‹ La prostitution dans l'antiquitéChapitre 10 sur 14 · L.ES AUXIIjI AIRES -DE LA I*Ifc®STITUTlO^ A DOUE · texte numérisé non relu

L.ES AUXIIjI AIRES -DE LA I*Ifc®STITUTlO^ A DOUE

Autant que les proxénètes officiels, les femmes - médecins de Rome se faisaient les complices des grandes courtisanes et des matrones adultères auxquelles elles donnaient leurs soins. On désignait ces femmes, qui se livraient à la pratique de la clinique amoureuse, sous des noms différents : Medicæ , obstetnces , sagæ. C’étaient les auxiliaires intéressées de la prostitution, principaelment les sagæ. Et personne n’ignore que c’est de ce mot que vient sage-femme, que Stern conseille, avec raison, de ne pas confondre avec femme sage.

Dans une de ses épigrammes mentionnée dans La Médecine et les Mœurs de la Rome antique, d'après les poètes latins, Martial parle de ces medicæ, qui soignaient une hystérique, la belle Léda, mariée à un vieux barbon impuissant. Elles se retirent immédiatement, dit le poète, dès qu’on jucre à propos de faire appeler les médecins :

P ROTIN US ACCEDUNT MEDICI MEDICÆQUE RECEDUNT.

Les obstelnces étaient les accoucheuses proprement dites* elles avaient pour aides des adstetrices. Les sagæ, comme lel medicæ ci les obstelnces , se mêlaient aussi d’accouchements et des maladies de femmes. Tout ce monde-là ne valait donc pas grand’chosc et s’occupait surtout de trafics interlopes d’avortement et de proxénétisme. C’est parmi elles que se recrutaient les magiciennes, les sorcières, les parfumeuses les coiffeuses, etc. Ioutes leurs actions portaient le cachet d'un commérage superstitieux, spéculant sur la coquetterie la dé bauche et la crédulité des femmes. Il y avait en elles deVentremetteuse, de la sage-femme et de la marchande à la toilette.

E. DUPOUY

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Elles faisaient disparaître les enfants non reconnus, préparaient, par des sacrifices, une heureuse grossesse, une délivrance favorable, exempte d’accidents. Pendant le travail, elles invoquaient Diane trois fois ou plus, si c’Etait nécessaire.

C’est à elles encore qu’incombait le soin de laver l’enfant, de faire la toilette de l’accouchée pendant cinq jours. Enfin, on les appelait quand le nouveau-né était malade ; et toute leur pratique consistait, dans cettf circonstance, à couvrir le corps de l’enfant d’amulettes, en invoquant Junon, Lucine, Diane et même Castor et Pollux.

Pline a rapporté quelques-unes de leurs prescriptions relatives au traitement des maladies parle sang menstruel fiais ou incinéré. Les fièvres intermittentes et la rage étaient tributaires du virus lunare , soit en frictions, soit en contact avec la peau, dans un sachet ou un médaillon en argent. Ce sang avait encore une qualité, d’après les sages-femmes romaines ; une femme qui avait ses règles détruisait les chenilles et les insectes d’un champ, si elle en faisait le tour une ou plusieurs fois. Mais, en revanche, elle frappait les plantes de stérilité, faisait tomber les fruits des arbres et avorter les cavales, chassait les abeilles et enlevait le fil des rasoirs, etc. La vie privée de ces femmes était en rapport avec leur ignorance ; elles avaient un faible pour le jus de la treille, comme on le voit dans 1 Andrienne, une des plus charmantes comédies de Térence, oùLesbie, la saga appelée pour assister la jeune Glycérie, nous est présentée comme la compagne de bouteille des vieilles esclaves. C’est cette Lesbie qui, d’après le meme auteur, prescrivait un bain immédiatement après l’accouchement de sa patiente et lut

faisait avaler quatre jaunes d œuf.

A Rome comme à Athènes, les sages-femmes avaient non

seulement le monopole des avortements et des infanticides, crimes à peu près tolérés par les lois et la morale publique, mais aussi celui des suppressions et des suppositions d’enfants. C’étaient elles qui allaient porter les nouveau-nés dont on voulait se débarrasser sur les bords de la mare de \ élabre, au pied du mont Aventin. Dans ce charnier ignoble, on en

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voyait d’autres venir chercher les sujets destinés aux suppositions d’enfants nécessaires à la captation des héritages.

