‹ La prostitution considérée dans ses rapports avec le code pénal et les loisChapitre 2 sur 4 · DEC · texte numérisé non relu

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de bonnes mains, car les mêmes agents sont chargés également des tenanciers, et les intérêts des filles et des proxénètes sont aussi différents que ceux des patrons et des ouvriers.

Je vous demande pardon, messieurs, de la comparaison, mais comparaison n'est pas assimilation. Il faut bien le reconnaître, dans certaines villes, la police a été plus d'une fois véhémentement soupçonnée, et pas toujours à tort, paraît-il, d'avoir plus de souci des intérêts des tenanciers, qui jouissent souvent d'une honteuse opulence, que de ceux des pauvres filles, bétail humain, exploité par ces individus. Je conclus : il y a lieu de préposer un agent spécial à la surveillance des droits et de la liberté des filles publiques et, autant que possible, cet agent doit être nommé par elles.

2. Je ne puis admettre, pour ce qui me copcerne, l'inscription d'office sur les registres de la prostitution d'autres filles que les filles de maison.

L'inscription A^office sur ces registres d'une fille qui ne fait pas partie du personnel d'une maison de débauche est quelque chose qui m'effraie et qui peut donner lieu à d'épouvantables abus. Conçoit-on qu'un agent de police ait le droit de s'emparer d'une jeune fille ou femme réputée de mœurs plus ou moins léjgères, « de la soumettre à des visites sanitaires et aux autres mesures de police, avant même que le père et la mère ou le mari aient répondu à l'avertissement », ainsi que le propose l'article 3 du règlement de la ville de Bruxelles? Mais! c'est accorder à la police des droits dont elle sera tentée d'abuser et dont elle abusera. Qui donc décidera qu'une fille est une prostituée ? Où est la démarcation entre la fille de mœurs légères et la prostituée?

Il faut, a-t-on dit, protéger les populations contre les ravages de la syphilis ; c'est parfait. Mais on doit quelque peu aussi être son propre protecteur. Soumettez à des visites médicales complètes et prolongées, à des visites bien faites surtout, des filles de maison qui se vouent volontairement à la prostitution, c'est très bien, j'y applaudis ; mais quant à donner à la police le droit d'inscrire d'otfice sur le registre infâme de la prostitution toule autre fille ou femme, non en maison, c'est là une énormité qui n'est pas justifiée par la nécessité de s'opposer à l'extension de la syphilis. En effet, personne n'est forcé de se servir d'une fille non cartée: il existe des maisons officiellement consacrées à la débauche et présentant une certaine sécurité; elles sont en nombre suffisant.

et, au besoin, il s'en créera d'autres à côté d'elles; Toutefois, les filles majeures auraient la faculté de demander leur inscription sans être astreintes à entrer dans une maison de tolérance. Dès ce moment elles seraient considérées comme filles éparses imcrites ; elles seraient soumises aux mêmes visites médicales que les filles de maison et elles pourraient montrer à leurs clients leur carte ou leur livret de fille publique inscrite, carte jointe à leur photographie, pour qu'elle ne puisse servir à une autre fille. Leurs clients auraient ainsi une garantie relative.

Je ne pense pas qu'on puisse aller au delà. La liberté individuelle, le respect de la famille ne peuvent être sacrifiés au bon plaisir, au caprice, aux passions peut-être d'un policier quelconque, même avec appel au Collège des bourgmestre et échevins. On n'a pas oublié, je pense, le scandale que souleva à Gand, il y a quelques années, l'examen médical de deux jeunes filles, sur simple requête d'un agent de police. Si mes souvenirs sont exacts, ces deux jeunes filles étaient restées pures jusqu'à ce moment. Elles étaient les victimes innocentes d'atroces calomnies et du zèle excessif d'un policier mal appris, comme il s'en trouve.

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