‹ La prostitution dans l'antiquitéChapitre 9 sur 14 · I II · texte numérisé non relu

I II

courtisanes jouaient un rôle. Tite-Live(i) dit que les Romains étaient dans l’usage de les produire à la scène. Elles liguraient dans la représentation de l’enlèvement desSabines, et elles se prostituaient après que les jeux étaient finis; aussi plusieurs auteurs de l’Antiquité ne mettent-ils aucune différence entre les théâtres et les lieux de débauche. Tertulien \a jusqu’à dire qu’un héraut annonçait à haute voix, tout en faisant un éloge détaillé de leurs charmes, ces hétoine^de la prostitution, indiquant leur demeure et le prix qu il fallait mettre à leur complaisance. Elles étaient si nombreuses, qu’outre les places qu elles occupaient dans 1 intérieur d.s salles de théâtre, elles remplissaient la scène et 1 avant-s e ne pour être plus exposées aux regards des spectateurs. Pompée, après avoir fait la dédicace de son théâtre, vit qu il avait ouvert un asile à la débauche, et le convertit en un temple qu il consacra à Vénus, afin de prévenir, par cette apparence de religion, le reproche qu il craignait que les censeurs ne fissent à sa mémoire. (2) Sabatier.

Les courtisanes qui jouaient les mimes se montraient nues sur la scène ; elles simulaient aux yeux du peuple tous les

actes de la prostitution et finirent, à l’époque d’Héliogabale, par en offrir le spectacle delà réalité. Lampside l’affirme. Tels étaient les plaisirs des Romains, les vainqueurs du monde!

Tite-Live a tracé, lui aussi, un tableau révoltant des désordres qui se pratiquaient dans ces assemblées nocturnes et religieuses, appelées Bacchanales ; il nous a laissé la description de la cérémonie de l’initiation aux mystères de Bacchus. Ce fut la prêtresse Pacuila Minia , qui initia la première ses deux fils. A partir de cette époque, on initiait les jeunes garçons, quand ils entraient dans leur vingtième année (3).

« Introduit par des prêtres dans des lieux souterrains, le jeune initié se trouvait livré à leur brutalité. Des hurlements affreux et le son de plusieurs instruments, comme cymbales et tambours, servaient à étouffer les cris que les violences

(1) Lib, 1 1

(2) Bulenger, de Theatro lib. i; Rosin. antiq. rom. lib. v.

(1) Dulaure les divinités génératrices ou le culte de Phallus. Paris iSob.

LA. PROSTITUTION DaNS l’aNTIQUITÉ

qu’il éprouvait pouvaient lui arracher. Les excès de table, où le vin coulait en abondance, excitaient à d’autres excès que la nuit favorisait par ses ténèbres. Tout âge, tout sexe étaient confondus. Chacun satisfaisait le goût auquel il était enclin; toute pudeur était bannie; tous les genres de luxure, même ceux que la nature réprouve, souillaient le temple de la divinité. [PI ura virorum inter sese, quam fœminarum esse stnpra). »

Si quelques jeunes initiés témoignaient de la honte pour ant d’horreur et opposaient de la résistance à ces prêtres libertins, ou même s’ils s’acquittaient avec négligence de ce qu’on exigeait d eux, ils étaient sacrifiés ; et, dans la crainte de leurs indisci étions, on leur otait la vie. On les attachait fortement à certaines machines, avec lesquelles ils étaient subitement en-

levés et plonges ensuite dans' une caverne profonde. Les prêtres justifiaient en public leur disparition, en disant que le dieu, irrité, était 1 auteur de cet enlèvement.

Les danses, les courses, les cris des hommes et des femmes qu’on disait agités d’une fureur divine, et qui ne l’étaient que par les fumées du vin, formaient un épisode principal de ces cérémonies, et faisaient diversion à d’autres désordres. On voyait des femmes, les cheveux épars, tenant en mains des torches allumées, aller les plonger dans les eaux du Tibre, sans les éteindre. Mais, ce prétendu miracle s’opérait, ditTite- Live, parce que la matière inflammable de ces torches était composée de soufre et de chaux.

