auraient touché de 0 fr. 60 à 3 francs ; 626 auraient touché plus de 3 francs. Les couturières auraient gagné, à l'atelier, 2 francs; chez elles 1 fr. 42. Ces prix de 1847, enregistrés par l'enquête de 1851, ne sont plus les mêmes en 1893. En cinquante ans de profondes transformations se sont accomplies dans l'industrie et dans le commerce. Les salaires ont augmenté, mais la vie est plus chère. La création des grands magasins a eu son contre-coup en tout lieu et dans tout métier. Les chiffres donnés par M. Jules Simon dans l'Ouvrière sont utiles, comme point de comparaison, à cinquante années en arrière.
Les renseignements fournis par M. d'Haussonville remontent à une dizaine d'années. En laissant de côté les professions d'art, qui sont très lucratives, mais qui ne sont accessibles qu'à une élite, nous devons examiner surtout les professions ouvertes au plus grand nombre.
Une bonne fleuriste arrive à se faire de 5 à 6 francs par jour; mais, de tous les métiers qui emploient des femmes, c'est celui qui a les plus longs chômages: huit mois sur douze. De même pour les brodeuses et les plumassières : le chômage est très long pour elles. Quand elles travaillent, elles font avec peine des journées de
5 francs; si elles sont très habiles, elles peuvent aller jusqu'à
6 francs. Une bonne giletière ou culottière, cousant à la machine, gagne environ 4 fr. 50 par jour. Les fleuristes en fleurs communes (n'était la morte-saison), les brodeuses ordinaires et raccommodeuses en tapisseries, les monteuses d'ombrelles et de parapluies, etc., peuvent gagner 4 francs. M. d'Haussonville évalue à 3 ou 4 francs le salaire des modistes, entre 4 et 5 francs le salaire des très bonnes couturières en robes, entre 2 fr. 50 et 3 francs celui de la masse des couturières aux pièces. Les brocheuses, les teinturières, les cartonnières (avec un chômage de huit mois), les brunisseuses, les polisseuses en bijoux et les bonnes repasseuses gagnent 3 francs. Les corsetières, les savonneuses, les raccommodeuses de dentelles, les passementières (qui subissent quatre mois de morte-saison) ne gagnent guère plus de 2 fr. 75. Avec les brodeuses en tapisserie, les raccommodeuses de cachemire, les piqueuses de
bottines, les couseuses, brodeuses et piqueuses de gants, les lingères, le salaire tombe à 2 francs par jour et au-dessous. Il y a des lingères de fin, mais elles sont très rares, qui peuvent gagner de 3 à 4 francs. Plus couramment, elles gagnent de 2 à 2 fr. 50; mais celles qui travaillent pour les maisons d'exportation ne dépassent pas 1 fr. 75. Les peignoirs, camisoles et autres ajustements en linge que le Louvre et le Bon Marché vendent 2 fr. 75 ou 2 fr. 50 sont donnés à forfait à une entrepreneuse qui touche 0 fr. 60, fait une partie de l'ouvrage et distribue le reste à des ouvrières qui ne reçoivent d'elle que 0 fr. 50 la pièce. A deux peignoirs et demi par jour — pour les faire il faudra travailler d'arrache-pied et veiller avant dans la nuit — les malheureuses auront gagné 1 fr. 25; mais la morte-saison les attend comme les autres el la moyenne de leur salaire s'abaisse, de ce chef, à 0 fr. 80 ou 0 fr. 90 par jour. De tous les chiffres qu'il a recueillis. M. d'Haussonville tire la conclusion que le salaire moyen des femmes en France oscille entre 2 et 3 francs, s'élevant rarement au-dessus de 3 francs et descendant souvent au-dessous de 2 francs.
Les recherches de M. d'Haussonville1 datent de 1883. Voici maintenant les résultats de l'enquête personnelle de M. Benoist, enquête de 1893, dix ans, par conséquent, après les recherches de M. d'Haussonville.
L'ouvrière qui vient de terminer son apprentissage débute, comme petite ouvrière, avec un salaire moyen de 1 fr. 50 par journée de travail ; quand l'ouvrière est devenue plus habile, elle gagne 2 fr. 50 par jour. Dans les maisons principales de la rue de la Paix, les meilleures ouvrières arrivent à gagner 3 francs et 3 fr. 70 par jour.
En ce qui concerne les ouvrières qui travaillent pour les grands magasins, la situation est mauvaise. Ceux qui ont entrepris de faire les costumes de femmes s'adressent à des entrepreneuses qui, à leur tour, ont recours à d'autres intermédiaires, pour arriver ensuite à l'ouvrière. Les intermédiaires absorbent le plus clair du bénéfice. Avec ce système, une ouvrière qui travaillera de sept heures du matin à neuf heures ou dix heures du soir, gagnera 1 franc, 1 fr. 25 ou 1 fr. 50 par journée de quatorze ou de quinze heures de travail. Pour les ouvrières qui travaillent chez les couturières à façon, qui ont en général une clientèle de quartier qui fournit les étoffes,
les résultats ne sont pas meilleurs. Ces couturières occupent, parfois, de cinq à six ouvrières dont le salaire ne dépasse pas 2 francs; un grand nombre travaillent pour 1 fr. 25 ou 1 fr. 50. 11 faut ajouter que le travail est irrégulier et qu'il y a beaucoup de mortes-saisons.
11 y a aussi les ouvrières occupées par les entrepreneuses de confections ordinaires. Celles-ci font travailler pour des quantités de jupons de calicot, de matinées de satinette, de peignoirs de percaline, etc. La journée de l'ouvrière varie de 0 fr. 75 à 1 fr. 10; elle n'arrivera à 1 fr. 80 que lorsqu'il aura été possible de faire une douzaine de camisoles à trois sous la pièce; encore faut-il, avec le fil et les aiguilles, fournir la machine à coudre. Le salaire des ouvrières employées à ce genre de confections pour femmes peut atteindre 300 francs par an, 400 francs au plus, à condition qu'il n'y ait ni chômage ni morte-saison.
Parmi les ouvrières de l'aiguille, les moins malheureuses sont les modistes; mais l'apprentissage dure trois ans pendant lesquels on ne gagne rien. Dans ce métier, on vieillit vite et lorsque le goût et l'imagination s'en vont, le travail fait défaut.
Dans son livre Misère et Remèdes, M. d'Haussonville évalue entre 850 et 1,200 francs les dépenses dune ouvrière parisienne et il décompose ce budget de la façon suivante :
Logement de 100 fr. à 150 fr.
Nourriture de 550 à 750
Vêtements de 100 à 150
Chauffage, éclairage, blanchissage, de 100 à 150
de 850 fr. à 1.200 fr.
Pour arriver à de pareils chiffres, il faut un salaire variant de 2 fr. 75 à 4 francs par jour, ce qui est bien rare.
M. Benoist présente des budgets d'ouvrières, variant avec le gain qu'elles font.
lre ouvrière ayant gagne'* 3 fr. 75 2,no ouvrière. Elle gagnait 3 francs par jour; elle a eu 45 jours de chô- par jour; elle a eu 5 mois de chômage, fêtes et dimanches 60 jours, mage (150 jours), plus 60 jours de en tout 105 jours où elle n'a pas Ira- fôtes et dimanches, en tout 210 jours vaille; il reste dope 260 jours de tra- chômés; il reste seulement 155 jours vail à 3 fr.7o, soit 975 fr. par an. de travail qui donnent 465 francs.