Juvénal, dans son éloquente satire sur les femmes, dit bien en ellet : « Je n insiste pas ni sur les suppositions d'enfants ni sur la perfidie de celles qui, se jouant des vœux et de la joie

d’un époux, lai rapportent des bords de l’infâme Vélabre des héritiers dont il se croit le père. »

Ces créatures malfaisantes ne reculaient devant aucun crime pour satisfaire leur cupidité ; elles vendaient aussi des philtres aphrodisiaques et anaphrodisiaques, dans lesquels il entrait parfois, comme nous le dit Horace, du sang d’un jeune enfant assassiné par elles. Les drogues de Canidie, les formules de Salpe (i), l’Hippomane (2) des sorcières, l’Eryngion (3) de

Sapho . vohà en quoi consistaient leur thérapeutique et leur matière médicale :

II est inutile de compiler d’autres auteurs et de faire de plus nombreuses recherches sur ce sujet, nous savons maintenant quelles étaient les fonctions des femmes-midecins à Rome Elles avaient surtout le monopole des avortements et servaient d auxiliaires à la prostitution.

La loi romaine punissait cependant assez sévèrement 1 avortement, maison ne l’appliquait pas, et les magistrats laissaient les saçœ se livrer à leur lucrative industrie. Voici eneffet, q uel était le texte de la loi •

«Quiconque aura fait prendre une potion abortive, mémo sans intention criminelle, sera envoyé aux mines, s’il est pauvie. Et s il est riche, il sera exilé dans une île, et une partie de ses biens sera confisquée. Si la mère ou Tentant a succombé

(i)Salpé une obstetrix, citée par Pline (liv. 28) prescrivait contre Fimpuissance de tremper sept fois les parties génitales d’un âne dans de l'huile bouillante et de se frotter avec cette huile les parties génitales.

saïllieLiqUlde qUi S éC°Ule düS P3rtieS génitaIes d’une H^ent qui vient d’être

V> Enrngi°n campestre genre de la famille des Ombellifères, connu sous

a dh Pline§rve deS,ChaaiPS’ ou ch^don à cent têtes. Sa racine,

a dit line (liv. 22), représente les parties naturelles de l’homme ou de la

femme. (Ne pas confondre cette Sapho avec Sapho de Mitylène).

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par l’effet de ce breuvage, les coupables seront punis du dernier supplice. »

Qui cibortitionis poculum dant, et si dolo non faciant , humiliores ad metallum , lionestiores in insulam, amissa parte bonoruin , relevant ur . Quod si poculo millier aut lioino perierit , summo supplicio afficiuntur.

Malgré cela, l'avortement était entré dans les mœurs romaines et se pratiquait ouvertement. Les auteurs en parlent comme d’une habitude tolérée par les lois, à laquelle les princesses et les patriciennes avaient recours pour différentes raisons.

Juvénal, dans sa satire contre les hypocrites, nous montre encore Domitien faisant des lois contre 1 adultère, tandis que sa nièce Julie se rendait fameuse par ses avortements,

Qu um tot abortivis fœcündam Julia vulvam, et qu’elle extirpait de ses flancs trop féconds des lambeaux palpitants qui, par leur ressemblance, déposaient contre son

oncle.

SoLVERET, et fatruo similes effunderet offas.

On le voit : Julie s’était fait avorter pour faire disparaître la preuve de ses relations avec Domitien, son oncle. Or, c était le plus souvent pour des raisons analogues que les femmes avaient recours à 1 avortement. Corinne, la maîtresse d Ovide et la petite-fi.le d’Auguste, se fit avorter pour détruire la preuve de ses relations avec le poète : « Corinne a vu comme tant d'autres, dit l'auteur des Amours-, un témoin accusateur de sa faute venir troubler ses jours, et, comme tant d autres femmes, elle a cherché à détruire cet enfant qui menaçait son repos et sa beauté. *

Du.Vl LABEFACTAT ONUS GRAVIDI TEMERARÏA VE N TRIS,

In dubio vi tæ lassa Corinna jacet.

Ovide, qui n’était pas complice du crime, s’est indigné contre sa maîtresse, puis il a demandé aux dieux de lui pardonner ; mais il a maudit la première femme qui a donné

l’exemple d’un pareil attentat.

« Elle méritait, dit-il, de succomber dans cette lutte contre

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la nature. Elle voulait épargner à son ventre quelques rides; > Ut careàt rugarum crimine venter ;

« Et elle courait le risque de descendre au tombeau, »

« Femmes, ajoute-t-il, pourquoi porter dans vos entrailles un fer homicide, pourquoi présenter le poison à l’enfant qui ne vit pas encore. »

Vestra quid effoditis subjectis viscera telis Et nondum natis dira venena datis.