Dans ces assemblées nocturnes, on y trouvait des initiés de toutes les classes, et même des Romains et des Romaines du premier rang; et leur nombre était immense. Ce n’était plus une société, c’était un peuple entier qui partageait ces désordres abominables et conjurait même contre l’Etat. Ce fut sous ce

dernier rapport que le consul Posthumius fit envisager cette agrégation, lorsqu’il la dénonça au Sénat, et c’est peut-être cette seule considération qui détermina celui-ci à porter atteinte à la religion de Bacchus, en abolissant ces assemblées, en l’an de Rome, 624 ( i ). »

(i) Tite-Live, 4c D. liv. 9.

Si les Romains abolirent pour quelque temps les Bacchanales, ils laissèrent subsister le culte de la bonne déesse. Les hommes, à la vérité, étaient bannis de ses mystères, mais les excès ne l’étaient point. Juvénal nous en a donné une description dans sa sixième satire, description analysée dans un de nos précédents ouvrages (i).

Les Libérales étaient encore des fêtes analogues, célébrées au mois de mars, en l’honneur du Pater liber , un pseudonyme de Bacchus. Le Phallus figurait avec distinction dans la fête des Libérales. Les Romains, nous le savons, nommaient ce simulacre de la virilité Mutiinus. « C’était le symbole indécent, dit Saint- Augustin, que l’on vénérait non pas en secret, mais très publiquement et que l’on transportait pompeusement, pendant les Libérales , sur un char, dans les faubourgs de la ville. »

A Livinium, la tête du dieu Liber durait un mois, pendant lequel, dit Varron, on se livrait à la joie, à la licence, à la débauche. Les chansons lascives, les discours les plus libres répondaient aux actions. Un char magnifique, portant un énorme Phallus, s’avançait lentement jusqu’au milieu delà place publique. Là, on faisait une station, et l’on voyait alors une matrone, mater familias, venir placer une couronne sur cette figure obscène, telles étaient les fêtes et cérémonies de la prostitution sacrée en Italie

La Prostitution légale

De même qu’à Athènes, il y avait à Rome deux grandes classes de prostituées : celles qui faisaient leur métier dais les maisons publiques, dans les lupanars, et les courtisanes libres, qui étaient innombrables et dans les rangs desquelles

(i) Médecine et mœurs de Rome, d’iprès les poètes latins.

se glissaient clandestinement un grand nombre de femmes mariées, avec ou sans l’approbation de leurs maris (i).

Quoique, à un moment donné, la jeunesse romaine ait voulu lancer, sous le nom à? Arnica, la grande courtisane, rivale de celle d’Athènes et de Corinthe, on ne vit jamais à Rome des femmes semblables aux hétaires de la Grèce, aussi remarquables par leur beauté que par leur haute culture intellectuelle. Les Romains étaient trop matériels dans leurs passions et trop fiers de leur grandeur politique , pour s’associer à de simples courtisanes, qui ne brillaient, d’ailleurs, ni par leur esprit, ni par leur savoir. Leur sensualité ne comprenait que l’orgie avec les filles, la satisfaction brutale de leurs appétits. lisse contentaient des femmes entretenues, qu’ils appelaient délicat œ ou preliosœ , quand elles ne fréquentaient que les gens riches, et qu’elles avaient de la tenue et un certain luxe. Pour le peuple, il y avait une catégorie de femmes publiques de bas étage désignées sous le nom de prostibulce , se subdivisant en put ce, alicariæ , casorir œ, copæ . diabolæ , t'oranæ , blitidæ . noctuvigilœ , copæ , drabolœ , prosedæ , p cri grince , quadrantariœ, vagæ , scorta , scrantiœ , suivant qu’elles fréquentaient les boulangeries, les cabarets, les places publiques, les carrefours, les cimetières, les bois environnants; qu’elles étaient plus ou moins avilies, italiennes ou étrangères, qu’elles attendaient chez elles les clients, ou qu’elles les raccrochaient de la fenêtre ou aux coins des rues, qu’elles taxaient plus ou moins haut leurs faveuis, qu'elles recherchaient les citoyens, les esclaves ou les affranchis. Toutes ces dénominations n’ont d’autre valeur que de nous faire connaître que la prostitution publique s’étalait dans toutes les parties de la ville, qu’elle s’adressait à toutes les conditions et qu’elle était tolérée sans autre restriction que l’inscription sur les registres et le payement de la taxe, le meretricium .

11 y a lieu cependant d’établir une classe à part pour les danseuses et joueuses de flûte, qui rappelaient les fameuses

(i) Pour faire échapper à la loi contre l’adultère leurs amants, les femmes mariées prenaient la livrée des prostituées et la perruque blonde.

Aulétrides grecques, et que la police romaine laissait exercer, sans les soumettre à la hcentia stupn. Presque toutes, d ailleurs, venaient de 1 Orient, de la Grèce, de 1 Egypte ou de l’Asie. Elles eurent bientôt acquis une grande réputation à Rome, en raison de leur parfaite expérience de tous les arcanes de la volupté; elles se faisaient payer très cher et cumulaient les bénéfices de leur art avec ceux de la prostitution. On ne les voyait que chez les gens riches, à la fin des banquets, au milieu des orgies. Les Caditanes d Espagne faisaient une grande concurrence aux autres danseuses étrangères : Martial et Juvénal ont parlé de leur talent à exciter les désirs voluptueux des spectateurs.

On les nommait s ait ai vices, Jîdicinæ, tibicinœ, selon quelles étaient danseuses, joueuses de flûte ou de lyre. On ne peut se faire une idée de la licence des mouvements auxquels elles se livraient, aux sons des instruments, quand elles mimaient les différentes phases de l’amour, qu’en se souvenant de ce que nous avons dit des Aulétrides d’Athènes et de Corinthe, mais elles n’eurent jamais le prestige des grandes courtisanes grecques.

Quelques-unes, il est vrai, eurent la gloire d’être aimées par les grands poètes latins, Horace, Ovide, Catulle, Properce, Tibulle. Cythéris reçut souvent Cicéron à sa table et quelques autres grands citoyens, mais ses semblables n’eurent jamais un rôle marqué dans les affaires publiques.

Ces grandes courtisanes, bonœ meretrices , donnaient le ton, décrétaient la mode, attiraient à elles l’aristocratie, ruinaient les vieux et débauchaient les jeunes, anesthésiaient l’énergie physique et morale de tous, mais c’était tout.

Leur luxe était presque aussi grand que celui des hétaires d’Athènes et s'étalait publiquement, dans toute sa splendeur et dans toute son insolence, sur la voie sacrée. C’est là qu’il fallait aller le soir, pour les voir dans leurs toilettes tapageuses, couvertes de bijoux, luttant de coquetterie entre elles, promenant leur voluptueuse nonchalance dans ieurs litières portées par une escouade de nègres vigoureux. Elles jouaient de l’éventail avec une grâce parfaite, ou tenaient à la main le

miroir métallique qui leur permettait de constater l’art de leur coiffure et les reflets de leur diadème d’or sur la nuance blonde de leurs cheveux. Il y en avait qui se promenaient à cheval et maniaient avec dextérité de superbes chevaux ou des mules richement caparaçonnées. 11 y en avait aussi qui allaient à pied mais toujours précédées ou suivies de quelques esclaves, qui portaient ou recevaient leurs amoureuses confidences.

Quoique très riches, elles n’étaient pas soumises à la taxe de la prostitution et par conséquent à la licentia stupri : la loi n’a jamais été faite que pour les croquants. Nos grandes horizontales d aujourd’hui ne sont pas non plus inscrites à la Préfecture de police. Et cela sera toujours ainsi.

Les borne meretrices de Rome possédaient un art merveilleux pour faire comprendre leurs pensées aux hommes qu’elles rencontraient dans le cours de leurs promenades. Le jeu de la prunelle, les signes imperceptibles des mains et des doigts, la mimique éloquente de leurs lèvres, tout cela en disait autant et plus que les plus longs discours.

Cette pantomime amoureuse ne leur était pas d’ailleurs particulière; elles y excellaient, mais c’était avant tout le langage des amants de toutes les classes de la société.

Quant à la prostitution vulgaire, elle avait à Rome différents lieux attitrés, ceux qui étaient connus et tolérés de la police, et les maisons clandestines. Une clientèle particulière fréquentait ces divers établissements : les filles inscrites étaient dans les lupanars, les insoumises dans les hôtelleries, les boutiques des marchands de vin, des boulangers et des barbiers. C’est dans ces espèces de maisons de passe que les femmes mariées et les jeunes filles cachaient leurs amours.