Il termine enfin son éloquente élégie par cette péroraison :

« Elle meurt après avoir tué son enfant, et quand on la porte échevelée sur son lit funèbre, tous ceux qui la voient disent : C’est juste, c’est bienfait, elle l’a bien mérité ! »

S.EPE, SUOS UTERO QUÆ NECAT, 1PSA PERIT.

IPSA PERIT, FERTURQUE TORO RESOLUTA CAPILLOS I

Et clamant, merito ! qui nodocumque vident.

Dans les Héroïdes , Ovide nous fait lire la lettre de Canacé à son frère Macarée, des œuvres duquel elle est devenue enceinte : .« Ma nourrice eut la première le pressentiment de ma grossesse ; elle me dit : Fille d’Eole, tu aimes ! Je rougis, la pudeur me fit baisser les yeux sur mon sein; ce langage muet, cet aveu étaient assez significatifs. Déjà le fardeau arrondissait mes flancs incestueux, et mes membres malades étaient appesantis de son poids furtif. »

JaMQUE TUMESCEBANT VITIATI PONDERA YENTRIS,

Ægraque furtivum membra gravabat ONUS.

« Que d’herbages, que de médicaments ma nourrice ne m’apporta -t-elle pas, combien ne m’en fit-elle pas prendre d’une main audacieuse ; »

Quas mihi non herbas, quæ non medicamina nutrix Attulit, aüdaci supposuitque manu ;

« Afin, — et cela seul nous te l’avons caché, — de détacher entièrement de mes entrailles le fardeau croissant! Ah, trop vivace, l’enfant résista aux efforts de l’art, et fut en sûreté contre son ennemi secret. »

Nous voyons, d’après cela, que c’était le plus souvent à l’aide de substances emménagogues qu’on cherchait à provo-

quer l’avortement, mais ces moyens ne réussissaient pas toujours et l’enfant restait en sûreté dans un coin de sa matrice. Alors il fallait faire la ponction de l’œuf avec une tige de fer homicide, comme on le ht à la jeune hile, qui « mourut après avoir tué son enfant. »

Mais ce n’était pas toujours pour anéantir le produit de relations illégitimes que les femmes romaines se faisaient avorter. C’était aussi, et le plus souvent, comme ledit Ovide, pour éviter les déformations de la taille, par crainte des vergetures du ventre, qui enlèvent à un amant une partie de ses illusions — — ces vergetures que les honnêtes femmes regardent comme les nobles cicatrices de la maternité !

Ainsi donc, éviter les ennuis de la grossesse, les douleurs de l’accouchement, les soins de la maternité, conserver ses charmes pour plaire à ses amants : telle était la morale de la matrone romaine, à l’époque de la décadence. C’est à elle, en ehet, que s’adresse Auiu-Gelle, avec une juste indignation quand il dit : « Penses >tu que la nature ait donné des mamelles aux femmes comme de gracieuses protubérances destinées à orner la poitrine et non à nourrir les enfants ? Dans cette idée, la plupart de nos merveilleuses, prodigiosce muliereSf. s’efforcent de dessécher et de tarir cette fontaine sacrée où le genre humain puise la vie, et risquent de corrompre ou de détourner leur lait, comme s’il gâtait ces attributs de la beauté. C’est la même folie qui les porte à se faire avorter, à l’aide de diverses drogues malfaisantes, afin que la surlace polie de leur ventre ne se ride pas et ne s’affaisse point sous le poids de leur faix et par le travail des couches. »

Nous venons de voir que les sagœ ne faisaient pas seulement commerce de proxénétisme et d’avortement, qu’elles fournissaient les cosmétiques, les parfums et tous les agents aphrodisiaques. Plies avaient recours, our leurs préparations, aux substance?» aromatiques de l’Asie et de 1 Afrique, qui avaient une action stimulante sur les organes de la génération. Et c’est dans l’emploi exagéré de ces ingrédients que les Romains trouvaient le secret de leur incomparable lubricité et de leurs excès vénériens. Tous les genres de prostitution

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étaient donc tributaires des sagœ, parfumeuses et magiciennes, sases-femmes et entremetteuses, mais toujours vieilles courtisanes blanchies sous le harnais de la prostitution.