Les maisons publiques se trouvaient principalement dans les quartiers excentriques tels que celui de Suburre, au mont Cœlius près des casernes, dans ceux des Esquilies et du grand Cirque. Dans le centre de la ville, près du temple de la Faix, il y en avait quelques-unes également ; c’étaient les plus aristocratiques et les mieux tenues, — naturellement.

Les lupanars du peuple que Tertulien appelait les consistoires de la débauche publique, se composaient d’un

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nombre de cellules obscures, remplies d’acteurs des deux sexes, dans un état complet de nudité. Le tribut de la prostitution était perçu d’avance. Ces cellules avaient une porte d’entrée et une porte de sonie, sur deux rues ditlerentcs. L ameublment d’une cellule se réduisait à une natte en jonc ou à un grabat, pulvinav, garni d’une couverture sale et rapiécée, cento -, plus une lampe remplie d’une huile puante, qui trahissait. par l’odeur de la fumée qu’elle laissait aux vêtements, ceux qui sortaient de ces lieux de débauche. Sur les murs, on voyait des dessins obscènes grossièrement exécutés. A la porte du lupanar se dressait un priape indicateur, arme parlante du lieu, qui se transformait à la nuit en une lanterne affectant la même forme. Enfin, un écriteau placé au-dessus de chaque cellule indiquait si elle était vide, nnda, ou occupée, occupata, ainsi que le taux des faveurs de la locataire, ce qui évitait ainsi le marchandage. Dans les lupanars aristocratiques, les cellules, ccllcc , ne donnaient pas dans la rue mais dans l’intérieur d’une cour ou d’un patio , au milieu duquel s’élevait une fontaine avec un bassin (i). Les dessins obscènes étaient remplacés sur les murs par des scènes mythologiques dans lesquelles les dieux et les déesses sacrifiaient à l’amour. Le mobilier était aussi plus confortable et les amateurs trouvaient là un personnel complet pour le service.

Les ancillœ ornatrices étaient les domestiques destinées à la toilette des filles, à les habiller, et à les rhabiller, à les parer, les farder, etc. ; les aqu a rioli apportaient aux consommateurs des boissons fraîches et du vin (2); le bacario était préposé aux ablutions hygiéniques auxquelles se livraient l’homme et la femme, avant et après le coït; le villicus , était le gérant du leno ou de la lena , qui tenait les maisons, et auquel on remettait le prix porté sur l’écriteau. Les admissarii, enfin, e'taient des hommes ou des femmes chargés de raccoler des clients sur la voie publique et de les conduire au

(1) Il y en avait qui étaient pourvus d’un balcon où se tenaient les filles •dans une toilette affichante et couronnées de ficurs, tenant à la main une branche de myrte.

(2) Lib. II, Cap. 2. til. I.

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITÉ

lupanar. C’est pour cette raison qu’on les appelait egalement adductores ou conductores.

Le nombre des lupanars était considérable, et cependant il y avait beaucoup de femmes qui se livraient clandestinement à la prostitution Celle-ci s’était propagée dans les camps, au mépris de la sévérité de l’ancienne discipline, qui ne permettait pas aux femmes de suivre les armées. Valère Maxime, qui a signalé ce fait, ajoute que la chose en était venue à ce point que le jeune Scipion, en prenant le commandement en Afrique, lors de la troisième guerre punique, jaloux d’établir une prompte réforme dans son camp, en fit chasser deux mille femmes publiques. Sabatier.

Les femmes qui se livraient à la prostitution clandestine, c’est-à-dire sans être inscrites sur les registres des édiles, étaient condamnées à l’amende, et, en cas de récidive, chassées de la ville, à moins qu’elles ne trouvent pour répondant un leno, qui régularisait leur position et les admettait ensuite au nombre de ses pensionnaires. Malgré cela, il y avait à Rome un nombre considérable de filles vagabondes, erratica scorta , qui n’avaient d’autres domiciles que la rue, les voies publiques, les marches des monuments, les bancs des marchés, les pierres des tombeaux, les voûtes des aqueducs, le pied d’une statue de Vénus ou de Priape.

Le zèle bruyant et souvent intéressé des édiles était insuffisant pour combattre la prostitution clandestine et éviter les scènes scandaleuses, les crimes et les délits quelle provoquait journellement. D’ailleurs, ils n'avaient à intervenir qu'au point de vue des intérêts du fisc, et n’avaient pas à connaître des attentats contre la morale publique. Presque toutes les nuits, précédés de plusieurs licteurs, iis faisaient des rondes, et s’ils dédaignaient de poursuivre les louves dans les repaires fangeux où elles cherchaient leur vie, ils affectionnaient particulièrement les descentes de police dans certaines maisons de prostitution. Quelquefois même ils se dispensaient de se faire annoncer par les licteurs, et réclamaient de quelques courtisanes des faveurs qu’ils considéraient comme les prérogatives de leur mandat. C’est ainsi qu Hostilius Mancinus fut blessé

LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITK

par une pierre lancée par ia courtisane Mamiiia dont il voulait forcer la porte, sous prétexte d’inspecter la demeure.

La prostitution romaine n’était pas seulement le terme final de l’inconduite des femmes ; on recrutait aussi pour elle des vierges, qui débutaient d’emblée dans le vice, victimes offertes à la lubricité des amatores.

« Lorsqu’une malheureuse, lorsqu’une pauvre enfant, dit Pierre Dufour, se sacrifiait pour la première fois, c’était fête au lupanar; on appendait à la porte une 'anterne qui jetait une lumière inaccoutumée sur les abords du mauvais lieu ; on entourait de branches de laurier le frontispice de L'horrible sanctuaire : ces lauriers outrageaient la pudeur publique pendant plusieurs jours, et quelquefois, le sacrifice consommé, l’auteur de cette vilaine action, qu’il payait très cher, sortait du bouge couronné lui-même de lauriers. Cet impur ennemi de 1a virginité s’imaginait avoir remporté une belle victoire, et la faisait célébrer par des joueurs d’instruments, qui appartenaient aussi au personnel de la débauche. Un tel usage, tolér- par l’édile, était un outrage d’autant plus sanglant pour les mœurs que les nouveaux mariés conservaient, surtout dans le peuple, une coutume analogue, et ornaient aussi de branches de laurier les portes de leur demeure le lendemain des noces. » « Ornentur postes et grandi juana Iciuro , » a dit Ju vénal. Tertullien a critiqué cette mode et dit en parlant de la nouvelle épouse : « qu elle ose sortir de cette porte décorée de guirlandes et de lanternes, comme d’un nouveau consistoire des débauches publiques. »

Un passage non moins curieux pour l’histoire des mœurs romaines est celui de Symphosianus (1), où se trouve ce dialogue :

— Aie pitié de ma virginité, dit une pauvre esclave achetée pour le lupanar, ne prostitue pas mon corps en me déshonorant par un honteux écriteau !

— Qu une servante, dit le leno au fermier des filles, vienne la parer et qu’on mette sur Lecriteau : « Celui qui déflorera

(1) Symphosianus. Histoire d’Appolonius de Tyr.

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Tarsia donnera une demi-livre d’argent, ensuite elle sera livrée à tout venant moyennant une pièce d’or. »

Ii faut croire que la virginité se payait un prix très élevé, car les auteurs latins affirment que le salaire des lupanars était très modique. Ainsi, Juvénal, pour dire que Messaline exige le prix de ses faveurs, écrit Æra poposcit , c’est-à-dire réclame quelques sous. Pétrone en fait dire autant à Ascylte, lorsque celui-ci est conduit dans un lupanar « par un vieillard vénérable » : Jam pro cella meretrix assem cxegerat. Déjà la fermière des filles avait reçu un as pour le prix de sa cellule ( i ).

Cependant, ce trafic de la virginité n’était souvent qu'une spéculation de la part des proxénètes. On trouvait plus de pseudo-virginités que de virginités réelles. Et Lucilius, dans une de ses satires, ne manque pas de faire donner à un jeune homme novice ce conseil très pratique : « Achète la fille sans garantie. »

(i) Pétrone. Satyricon, cap. VIII.

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