De même que les barbiers, actifs auxiliaires de la pédérastie, elles retiraient de gros bénéfices de leur industrie, car tout le monde se parfumait à Rome : les hommes, les femmes, les enfants, les filles publiques et les gitons. Au lever, au coucher, avant les repas, après le bain, on se faisait sur tout le corps des onctions d’huiles parfumées, on imprégnait les vêtements et les cheveux d’essences odoriférantes, on faisait brûler dans les appartements des poudres aromatiques, on en mettait dans les aliments, dans les boissons, dans les meubles, dans l’eau destinée aux ablutions ; on en répandait sur les couvertures des lits. Le système nerveux était dans un état de surexcitation et d’éréthisme perpétuel par l’odeur pénétrante des parfums. Mais c’était la clientèle des viveurs et des courtisanes qui en faisait le plus grand usage. « C’était principalement, dit Dufour, dans les préludes de la palestre de Vénus ,palæstra venerea , pour nous servir de 1 expression antique, que les parfums venaient en aide à la volupté. Les deux amants se faisaient oindre tout le corps avec des spiritueux embaumés, après s'être lavés dans des eaux odoriférantes ; l’encens fumait dans la chambre, comme pour un sacrifice ; le lit était entouré de guirlandes de fleurs et semé de feuilles de roses, les meubles recevaient une pluie de nard et de cinnamome. Les ablutions d’eaux aromatisées se renouvelaient souvent dans le cours de ces longues heures d’amour, au milieu d’une atmosphère plus parfumée que celle de l’Olympe. »

Tous les ustensiles du libertinage, tous les objets qui pouvaient fournir à la prostitution le moyen de surexciter artificiellement les sens, faisaient encore partie du commerce interlope des sagœ. Nous ne donnerons pas la description de tous ces instruments de débauche et de dépravation, qui favorisaient le culte de l’amour antiphysique.

Ces raffinements monstrueux des fils dégénérés des pre-

miers Romains furent flétris par l’apôtre saint Paul (i) : Dieu les a livrés, dit-il, aux passions de l’ignominie ; car les femmes ont changé l’usage naturel des hommes en un usage qui est contre nature; et semblablement, abandonnant l'usage naturel de la femme, les hommes se sont embrasés d’impurs désirs les uns envers les autres, et reçoivent en eux-mêmes le châtiment de leur erreur. »

Ce châtiment, c’était, comme nous le verrons, les maladies des organes de la génération : les écoulements, les ulcères, les condylomes de l’anus. Et comment aurait-il pu en être autrement avec les ignobles pratiques de l’onanisme et delà sodomie, les femmes demandant à des Phallus artificiels les sensations que leurs sens blasés étaient impuissants à éprouver dans les relations naturelles, les hommes ayant recours, pour réveiller leur virilité, à des suppositoires irritants, à des moyens factices dont faisaient particulièrement usage les libertins, amollis par tous les raffinements de la prostitution. Ils désignaient ces engins obscènes sous le nom de fascina , expression dont se sert Pétrone dans la description des mystères, a qui rendent aux nerfs leur entière vigueur ». Et voici en quoi consistaient ces mystères :

Simul que profert Œnotliea scorteum fascinum, quod ut oleoet minuto pipeve atque urticœ trito circumdedit semine , paulatim cœpit inserere ano meo ... Viridis urticae fascent comprehendit , ommaque infra umbilicum cœpit lent a manu' cœdere (i). Ce qui signifie (2) :

« A ces mots,Œnothée apporte un phallus en cuir, le saupoudre de poivre et de graines d’ortie pilée détrempée d'huile, il me l’introduit par degrés dans l’anus... Puis, saisissant une poignée d’orties vertes, m'en fouette à petits coups le basventre. »

Œnothée, est-il besoin de le dire, était une magicienne,

(1) Saint Paul, première épitre aux Romains.

(2) Petrone. Satyricon. Cap. CXXXVIII.

traduction de H. de Guerle, inspecteur d’Académie, et de M. de Guerle, censeur du lycée Louis-le-Grand.

une prêtresse, une horrible vieille, qui faisait de la thérapeutique aphrodisiaque, comme toutes les sagce de Rome.

Comme autres auxiliaires de la prostitution, il faut mentionner tout le personnel des bains publics, car il est bien certain que les lupanars et autres lieux de la prostitution légale n’étaient pas les seuls endroits de débauche à Rome. Les Thermes étaient de ceux-là, et c’est avec raison que Pétrone a dit d’eux :

Balnea, vina, Venus, corrumpunt corpora sana ;

Et vitam faciunt balnea , vina , Venus.

Les bains, les vins, l’amour détruisent la santé du corps, et cependant ce qui fait le charme de la vie, ce sont les bains, les vins et l’amour.

Vers trois heures de l’après-midi, les cloches- annonçaient l’ouverture de ces établissements. Les uns étaient destinés à l’aristocratie, les autres au peuple. Le prix d’entrée dans ceux-ci était extrêmement modique, et quelques bains étaient même gratuits, car ils avaient été fondés et ils étaient entretenus par de riches particuliers, comme un moyen de propagande électorale. Dans le principe, les Thermes étaient construits de manière à laisser les salles dans une demi-obscurité, et les sexes étaient séparés. Mais ensuite on laissa largement entrer la lumière, et ils furent communs aux deux sexes. Cette promiscuité amena fatalement les plus grands désordres dans les mœurs. Il y avait des piscines qui pouvaient contenir jusqu’à mille personnes. Hommes, femmes, enfants grouillaient dans l’eau dans le plus complet état de nudité. Dans ces vastes lupanars aquatiques, le champ était vaste pour la prostitution. Et, sous les yeux des édiles, elle s’y étalait avec le cynisme le plus parfait. Non seulement, il s’y donnait des rendez-vous, non seulement il s’y commettait publiquement des scènes d’impudicité, mais encore des obscénités monstrueuses. Les Lesbiennes romaines offraient aux hommes leurs plus impures caresses, et apprenaient leur art aux esclaves et aux enfants. On désignait ces derniers sous le nom de fellatores et les femmes sous celui de fellatnces. Et toutes ces passions dégoûtantes se montraient en plein jour. Qu’on

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lise Juvénal, les vers satiriques de Martial, les comédies de Plaute et de Térence. Des matrones abandonnaient leur corps à des masseurs de profession : TJnctor sciebat dominam snam hujusmodi titillatione et contrectatione gandere . Juvénal avait dit la même chose dans un vers célèbre. Tels étaient les Thermes : des endroits de prostitution publique, de débauche et d’excès de tous genres, car on y mangeait souvent, on y buvait, on y jouait, on s’y livrait à toutes les voluptés impures, malgré les édits de certains empereurs, de Marc Aurèle et d’Alexandre Sévère, malgré les énergiques protestations des citoyens honnêtes, qui prévoyaient les malheurs dont était menacée la patrie latine.

La prostitution trouvait encore un asile dans les tavernes, les auberges et les cabarets. Dans la taverne ou popina , on voyait dans une salle sombre et voûtée du rez-de-chaussée des hommes et des filles attablés, au milieu des tonneaux et des amphores. Là aussi, ils buvaient, mangeaient, jouaient et se livraient à toutes les débauches. Dans les auberges, cauponœ il y avait des chambres qu’on louait aux consommateurs. Quant aux diversoria , ils n’étaient que des hôtels garnis où on logeait à la nuit.

Les édiles avaient la surveillance de ces établissements et de ces bouges où se réfugiaient, la plupart du temps, les criminels et les tilles insoumises, qui voulaient s’affranchir de la taxe de la prostitution. Les hôteliers étaient responsables de toutes les infractions qui se commettaient chez eux, et . l’édile leur infligeait de nombreuses amendes qu’ils devaient payer séance tenante, ou si non recevoir, coram populo, un certain nombre de coups de verges administrés par les licteurs.

Les souterrains des boulangeries où étaient installées les meules pour moudre le blé servaient aussi de refuge aux filles vagabondes et à leurs acolytes. L’édilité y faisait ses meilleurs rafles, mais ne s’opposait pas au triste commerce qui s'y pratiquait jour et nuit.

Enfin, comme autres lieux de prostitution, il fautmentionner les recoins obscurs qui se trouvaient sous les gradins du

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cirque, entre les colonnades et les cavcœ , où étaient enfermés les gladiateurs et les fauves. Les jours où il y avait des jeux publics, toutes les courtisanes de bas étase venaient se prostituer dans les dessous humides des arènes. Des places qu’elles occupaient dans l’intérieur de l’édifice, elles faisaient des signes aux spectateurs et les entraînaient au dehors par les vomitoria. Cela durait pendant toute la représentation, et on ne voyait qu’elles et les crieurs publics, qui leur servaient de souteneurs, aller et venir dans les escaliers des cnnei et les prœcinctiones , promenoirs circulaires situés entre le podium , où se tenaient l’empereur, les vestales, les sénateurs et les chevaliers, et les degrés de pierre, popularia, réservés au peuple. Les édiles toléraient ces impudiques orgies, qui n’offensaient que très peu, à la vérité, la morale publique, et ne demandaient aux hôteliers, logeurs, boulangers, crieurs publics, auxiliaires et souteneurs des prostituées, qu’à payer exactement la taxe, le meretricium.

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